Plusieurs questions se présentent donc à résoudre
En premier lieu, la raison, le travail et la Justice, les trois grandes facultés qui distinguent l'homme du reste des animaux, ne modifientelles pas, par leur développement, la fécondité naturelle de l'espèce?
Qu'est-ce qui, d'un autre côté, trouble le développement de la production et retarde sa marche?
Enfin, élimination faite des éléments subversifs et anormaux dont la présence peut être signalée dans les deux séries, quelle est la loi d'équilibre de la population, dans ses rapports avec la richesse produite et avec l'étendue du globe ?
Nul doute que, si Malthus se fût posé le problème en ces termes, il ne fût arrivé à des conclusions toutes différentes.
Il aurait compris que l'équilibre cherché devait se trouver entre deux forces corrélatives agissant en pleine
liberté, dégagées par conséquent de toutes les causes perturbatrices qui en faussent l'expression.
Il se serait dit que, si la famine, les maladies, la guerre 7 l'infanticide, la prostitution et l'avortement, sont les moyens anormaux et violents qu'emploie la nature contre les populations indisciplinées et exorbitantes, il n'y aurait pas plus de raison dans le moral restraint imaginé par lui pour remplacer les susdits moyens ; qu'une pareille intervention du libre arbitre, loin de remédier au mal, ne ferait que le consacrer, en accusant l'anomalie de la nature, l'absurdité de la science, et l'ignominie de la société.
XL. — Arrêtons-nous un moment sur cette étrange morale de Malthus, publiquement enseignée et encouragée fmr l'Académie des sciences morales et politiques.
Si vous disiez à un enfant : Voici une montre, je vous la donne; elle ne marche pas toute seule ; mate, chaque fois que vous entendrez sonner l'horloge à la ville, vous n'avez qu'à pousser l'aiguille et la mettre sur l'heure, cet enfant rirait de vous. — Si elle ne va pas toute seule, dirait-il, je n'en ai pas besoin.
Il en est ainsi de l'organisme social, avec cette différence cependant que la société, pas plus que le système planétaire, n'a besoin qu'on la remonte; le mouvement lui est donné et son équilibre assuré pour l'éternité. Tout ce qu'elle nous demande est de marcher avec elle, c'est à dire de travailler, et de pratiquer la Justice. A cette condition la terre, quoiqu'elle n'ait que dix mille lieues cle circonférence, et que les trois quarts de sa superficie soient couverts par l'océan, ne nous manquera pas, le couvert non plus.
L'école de Malthus n'est pas de cet avis.
Elle, qui à l'occasion affecte le plus profond respect pour la religion et la Providence, sur la question de population se montre d'une incrédulité brutale. Elle, qui en tout et partout professe le laissez faire, laissez passer, qui reproche aux socialistes cle substituer leurs conceptions aux lois de la nature, qui proteste contre toute intervention de l'État, et réclame à cor et à cri la liberté, rien que la liberté, n'hésite pas, dès qu'il s'agit de la fécondité conjugale, à crier aux époux : Halte, malheureux ! Quel démon
3o-2 PHILOSOPIE POPULAIRE.
vous sollicite? Ne pouvez- vous faire l'amour sans fair d'enfants?... Oubliez-vous que la population tend àcroîtr en progression géométrique, tandis que les subsistance ne s'augmentent qu'en raison arithmétique?
Bref, l'école de Malthus enseigne que, le mouvement d la population allant trop vite, sans qu'elle puisse dir pourquoi, il faut serrer le frein. Nous ne devons pas d médiocres remercîments à M. Joseph Garnier d'avoir enfii eu le courage de jeter la honte aux chiens, et de dire ei termes catégoriques en quoi consiste la recette préventiv< de Malthus, ou moral restraint.
Vous connaissez, Monseigneur, l'histoire de ce petit-fil de Jacob qui, invité par son père Judas, en vertu du lévi rat, à s'approcher de sa belle-sœur Thamar, devenue veuve sans enfants, et à créer par son union avec elle uik postérité à son frère défunt, trompait la nature, semenfun débat in terrant, et fut frappé de Dieu pour cette abomina tion, qiMrem detestabilemfaceret. Le nom d'Onan a passe à la postérité par son infamie : il sert à désigner le vice honteux qui décime la jeunesse, et dont Tissot a fait une peinture si effrayante, Y onanisme.
Eh bien, l'onanisme, l'onanisme à deux, entendonsnous, est le moyen préventif indiqué par Malthus contre la sur-production des enfants : c'est ce qu'il appelle moral restraint. C'est ainsi que la science sait relever les œuvres mêmes du péché. Désormais il ne faut plus dire onanisme, il faut dire malthusianisme.
Le raisonnement est très simple : si la thèse fondamentale de Malthus est prouvée, — la tendance de la population à s'accroître en progression géométrique, pendant que les subsistances ne s'augmentent qu'en progression arithmétique, — ne vaut-il pas mieux, par une sage prévoyance, prévenir la conception que de donner le jour à des êtres condamnés à mourir de faim?
M. Joseph Garnier cite ses autorités.
En 1832, M. Ch. Dunoyer, aujourd'hui membre de 1 Académie des sciences morales, étant préfet d'Amiens, n hésitait pas à donner aux classes indigentes de son département le conseil de Malthus.
Les classes les plus à plaindre de la société, disait-il, ne parviennent
DE LA JUSTICE DANS LA RÉVOLUTION, ETC. 35:j
à s'affranchir de leur douloureux état qu'à force d'activité, de raison, de prudence, de prudence surtout dans V union conjugale, et en mettant un soin extrême à éviter de rendre le mariage plus prolifique que leur industrie»
Ces paroles furent vivement critiquées par le clergé du diocèse et une partie de la presse parisienne. M. Dunoyer y répondit dans un Mémoire à consulter, Paris, 1835.
Il est incroyable, dit-il, que l'action d'appeler des hommes à la vie, celle sans contredit des actions humaines qui tire le plus à conséquence, soit précisément celle qu'on a le moins senti le besoin de régler, ou qu'on a réglée le plus mal. On y a mis, il est vrai, la façon de l'acte civil et du sacrement ; mais, le mariage une fois contracté, on a voulu que ses suites fussent laissées, pour ainsi dire, à la volonté de Dieu. La seule règle prescrite a été qu'il fallait, ou s'abstenir de tout rapprochement, ou ne rien omettre de ce qui pourrait rendre l'union féconde. Tant que des époux peuvent croire qu'ils ne font pas une œuvre vaine, la morale des casuistes ne trouve rien à leur reprocher ; qu'ils se manquent à euxmêmes, qu'ils abusent l'un de l'autre, qu'ils se dispensent surtout de songer au tiers absent, et peut-être infortuné, qu'ils vont appeler à la vie sans s'inquiéter du sort qui l'attend, peu importe : l'essentiel n'est pas qu'ils s'abstiennent d'un acte triplement nuisible, l'essentiel est qu'ils évitent de faire un acte vain. Telle est la morale des casuistes ; morale à rebours de tout bon sens et de toute morale, car, ce que veulent le bon sens et la morale, ce n'est sûrement pas tant qu'on s'abstienne de faire des actes vains que de faire des actes nuisibles.
Aussi la vérité, en dépit de ces graves sottises, est- elle que, si des époux ne doivent pas regarder comme blâmable tout rapprochement qui ne tendrait pas à accroître leur postérité, ils ont pourtant, même dans les rapprochements les plus autorisés et au sein de l'union la plus légitime, des ménagements à garder, soit envers eux-mêmes, soit l'un envers l'autre, soit l'un et l'autre envers les tiers qui peuvent être les fruits de leur union.
Consulté à diverses reprises par MM. Louis Leclerc et Joseph Garnier sur la moralité d'une telle prudence, M. Dunoyer répond qu'il trouve un pareil doute peu raisonnable. Il va jusqu'à dire que le précepte de Malthus est tout aussi pudique que le sixième et le neuvième commandement du Décalogue, et qu'après ce distique :
L'œuvre de chair ne désireras Qu'en mariage seulement,
il serait à propos de placer cette autre recommandation, bien plus essentielle :
L'œuvre de chair accompliras En mariage prudemment.
t M. John Stuart Mill, dans ses Eléments d'économie politique, 1845, s'exprime avec la même rondeur que M. Dunoyer, et il fait cette réflexion :
Le peuple ne se doute guère de tout ce que lai coûte cette pruderie de langage. On ne peut pas plus prévenir et guérir les maladies sociales que les maladies du corps sans en parler clairement.
Et ailleurs :
Il n'y a pas d'autre sauvegarde pour les salariés que la restriction du progrès de population... Malheureusement le sentimentalisme, plutôt que le sens commun, domine les discussions qui ont lieu sur cette matière.
A en croire ces messieurs, c'est dans l'intérêt du peuple, dans l'intérêt de la femme comme dans celui des malheureux enfants destinés à périr, qu'ils insistent sur le commandement malthusien.
Rossi va jusqu'à accuser la classe exploitante, la bourgeoisie, de pousser à l'excès de population par un motif de cupidité. En multipliant outre mesure les ouvriers, dit-il, elle s'assure le bas prix de la main-d'œuvre. Si pareille calomnie tombait d'une bouche socialiste, la Justice, jugeant sans jury, condamnerait le diffamateur à trois' ans de prison et à la perte de ses droits civils.
Les simples ne comprennent pas et ne comprendront jamais la question. L'économie sociale est pour eux lettre close. Ils ne voient dans l'affaire que les vives amorces du jeune âge, et le danger que ces flammes comprimées n'éclatent par quelque désordre...
Les habiles au contraire connaissent le fond des choses : pour eux ces lieux communs (providence, confiance, espérance) ne sont pas l'expression, mais le déguisement de la vérité. Ils savent que plus il y a de travailleurs, plus, toutes choses égales d'ailleurs, les salaires sont bas et les profits élevés. Tout s'explique par cette formule, et en particulier le pacte d'alliance entre les habiles et les simples. Ils sont du môme avis, parce que les uns ne saisissent point, et que les autres saisissent très bien le fond de la question..,
Quant à nous, nous dirons aux travailleurs, aux jeunes gens : Que la prudence pénètre dans les mariages et préside à l'établissement de chaque famille, et Ton n'aura plus à s'inquiéter du sort de l'humanité. . .
Je ne reconnais pas à ce langage le prudent économiste qui, à propos de la division du travail, faisait remarquer qu'autre chose est l'économie politique et autre chose la morale; que, si l'application du principe de division entraîne à des conséquences incompatibles avec la dignité humaine, cela n'infirme pas la valeur du principe, mais soulève un problème à résoudre ultérieurement par la science sociale.
Que ne faisait-il de même pour la population ! En l'état actuel des choses, aurait-il dit simplement, il y a défaut de balance entre le mouvement de la population et celui des subsistances. Cette disproportion accuse tout à la fois une lacune dans la science et un désordre dans la pratique sociale. Elle soulève un problème que l'économie politique, d'accord avec la physiologie, la psychologie et la morale, doit résoudre, mais que Malthus a tranché sans l'entendre.
Bastiat lui-même, le chaste Bastiat, apporte à la thèse la pompe de son style. Les autres avaient parlé au nom de l'humanité, au nom de la morale, au nom des intérêts sacrés de la femme et de l'ouvrier; lui,. il parlera au nom de la pudeur.
L'onanisme pratiqué à la mode de Malthus, dans le but indiqué par Malthus, suivant Bastiat, est une loi de la pudeur même. Il en trouve la preuve dans la réserve dont s'entoure l'amour honnête, dans la sévérité de l'opinion, qui flétrit la fornication, le concubinage, l'inceste, et jusque dans l'institution sacrée du mariage. Toutes ces choses, à son avis, n'ont de sens et de valeur que parce qu'elles sont une révélation spontanée du moral restraint :
Qu'est-ce que celte sainte ignorance du premier âge, la seule ignorance sans doute qu'il soit criminel de dissiper, que chacun respecte* et sur laquelle la mère craintive veille comme sur un trésor?
Qu'est-ce que la pudeur qui succède à l'ignorance, arme mystérieuse de la jeune fille, qui enchante et intimide l'amant, et prolonge, en l'embellissant, la saison des innocentes amours?...
Qu'est-ce que cette puissance de l'opinion qui flétrit les relations
illicites, cette rigide réserve, ces institutions sacrées; que sont toutes ces choses, sinon l'action de la loi de limitation manifestée dans l'ordre intelligent, moral, préventif F
Est il possible de nier que l'humanité intelligente n'a pas été traitée par le Créateur comme l'animalité brutale, et qu'il est en sa puissance de transformer la limitation répressive en limitation préventive ? '. (Harmonies économiques ', 2e édit.)
M. Joseph Garnier donne le compte rendu d'une séance de l'Académie des sciences morales et politiques dans laquelle MM. Dunoyer, Villermé, Guizot, Léon Faucher et lord Brougham prirent successivement la parole sur la question de population. Tous, en ce qui concerne le moral restraint, sont de l'avis de Malthus. S'ils font quelques réserves, c'est sur l'énoncé mathématique de ses deux premières propositions : pour ce qui est de la prévoyance recommandée par Malthus et de sa morale, pas la moindre difficulté. M. Passy reconnaît les éminents services que Malthus a rendus à la science ; M. Guizot le loue au nom de la législation et de la politique; M. Léon Faucher, parlant pour ne rien dire, se réunit à l'opinion de M. Passy, que confirme celle de M. Guizot.
Enfin, dit M. Joseph Garnier, les idées de Malthus ont été professées et défendues par la plupart des économistes modernes, parmi lesquels J. B. Say, Destutt de Tracy, James Mill, Mac Culloch, Sismondi, Duchâtel, Chalmers, Dunoyer, Rossi, Thornton, John Stuart Mill, Gust. de Molinari, Dupuynode, lui paraissent mériter une mention particulière. Je pourrais citer beaucoup d'autres noms ; je ne crois pas que les porteurs y tiennent.
XLI. — Il me semble avoir écrit quelque part, je ne sais plus où, à propos de cette morale des malthusiens, morale de cochons!... Je demande pardon de la grossièreté de l'épithète, que je n'entends certes appliquer à personne. Mais quel sentiment puis-je éprouver à la vue de ce cénacle de soi-disant économistes, vieux praticiens du moral restraint, refaisant les lois de la pudeur, caricaturant le Décalogue, décidant avec gravité qu'il y a urgence de guérir le peuple de ses scrupules à l'endroit de la masturbation conjugale, et tout cela pour l'honneur d'une préten-
due doctrine qui serait la honte de la science, quand elle ne serait pas la honte de la morale?
C'est au palais de l'Institut, à l'Académie des sciences morales et politiques, tribunal suprême des mœurs françaises, que se tiennent ces conférences. Ceux qui prennent part à la délibération sont les plus haut placés dans l'administration et dans renseignement. M. Dunoyer a été préfet; M. Duchâtel, ministre; M. Léon Faucher, ministre; M. Guizot, ministre et professeur : on l'a surnommé, je ne sais pourquoi, Yaustère. Rossi était professeur; J. B. Say, professeur; M. Joseph Garnier est professeur ; tous défenseurs de la religion, de la morale, du mariage et de la famille, contre le socialisme antimalthusien, et, hors ce qui regarde la procréation des enfants, partisans du laissez faire, laissez passer,
Vovez-vous la jeunesse française, celle qui suit les cours du collège de France et de la Sorbonne, tous ces étudiants de l'école de droit, de l'école de médecine, de l'école normale , de l'école polytechnique , de l'école des mines , de l'école des ponts et chaussées, s'instruisant, à dix-huit ans, à la pratique de la restriction préventive , passant des leçons de Malthus aux exercices de la Closerie des lilas, et se préparant par l'amour libre, garanti sans progéniture , à la stérilité du mariage, qu'ils devront plus tard, comme magistrats, professeurs, médecins, ingénieurs, propager parmi le peuple?... M. Thiers, qui ne se pique pas d'austérité lui, a eu le malheur de qualifier cette débauche (Xoutrage à la nattcre : on lui a prouvé qu'il n'avait pas le sens commun. Niais, en effet, qui s'en va prendre au sérieux le travail , la propriété , l'hérédité , la Révolution aussi sans doute, et qui ne s'aperçoit pas que la question économique et sociale se résout en un mot : l'expulsion des germes inutiles !
Le lapin , dans l'intérêt de ses plaisirs , châtre ses petits ; le matou dévore les siens. L'antiquité, obéissant à cet instinct de brutes, pratiqua l'avortement, l'exposition des enfants, la castration, la prostitution, la polyandrie; plus de dix-sept siècles avant J.-C. nous voyons le moral restraint en usage parmi les patriarches. Ajoutez l'esclavage et la guerre : c'est ainsi que, sous la loi d'inégalité, s'établit l'équilibre entre les subsistances et la population.
Mais la conscience des peuples n'a cessé de protester contre ce hideux système. L'esclavage a en partie disparu ; l'avortement, la castration, l'exposition des enfants sont réputés crimes; la prostitution est flétrie; le commerce international amortit le coup des disettes ; la guerre ellemême tend à disparaître. Reste l'onanisme, irrévocablement condamné chez le solitaire, mais dont il ne tiendra pas àMalthus, à MM. Guizot, Dunoyer, Rossi et consorts, que nous ne fassions, dans le mariage, une vertu !
Me fais-je donc illusion? Et quand, appelant le moral restraint de son véritable nom, je le range dans la série des moyens répressifs que Malthus lui-même a repoussés; quand je fais de la pratique onaniste le dernier terme ou le premier, comme on voudra, d'une série abominable, est-ce moi qui suis le sophiste, comme j'ai eu l'honneur de me l'entendre dire tant de fois, et les autres sont-ils les vrais savants, les vrais moralistes, les vrais sages?
Ye saurait-on comprendre, d'abord, qu'entre le moyen mécanique préconisé par Malthus et par l'Académie des sciences morales, et l'avortement, il n'y pas, au point de vue de la morale, de différence essentielle ;■ que si les époux ont des ménagements à garder, comme dit M. Dunoyer, envers le tiers non conçu, ils n'en ont pas de moindres envers ce même tiers après qu'il a été conçu ; que par conséquent le père, la mère, ou tous les deux, bientôt on dira l'Etat, étant juge du sort qui attend ce tiers infortuné, il n'y a pas plus de crime dans le ministère de la sage-femme qui détruit un fœtus de quarante jours ou de trois mois que dans l'acte du père qui supprime le germe, semen fundit in terram, avant la conception? Et, ce pas franchi, la répression ne s'arrête plus : nous rétrogradons de terme en terme jusqu'au cannibalisme.
D'autre part, est-il si difficile de concevoir que le moral restraint étant la condition désormais obligée des relations amoureuses, le mariage, considéré jusqu'ici comme une union sacramentelle , se résout en fornication simple ; qu'avec lui s'évanouit la famille, de sorte que nous n'échappons à la sur-population que pour tomber dans la dépopulation ?
Pour moi je le déclare, au risque de me voir traiter une fois de plus de Cassandre, si les idées de Malthus devaient
m jour prévaloir, ce serait fait de l'humanité. . 0 « » . .
XLII. — Je dirai en peu de mots en quoi consiste la )alance de la population, renvoyant à d'autres études pour e développement des principes sur lequel repose toute jette théorie.
Le monde moral, comme le monde de la nature, existe >ar lui-même, assis sur des lois certaines, équilibré dans ;outes ses parties.
De même que dans les transactions mercantiles et inlustrielles, la valeur balance ou paie la valeur, que le saaire fait équilibre au produit, le loyer au prêt, le service m service, ainsi, dans l'économie générale, la puissance m la force fait équilibre à la force. C'est par leur opposition mutuelle, non par une restriction arbitraire, que les ?orces économiques se contiennent l'une l'autre, que la propriété, par exemple, sert de contre-poids à la commnîauté, la force collective à la division, la concurrence au privilège, etc.
Dans le problème de la population et des subsistances, quelle est la force qui pousse à la multiplication des sujets? — La force génératrice.
Tandis que Malthus, en vrai doctrinaire, ose intervenir entre l'homme et la femme au moment de l'union, et arrêter, par un procédé qui ne diffère en rien des moyens de répression condamnés par lui-même, l'absorption de la semence, il s'agit simplement pour moi de découvrir la force dont le développement doit faire équilibre à la puissance génératrice, et de lui donner l'essor.
Cette force, quelle est-elle?
Dans mon Système des contradictions économiques, publié en 1845, j'avais cru la découvrir dans le teayail.
L'homme qui fait une dépense considérable de force, soit musculaire, soit cérébrale, ne peut pas, disais-je, vaquer dans la même proportion aux œuvres cle l'amour ; il s'épuiserait rapidement. — H y a donc opposition entre les deux forces; et, dans une société bien ordonnée, établie sur la Justice, l'égalité de condition, l'équivalence de l'instruction, la somme du travail croissant d'ailleurs toujours pour la société et pour les individus, la chasteté des
mœurs allant du même pas, il est rationnel de présume que 1 équilibre s'établira de lui-même.
Telle était en substance la théorie que j'opposais d( 1845 à la prétendue doctrine de Malthus. Elle offre cet ii contestable avantage d'être conçue dans les principes (3 la science économique, qui n'est autre que la science d 1 équilibre des forces et des valeurs; de plus elle es irréprochable au point de vue de l'éthique. Il a plu MM. Joseph Garnier et Gustave de Molinari de voir dan cette théorie une adhésion déguisée aux idées de Malthus xm moral restraint d'une espèce peut-être plus pudique mais qui en définitive rentrait dans la prévention malthu sienne. Je laisse au lecteur le soin d'apprécier cette assi milation.
Dans le milieu créé par l'inégalité traditionnelle, et dé fendu comme légitime parles malthusiens, l'homme, ains que je le démontrerai plus tard, est lascif et incontinent comme la bête, dont il partage la condition, il tend à une multiplication illimitée, aveugle. De là le système répressi déchaîné par la nature, et dont Malthus retient le premiei terme, l'onanisme.
Au contraire, dans le régime de Justice appliquée, et consequemment d'équilibre général, que le but de la Révolution est d'établir, l'homme, chaste par prédilection, ordonné dans son mariage, dans ses amours, dans toute sa vie, n'a plus besoin qu'on le retienne : il est ce qu'il doit être, et la population se trouve, comme lui, en équilibre. Cette théorie, tout incomplète qu'elle était, avait frappé Bastiat, qui tâcha de s'en rapprocher dans ses Harmonies économiques, et aurait sans doute rendu justice à l'auteur, s'il n'était de principe entre malthusiens qu'un socialiste ne peut jamais avoir raison.
De nouvelles réflexions m'ont conduit à modifier cette théorie, dont le défaut grave était de reposer sur une base trop exclusivement physiologique, tandis qu'elle doit reposer avant tout sur un principe moral, en présence duquel la physiologie ne joue plus que le second rôle.
XLIIL — L'homme, être intelligent et libre, capable d'enthousiasme, répugne par sa nature animique au fatalisme de la chair. Déjà affranchi du rut, dont le retour
Dfi LA JUSTICE DANS LA REVOLUTION, ETC. 361
périodique domine les animaux inférieurs, il tend à s'afranchir encore de l'orgasme génésiaque, en ne cédant à .'amour que sous l'excitation de l'idéal.
Ce n'est donc pas tant à la puissance génératrice qu'il 'agit ici de faire équilibre qu'à l'entraînement erotique ; e à quoi nous parviendrons par le développement d'une ■acuité supérieure, la Justice.
Par la Justice, l'homme, déjà transfiguré par l'idéal, se transfigure une seconde fois. Le bonheur qu'il cherchait auparavant dans la jouissance, il le cherche désormais dans la chasteté, forme suprême de l'amour, et qui chez la femme est la liberté et la dignité même. Le mariage est l'acte par lequel se définit et se constitue, au for intérieur, cette vie nouvelle de l'homme.
Ainsi sous l'action combinée de toutes ces causes, travail, étude, liberté, chasteté, vient un moment pour les époux où la cohabitation est plus pénible que la continence ; et ce moment vient d'autant plus vite qu'ils s'adonnent davantage au travail, à l'étude, à la Justice et à ses œuvres. La femme surtout, à mesure qu'elle participe à la vie intellectuelle et sociale, perd de son aptitude à la maternité : avec les conditions de l'enfantement doit se refroidir l'inclination amoureuse. Car la nature ne fait rien pour rien : comment Malthus et son écoleont-ils pu oublier cet axiome? L'amour des enfants achève de purger de tout érotisme l'affection conjugale ; le respect qu'ils inspirent est le signe que la passion est près de mourir au cœur des parents.
Cette loi d'équilibre, sujette dans les cas particuliers à des variations innombrables, mais vraie quant à la moyenne des résultats, ne se manifeste que d'une manière fort obscure dans l'état actuel des sociétés. Aussi n'est-ce point tant comme résultat empiriquement obtenu que je la présente, que comme induction nécessaire de la philosophie et de la religion elle-même.
Du reste, l'anomalie dont Malthus a voulu faire une loi s'explique d'elle-même. La Justice n'est encore qu'un mythe pour l'humanité, l'équilibre ne se concentre nulle part dans l'économie sociale, pas plus entre les forces qu'entre les produits. L'immense majorité des humains, asservis à un labeur uniforme , beaucoup ne travaillant pas, sans étude, sans responsabilité, sans initiative, sans
but, sans foyer, livrés au fatalisme des sens et aux enivrements de l'idéal; dans un semblable milieu, la balance de population est impossible : il serait contre la logique qu'elle s'établît.
La misère est prolifique, observent avec humeur les économistes. Les anciens, qui avaient fait la même remarque, disaient l'Amour mari de la Pauvreté. Quoi d'étonnant à cela ? L'amour est à peu près la seule faculté dont le peuple ait le plein exercice : par quoi serait-eik tenue en équilibre? La Justice, c'est à dire l'égalité, la liberté, toutes les réformes que la pratique du Droit entraîne, peut seule lui faire contre-poids. Or, après l'excès de population, l'école de Malthus n'a rien tant en horreur que l'égalité. Donc l'amour déborde, la population et la misère à sa suite; ou bien, dans le cas où les aphorismes de la prévoyance malthusienne l'emporteraient sui le laisser-aller de l'incontinence, le renoncement à la famille et la dépopulation. Rome et l'Italie, sous les empereurs, en offrent l'exemple. La France est à cette heure sui la même pente. Outre que le dernier recensement accuse un arrêt dans l'accroissement de la population, M. Legoyt, chef du bureau cle statistique, a remarqué pour les années 1854 et 1855 une diminution considérable dans le nombre et la fécondité des mariages. L'école de Malthus n'a pas manqué d'applaudir à cette découverte. Pour peu que l'Académie des sciences morales y donne ses soins, la luxure publique aidant, le concubinage stérile remplaçant le mariage prolifique, nous marchons aux destinées de la Rome impériale. Et telle est aujourd'hui la soif de volupté et la lâcheté des consciences, que je ne serais nullement surpris cle voir la génération contemporaine repousser la Révolution, par ce seul motif qn'en établissant partout la Justice elle nous menace de nous rendre chastes.
En résumé : dans l'état de non-équilibre où vit la société, la balance n'existant nulle part, ni entre les services, ni entre les valeurs, ni entre les forces et les facultés; l'inégalité des conditions et des fortunes étant la base de l'économie, l'injustice devenue systématique, le respect de l'homme aboli, il est fatal que la civilisation retombe sous la loi de l'instinct; conséquemment, que la population tende tout à la fois, d'un côté, à dépasser la mesure du
capital terrestre , de l'autre, à s'accroître selon une progression plus rapide que les subsistances.
Pour réprimer ou neutraliser cette tendance, le statu quo économique étant conservé, il n'y a d'autre moyen avec la famine, la peste, la guerre, l'infanticide, l'avortement, que le malthusianisme, c'est à dire la dépravation lu mariage, ayant pour conséquence inévitable le concubinage, l'amour libre, la destruction de la famille et de l'espèce humaine. Telle est la doctrine des économistes, appuyée et préconisée par l'Académie des sciences morales.
Au contraire, dans l'état d'équilibre poursuivi par la Révolution, la balance générale des forces, produits, services, salaires, loyers, facultés, résultant de l'application des droits et des devoirs de l'homme et du citoyen; la Justice île venant une vérité ; l'humanité, affranchie de l'instinct, s'éveillant à une volupté supérieure; le mariage, contracté dans les conditions légitimes, devenant, si je puis ainsi 111'exprimer, l'amortissement de l'amour, il y a tendance île la population à s'e développer selon une progression moins rapide que l'augmentation des produits.
Telle est la théorie que j'oppose à celle de Malthus et de l'Académie des sciences morales. Que si après cela, pour maintenir l'honneur de l'école, MM. Joseph Garnier et Gustave de Molinari persistent à dire que je suis plus malthusien que Malthus, j'avoue que je n'ai plus rien à répondre.
XLIV. — Je ne multiplierai pas davantage les exemples. [1 me faudrait aborder un ordre d'idées trop en dehors de mon sujet, donner des définitions, poser des axiomes, formuler des théorèmes, expliquer une méthode, dont ce n'est pas ici le lieu de parler. Après la démonstration juridique viendra la démonstration économique. J'en ai dit assez pour convaincre le lecteur que la société est un vaste Système de pondération dont le point de départ est la liberté, laloi, la Justice, le résultat une égalité de conditions et de fortunes de plus en plus approchée, la sanction enfin, l'accord de la félicité publique et de la félicité individuelle.
Balance des marchés et transports (routes, canaux, chemins de fer, ports, docks, bourses);
Balance des services publics et des entreprises particulières ;
Balance des importations et des exportations. Un partisan de la liberté absolue du commerce international, M. Emile deLaveleye, résumant, dans une brochure, ce qui a été publié sur la question, conclut en ces termes :
Le libre échange, appliquant à l'univers entier le principe de la dî vision du travail, stimulera la production de la richesse; il n'en modi
FIERA POiNT LA RÉPARTITION.
* Je n'ai jamais, pour mon compte, en combattant la théo rie des libres échangistes, prétendu qu'elle dût apportei aucune modification dans la répartition de la richesse. E c'est justement pour cela que je ferai observer à M. de Laveleye que, si le libre échange laisse entière la questioi de répartition, par cela même il est pour la populatioi travailleuse de tous les pays un mal, puisque l'inégalité devenant d'autant plus profonde que le travail aura ét< plus universellement divisé, et l'exploitation capitaliste organisée sur une plus grande échelle, la misère des niasse* sera en proportion de la richesse acquise et leur servitude d'autant plus complète : double péril, qui fournit aux ami* de l'égalité une raison suffisante de se prononcer, en l'éta de choses, contre le libre échange. L'Europe en est témoin plus, sous ce régime de non-équilibre, le commerce inter national prend d'extension et le capitalisme se centralise plus aussi, à côté d'une richesse croissante, la difficulté d( vivre augmente, le paupérisme se multiplie, la féodalité se réforme et la liberté s'amoindrit. Faites d'abord la balance des salaires, ensuite celle des valeurs, après celle de* escomptes, puis celle du crédit et de la propriété : vouj pourrez alors, de peuple à peuple, proclamer la liberté des échanges. Hors de là, vous ne faites que préparer le ser vage des nations.
Balance des forces économiques, propriété, communauté, division du travail, force collective, concurrence privilège légal, travail, capital, crédit, etc. ;
Balance du capital engagé et du capital circulant ;
Balance de la production et de la consommation ;
Balance des villes et des campagnes ;
Balance de l'industrie et de l'agriculture ;
i)E LA JUSTICE DANS LA RÉVOLUTION, ETC. S65
Bilance des cultures, bestiaux, extractions, pêches;
B ilance de la propriété industrielle et littéraire (brevets d'invention) ;
Balance des risques (assurance) ;
Balance des frais généraux, fixes et mobiles ;
Balance des écoles et facultés;
Balance des successions et héritages (abolition du morcellement infinitésimal comme du travail parcellaire) ;
Balance de la famille (droits et devoirs du père, de la femme, de l'enfant);
Balance des communes, des provinces et des nations ;
Etc., etc., etc.
C'est par ce système de pondérations de plus en plus exactes, toutes de droit, que doit être remplacé le système, moitié de fatalité, moitié de hasard, qui nous régit depuis l'origine de la civilisation ; système qui a pour principe l'ignorance, pour garantie la foi, pour formule la caste, pour organe l'Eglise, pour résultat le paupérisme, pour palliatif la charité, pour institutions tout ce qui, sous prétexte de soulager la misère, lui sert en réalité de foyer et d'aliment : asiles, crèches, chauffoirs, ouvroirs, cités ouvrières, hôpitaux, hospices, refuges, worMouses, écoles gratuites, secours à domicile, consultations gratuites, maternités, Quinze-vingts, cantines, sociétés de patronage, enfants trouvés, soupes à cinq centimes, pharmacies pour les pauvres, couvents, prisons, casernes, etc.
C'est à l'exposition de ce système que j'ai préludé en 1845 par la publication de mon ouvrage sur les Contradictions économiques, dans lequel j'ai démontré qu'il n'est pas un principe, pas une force dans la société, qui ne produise autant de misère que de richesse, si elle n'est balancée par une autre force dont le côté utile neutralise l'effet destructeur de la première.
C'est encore une pensée de balance sociale qui me dirigeait en 1848, quand, à propos de la Banque du peuple, j'osai dire que le principe sur lequel cette banque était établie résumait toute la science économique, tout le droit, toute la société. Les apôtres de l'amour, les réformateurs de la religion et du gouvernement, rirent aux éclats; c'était naturel : la métaphysique de l'absolu n'entend rien à la mathématique de la Révolution.
Le sentimentalisme chrétien s'est épuisé à combler, par le précepte du don volontaire, eleemosyna, l'abîme creusé par l'égoïsme païen ; il n'a réussi qu'à montrer son impuissance. Le problème de la société ne consistait pas, en 1848 non plus qu'au siècle d'Auguste, à changer le cœur humain; il ne s'agissait que de trouver une balance, il suffisait de faire justice en invoquant le droit de l'homme : Porro unum erat necessarium.
C'est ne rien dire que de prétendre, avec Bastiat et les autres, que les choses tendent d'elles-mêmes à se mettre en équilibre, qu'il n'y a qu'à laisser agir la bascule économique, offre et demande, et que la liberté nous conduira à la solution. La théorie de Malthus prouve combien peu les économistes du laissez-faire se gênent à l'occasion pour renier leurs maximes.
Sans doute la moyenne engagée dans les variations de la. valeur finit par apparaître : mais la question est de savoir si, cette moyenne reconnue, il nous appartient d'en faire une règle, ou si nous devons rester à perpétuité dans l'indéfini et la variation. Il est certain, par exemple, que les produits s'échangent contre les produits, et qu'en vertu de ce principe le salaire du travailleur tend à se mettre de niveau avec son service : est-ce une raison pour retenir éternellement, par l'agiotage, le travailleur dans le salariat? Il est certain que la Justice tend à occuper dans le cœur de l'homme une place plus grande que l'amour : est-ce une raison pour retenir les populations clans l'animalité, quitte à leur conseiller ensuite, quand elles deviennent trop nombreuses, le remède de Malthus?
Je dis donc que nous sommes tenus, de par notre droit et notre devoir, de procurer, autant qu'il est en nous, l'ordre qui nous est révélé par les agitations mêmes de notre existence : coupables envers la science, envers nos frères et envers nous-mêmes, quand l'harmonie se rompt par notre faute; dignes seulement et honorables alors qu'elle est le fruit de notre loyauté et de notre diligence.
C'est par cette loi d'équilibre, commune à la société et h l'univers, que la loi subjective et la loi objective se mettent d'accord, et que la Justice immanente, la Justice affranchie de tout respect transcendantal, trouve une première sanction, que j'appellerai sanction externe.
Tu as tout disposé, dit la Sagesse, avec nombre, avec poids, avec mesure ; Omnia in pondère, et numéro, et mensuel disposuisti. Comment l'Eglise n'a-t-elle pas vu que dans cette vérité, si bien démontrée par la science profane, il y avait un axiome pour sa théologie, une loi pour sa morale, un commandement pour sa discipline? L'économie chrétienne, comme l'économie païenne, a été livrée au hasard; elle est devenue une économie d'iniquité. Et telle est aujourd'hui la profondeur du mal, l'immensité de la faute, que revenir à la Justice c'est renoncer au christianisme.
Combien plus prudente, plus généreuse, plus véritablement inspirée a été notre Révolution, lorsqu'elle a dit par la bouche de Condorcet : 4
II est aisé de prouver que les fortunes tendent naturellement a l'égalité, et que leur excessive disproportion ou ne peut exister, ou doit promptement cesser, si les lois civiles n'établissent pas des moyens factices de les perpétuer et de les réunir ; si la liberté du commerce et de l'industrie fait disparaître l'avantage que toute loi prohibitive, tout droit Gscal, donnent à la richesse acquise ; si des impôts sur les conventions, les restrictions mises à leur liberté, leur assujettissement à des formalités gênantes, enfin l'incertitude et les dépenses nécessaires pour en obtenir l'exécution, n'arrêtent pas l'activité du pauvre et n'engloutissent pas ses faibles capitaux ; si l'administration publique n'ouvre point à quelques hommes des sources abondantes d'opulence fermées au reste des citoyens.
De telles paroles, hélas! étaient dignes du martyre: l'exécuteur des vengeances réactionnaires, Robespierre, ne manqua pas à sa tâche. Le seul homme qui en 93 entrevît l'égalité, mis hors la loi et découvert par la police du tribun, fut forcé de s'empoisonner pour échapper au bourreau. Le sang de Condorcet, de Danton, de Vergniaud, de Lavoisier, de Bailly, a rejailli jusque sur nous, et nous attendons la République.