CHAPITRE III
Difficultés que soulève lldée d'un état juridique. — Impossibilité de changer de voie. — A quelle condition la Justice peut devenir une vérité.
X. — A n'envisager les choses que du point de vue purement spéculatif, et avant tout essai d'application, il est certain que la Justice, autrement dire l'ordre social établi sur un système de transactions libres et de garanties réciproques, ayant pour interprète l'arbitrage de la cité, pour sanction son pouvoir, il est certain, dis-je, que cette hypothèse est infiniment plus rationnelle, plus pratique, plus féconde que les deux autres, les seules du reste qu'on puisse lui opposer.
Mais ce n'est pas tout d'avoir démontré la supériorité d'une théorie : il faut s'assurer que cette théorie suffit à son objet; que devant les difficultés d'application, le mauvais vouloir des hommes, elle ne viendra pas misérablement échouer, et changer les espérances du législateur en déceptions.
Ici se dressent les questions les plus scabreuses.
L'homme est libre, égoïste par nature, disons même légitimement égoïste, capable de se dévouer par amour et amitié, mais rebelle à toute contrainte, comme il convient à tout être raisonnable et digne. S'il recherche la société, il est plein de méfiance envers ses semblables , qu'il juge d'autant mieux qu'il se connaît mieux lui-même, et prompt à revenir de ses engagements, à les briser, à les éluder, dès qu'il en soupçonne l'imprudence, la sincérité ou l'utilité.
Il s'agit donc de savoir si l'homme donnera son consentement à ce système de transactions qu'on lui vante sous les noms de Contrat social et de Droits, car il est évident que, sans consentement, point de Justice; si d'abord il est libre de ne consentir pas, puisque, devant la nécessité d'un ordre social et l'impraticabilité de deux systèmes dont l'un lui ôte la liberté et l'autre le livre à l'antagonisme, il paraît impossible qu'il refuse, au moins d'une manière formelle j
si son acceptation ne sera pas dès lors accompagnée de réserves secrètes, deréticences, qui anéantiraient, virtuellement le pacte; si, médiocrement satisfait de la loi, il le sera davantage de ses interprètes; si par conséquent cet état juridique, dont on attendait de si merveilleux effets, ne se résoudra pas en un système d'hypocrisie, dont tout homme avisé prendra ce qu'il estimera lui convenir et laissera le reste.
Qui formulera la loi? Qui dira le droit et le devoir? Au nom de qui ou de quoi se présentera cette Justice, toujours aveugle, toujours tardive, jamais entièrement réparatrice? Qui garantira la sagesse de ses préceptes? Supposons la loi juste : qui garantira à chacun la fidélité du voisin, la probité du juge, le désintéressement du ministre, la prudence et l'honorabilité du fonctionnaire ? Dans ce spécieux système, où tout est censé relever de l'initiative de l'homme et du citoyen, où la loi est réputée l'expression de sa volonté, que de violence et d'arbitraire ! que d'escamotages ! . . .
Que si maintenant, après avoir vu briller un instant cette idée sublime du droit, nous devions admettre, avec la théologie, que la Justice intégrale n'est pas de ce monde, que nous ne pouvons en posséder pleinement que la notion et seulement en saisir l'ombre, comment proposer à la raison défiante des mortels une législation approximative ? Comment enchaîner les consciences? Qui s'arrogera le droit d'accuser les infracteurs? Comment punir des gens qui, pour n'être pas dupes, auront pris sur eux de transiger avec la loi? Que deviennent dès lors le vice et la vertu? Que devient la morale?... Ne valait-il pas mieux, pour les pauvres humains, la guerre ouverte, acharnée, sans trêve ni merci, qu'une paix honteuse, pleine de paupérisme, de perfidie, de trahisons, d'assassinats, sous ce prétendu régime du droit? Eh! quoi, nous devions échapper à la tyrannie et à l'anarchie par la Justice, et voici que sous prétexte de Justice nous avons l'absolutisme de l'Etat, l'antagonisme des intérêts, et par supplément, la trahison!...
Depuis que l'homme s'est uni à l'homme pour la commune défense et la recherche des subsistances, ce problème formidable est posé, et la solution ne semble pas plus avancée que le premier jour. Les révolutions se succèdent; les religions, les gouvernements, les lois changent,
i. il
et la Justice est toujours aussi équivoque, toujours aussi impuissante. Que dis-je? C'est cette déception de la Justice qui fait le malheur général. Comme au temps de l'initiation première, les esprits rêvent de droit, d'égalité, de liberté et de paix. Mais ce n'est toujours qu'un rêve : la foi s'est éteinte, et la vérité ne s'est pas montrée; la maxime de l'intérêt propre, à peine adoucie par la crainte des dieux et la terreur des supplices, gouverne seule le monde; et si les mœurs de l'humanité se distinguent jusqu'ici de celles des bêtes, c'est par cette comédie juridique, dont la bêtise de celles-ci les rend moins incapables.
Ainsi, malgré l'irréprochable rationalité du système, la Justice n'a pu devenir, en pratique, une vérité. Le désordre est dans le corps social, le droit faible, la loi incertaine; par suite, l'Etat vacille entre l'absolutisme et l'anarchie, le magistrat reste sceptique, la masse dissolue et malheureuse.
XI. — Une telle situation est aussi contraire à la raison des choses qu'à celle de l'homme, et c'est surtout parce que la raison des choses y répugne, que nous ne saurions nous y résigner. C'est une loi de nature que l'être intelligent et libre fasse lui-même ses mœurs ; qu'il se groupe selon une loi de raison et de liberté; qu'enfin, en quelque situation qu'il se trouve, seul ou en société, il arrive au bonheur par sa moralité même.
Voilà ce que dit la raison et ce qu'exige la nature ; ce qu'atteste, dans une certaine mesure, l'exemple des animaux; ce que cherche l'homme, sous la double et irrésistible impulsion de sa sensibilité et de sa conscience. Rester dans cet état de demi-justice est impossible : il faut aller de l'avant, d'autant que nous ne pourrions pas changer de système; nous sommes engagés à la Justice par les efforts mêmes que nous avons fait pour la réaliser. Quelques réflexions achèveront de nous en convaincre.
Je dis d'abord que, moins que jamais, nous pouvons reprendre le joug communiste.
La subordination de l'individu au groupe, qui fait le fond de ce système, s'observe chez tous les animaux associés; elle apparaît alors comme une conséquence du principe physiologique qui, en tout organisme, subordonne chaque
faculté à la destinée générale. Ainsi, parmi les abeilles, la communauté résulte de l'organisation des individus, ou pour mieux dire, c'est cette organisation qui est déterminée par les exigences de la vie commune. La pluralité des femelles impliquant la pluralité des familles, et celle-ci entraînant la dissolution de la communauté, il n'y a, pour toute la communauté, qu'une femelle, une reine, représentant de l'unité sociale, et dont la fécondité suffit à l'entretien de la population. Cette reine est servie par sept ou huit rois, qui sont tués dès que la ponte les a rendus inutiles. Les ouvrières n'ont pas de sexe, c'est à dire rien qui les porte au schisme et à la division. Tout leur amour, toute leur âme, tout leur bonheur est dans la ruche, dans le bien-être de la communauté, hors de laquelle elles périssent comme des créatures sans raison d'existence, des membres dont la vie centrale s'est retirée.
Voilà la communauté, telle que la demande la logique et que la réalise la nature.
Or, en faisant les hommes semblables et, sinon tout à fait égaux, du moins à peu près équivalents; en leur donnant un sentiment exalté de leur dignité ; en créant les individus des deux sexes en nombre égal; en posant ellemême dans la formation des couples la distinction des familles, la nature ne paraît pas avoir voulu pour l'homme d'une subordination aussi meurtrière. Elle lui laisse la personnalité. Elle veut que tout en s'associant il reste libre. Quelle sera la forme de la société humaine, si elle n'est pas communiste? Par quelle vertu, par quelle loi, l'homme, en multipliant sa puissance par l'association, conservera-t-il néanmoins son action personnelle et son libre arbitre? Voilà ce que depuis des siècles le genre humain cherche avec ardeur ; c'est pour cela qu'il a renversé les uns sur les autres tant de gouvernements divers, dont la tendance absolutiste et la tyrannie le ramenaient au communisme animal ; pour cela qu'au] ourd'hui, en affirmant plus haut que jamais sa sociabilité, il y met toujours pour condition première, la Liberté.
XII. — Mais si la communauté nous est organiquement antipathique, la liberté à son tour, môme excitée par le mofif d'intérêt, ne suffit pas non plus à la constitution de
Tordre. La notion de l'utile, qui joue un si grand rôle dans la société, est impuissante à la produire; il faut encore autre chose, il faut ce que tout le monde entend parfaitement sous les mots de Droit et de Devoir.
Une comparaison me fera entendre.
Que le physiologiste déduise, de la considération de la vie et de ses lois, des règles de conduite pour la subsistance, le vêtement, l'habitation, le travail, les rapports des sexes, l'éducation des enfants, etc. : il aura fait un code iï hygiène; personne ne dira qu'il a fait un traité des dévoies et jeté les fondements d'un ordre social.
Les lois de l'hygiène peuvent fournir le motif et l'occasion d'un droit à exercer, d'un devoir à remplir; par ellesmêmes elles n'obligent personne, et c'est en vain que l'on prétendrait résoudre par cette voie le problème de l'association. L'insalubrité d'un métier est une chose, l'intérêt de l'entrepreneur en est une autre. Si celui-ci trouve avantage à sacrifier des centaines d'ouvriers pour faire plus vite sa fortune ; si ces derniers, alléchés par le salaire, trouvent utile, en échange d'une jouissance présente, de trafiquer de leur santé à venir, ce n'est pas avec des conseils d'hygiène qu'on les arrêtera. — Mais, dit-on, l'Etat a intérêt à ce que la vie des citoyens soit ménagée, et cet intérêt prime tous les autres. — A cela je réponds que si l'intérêt de l'Etat prime l'intérêt, bien ou mal entendu, de l'entrepreneur et des ouvriers, cela ne fait point que ces intérêts soient les mêmes, ce qui devrait être pourtant dans un système où l'utile est regardé comme l'expression du juste, la liberté la même chose que la Justice; en second lieu, qu'il ne peut être question d'invoquer l'utilité générale, alors qu'on raisonne dans le système d'une liberté absolue. Le communisme seul, et la Justice, peuvent parler d'intérêts généraux.
Or, ce que nous venons de dire en particulier de l'hygiène s'applique, d'une manière générale, à l'économie.
Que l'utilitaire, à l'exemple de Bentham, cherche dans les rapports naturels qu'établissent entre les hommes le travail, la propriété, l'échange, le crédit, des règles et des garanties pour la conduite des opérations, la prévoyance des risques, la sécurité et le bien-être de l'existence; qu'il aille jusqu'à démontrer qu'en bien des cas le particulier
qui comprend son véritable intérêt trouve avantage à sacrifier quelque chose du sien plutôt que d'engager la lutte avec ses semblables et avec la société : ce philosophe de nouvelle espèce pourra être un grand économiste, il n'aura rien de commun avec celui qui enseigne la Justice, le Droit.
L'économie politique et domestique, science éminente, qui ne le cède en dignité qu'à la science du droit même, peut fournir, comme l'hygiène publique et privée, ample matière aux prescriptions du législateur et aux établissements de la morale. Elle n'est point la Justice; ce n'est pas seulement le sens commun, c'est, comme j'ai dit, la nature même des choses qui le déclare.
Dans tous ces cas la loi, hygiénique ou économique, est proposée au sujet, mais sous forme de conseil, sans injonction du for intérieur, avec probabilité d'un bénéfice, s'il* prend sur lui de s'y soumetire, ou d'un sinistre, s'il s'y refuse. La Justice, au contraire, en vertu de ia réciprocité qui la fonde et dont le serment nous lie, s'impose, impérative, souvent onéreuse, sans souci de l'intérêt, ne tenant compte que du droit et du devoir, quelque peu profitable que les circonstances aient fait le premier, quelque désastreux qu'elles aient rendu le second.
Ni communauté donc : nous avons trop d'habitudes d'indépendance, de personnalité, de responsabilité, de familisme, de critique, de révolte;
Ni liberté illimitée : nous avons trop d'intérêts solidaires, trop de choses communes, trop besoin les uns contre les autres du recours à l'Etat :
La Justice seule, de plus en plus explicite, savante, sévère : voilà ce qu'appelle la situation, ce que demandent toutes les voix de l'Humanité.
XIII. — Serait-ce maintenant que la société humaine, dans sa donnée rigoureuse, est une création impossible ; que notre espèce ambiguë n'est ni solitaire ni sociable ; qu'elle ne peut subsister par le droit pas plus que par la communauté ou par l'égoïsme, et que toute la morale de l'homme consiste à sauvegarder son intérêt privé contre les incursions de ses semblables en payant tribut à une fiction qui, si elle ne remplit pas entièrement son attente,
diminue du moins ses risques en disant au brigandage : Tu iras jusque-là, tu n'iras pas plus loin?
La chose vaut la peine qu'on l'examine. Car, s'il se trouvait, comme d'aucuns prétendent, que notre Justice avec ses formules n'est qu'une simagrée de notre antagonisme, il faut avouer qu'il y aurait singulièrement à rabattre de notre gloire, et tout ce que la science aurait à dire serait que nous sommes de drôles d'animaux. Allons plus loin : f homme n'osant avouer sa loi de nature qui est l'égoïsme ; , ne pouvant suivre sa raison sociale, qui exige le sacrifice; ballotté entre la paix et la guerre, spéculant à la fois sur l'feypothèse du droit et la réalité du brigandage, l'homme n'aurait véritablement pas de mœurs : ce serait une créature, par essence et destination, immorale.
N'est-ce pas ce que voulait dire cet ancien, qui comparait les lois à des toiles d'araignée? Les mouches s'y prennent, disait-il, les bourdons y passent. Tandis que la Justice reste obligatoire pour la multitude, d'autant plus obligatoire que celle-ci est plus misérable, on voit le parvenu, ' à mesure qu'il grandit en force et en richesse, jeter le masque, s'affranchir du préjugé, se poser dans son orgueil, comme si, en affichant son égoïsme, il rentrait dans sa dignité. Talent, pouvoir, fortune, furent de tout temps, dans l'opinion du peuple, un motif de dispense des devoirs imposés à la masse. Le plus mince auteur, le plus obscur bohème, s'il se croit du génie, se met au dessus de la loi : qu'est-ce des princes de la littérature et des princes de l'art? des princes de l'Eglise et des princes de l'Etat?... Comme la religion, la morale est renvoyée à la plèbe : gare que la plèbe, à son tour, ne tranche du grand seigneur et du bourgeois!... Et qui donc pourrait encore être dupe t N'avons-nous pas, depuis soixante et dix ans, changé vingt fois de maximes? Ne sommes-nous pas, avant tout, adorateurs du succès? Et tout en redoublant d'hypocnsje, ne faisons-nous pas profession de penser et de dire a qui veut l'entendre, que le crime et la vertu sont des mots, le remords une faiblesse, la Justice un épouvantail, la morale un grelot ? , .
Justice, morale! On peut dire d'elles ce que les Anglais disent aujuord'hui du régime protecteur, que c'est un brevet d'invention expiré, une recette devenue mutile. Uelasl
tout le monde possède ce fatal secret et se conduit en conséquence. Il n'y a point de Justice, vous disent ces pauvres enfants. L'état naturel de l'homme est iniquité, mais l'iniquité limitée, restreinte, comme la guerre qui en est l'image , par des armistices, des trêves, des échanges de prisonniers, des paix provisoires, que la ruse et la nécessité forment, et que rompent le ressentiment et la vengeance. Un publiciste, M. de Girardin, avec sa netteté habituelle, a mis en relief cette situation. — " Je nie la morale, écrivait-il dans une brochure publiée quelque temps après le coup d'Etat; je nie la Justice, le droit, la pudeur, la bonne foi, la vertu. Tout est crime, naturellement crime, nécessairement crime; et je propose contre le crime, — devinez quoi, Monseigneur; une religion? Oh! non, M. de Girardin est de son siècle, très peu mystique, et point du tout théologien; — un système d'assurances... „
XIV. — Résumons ces trois premiers chapitres, et, de ce qu'il nous est permis d'affirmer avec certitude que tout être a des mœurs, concluons ce qu'elles doivent être dans la société humaine, à peine de mort pour l'individu et pour l'espèce.
D'après nos définitions, tout sujet a nécessairement des mœurs, comme il a des facultés et des passions. (Déf. lre.)
Ces mœurs forment l'essence du sujet; elles constituent sa dignité, elles sont le gage et la loi de son bien-être. (Déf. 2,3 et 4.)
Les mœurs sont donc tout à la fois dans le sujet réalité et idée : réalité, puisqu'elles ne sont autre chose que le sujet même considéré dans les conditions de son existence et dans l'exercice de ses facultés (ax. 3) ; idée ou rapport, puisqu'elles résultent de la communion du sujet avec la nature et les autres êtres. (Déf. A et 2.)
Par les mêmes motifs, les mœurs expliquent le sujet (ax. 6) : elles rendent raison de son organisme, de ses facultés, de ses passions, de ses vertus et de ses vices, de ses joies et de ses tristesses, de ses corruptions et de ses amendements ; elles donnent le premier et le dernier mot de l'être. Qui ne connaîtrait pas les mœurs de l'homme, eût-il d'ailleurs la plus parfaite connaissance de son organisme, ne saurait rien de l'homme.
Ce n'est pas tout. Le sujet, en tant qu'être moral, se sait et se sent: il a l'instinct, l'intuition, la connaissance de sa loi; il l'affirme, il la veut, il y adhère avec amour; il a la certitude intime que par elle et par die seule il peut être heureux, et il tend de toute l'énergie de sa volonté à la réaliser, en y soumettant tout ce qui l'environne. (Déf. 5, ax. 4.)
Appliquant ces principes à l'homme qui vit en société, je conclus :
La condition sociale ne peut pas être pour l'individu une diminution de sa dignité, elle ne peut en être qu'une augmentation. Il faut donc que la Justice, nom par lequel nous désignons surtout cette partie de la morale qui caractérise le sujet en société, pour devenir efficace, soit plus qu'une idée, il faut qu'elle soit en même temps une réalité. Il faut, disons-nous, qu'elle agisse non seulement \ comme notion de l'entendement, rapport économique, formule d'ordre, mais encore comme puissance de l'âme, forme ,de la volonté, énergie intérieure, instinct social, analogue, chez l'homme, à cet instinct communiste que nous i^oixs remarqué chez l'abeille. Car il y a lieu de penser que, si îa Justice est demeurée jusqu'à ce jour impuissante, c'est que, comme faculté, force motrice, nous l'avons entièrement méconnue, que sa culture a été négligée, qu'elle n'a pas marché dans son développement du même pas que l'intelligence, enfin que nous l'avons prise pour une fantaisie de notre imagination, ou l'impression mystérieuse d'une volonté étrangère. Il faut donc, encore une fois, que cette Justice, nous la sentions en nous, par la conscience, Y comme un amour, une volupté, une joie, une colère; que nous soyons assurés de son excellence autant au point de vue de notre félicité personnelle qu'à celui de la conservation sociale; que, par ce zèle sacré de la Justice, et par ses défaillances, s'expliquent tous les faits de notre vie collective, ses établissements, ses utopies, ses perturbations, ses corruptions ; qu'elle nous apparaisse, enfin, comme le principe, le moyen et la fin, l'explication et la sanction de notre destinée.
En deux mots une force de Justice, et non pas simplement une notion de Justice ; force qui, en augmentant pour l'individu la dignité, la sécurité et la félicité, assure en
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même temps l'ordre social contre les incursions de Tégoïsme : voila ce que cherche la philosophie, et hors de quoi point de société.
Cette force de Justice existe-t-elle? A-t-elle son siège quelque part dans l'homme ou hors de l'homme? Ici se divisent de nouveau les opinions.