‹ De la justice dans la râevolution et dans l'âEgliseChapitre 10 sur 47 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Réalisme de la Justice. —La transcendance et l'immanence.

XV. — De ce qui précède résulte déjà un point essentiel, que nous pouvons regarder comme acquis, savoir :

Que pour régler les rapports des individus entre eux, les faire vivre ensemble et l'un par l'autre, et créer ainsi la société, un principe, une puissance, une entité, quelque chose comme ce que nous appelons la Justice, ayant sa réalité propre, son siège quelque part, d'où il détermine les volontés et leur impose ses règlements, est nécesaire.

Quelle çst cette puissance? Où la saisir? Comment la définir? Là est maintenant la question.

On a prétendu que la Justice n'était qu'un rapport d'équilibre, conçu par l'entendement, mais librement admis par la volonté, comme toute autre spéculation de l'esprit, en raison de l'utilité qu'elle y trouve; qu'ainsi la Justice, ramenée à sa formule, se réduisant à une mesure de précaution et d'assurance, à un acte du bon plaisir, voire même de la sympathie, mais toujours en vue de l'amour de soi, n'est, hors delà, qu'une imagination, rien.

Mais, sans compter que cette opinion est démentie par le sentiment universel qui reconnaît et affirme dans la Justice autre chose qu'un calcul de probabilités et une mesure de garantie, on peut observer, d'abord, que dans ce système, qui n'est autre que celui du doute moral, la société est impossible : nous l'éprouvons aujourd'hui, comme les Grecs et les Romains l'éprouvèrent; — en second lieu, qu'en l'absence d'une force de Justice, prépondérante dans les âmes, la violence et la fraude redevenant la seule loi,

la liberté, malgré toutes les polices et les combinaisons de l'assurance, est détruite, l'humanité devient une fiction, ce qui fait tomber la critique.

Je reviens donc à mon propos, et je dis :

Quelle que soit la Justice et de quelque nom qu'on l'appelle, la nécessité d'un principe qui agisse sur la volonté comme un force, et la détermine dans le sens du droit ou de la réciprocité des intérêts, indépendamment de toute considération d'égoïsme, cette nécessité est incontestable. La société ne peut pas dépendre des calculs et des convenances de l'égoïsme; les actes de l'humanité tout entière, dans ses ascensions et dans ses rétrogradations, en témoignent.

Ce principe, cette force, il s'agit d'en constater l'existence, d'en analyser la nature, d'en donner la formule. Constater la réalité de la Justice et la définir, en indiquer les applications générales, c'est aujourd'hui toute l'éthique : la philosophie morale, jusqu'à plus ample manifestation de la conscience, ne saurait aller au delà.

Or, i] y a deux manières de concevoir la réalité de la Justice :

Ou comme une pression du dehors exercée sur le moi;

Ou bien comme une faculté du moi qui, sans sortir de son for intérieur, sentirait sa dignité en la personne du prochain avec la même vivacité qu'il la sent en sa propre personne, et se trouverait ainsi, tout en conservant son individualité, identique et adéquat à l'être collectif même.

Dans Je premier cas, la Justice est extérieure et supérieure à l'individu, soit qu'elle réside dans la collectivité sociale, considérée comme être stii g mûris, dont la dignité prime celle de tous les membres qui la composent, ce qui rentre dans la théorie communiste déjà évincée ; soit qu'on place la Justice plus haut encore, dans l'être transcendant et absolu qui anime, inspire la société, qu'on nomme Dieu.

Dans le second cas, la Justice est intime à l'individu, homogène à sa dignité, égale à cette même dignité multipliée par la somme des rapports que suppose la vie sociale.

Donnons une idée des deux systèmes.

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