‹ De la justice et des jugesChapitre 3 sur 30 · ET DE VRAIS AMIS · texte numérisé non relu

ET DE VRAIS AMIS

CELUI DONT l'affliction ET LA DOULEUR

SE RÉVEILLENT AUJOORD'hdI AVEC LE PL08 d' AMERTUME,

NE CBSSERaVdE RÉPÉTER

CE QUE DISAIT UN SAGE DE l'aNTIQUITE :

<( JE CRAINS BIEN DE ME RELACHER DANS Lf:, CHEMIN DE LA VBRTC,

» j'ai PERDU LE CONFIDENT ET LE TEMOIN DE MA VIE. 0

19 aigrit /H.ï«.

Ce n'esl pas sans intention ni sans une satisfaction assez vive non plus que j*ai à rapporter ici et tout d'abord quelques-uns de ces faits annoncés dans le premier volume. Ce ^ont ces faits eux-mêmes qui doivent donner la plus juste idée d'un sujet et d'un caractère devant réaliser un but qui n'a pu être atteint par l'effet du cataclisme de 1848.

Je tiens encore un peu à ce but idéal, parce que s'il eût dépendu de moi et non des événements , je n'eusse cessé d'en rêver comme je ne cesse encore d'en poursuivre la réalité.

En reproduisant ce portrait d'un magistrat intègre et la nécrologie d'un digne compatriote , j'en arrive naturellement au récit de quelques particularités qui ne ^rôKit pas insignifiantes pour l'appréciation d'époques et ée m^œurs conteo^oraioes. C'est au moment où je venais de perdre les deux amis qui m'étaient les plus chers qu'un souv^min constitutionnel descendait dans la tombe.

La fin de nos vacances judiciaires approchait ; nous étions à la veille de la reprise dé nos travaux et de l'audience solennelle de rentrée. On voulait dontaer à cette cérémonie toute rimpoilance que paraissaient exiger les cifootistabces. Il fallait donc des discours, car k la mort d*Xtû ^SMlventib,

réloge du successeur au trône devient rigoureusement obligatoire.

C'est à moi qu'incombaient le devoir et l'honneur de la harangue officielle : elle était en quelque sorte exigée de ma part, puisque le chef du siège, gravement malade depuis longtemps, semblait toucher au terme de sa carrière.

Une telle coïncidence fut appréciée moins dans l'intérêt de ma propre cause que dans l'intérêt de la cause publique et de toutes les circonstances qui l'entouraient.

On ne se cachait pas trop de me montrer qu'a la suite de cet acte du magistrat le plus libéral non de l'arrondissement mais du ressort, le nouveau souverain ne pouvait éviter de distinguer et d'avancer celui et ceux qu'on cherchait alors à rallier de toutes parts. D ne s'agissait pas d'un simple avan* cément hiérarchique et qui allait se présenter sitôt et si naturellement ; mais je devais inévitablement recevoir cette décoration dont on faisait tant de cas et que tous les initiateurs officiels s'empressaient déjà de faire si bien reluire à mes yeux.

Comme on était trës*étonné de mon indifférence paisible devant toutes les instances qui me furent faites, je suis même encore aujourd'hui fort étonné d'avoir alors résisté au thème qui, en efiet, me souriait assez sous ce triple rapport.

En faisant le plus court éloge, mais le plus digne et le mieux mérité du premier magistrat du ressort, du plus estimable et du plus estimé des Marseillais, et du premier souverain constitutionnel de l'époque, j'étais de tout point dans le rôle le plus souhaitable que me faisaient les événements et ma position.

Mais si de cette triple oraison funèbre, il fallait en venir à l'ovation qu'exigeait Tavénement du nouveau roi, je ne pouvais aller jusque là.

Je déclinai tous honneurs et tout avancement.

Je venais de passer à Grenoble une partie de mes vacances et c'est là que nous apprîmes, le 16 septembre 1824, la mort de Louis XVIII , alors que déjà je goûtais fort peu les acclsyoaations magistrales à Charles X.

Je répète ce mot parce que je ne vis à Grenoble même un seul opposant, un seul indifférent parmi tous les membres de la magistrature et du barreau avec lesquels je fraternisais au mieux. Le doyen de cette Cour avait été, à ce que je crois, un membre de l'Assemblée constituante.

Je me trouvais donc seul à exprimer une répugnance invincible et des principes plus invincibles encore.

Il m'en souvient : de toutes parts, on jetait à mes yeux des discours des plus grands corps de l'Etat et des libéraux les plus avancés de cette époque. J'ai à m^ rappeler que ce jeune et éminent écrivain qui, depuis, a été près de quarante ans secrétaire perpétuel de l'Académie française ne fut pas le moins incrédule ni le moins éloquent : l'éloquence serait-elle donc quelquefois plus flexible que la justice qui ne doit jamais l'être ?

Mais que je le dise aussi : à peine la révolution de 1830 était-elle consommée , avant même que je fusse nommé procureur général, et je l'ai été dès le premier mois de cette révolution, je reçus des bords de l'Isère des compliments qui me flattèrent presque autant que celui qui, des bords de la Seine , m'apportait le Moniteur avec

une ûomination me faisant dès Tabord tressaillir de crainte autant que d'une espèce de terreur.

On me le pardonnera, je venais de voir de si près et au loin le courait de tant de parquets ! je ne pouvais avoir que le plus grand éloignement de charge pareille , quoique j'ai conservé dans de tels rangs des liaisons d'intimité avec les magistrats qui les occupaient alors.

Il peut donc être permis, dans le volume destiné seulement aux pièces officielles, de placer en tète celle qu'on va lire et qui est encore pour moi un des meilleurs souvenirs de ces temps.

Pourquoi faut-il qu'après avoir rendu ce juste hommage de gratitude et de respectueux attachement aux deux chefs de la même Cour sous le premier Empire et sous la Restauration, on se trouve condamné à la réprobation, au blâme public et aux poursuites disciplinaires contre les survivants des magistrats qui les ont remplacés sous les gouvernements constitutionnel, républicain et impérialiste?

Il faut donc que le mal ait été à son comble et qu'il doive toujours plus empirer pour qu'on en vienne à des extrémités les plus calamiteuses de la vie.

Si des personnalités inévitables, si des réformes toujours plus indispensables, présentent tant de péril, pourquoi aurions-nous donc à appréhender lorsque nous osons espérer qu'en résultat on verra comment nous avons agi avec nos principes de justice et comment nous avons procédé pour relever la dignité des corps et la moralité du pays luimême.

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