‹ De la justice et des jugesChapitre 4 sur 30 · NÉCROLOGIE · texte numérisé non relu

NÉCROLOGIE

SUR, ]Vi:. TAI^I>IEXJ

Au Rédacteur du CTottrrier WtraÊêçaiê*

Monsieur ,

J'étais absent lorsqu'un événement déplorable, en frappant M. Tardieu-Rouchon, m'a privé d'un ami et a enlevé à la ville de Marseille un de ses plus vertueux et de ses plus honorables citoyens. La reconnaissance a déjà dignement payé sa dette sur la tombe de cet honmie de bien. Mais quoique le deuil de tout une population ait accompagné ses derniers restes, quoiqu'il ait été regretté là où il a vécu avec tant de distinction, qu'il me soit permis, en faisant connaître à la France entière cet excellent compatriote, de confier à la mémoire publique un nom recommandable de plus. Veuillez donc. Monsieur, insérer dans votre journal la notice que j'ai l'honneur de vous adresser.

Laurent Tardieu-Roucbon naquit en 1767 d'une fomille

honnête et aisée à Volonne, petit village près de Sisteron, dans le département des Basses-Alpes. Il fit des études brillantes et solides. Destiné d'abord k la carrière diplomatique, il entra ensuite dans la marine, et il avait fait plusieurs campagnes sur les vaisseaux du roi lorsque la Révolution commença. Il en embrassa les principes avec cet enthousiasme de réformes et ce goût du bien, que ressentirent a cette époque toutes les classes de la nation. Mais il se prononça contre elle dès qu'elle devint violente et excessive. Il se trouvait dans le port de Toulon lors des événenements du 51 mai. Tout le Midi s' étant insurgé contre la Montagne de la Convention et la commune de Paris, M. Tardieu accéda k ce grand mouvement et fit partie de Tarmée sectionnaire. Quoique fort jeune encore, il obtint beaucoup d'influence par la supériorité de son esprit, la droiture et la fermeté de son caractère. Après que l'armée du Midi eut été battue par le général Carteaux, M. Tardieu voulut défendre Toulon contre les républicains , mais sans le concours des Anglais. Il s'opposa avec beaucoup de courage et d'éloquence dans le conseil à ce qu'on leur abandonnât la ville, l'arsenal et la flotte ; mais son avis n'ayant pas prévalu, il donna sur-le-champ sa démission, se montrant par la aussi incapable de supporter la tyrannie révolutionnaire que de livrer son pays k l'étranger. Cet amour profond du devoir, cet attachement éclairé k sa patrie, est le caractère de la vie politique de M. Tardieu.

A la prise de Toulon par les républicains, M. Tardieu, obUgé de fuir, se rendit en Italie. Il trouva dans ses vastes connaissances des ressources que n'eurent pas tous les exilés français. Sachant les langues anciennes, et parlant avec

une grande aptitude toutes les langues modernes, propre au commerce comme il Tétait à l'administration, à la diplomatie et à la marine, M. Tardieu fut recherché par des négociants étrangers et prit part à quelques grandes entreprises. Peu de voyageurs et même peu d'Italiens connaissaient mieux que lui cette terre classique dont il avait parcouru toutes les parties et examiné toutes les richesses en beauxarts pendant un séjour de dix années.

Rentré en France, pendant le Consulat, il se livra a l'industrie. Peu de temps après son retour, il épousa M"^ Ronchon dont la famille était déjà alliée à la sienne. Pendant longtemps, M. Tardieu s'occupa de ses travaux industriels, de l'éducation de ses enfants et vécut dans le commerce de quelques amis. Mais lorsque la France parut rentrer en 1817 dans la carrière constitutionnelle, M. Tardieu seconda de ses vœux et de ses efforts ce mouvement d'idées et de liberté. Possesseur d'une grande fortune, il en fît toujours un noble usage et fut un des principaux souscripteurs pour tous les établissements utiles. L'école d'enseignement mutuel de Marseille le compta parmi ses plus généreux et ses plus fermes appuis. Le conseil municipal n'avait jamais voté de fonds pour cet établissement et le gouvernement lui refusa, en 1820, les secours qu'il lui avait accordés jusque là. Les souscriptions particulières ne pouvaient plus suffire à toutes les dépenses. Il fut arrêté de faire une dernière tentative auprès du ministre de l'intérieur. M. Tardieu, président du comité, exprima, de la manière suivante, au nom des souscripteurs leurs sentiments et leurs besoins :

€ S'il est bon. Monseigneur, que le peuple s'instruise, < qu'il sache connaître le mal pour s'en défendre, quelle

< yill^. plus que la nôtrç doit app^écieii cet avajoA^e, doit € rechercher la voie qui y coAduit avec promptitude et sûr € reté? Douée d'une iio^iDation ardente, dénuée des Lu,-r € miëres nécessaires pour distinguer les pièges qui lui sont c tçndus^ la population marseillaise a sdA$ cesse été dupe c des méchants. Des excès déplorables ont signalé dans

< cette malheureuse ville toutes les phases de la Révolution « et lui ont acquis une douloureuse célébrité. Tandis que,, c dans les gorges des Alpes où Tâme humaine seml;)lerait € devoir être aussi âpre que la nature, grâce à une éduca? € tion meilleure, à une instruction plus étendue, Thumac nité n'a point été outragée : jamais lie sang français n'a

< rougi la neige de nos montagnes. »

Cette demande lut repoussée ainsi que le projet de former un ath.énée pour créer des occupations utiles et profitables a la jeunesse marseillaise, quelquefois trop oisive. Monseigneur le comte de Corbière, ministre de l'intérieur, s'opposa obstinément à la demande de plus de deux cent$ pères de fa^mille les plus hpnorés de cetjLe importa,nte ville^ Le laconism.ç et les formes de ce çefus firent craiii4i^e une. surprise. On réclajoaa de nouveau, et M. Tardj^eu, élu présirt dent, écrivit le 18 mars 18^^ :

< Que craiïjit-on., Monseigneur, et que veutron? Çjst-çe à € la science que l'on fait la guçrre? Nous ne pouvons le c croire sous le règne d'un prince distingué par l'étendue € de son esprit et| de ses cpnnaissajiceç^. d'un priftce sous € les auspices d^uquel, T Athénée se gloçifi^ d'avoir été foi;^ c mé, il ^ a près de quaraQte s^i^,. E^He auxhomqoie^vqu^ c l'on en veut? Cette supposition^ IMion^igQ^ur,, seiraijb plus c affligeante s^ns être plus rai^nnable. Que somjpesrnous?

— ft —

€ Des citoyens paisibles, des sujets soumis ; noos sommes

< des (oActionnaires sans reproches, des commerçants )ac borieux, des juriscoiisultes honorés de la confiance pu-* c blique, jouissant tous d'une existence honorable, tous

< intéressés au maintien de l'ordre et à l'observation des c lois. Comment serions-nous suspects ? Et si le gouverne»'

< ment prenait ombrage de citoyens tels que nous, sur qui c ferait-il r^oser sa confiance ? >

Ces deux rédamations restèrent sans réponse.

Tel est l'homme qui n'a jamais été appelé au conseil municipal, ni à la chambre de commerce, ni au tribunal, ni à l'administration de santé, ni au conseil d'arrondissement, ni au conseil général de département. Candidat pour la législature aux élections de 1820, il a été repoussé par le ministère. La Provence, qui avait donné Mirabeau, Siéyès et Portalis à nos assemblées législatives, voulait payer de nouveau son contingent parlementaire et ne plu& emprunter au dehors les défenseurs de ses intérêts. Chacun sait ce qu'il a fallu pour empêcher la nomination de M. Tardieu, et il paraîtra toujours étrange qu'il ait existé un ministère capable d'écarter, avec tant d'aveuglement, un homme aussi recommandable, aussi vertueux et qui aurait pu être aussi utile.

BORËLY, v.-prés. du Tribwnal civil.

MarseiUe, le 4«r novembre 4824.

Mais si le ministre de l'intérieur ne répondait pas aux réclamations que lui adressaient les p\us notables Marseillais

pour le développement de rinstruction, il y avait a la chancellerie un ministre de la justice qui était plus résolu au système d'asservissement intellectuel imposé chaque jour avec plus de force et plus de persistance.

Le comte de Peyronnet, dans cette occurrence et k mon égard, mit une espèce de perfidie qui n'était pas trop dans ses allures : il voulut me pousser à un désaveu de mon article nécrologique sur le plus éminent des Marseillais.

La lettre que m'écrivit ce garde des sceaux le 25 décembre 1 894 et la réponse que je lui adressais le 39 du même mois disaient assez jusqu'où nous étions décidés d'aller l'un et l'autre.

L'un et l'autre nous en restâmes là. Et si d'ailleurs je pus croire alors qu'en sortant ainsi de la magistrature je faisais le devoir du magistrat, on sait aujourd'hui comment plus tard je quittais cette même magistrature en poursuivant le même devoir de magistrat.

A M. Rmréljj Tlee-Préftldcnt 4« Trilmiial

elTil 9 à Mapseille.

Paris, le S3 décembre 48S4.

Je suis instruit. Monsieur, qu'un des journaux qui s'imprimaient dans la capitale a publié comme si vous en étiez Tauteur, une lettre dans laquelle se trouvent des expressions offensantes pour l'un des Ministres du Roi.

Je ne puis penser, Monsieur, que vous eussiez compromis k ce point la dignité et la gravité du caractère public dont vous êtes revêtu, et j'aime a me persuader que cette lettre vous est injustement attribuée.

J'ai cru, néanmoins, devoir vous demander de me donner quelques explications sur ce point.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Garde des Sceaux^ Ministre de la Justice^

Comte DE PEYRONNET.

A Min Excellence le Garde de« Hceanx de France,

Ministre de la Justice.

Marseille, le 29 décembre 4824.

Monseigneur ,

Lié d'uDe étroite amitié à M. Tardieu-Rouchon, l'un des hommes les plus estimables et les plus estimés de Marseille, j'ai voulu payer un tribut k sa mémoire lorsqu'il tomba sous les coups d'un assassin. Je lui ai consacré une notice nécrologique qui a été insérée dans le Courrier Français du 14 novembre dernier. Â part quelques retranchements qu'ont nécessité les bornes étroites d'un journal, ma lettre est telle que je l'ai écrite.

En rappelant les titres honorables qu'un homme de bien avait à la reconnaissance publique, il m'a paru convenable de £ûre connaître son zèle et ses généreux efforts pour tous les établissements utiles qu'on a voulu fonder en cette ville. J'ai cité des faits. Ce que j'ai brièvement raconté à ce sujet est à la connaissance de toute la population marseillaise. Les journaux de la capitale ont, au surplus, rapporté, dans le temps, la correspondance dont j'ai cité quelques fragments.

Je ne puis croire que Tun des ministres du Roi puisse trouver en 1 824 des expressions offensantes dans le simple récit de faits déjà publiés en entier en 1822.

J'aime a me persuader, Monseigneur, que vous ne trouverez jamais dans ma conduite publique, ni dans ma conduite privée rien qui puisse compromettre, en quoi que ce soit, la dignité ni la gravité du caractère public dont je suis revêtu.

Je suis, etc., etc.

BORÉLY

A ■■•nftleiir le Rédacteur dn IFréeurmemr

Marseille, le 30 jaillet 4828.

Monsieur le Rédacteur ,

Ce matin, ayaut causé quelques instants avec votre correspondant en cette ville, et craignant que vous ne soyez mal informé sur un événement fâcheux qui est à ma connaissance particulière, je m'empresse de vous faire parvenir ces quelques lignes afin de prévenir et d'éviter des insinuations malignes et perfides dont vous seriez involontairement récho.

Je passe Tété dans le quartier de Saint-Menet dont le curé vient, ces jours-ci, d'être atteint de démence. Je sais et je connais l'origine de la cause de la triste maladie qui vient de frapper cet infortuné ecclésiastique. Une santé affaiblie, une poitrine épuisée, l'exaltation des idées religieuses, la lecture des journaux qui prédisent la persécution et les méditations solitaires des ouvrages de M. de Lâmenais ont ébranlé le cerveau d'un bon et pauvre jeune homme qui vivait en cénobite.

Une dame du voisinage, digne du plus grand respect, a cru devoir s'informer elle-même de la santé de son malheureux pasteur. Le malade a paru touché de ce témoignage d'attention et d'intérêt ; mais, la tête commençant à s'exalter,

il a proféré quelques mots bizarres et a même tenté de battre ou d'atteindre la bienfaitrice qui venait lui offrir des consolations. Là dessus, Monsieur , on a fait en ville les contes les plus absurdes et les plus déplacés. Je suis outré de colère de tout ce que je viens d'entendre ici, à mon retour de la campagne. On ne peut pousser plus loin Tinjustice, la calomnie et la diffamation la plus atroce.

Je crois, Monsieur, vous rendre un service important et faire quelque chose d'utile à la liberté de la presse en vous avisant de ce qui se passe, de ce que je sais mieux qu'un autre et en prévenant des indiscrétions déplorables dont vous auriez des regrets et qu'il faut toujours bannir d'une feuille indépendante et consacrée a la défense des bons principes, de la justice et de la modération.

Veuillez agréer, etc. , etc.

BORÉLY

n n'y a pas d'explication à donner k de pareilles insertions épistolaires. Leurs dates et leurs principes pourront peut-être justifier ce que tout auteur recherche autant pour les faire connaître au public que pour revenir sur ses souvenirs personnels.

k ■■•nftieal* le C^éMéral Laffayette.

Harïieine, le 34 inaVs fSf).

Mon Générai ,

Après vous avoir fait Subitemetil toùnàttre le résultat de mes efïoTts> il nous a )^aru convenable de vous doiinèr quelques explications et quelques reusiBigiiementè de détails. Mon ami Thomas est bien aise que je porte à votre connaissance les particularités d'époque et de ïoôàlités auxquelles nous devons notre triomphe.

Il est certain, comme j'ai eu Thofineur de \mk le tnander, que notre ami était le seul élu que les constitutionnels pussent obt^if dans les circonstances présentes. Marseille n'est ni dans le département de la Sarthe ni dans Seine-et- Marne, et je suis convaincu que si nous n'avions eu dans notre câttdidat, une considération personnelle, des services particuliers, une capacité incontestée et les adhérents d'une honorable postulation d'avocat, nos ennemis l'emportaient encore dans cette circonstance.

Si j'avais été seul sur les rangs, par exeinple, la vivacité de ma couleur, la force et la ténacité de mes principes, et l'énergie de mon opposition n'auraient permis à aucun ultra de me donner un suffrage de la droite : et nous avions encore besoin, cette année, de quelques défections attirées par des affections personnelles. Larreguy aurait eu bien moins de voix encore que moi.

^Jf^r^

En l'état, comment doit apparaître et comment doit prendre place notre ami ? C'est là sa soUiôtude dans Tintérôt de notre avenir marseillais. Un député qui se trouverait sur la ligne que j'ai suivie, n'éprouverait ni difficulté ni embarras à l'égiBurd de ses mandants : placé sous le bras du compagnon et de l'ami de Washington et sous celui du plus vertueux et du plus intègre magistrat de France» je ferais mon apparition, sous vos saints auspices, à c6té de M* Dupont de l'Eure et protégé par l'honorable et intime affection de Manuel.

Thomas se fait des doutes sur ce que lui imposent la défense des intérêts généraux et les ménagements qu'il croit être nécessaires à la consolidation du bien que nous venons d'obtenir. H vous expliquera tout cela k son arrivée. Comme il est d'affection et de conviction avec les chefs de notre phalange, il n'agira jamais sans s'être particulièrement entendu avec vous tous. Il est bien aise que je vous indi(|[ue ces premières données ; je le fais avec empressement. Les circonstances et vos explications préalables feront le reste.

Je vous réitèrcu etc.

Lorsque dans le vieux temps d'élections bien moins tour^ mentées et bien moins avilies que celles de nos jours, on a à citer les noms les plus respectables de France, et les plus estimables du département, on n'est pas sans satisfaction a se recueillir dans son passé.

— to —

visoire et conjointement avec le maire provisoire d*Aix pour me réclamer à la tète du parquet de la Cour.

Mais que je vous dise plus volontiers qu'il a été déjà question de vous dans l'examen des préliminaires législatifs. J'ai même été tout naturellement obligé de soutenir et de défendre vos droits. A ce sujet , je n'ai rien à vous dire de nouveau, car vous saurez aussi tout naturellement ce qui a été fait et tout ce qui se fait.

Toutefois, ne nous préoccupons pas trop de ce qui nous touche personnellement et laissez-moi en finissant revenir à des injustices qui peuvent si facilement se commettre et qu'il importe de prévenir.

Tout d'abord, il faut arrêter le remplacement de notre procureur du roi actuel : M. Taxil, en position si diffidle, a su conserver un digne caractère. La révolution qui vient de s'opérer ne doit pas être un acte absurde de vengeance ni d'aveugle rancune* Si je dois avoir voix dans ce chapitre, M. Taxil sera conservé dans l'intérêt de la justice et j'ajoute que s'il était remplacé, ce ne serait que sous les inspirations des plus mauvais sentiments.

Lorsque nous aurons bientôt à nous revoir, je ne vous parlerai que le même langage, celui du bien public et celui de l'amitié.

Adieu, mon cher Thiers, je suis toujours votre trèMffeotionné ,

BORÉLY

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lluyl&i^ Im.u^ »yi^ — u*>^* -eé^uats^Çt*.*^

*^'. Wi-JuL 14U,\^ CH*^uâ< éuJt^iu^

Dise^nr» à la C^arde nratlonale de C^ardaniie , à raecaaion d'an Drapeau offert par m» Boréljr» Proearenr Général prèa la Cour Royale d'Alx, le Dlmanehe 90 février 18S1.

Braves Gardes Nationaux , mes ghers Compatriotes !

Le voilà donc enfin cet étendard sacré, ce vrai Dr24)eau national, attendu depuis si longtemps et promis avec tant de justice au zèle et aux sentiments patriotiques qui vous animent tous !

Agréez, mes amis, l'hommage que je rends si volontiers à cette ardeur, à ce noble élan qui se sont constamment manifestes dans vos rangs, depuis notre grande et heureuse révolution de juillet. Qui pouvait mieux apprécier votre patriotisme, que celui qui Ta si vivement et si constamment partagé? Aussi, qu'il me soit permis de le dire avec orgueil, avec vérité : dans les trois départements du ressort de la Cour que je viens de parcourir, après les trois grandes villes qui nous entourent, après Marseille, Âix et Toulon , nulle part la garde citoyenne ne montre une harmonie plus parfaite, un plus grand enthousiasme pour le Roi, un dévoûment plus unanime au maintien de l'ordre et k la conservation de toutes nos libertés reconquises.

Dans cette pauvre Commune, délaissée depuis tant d'années par l'autorité, si odieusement déshéritée de toute protection et de tout appui, 513 bons Français sont accourus

pour maintenir un gouvernement nouveau qui leur promet plus de garanties réelles et une sollicitude plus éclairée.

Il y a deux mois, à la vue de vos courageux efforts, je fus' saisi d'une si vive émotion, que je m'empressai de reporter avec attendrissement, l'impression de mes sentiments et de mon admiration vers l'illustre général qui était alors à votre tête. Je me hâtai d'adresser au grand citoyen, qui m'honore depuis si longtemps d'une amitié particulière, les félicitations que méritaient ses immenses travaux et les puissants résultats qu'ils procréaient de toutes parts. Après avoir été, dans les temps mauvais, le correspondant intime du patriarche de là liberté, je devais à une époque heureuse réjouir son âme élevée. J'éprouvais une vive satisfaction de pouvoir effacer, en lui parlant de vous, tous ces souvenirs d'amertume, de répugnance et de regrets que jadis je lui avais si souvent exprimés du fond de la Provence.

Aussi, ce vénérable guerrier s'est-il empressé d'oppfaudir avec plaisir aux vœux que je lui exprimai, de vous offrir ce drapeau autour duquel tous les gardes nationaux dn royaume font faisceau pour le maintien et le respect des lois. Vous auriez salué plutôt ces nobles couleurs, le vigilant et glorieux Coq des combats, si les ouvriers de la capitale n'avaient été détournés de leurs travaux par les événements qui se sont passés vers la fin de l'année mémorable qui vient de s'écouler.

Aujourd'hui, mes amis, tout est rentré dans l'ordre; la paix intérieure est partout assurée ; elle est garantie par ces journées de juillet et de décembre, dans lesquelles la garde nationale de Paris a triomphé de tant de difficultés, et par ces premiers jours de février à Marseille, pendant lesquels

DOS voisins, les gardes nationaux de cette grande cité, ont également comprimé la dernière tentative de désordre que pouvaient faire naître d'injustes prétentions et de ridicules privilèges de corporation.

Du nord au midi, sur tous les points de ce vaste empire, l'obéissance aux lois, le respect aux arrêts de la Cour des Pairs, l'adhésion aux paternels avis de l'autorité, ont calmé tout désir de vengeance, tout mouvement désordonné d'insubordination et de trouble.

En toute occasion, de si nobles exemples sont suivis par quatre millions de Français qui, (^aque jour, se montrent fiers et dignes d'accourir à la voix du Roi Citoyen. Ainsi, soutenu par le vœu unanime d'une nation armée, ce vrai Roi constitutionnel peut exprimer avec confiance et dignité son désir de la paix, et opposer à l'ennemi ce noble et généreux dévoûment qui le placerait à la tôte de nos redoutables phalanges, si jamais on osait menacer nos frontières.

Imitons l'exemple du père de la patrie. Pféparons^nous à conserver une Charte et un Trône qui seuls peuvent assurer ordre et liberté au dedans, respect et sécurité au dehors.

Que chacun de nous se dispose à tous les sacrifices que peut permettre sa position particulière et que commande l'intérêt public.

Je ne puis le céder a personne, lorsqu'il s'a^t de soutenir un Gouvernement que j'ai si longtemps désiré, et qui m'a cru capable de lui rendre quelques services ; traité ,{ivec une faveur inespérée, je désire justifier un patriotisme si généreusement récompensé, et qui ne saurait s'attiédir à l'œuvre, ni se ralentir au danger.

Les doctrines que j'ai constamment professées sur le pou-

Yoir, ne m'ont jamais représenté les fonctions publiques comme un moyen de fortune. Déjà on a proclamé que Ye%er^ cice de Tautorité ne peut être apprécié que par les avanta* ges qu'elle confère à ceux sur lesquels elle s'étend. Si je n'ai point reculé devant les difficultés d'une charge plus élevée, c'est uniquement dans l'espoir de contribuer davants^e et de travailler plus activement à l'aSérmissement et au dé* veloppement des principes populaires auxquels j'ai voué toute mon existence*

Ges priimpes ont triomphé à traters tes barricades de Paris ; îlâ l'ont enfin emporté sur cet odieux arbitraire, sur cette violation des lois qu'on avait si jésuîliquement préparés depuis longtemps et si audacîeusemeiit proclamés le 98 juillet.

Nos brillants succès et nos glorieux exemples se propagent de toutes parts ; ils réveillent au loin les peuples asservis. Nous touchons à l'époque la plus décisive du siècle. Nous serons témoins, jTespère, du nouveau système politique qui va dianger le droit public de l'Europe. Les vieux traités, dictés par la force et la ruse, seront remplacés, dans peu, par ces nouvdles conventions de paix ^ éTamUié, de nmigathn et de commerce' dont les Amériques nous offrent un si bel exemple, qui ne sont basées que sur les avantages réels du peuple et sur la prospérité réciproque des empires.

Mais, en présence de si grands événements, dans des circonstances aussi graves, lorsqu'il s'agit d'être ou de n'être pas, de rester nation brillante et honorée ou de retomber sous le joug humiliant de l'étranger, des privilèges ari^ tocratiques ou des préjugés surannés, il ne peut plus être

seulement qnestioa de discours ni de théories. U faat un autre langage et en venir aux moyens d'exécution.

Dès ce jour, j'offre la moitié du traitement annuel que l'Etat attadie aux fonctions de Procureur Général, pour habiller et équiper tous ceux qui, parmi ?ous, souscriront l'engagement de se tenir prêts à marcher à l'ennemi au pre* mier signal.

Au premier coup de canon tiré sur la frontière, je fais l'abandon de la totalité de ce traitement, et je déclare d'avance le mettre à la disposition du Ministre de la guerre.

Du patriotisme en action . Yoilk ce qui est à la portée de tous. Les frais de la guerre avant tous frais de représentation.

Notre avenir, une fois assuré, la sécurité publique complètement établie à l'intérieur et k l'extérieur, nous entrerons alors dans la voie des améliorations graduelles, dont nous nous entretenons depuis si longtemps. Nos ressources, notre zèle et tous nos moyens, reprendront une autre direction, également profitable au pays. Nous réaliserons nos projets d'association, de construction , d'embellissements et de fabrique. Nos chemins, à la honte de l'administration départementale, à la honte de la France, ne resteront plus dix ans sans réparations, sans entretien d'aucune espèce. La population la plus laborieuse du Midi, aujourd'hui séquestrée, bloquée, placée en interdit pendant un tiers de chaque année, pourra, un jour, librement alimenter les grands marchés qui l'entourent et vendre ses produits. Nos charretiers ne resteront plus dix heures dans la glace et la boue, pour parcourir un trajet de moins de quatre lieues ! ! ! Les houillères qui sont sur notre territoi^

— aère, attireront l'industrie et nous contribuerons a élever des manufactures qui enrichiront la contrée.

Ces prairies* sur lesquelles nous avons tous, dans les courses du jeune âge, si souvent lutté de force et d'adresse, et où se distinguait si bien mon illustre et éloquent ami, ces allées de platanes qui sont le seul ornement du pays, seront un jour rendues à leur véritable destination : J'oiivrirai, à l'époque la plus rapprodiée, cette grande nie qui vous montrera le nom et le buste de Manuel. Les deux principaux emplacements qui touchent à la place publique, je les destine, vous le savez, à des écoles de garçons et de filles.

L'instruction, secondée et encouragée par nous tous, sera enfin répandue dans le peuple et Téclairera sur ses besoins et ses droits,

AMIS, Excellents et industrieux compatriotes ,

Ce n'est que sous ces couleurs nationales que la France sera grande et heureuse : ce n'est qu'avec le drapeau tricolore que les Communes seront riches et bien administrées; ce n'est qu'avec un Roi de notre choix et qui a adopté si volontiers et avec tant d'empressement nos insignes de gloire et de liberté, que nous pourrons jouir de tous les biens, de tous les avantages que les hommes réunis en société peuvent désirer.

Officiers, soldats, braves gardes nationaux, vous défendrez ce drapeau, il est confié à votre patriotisme, à votre courage, à votre amour pour Tordre public et le Roi constitutionnel .

Mscanrs du Pr«carear Général Barély , prési-^ dent du Callége dn 1* arpondlascment électoral de Marseille, prononcé le • aeptemlire 1§S1.

Messieurs ,

Si nous reportons nos souvenirs vers l'origine de la révolution de Juillet et vers la cause de la nouvelle convocation de ce Collège Électoral, nous pourrons répéter, dans cette enceinte, ce que disait naguère un écrivain distingué : ce sont les bons sentiments qui commencent les révolutions, ce sont les mauvais qui s'en emparent.

De la résistance à l'arbitraire on a vu surgir notre régénération politique ; mais a peine le patriotisme des bons citoyens avait-il sauvé la Charte des atteintes que lui avait porté un pouvoir aveugle que s'est montrée l'anarchie pour attaquer, en sens contraire, des institutions qui venaient de recevoir tous les compléments souhaitables.

Une de ces attaques soudaines a donné, dans nos murs, un déplorable spectacle à la France. C'est par suite de cette violence du premier des droits constitutionnels , c'est par les entraves apportées a la liberté des suffrages électoraux, que nous sommes appelés aujourd'hui à compléter la députation des Bouches-du-Rhône.

En attendant, la justice recherche et poursuit les auteurs de cet attentat : éloignée des passions et des orages politi-

queSy elle procède, dans son sanctuaire, à une de ces informations qui accusent plus ordinairement l'égarement des partis que les lenteurs obligées des formalités judi-

ciaires K

Électeurs de ce 1^' Arrondissement, plus pénétrés que jamais de la sainteté de notre mandat , accomplissons-le avec un patriotisme éclairé et une insistance à toute épreuve. Réparons, par le choix d'un Député d'honneur et de conscience, de probité et de talent, des torts qui ont fait revivre la douloureuse célébrité que s'était acquise la ville de Marseille dans les différentes phases de l'histoire contem- ' poraine.

Que si d^à, par les suffrages préliminaires que vous avez décernés hier a celui qui a l'honneur de vous présider aujourd'hui, vous aviez d'avance voulu indiquer vos résolutions de fermeté et de courage, je serais fier d'une des circonstances les plus heureuses de ma vie.

Toujours uni d'intention et de cœur avec des citoyens à principes arrêtés, nous triompherons tous des obstacles que l'on suscite sans motif et sans but au gouvernement de ce Roi qui ne veut que le bien du peuple et la gloire de la Patrie. Nous repousserons l'esprit d'intrigue , nous arrêterons l'audace des factions : au dehors, nous maintiendrons

1 Le seraiin du Collège da Nord a été brisé le 6 juillet dans la salle de la Bourse, à 4 heures Le chef du parquet de la Cour ordonnait, à 5 heures, des poursuites sur cet attentat. Le réquisitoire de M. le Procureur du Roi. dressé le même jour, était présenté à M. le Juge d*instru<>tion, qui, le 7 au matin, commençait son information.

Le 44^ sur la réquisition du Procureur Général, la Cour royale d'Aix prononçait révocation de cette affaire et en déléguait l'instruction à M. le Premier Président et à un Conseiller auditeur.

le libre accès de cette enceinte aux Electeurs ; au dedans, le plus loyal et le plus indépendant exercice des suffrages.

Pénétrés des doctrines du Gouvernement représentatif , ' nous voulons tolérance pour tous, oppression pour aucun. Ce n'est que ce système, l'entier, l'impartial accomplissement des lois, qui doit rallier chacun à une Charte inépuisable de libertés , k un Trône inépuisable de garanties , à une Famille inépuisable de vertus.

Puissent l'endurcissement et l'aveuglement des uns, l'égarement et la folie des autres, se trouver sans prétexte devant la franchise de notre conduite, la loyauté de nos opérations! Puisse encore sortir de cette urne un véritable élu qui assure d'utiles services au pays, qui éclaire le Gouvernement et chérisse le Roi !

deat ûm Collège ûm t^ arr^BdlMtcBieBt élect#ral de MapselUe , prmmmm€é le • décembre

Messieurs,

Lorsque naguère nous faisions entendre dans cette enceinte des paroles sévères sur un attentat à la liberté élec** torale , nous croyions être en parfaite harmonie avec vos principes d'ordre et de légalité. Vos suffrages, qui nous appellent a vous présider une seconde fois, en sanctionnant cette sévérité de langage et une fermeté invariable, nous imposent des devoirs que nous saurons également remplir aujourd'hui.

Oui, Messieurs, si en présence des graves événements qui viennent d'affliger la seconde ville de France, Marseille a conservé un calme imposant et mémorable, si l'émeute de Lyon n'a eu aucun retentissement parmi nous, ne craignons pas de demander si le Corps électoral de ce Collège, en s'éloignant d'un scrutin que protègent toutes les garanties légales et toute sécurité intérieure et extérieure, montrerait à son tour l'attitude et la dignité qu'a droit d'attendre l'intéressante et laborieuse population qu'il représente. Remplirait-il les devoirs sacrés qu'impose le pacte fondajnental de la Nation ?

Ce n'est jamais en vain qu'on méconnaît ce qu'exige la patrie, qu'on néglige ce que commande la loi.

Hier, un huitième des électeurs inscrits sur nos listes, s'est seulement présenté pour concourir à la formation du Bureau définitif, et des difficultés sans exemple ont été sur le point de s'opposer à son entière composition.

Dans quelles circonstances les citoyens paisibles, les amis de l'ordre voudraienV-ils continuer à se tenir à l'écart et à refuser leur concours au pays et au pouvoir de son choix?

A peine les propriétés , les personnes , les institutions ont été menacées au sein d'une vaste cité, que les grands corps de l'Etat ont unaniment montré la plus franche adhésion au gouvernement du Roi, qui, dans la conscience de son bon droit comme dans la loyauté de ses actes, n'a point manqué à sa noble mission. Par leur force, leur rapidité et leur ensemble, les mesures ordonnées ont arrêté un incendie qui a paru si menaçant au loin. Un jeune Prince a voulu remplir une mission de générosité et de concorde ; un Ministre responsable est venu rétablir l'empire des lois ; des commandants supérieurs sont accourus avec empressement sur tous les points du royaume, et nous avons reçu avant-hier dans nos murs un des premiers Lieutenants de Sa Majesté, dont l'expérience, le mérite éprouvé et la bravoure auraient intimidé les factieux et réprimé tout attentat à la paix pubUque.

Électeurs de ce Collège, au milieu d'un si unanime concours entre gouvernants et gouvernés, pourriez-vous persister dans une indifférence coupable? Montrez-vous dignes de la sollicitude d'un Prince qui connaît si bien les obliga-

tiotts qui lui sont imposées : accomplissez aujourd'hui les vôtres avec le mètue défwement et le même 2èle. La félicité publique, le boBheur individuel ne de trouvent que dans l'accomplissement des devoirs.

Venez déposer dans le secret de l'urne électorale l'expression d'une conscience libre et pure. Enfîn, offrons tous à fa France cet élu qui» dans les circonstances présenteâ, doit ôtre un motif de sécurité pour la chose publique, un gage de fidélité pour le Souverain et un organe éclairé de nos besoins ot de nos intérêts.

Mftcaars pnmotteé le %t Juillet 18SS , i^ar M. Boréljr, Pr#careiir Ckénéral eo la Coof royale ë*Aix, à rinani^aratioii ûa moniiaieiit éleTé h IHaiiHely dan» la Tille de BareelaiiHiene (B.-A).

(bHPATRIOTGS ,

A peine victorieuse dans le mémorable combat des Trois Journées, encore debout sur les barricades parisiennes, la Révolution de Juillet évoquait déjà, dans tout Tenthousiasme d'une reconnaissance spontanée , le glorieux souvenir des grands Citoyens qui avaient le plus énergiquement hâté son triomphe immortel : c'est aux noms de Manuel , de FoY, de Larochefoucault , qu'elle rouvrait les portes du Panthéon et qu'elle rétablissait la sublime inscription :

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