‹ De la justice la révolution et dans l'église; (volume 2)Chapitre 28 sur 46 · CHAPITRE III. t · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. t

Théorie du mariage.

Réduction de ramour à Tabsurde par son mouveouil môme et sa réalisation ;

Réduction de la femme au néant par la démonstratiaj do sa triple et incurable infériorité :

Voilà où nous a conduits jusqu'à présent Tapai]

L'amour et la femme, deux éléments. indisipensables

la vie, se réuniraient pour *son malheur : le premier

serait le poison, la seconde apparaîtrait comme Vi

de séduction qui nous verse cette coupe fatale. Dansl

femme, nous crient les pères de TÉglise, et dans l'ai

qu'elle inspire, se trouve le principe de toute corrupl

et de toute discorde : elle est la croix, la contradiction el 11

honte du genre humain. Impossible de vivre avec elle*

de se passer d'elle : se passer d'elle! c'est pour la dignili

virile le dernier des outrages, un crime digne de morU

Raisonnons cependant. La cause qui nous a fait aboli'

tir à cette conclusion désespérante ne serait-elle pas prfr

cisémont que nous avons considéré les choses d'unt

manière analytique et séparatiste, tandis qu'il fautif

voir dans leur synthèse, là où seulement l'harmonie pefli

leur conférer la rationalité?

Ainsi, nous plaçant dans l'hypothèse chrétienne d platoiiiqiio de régalilo d(»s sexes, et consivléranl la fcmiW dans rindéi)cndaiicc de son individualité, abslradiiX faite des rapports d'amour, de maternité, de domesticiti qu'elle soutient avec l'homme, nous l'avons trouvée irra

le, cMipn«at*c dtni ton *»iHeoct par l'inHriar atUK. Qm conclure île Wl San» ilunt<! qu» l'utn ■liw, tpintuslMt«, ai]rfli<)u« ei MotiqiH! tk Vi-g de* leui cM tRMlatMiUc, ma» tuMi •)■(! » ngn

a ixtint lia vuo «lu'il faul «n^iaagu la ïutnin». i U miiiii-ni tl« Hilon l'AodngpM cM un u»ouait la Uulc lie l'iaiua.

li cBi-iin;, miu pl«f«al ém Mtte «otm hypolb^ 1 io Vttmiar le tonvtnia birn, !■ droit lu pli» le |)riiici[H9 tntam itu luul •liiiil, maaitetalioii la autu ile \â Divinilt^ ; )iuù, niivaDt crile tiolion de ir ilau MS ooiué>pien<!«*, noui ca avoni hiralâl n II iMlMmife, d ooas l'avons siinall^ comnM le» came* k> ptas (KiiMaBlaH do ia nimi|>lion lo- OoBConriuredïiliCPPoreT que rtninur »t mauvalt I, me iBnUlion du d^mon, un rlTri de notre déc« wïgiiM'Ilc! Kuii: ee ktaU manquer atu r^les

(aine Indique. Nous nmrlumns seulmicnl ijue tr, comme lc"it« h-* [i>!*iofi». comme toiiln Ifli 4e l'ime, comme )■ propriété, le tretajl, etc., eit mi^iiede u nature ; qu'en conséquence il fait partie ^téne plut grand que lui, dont la loi doit le >oii- B ei loi doaner l'équilibre. L'aincur ayant son ptïfnt put dam l'animalité, aon moteur dans l'ImaginaoeeiUe entre deux extrêmes inséparables et irréduc* , qui aonl les sens M l'esprit, la chair crue, si j'ose dire, et l'idéal. Par la contradiclion de son essence, ar suppose donc quelque chose qui le dépasse, une m haute, une puissance supérieure.

«Hnmclui-minic, malgré toiitcsa puissance, l'homme, déré dans sou imlividualité, parallrait irrationnel, iplet, incapable de toute dignité et élévation : irionspour cela nier l'homme? Autant vaudrait nier l'un!- Diiom seulement que l'homme fait partie essenltalte

d'une collectivité hors de laquelle il n*a plus sa raison d'être, chose qui n'a rien que de parfaitement concevable, et que toute philosophie s'empressera d'admettlre. Or, ainsi que nous le verrons bientôt, l'homme tient à h société par la femme, ni plus ni moins que Tenfant tient à sa mère par le cordon ombilical : reprenons donc, de ce point de vue de l'ensemble, notre examen de la femme; considérons de ce sommet élevé de la collectivité humaine les faits que nous avons recueillis, et Tordre ne tardera pas y apparaître.

•• HéeeMlté pour Im jriutlee die 0e cMuiiltacr im ■rgifi

Au-dessus des trois règnes, de la nature, minéral, végétal, animal, s'élève un quatrième règne, le règne de l'esprit libre, règne de l'idéal et du droit, en antrev termes, le règne de l'humanité.

Pour que ce règne subsiste, il faut que la loi qui le constitue, à savoir la Justice, pénètre les âmes autrement que comme une simple notion, un rapport, une idée pure; il faut qu'elle existe dans le sujet humain à titre de sentiment, d'affection, de faculté, de fonction, la plus positive de toutes les fonctions et la plus impérieuse.

Sans celte réalisation animique, la Justice se réduisant à une vue de Tcsprit ne commanderait pas à la volonté; ce serait une manière hypothétique de concilier les intérêts dont Tcgoïsme pourrait à l'occasion reconnaître Tavantagc, mais qui par elle-même ne l'obligerait point, et semblerait même ridicule, dès qu'elle entraînerait pour lui un sacrifice.

C'est ce que nous avons affirmé dès le commencement de ces Études, d'accord avec les partisans de la transcendance, qui tous ont parfaitement compris que la notion du juste et de l'injuste ne suffit pas par elle-même pour

inculquer à Hionimc le respect de la loi, mais nous séparant d'eux alors qu'ils prétendent établir ce respect sur la considération d*une autorité extérieure et supérieure. Église ou Dieu. Tout système juridique établi sur uue religion, avons-nous dit, est essentiellement ruineux : ce n'est plus de la Justice, c'est de l'arbitraire, partant de l'iniquité. La Justice a son foyer dans Tâme humaine, ou elle n'existe nulle part; elle est de l'homme ou elle n'est rieu* Et concluant à la fois contre les transcendantalistes, contre les utilitaires et contre les immoraux, nous avons prouvé , tant par le raisonnement que par la pratique Universelle et par l'histoire, que Thomme, individuel et collectif, obéit à une puissance de juridiction qui est en lui ; que cette puissance possède une énergie et une efBcacité suffisante pour triompher, d'emblée ou à la longue, de toutes les attractions de Tégoïsme; que le progrès de la civilisation vient tout entier de là, et que Tiufhience attribuée aux cultes consiste uniquement en ce f|iie la religion, que nous avons vue se résoudre toujours €0 une symbolique de la conscience, n'est autre chose qu'une forme de la conscience. La religion, eu un mot. M le respect de l'humanité idéalisée et adorée par clleiDéme sous le nom de Dieu : là est tout le mystère. Un doute cependant nous est resté.

Oni» la Justice est quelque chose, puisqu'à travers tant de crimes et de déchéances nous en reconnaissons les •lets; puisque par son impulsion soutenue elle fait marcher la civilisation; puisque nous l'affirmons tous du fitod du cœur, que qous n'avons pas d'ironie contre elle, ttque le scepticisme théorique dans lequel nous restons A son égard nous semble si pénible, si dangereux, que ^ous n'hésitons pas à y suppléer par un pacte d'hypo- Mne. Mais cette Justice, prétendue réelle, immanente, 9iri opère en nous à la manière d'une faculté positive, .

quelle est-elle, et comment agit-elle? Toute fonction, avons-nous observé à propos du libre arbitre, suppose un organe : où est Torgane de la Justice ? On parle de la codseicnce; mais la conscience est un mot, le nom d*UDe faculté dont nous aftirmons que la Justice est le contenu, et qifil s*agit de montrer à cette heure dans son organe môme. Pourquoi la conscience ne serait-elle pas à son tour, comme le Dieu que nous avons récusé, une fiction, un symbole? Que dis-je? Pourquoi ne la prendrions-nous pas, avec les théologiens et tous les premiers peuples, avec quelques-uns de nos philosophes modernes, pour Timpression secrète de la Divinité, qui par sa grâce agit en nous comme si elle était nous, mais qui cependant n'est pas nous? Les apôtres l*ont enseigné, TËglisc le redit après eux, et les nouveaux éclectiques le répètent avec rÉglise : Dieu est immanent à nos âmes, et cette réalité de la Justice, cette efiicacité de la conscience que nous invoquons à si juste titre, ne prouve qu'une chose, la présence de Dieu dans notre cœur et Tinnuédiateté de son action.

Telle est donc Tobjection: De mémo que Hien ne se produit de rien. Rien ne fonctionne à Caide de rien: col axiome peut être ajouté aux autres, et s'appeler phiv ciPK irixsTUiMKXTALiTK. La vuo, l'ouïc, l'odorat, le goût, le loucher, ont cliacun leur organe; Tamour a le sien; la pensée a aussi le sien, qui est le cerveau; et dansi'c cerveau cliacune dos racultês de la ixMisée a son polit api)aivil. (louunent la Justice, faculté souveraine, n'aurait-clle pas son organisme, proi>ortionné à rimportancc de sa fonction?

Je Tavoue pour ma part, quelque étrange que te habilndcs de notre esprit nous fassent paraître cette idt'C d'un organisme correspondant à la Justice, comme Iccerveau correspond à rintelligencc, j'aurais peine à croire a Ja réalité d'une loi morale et a l'obligation qu'elle im|K)Si'i

i cette réalité ne devait avoir d'autre gage que ce mot rague de conscience^ par lequel nous en avons désigné la bnction dans une précédente Étude. C'est donc très-séieusement, selon moi, qu'après avoir déterminé spéculaivement, dans ses termes principaux, la Justice comme loi ou rapport, et en avoir constaté le néant dans les systèmes religieux, nous devons en chercher encore la condition physiologique ou fonctionnelle , puisque sans cela elle reste pour nous comme un mythe, une hypothèse de notre sociabilité, un commandement étranger à notre âme, au fond, un principe d'immoralité. N'est-ce pas, d'ailleurs, sous l'impression de ce sentiment que les premiers civilisés d'entre les humains, en qui la Justice parlait si haut, parce qu'elle était toute jeune, mais aux regards desquels elle ne se manifestait par aucun signe, la personnifièrent en un sujet invisible qu'ils nommèrent Dieu ? Sans plus d'hésitation, mettons-nous donc à l'œuvre, et cherchons ce que peut être en noO^ cet organe de la Justice.

s. Que l'ovgAlle de la Jiuitlee efit randro^yne^ •a le jeonple eonjosal.

Lorsqu'à l'occasion du libre arbitre, après avoir constaté que toute fonction ou faculté suppose, à peine de néant, un organe, nous nous sommes demandé : Quel est Torgane de la liberté? nous avons répondu que c'était tout l'homme, et nous avons motivé notre réponse sur celte considération, que, la liberté embrassant dans son domaine la totalité des facultés, elle ne pouvait avoir poar organe que la totalité môme de l'organisme. D'où « définition que nous avons donnée de l'homme. Une J^té organisée. Continuons sur cet erremcnt.

8i la liberté embrasse, dans son exercice, la totalité du ^et humain, la Justice à son tour exige plus c\v\^ ç,^\.Vsi.

totalité. Elle dépasse la mesure de Vindividu (Étude U); elle reste boiteuse chez le solitaire et tend à s*atrophier; c'est le pacte de la liberté (Élude VIII), ce qui ^ppoee au inpins deux termes; sa notion seule, synoiiyme dVj»lité ou de balance (Étude III), implique un dualisme.

L'organe juridique se composera donc de deux pe^ sonnes : voilà un premier point.

Quelles seront, l'une par rapport à l'autre, ces deul personnes?

Si nous les faisons semblables et égales, ou bien, eau variant les aptitudes, équivalentes, ces deux personnes seront entre elles comme l'homme est à l'homme ou h femme à la femme, comme 3 est à 3, 2 à 2, comme A est à A. Ce seront deux essences respectivement complètes, par suite réciproquement indépendantes : il n'y aura pas d'organisme. Une association, plus ou moins précaire, pourra en sortir; nous n'aurons pas la dualité cherchée. Point d'organe juridique, partant point de Justice. L'homme restera sauvage, ou ne formera que des sociétés imparfaites, des meutes comme les chiens, des communautés à la façon des abeilles et des fourmis.

L'expérience confirme celte prévision. Entre individus de valeur égale et de prétentions pareilles, il y a naturellement antagonisme, joule, loterie, agiotage, disdorde, guerre ; peu de respect, peu d'aiïection, point de dévouement. Dans ces conditions la Justice ne peut vivre, se développer, devenir pour l'homme une religion et une gloire. Réunissez au contraire un homme fait et un adolescent, un enfant et un vieillard, il y aura entre eux, par le contraste de l'âge et de la pensée, un commencement de respect, partant un sentiment déjà prononcé de justice. C'est par là que s'expliquent les amitiés platoniques, si religieusement cultivées chez les anciens, et dont nous avons suivi la trace jusque dans les origines du

cbrislianisme. Il faut, pour la Justice, une dualité formée de deux individus de qualités dissemblables et inégales, d'inclinations différentes, de caractères opposés, tels enfin que les pose la nature dans le père et Tenfant, mieux encore dans le couple conjugal, sous la double figure de l'homme et de la femme.

La nature, en un mot, a donné pour organe à la Justice la dualité sexuelle, et comme nous avons pu définir l'individu humain une Liberté organisée, de même nous pouvons définir le couple conjugal une Justice organisée. Produire de la Justice, tel est le but supérieur de la division androgyne : la génération et ce qui s'ensuit ne figure plus ici que comme accessoire.

Ce n'est pas tout. £omme les autres puissances, la Justice, selon le degré d'excitation qu'elle aura reçu, est susceptible de plus ou de moins; elle peut se développer par la culture, s'atrophier par la barbarie. Dans un sujet donné, elle acquerra donc d'autant plus d'intensité qtie son partenaire lui offrira moins de déplaisir, de laideur, d'incompatibilité de caractère, de prétentions rivales, de contradiction, et plus de sympathie, d'intérêt, d'idéal. La Justice (Étude 11), considérée seulement dans son exercice, et abstraction faite des conditions psychologiques de son développement, est la faculté que nous avons de sentir notre dignité en autrui, et réciproquement la -dignité d'aulrui en nous : or, cette dignité se sent d'autant mieux (pie l'objet qui la représente est lui-même plus agréable, plus plaisant. 11 ne sufBt donc pas, pour la formation de l'organe juridique, que les conjoints soient de tempéraiQent, de force et de qualité différents, il faut eifcore qu'il ttiate entre eux une appétence réciproque qui les rende |*wi à Tautre désirables ; qu'en raison de cette appétence ^l» soient et se trouvent beaux, superbes; il faut, en un : ^ pour la production de la Justice, une prémotion^

une grâce, comme disent les théologiens ; il faut Tamoub. Ici la femme, dont la destinée nous a paru tout i riiciire si compromise, reprend l'avantage; comme Marie la nouvelle Èvo, elle passe du rôle douloureux au rôle glorieux, et devient, par sa seule apparition au milieu des hommes, libératrice et justicière.

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