‹ De la justice la révolution et dans l'église;Chapitre 20 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

. 4u Berf ou ealarié, d'aprùs rÉjliûc : Iw d'amour.

XXIU

spnte encore aujourd'hui sur la question de savoir ui christianisme qu*est due véritablement Tabo- 3 Fesclavage. M. Moreau-Christophc, M. Wallon •es, protestent contre ce sentiment.

le, après un dernier et attentif examen, que cette » rae semble une pure chicane. Sans doute, si ifioM juger le christianisme seulement d'après

ses auteurs et prendre TÉglise par ses écritures, il y aurait lieu de concevoir quelque soupçon. Mais, à moins de nier révidence et de fausser Thistoire, on ne peut pas limiter le sens du mouvement chrétien aux termes des écrivains ecclésiastiques; je dis plus, dans les circonstances où fut posée la réforme évangélique^ et avec elle la question de l'esclavage, il y a bien plutôt lieu de s'étonner que TÉglise ait su esquiver la responsabilité périlleuse que cette question faisait peser sur elle , que de se demander quel en est Fauteur.

Les causes qui du premier au sixième siècle de notre ère déterminèrent l'abolition de l'esclavage, causes qui s'associèrent à l'idée messianique, et ne formèrent à la longue qu'un tout avec le christianisme, furent :

lo La réaction des nations vaincues, livrées en pâture à la plèbe romaine et à la domesticité des Césars ;

2o L'unité impériale, qui sur les ruines de rancienue constitution patricienne opérait insensiblement la fusion des cultes, des conditions et des castes;

3*" L'admission progressive des provinces au droit de cité , qu'imposaient , avec une nécessité croissante, le manque d'hommes et la pression des événements;

4° Les bénéfices que les propriétaires d'esclaves avaient fini par trouver dans l'affranchissement. — Aussi bien que les économistes modernes, ils savaient que Tesclavef est une propriété chanceuse, de diflicile exploitation, et que le meilleur parti à en tirer est de Iç constituer, en quel* que sorte, fermier de sa propre personne. Dès le temps d'Auguste, cette pratique s'était multipliée au point qu'il crut nécessaire de retenir le torrent des émancipa-* tions;

ôo L'invasion dès Barbares.

Dans tout cela, j'en conviens, il ne parait ombre da mysticisme. Mais, ainsi que déjà nous l'avons observé, unO

pareille rérolulion ne pouvait s'accomplir sans revêtir une forme religieuse, et cette forme religieuse fut le christianisme.

Oui» et c'est en quoi les auteurs que je combats ont raison» avant que la propagande messianique fût commencée, Textinction des patries ou nationalités, et leur absorption dans une grande et commune patrie qui était l'empire, avait fait naître dans les esprits Tidée supérieure d*HuMANiTÉ. Horace, fils d'un aiïranchi ; Virgile, fils d'un colon de la Gaule transpadane; Térence, ancien esclave, originaire de Carthage; Sénèque, Espagnol, si bien placé pour suivre le progrès de Tidée ; Épictète, longtemps esclave, comme Térence; toute la légion de philosophes qui remplissaient Rome, l'Italie, la Grèce, célébraient la fraternité universelle, que le christianisme commençait à peine à balbutier ses mythes. (Consulter sur toute cette matière de l'esclavage, du travail et de la charité chez les païens, les juifs et les chrétiens, le savant ouvrage de M. Moreau-Christophe, Du problème de lajrnisère^ 3 vol. in-go, Paris, Guillaumin.) Et certes, le peu que contiennent les Évangiles et les Pères de la primitive Église sur le sujet de l'esclavage se trouve avec plus d'ampleur, de philosophie, avec un sentiment plus profond de la Instice, dans les lettres de Sénèque, par exemple.

Mais, et c'est ici que je me sépare des savants critiques, si Ton considère que ces hautes pensées, descendant au cœur des masses, devaient s'y transfigurer, on reconnaîtra îne c'est bien moins dans la lettre des Écritures qu'il faut di^tsher la solution du problème, que dans les dogmes.

Qu'est-ce, après tout, que cette agitation messianique, qni, née au fond de l'Orient, s'étend comme une tempête sur l'Egypte, l'Asie mineure, la Grèce, et bientôt envahit f Occident, si ce n'est la révolution des esclaves? Dans le ïrtncipe, les promoteurs du mouvement sont les Césars;

et ce n'OBt pas sans raison que le Juif Josèphe, et biei^ d*autres à son exemple, regardèrent Tempereur comme le messie. Mais précisément parce que quelques-uns trou* vaient le messie dans César, le messie symbolisait l'idée : qu'importait après cela le choix de la personne?

€e qui, du reste, assura au judaïsme et à la secte qui 8*en détacha la prépondérance daiis le nouvel ordre d* iodées, ce fut son histoire.

Le judaïsme avait été une religion d'affranchissement. Los livres juifs sont pleins du souvenir de la servitude d'Egypte; dans les institutions tout en parle, tout la rappelle. La servitude de Babylone avait laissé une impression encore plus profonde ; et maintenant, après la mort d'Agrippa, dernier du sang des Macchabées, la Judée, réduite en province romaine, gémissait avec le monde entier sous une oppression qui semblait ne pouvoir plus finir.

Il y eut un jour cependant où le monde put se croire libre. Au môme moment, les Juifs se révoltent dans Ift Palestine, les Numides dans l'Atlas, les Bagaudes dans h Belgique ; TËspagne s'ébranle. Pour comble, trois prétendants à l'empire s'élèvent à la fois ; la guerre civile dévore l'Italie, de vastes incendies consument les villes et les temples, un tiemblement de terre fait tomber le Ga^* pitole.

Les peuples effrayés crurent à la fin du monde : C6t effroi sauva l'empire. Les traditions étaient perdues. Ni foi, ni patriotisme; rien que le chagrin de la servitude* c'était trop peu pour la liberté. Partout le bourgeois n'tt* tendait son salut que de la faveur de César; abandoonto à elle-même, la plèbe restait impuissante. L'insurroctioBf promi>tement réprimée dans la Gaule et l'Afrique, t\A

■t svwcnt cro À lafin â^ renpm^ <|iii Pa^nMiHl jfMatUi;, éurmi » rëstgMT à m^nlMiAi^ d^.

ks Céars, ies iwh acmMamil kt m;Fthe ti^imH nbide. Leur hisloire, <ran brwl à TumIivs 4<>t«->

allégorie, on ty[ie. L^tllosioii fut sii»i^ «tM^ eosée, développée : Tidée messianique^ qui d'aiK leoBtrail parloat des aiiak^ie$> servit de mol La plus respeelable et le plus infortuné de t<«ujt îaentanis de l*îdée messianique, que la poliliqua

avait envoyés l'un après Tautre au supplice, né Jésus, nouveau Moïse, nouveau Josué, nouid, nouveau Zorobabel, nouveau Macchal^ée, Ail Sauveur^ peitl-èire parce que moins qu*aueim s'^il montré hostile aux Honiains. Jamais il no manciper les esclaves ni d'affranchir son pa)*» ; et ^pendant novateur ne fut si bien compris à domi» touré d'une popularité pareille. Lui mort, ses , fidèles à l'ordre, se dérobent à la persécution eurs; la haine que leur portent les Juifs les sauva nadversion des Romains, et le christianisme é sur les ruines de Jérusalem, daus le sang aisse do un million trois cent quarante, mille

tout âge et de tout sexe, dernier holocauëto à •

.e des chrétiens, pendant la guerre do Titus oX UU*i0n, ne fut pas le plus hérojkjuo. \hï uïoi lus la libei*té ne pouvait plus être revendiquée pur Km le combat devait être livré aux institutions. Quand e de nationalité, combinée avec la guerre civil

n'amenait que le désastre, qui pouvait songer à une insurrection des esclaves ?

Les apôtres n'eurent garde, par des proclamations intempestives, d'attirer sur eux la colère des empereurs : ils recommandèrent la patience, dissimulèrent leurs espé* rances, déguisèrent leurs principes, affectèrent une soumission rigoureuse à Tordre établi, et, ne pouvant attaquer la réforme de front, dans les intérêts, s'enveloppèrent des voiles de la religion. La religion, dans les mœurs de Fépoque, c'était le plus pour obtenir le moins. Quelle apparence, en effet, d'aller soutenir contre les Césars, et leurs prétoriens, et leur plèbe, que tout homme vivant dans Tempire devait être reconnu citoyen de l'empire, ce qui emportait l'affranchissement immédiat de tous les esclaves, et que tout citoyen de l'empire enéiSLii^pros'uâvirilù le souverain, ce qui impliquait le rétablissement de la république If Au lieu de cela, les chrétiens se disaient tous fils de Dieu, frères du Christ, égaux par la grâce; et pour célébrer cette égalité ils se réunissaient dans des banquets fraternels, une saturnale de chaque semaine et de toute l'année. N'était-ce pas, en fait comme en droit, abolir Tesclavagc ?

« Mon royaume n'est pas de ce monde », font-ils dire à leur Christ , protestant hautement ainsi que le messianisme, représenté par eux, a cessé d'être le compétiteur de César. Accusé par les Juifs, Paul s'écrie : J'en appelle à César; ce qui voulait dire : Je reconnais l'empereur, et je proteste contre Tinsurrection. Aussi César, — c'était Néron , ne vous déplaise, — ne traita d'abord point mal l'Apôtre; il l'autorisa à prêchera Rome et partout contre le messianisme juif, le seul que redoutassent les Romains.

Dans leur prédication, les apôtres ne cessent de recommander aux esclaVes la résignation et l'obéissance, c Es- « claves, dit Pierre, soyez soumis à vos maîtres en toute

€ crainte, non-sealement aux bons et aux modérés, mais c même aux méchants. > Et pour motif il leur présente l'exemple du Christ, pauvre, persécuté toute sa vie, et à la fin crocifié, quoique innocent. Paul, avec Thyperbole qui lui est familière, va plus loin encore; il dit: c Que chacun demeure dans la condition où il a été ap- « pelé (à la foi). As-tu été appelé esclave, ne t'en soucie; « quand même tu pourrais recouvrer la liberté , garde

< plutôt ta servitude. > Et la raison de cet étrange conseil? C*est, remarquons ceci : < que le chrétien n*est plus

< esclave de Thomme; il n'est le serviteur que de Dieu ! > D'ailleurs, il n*y en a pas pour longtemps : c La crise est

< imminente » , dit Paul ; « La fin de toutes choses ap- «proche », répond Pierre. (Paul, / Cor., VII, 21-26; £phe$., VI, 5-8; TiL, II, 9; / Petr., Il, 18; IV, 7.)

Le monument le plus curieux à cet égard est Tépltre de Paul à Philémon. Elle n'a aucun sens, ou elle montre, avec la dernière évidence, que Tabolilion de l'esclavage est si bien le fond du chistianisme, que l'Apôtre est forcé d'en faire pour ainsi dire ses excuses !

«Je t'implore, dit-il à son ami Philémon, après de grands éloges de sa charité, de sa foiy de ses bonnes œuvres, de sa imnteté ; je f implore pour mou cher fils Ouésime, que j'ai engendré dans les fers... Pense que, s'il t'a quitté pour un moment, c'est afin de te rejoindre dans l'éternité, non plus comme esclave, mais comme frère... J'eusse bien voulu faire de lui un ministre de l'Évangile ; j'ai mieux aimé te le renvoyer, car je ne veux rien sans ton consentement. Pardonnelai donc, si tu m'aimes; et s'il t'a fait quelque tort, impute-le* moi.»

Ainsi tous les liens sont rompus. Dans les passages même où les apôtres recommandent la soumission, afilrment de bouche le devoir de la servitude, ils avertissent 1^ esclaves qu'ils ne relèvent que de Dieu , et ils ajout

nent la délivrance à la crise finale^ laquelle, assurent-ils, ne saurait tarder. L*idée est dans tous les esprits; elle y est si bien que les chrétiens entre eux s*en trouvent gênés, qu'un saint Paul n*ose demander à un saint Phiiémon la liberté d*un saint Onésime, et que la grande affaire visà-vis des païens est de ne se pas compromettre.

Plus tard , sous Trajan , Mare-AurèleJ Septime-Sévère, Dèce^ Aurélien, l'Église persiste dans cette tactique sinueuse, qui fut dp tout temps celle des opprimés. Lorsque les proconsuls interrogent les chrétiens et leur demandent ce qu'ils font dans leurs assemblées nocturnes : Nous prions , répondent ceux-ci , pour le salut de César et la prospérité de l'empire, Domine^ salvum facimperaiorem.., ; ce qui ne les empêche pas d'écrire contre l'empereur et Tempire d'atroces pamphlets, dans le genre de l'Apocalypse. Jamais, certes, on ne leur reprocha d'axciter les esclaves contre les maîtres, de les receler, de leur procurer des moyens d'évasion et des asiles; ils faisaient mieux : ils niaient la religion de l'État , base de l'empire et de la société; ils détruisaient dans les âmes la loi d'égoïsme, la remplaçant par celle qu'ils nommaient euxmêmes loi d'amour.

En quoi maintenant consistait cette loi? C'est ce que nous avons à déterminer.

Le Christ avait dit : Aimez-vous les uns les autres» Belle parole, dont rien n'était, ce semble, plus aisé que de déduire ce corollaire : Servez-vous les uns les autres^ De la réciprocité d'amour à la réciprocité de service, il n'y avait pas plus loin que du principe à la conséquence. Comment cette conséquence n'a-t-elle pas été tirée 1

Ah comment! c'est que le Christ, messager d'amour, victime expiatoire, ne reconnaissait pas le Droit de

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lomiiie, et que le Droit seul peut avoir raison de igoîsme.

« U n'y a que deux lois au monde^ dit à ce propos M. BlanciDt*Bonnet : ]a loi de nature, dans laquelle les espèces supé- Mires mangent les inférieures ; et la loi divine, dans laquelle I êtres supérieurs secourent les plus faibles. En dehors du ristianisme, l'homme est toujours anthropophage. Si la loi » charité est tarie dans vos cœurs, la loi de l'animalité vous prendra. »

Mais, objectez-vous, il ne 8*agit ici ni de charité ni d*as- ^nce ; il s*agit de balance. On demande que le salaire it réglé proportionnellement au produit, que le travailur ait part à la rente et au bénéfice.... Le mystique ne vous entend pas : la charité lui corne u oreilles; il répond :

« Régler les salaires sur les besoins serait une chose si belle le ce serait toucher le but. Malheureusement les besoins de bmme dépassent deux ou trois fois son salaire. 9 (De la 9itauration française, p. 00 et 112.)

Conclusion : Puisque le besoin ne saurait être jamais itisfait, que le paupérisme est la loi de la nature, il no îste qu'une chose à faire, c*est de contenir la concupissnce par la discipline et la charité !

En matière de réforme, ce n*est pas d'ordinaire la noon du but qui fait défaut, pas plus que la bonne intenion, c'est le moyen. La Convention put bien un jour écréter l'émancipation des noirs; comme elle ne sut en ûre des travailleurs, elle n'en fit pas non plus des hommes libres. Tout de même l'Évangile put bien aussi anloocer la rédemption du genre humain, la liberté des ^aves , l'égalité de tous les hommes devant Dieu ; omme il ne sut convertir en proposition de droit ce qui, ^ns sa pensée, ne devait être que le triomphe de la cha- 'ilé, comme il répugnait môme à la pensée évangélique

qu'une pareille conversion eût lieu , il ne réussit pas mieux que la Convention : il n*y eut jamais moins d'égalité que parmi les frères en Jésus-Christ.

En principe, le baptême avait tranché la question de Tesclavage quant à ce qui touche la coercition de rhomme par l'homme; mais restait à vaincre la fatalité du travail, à faire la balance du salaire, à organiser l'atelier : triple problème, que le dogme chrétien , de même que le dogme païen et mosaïque, préjugeait insoluble, ce qui ramenait fatalement la servitude.

Plus on approfondit la situation, plus on découvre que le christianisme, sur cette formidable question du travail, comme sur toutes les autres, était condamné à l'impuissance.

Le Travail, selon le dogme antique, était réputé atfliclif et infamant : le christianisme essaierait-il d'en répartir le fardeau et la honte? C'eût été admettre dans l'homme un droit antérieur à la chute, supérieur à la rédempliofli entraînant dans l'application tout un système de rapports incompatibles avec la disci[5linc épiscopale et l'autocratie de César. C'était impossible, u Le Travail, dit H. Saint- Bonnet, est non-seulement une peine , c'est encore on frein. » M. Guizot ne l'entend pas non plus autrement. Or, on use du frein proportionnellement à l'indocilité de l'animal : la répartition égalitaire ne peut ici s'admettre.

Le Travail soulevait la question de propriété : le christianisme procéderait-il au partage des terres? ferait-il une loi agraire ? C'eût été nier la prédestination, la Providence, la distinction des riches et des pauvres , finalement la chute originelle. M. Blanc Saint-Bonnet ajoute une autre raison : La propriété^ c'est-à-dire la propriété féodale, la grande propriété, est le réservoir du eapitti* Distribuez la propriété, la source des capitaux est tarie. Impossible.

Le Travail supposait, du patron à l'ouvrier, un rapport de subordination : le christianisme entreprendraitil de fondre les intérêts, en égalisant les profits et le salaire? C'eût été renverser la hiérarchie sociale, introduire Tanarchie dans TÉglise : toutes choses condamnées depuis comme hérétiques et athées. Impossible.

De par sa théologie, il était interdit au christianisme d'entrer dans cette route. Mais alors de quoi servait-il? Â quoi se réduisait la rédemption? Qu'est-ce que gagnait l'esclave à l'affranchissement? Fallait-il tant de bruit pour une liberté dont tout le privilège était de pouvoir mourir de faim sans s'exposer à la vengeance du maître? Ce n^étaient pas là dé médiocres difficultés ; et j'imagine que plus d'une fois les cvêqucs, embarqués sur cet océan, sans fond ni rives, aux prises avec la réalité quotidienne, sentirent refroidir leur zèle. De toutes parts la nmltitude affamée, demandant la richesse, le repos, les joaissances, arrivait hurlant : la payerait-on toujours de Bmnons et de promesses? Le temps était venu de commencer la croisade contre les dévorateurs de la terre et de les dévorer à leur tour, suivant la parole du Christ : Beureux ceux qui ont faim, parce quHls seront rassasiés ! Malheur aux riches!...

Un moment il y eut de l'hésitation : ce fut quand les sectes gnostiques travaillèrent l'Église. Presque toutes avaient pris le christianisme au sens du temporel : c^était fait de la nouvelle religion si cette tendance l'eût emporté. Les empereurs en eussent été quittes pour une nouvelle guerre servile, et le réformateur de Nazareth tiendrait aujourd'hui moins de place dans Thistolre que Sparlacus.

La religion, enfin, fit reculer la concupiscence. La gnose ^Ile-même, c'est-à-dire la spiritualité, fut le moyen dont se servirent les évoques pour réagir contre les ardeurs

gnostiquos ; la cx)nvcrsion de Constantin , qui »e réunit aux conservateurs, porta le dernier coup aux révolutionnaires. L*esclavage gagna sa cause; mais celle du travail fut ajournée à quinze siècles.

XXVH

Ce que le christianisme, sous le nom d'abolition de Tesclavagc, a fait pour le travailleur, tout le monde le sait.

Auparavant , sous la loi d*égoïsme, le Travailleur, enlevé à la chasse, conquis à la guerre, ou livré par la mi* sère, instrument d'exploitation, meuble, chose, ne comptait pas comme personne , comme âme, dans la famille ni dans la cité. Il ne faisait point partie de la m* tion; il y était sans intérêt, comme dans la famille il était sans volonté et sans patrimoine.

Sous la loi d'amour, tout cela va changer. Le Travail* leur fera partie de la famille, il pourra même avoir une famille; il disposera, jusqu'à certain point, de sa personne ; il aura un pécule, un domicile, une possession! voire un héritage. II figurera à sa place dans la nation et dans l'État. La religion l'entourera des mêmes grâces que le noble et l'empereur , et devant Dieu le fera son égal. Seulement, par la constitution féodale, par la dlme ecclésiastique, par la mainmorte, la corvée , l'impôt, les maîtrises, rinégalité plus ou moins grande du salaire et du produit, les choses seront arrangées de telle manière qu'il restera éternellement , et par privilège, vo\ié au labeur, attaché à la glèbe, et que cette triste prérogative deviendra même loi de TËglise et de l'empire. En un mot, U classe travailleuse sera toujours la classe sacrifiée, cell^ que la nature et la Providence, le prince et le prêtre, b philosophe et le spéculateur, d'un consentemeqt uni* nime, ont condamnée à faire le service de la civiliBatio0

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loi de Justice, à peine d'inconséquence et de r< dation.

Considérez en effet que la religion, que nous de suivre par deux fois à l'œuvre, et dont nous a Tenfantement, n'a nullement fourni la preuve de thèse sur laquelle elle repose. La religion, par sa ne discute point; elle n'analyse, ne raisonne, ni i pare ; elle ne vérifie, ne constate , ne démontre q ce soit. Elle ne s'établit juge et interprète d question. Elle ne fait que redire des problèmes, elle-même un problème. La religion s'empare du tel qu'il se présente, de la routine telle qu'elle puis elle en fait des allégories, elle les figure pai tes, dont elle amuse les croyants , comme si elle seulement graisser , huiler et beurrer des ress grincent, mais qu'elle ne connaît pas.

Voici l'esclavage, établi, par l'effet de la barb^ mitive , dans l'habitude des nations et jusque ' conscience des esclaves : la religion ne disent l'esclavage; elle l'accepte comme divin, ou, ce vient au même, comçie d'institution naturelle, fat spiritualisme n'ira pas plus loin; il lui commar contraire, de s'arrêter là. Seulement elle dira au de l'esclave, comme chez nous le législateur au du cheval: Tu ne le maltraiteras point, tu ne h pas sans motif , et tu le laisseras reposer un jour maine. Si sa fille plaît à tes yeux , tu pourras e mais à condition de la nourrir, etc.

Avec le laps de temps et les révolutions des ei l'esclavage a-t-il faibli dans l'opinion et dans les i sa pratique est-elle devenue incommode , onéreus possible, la religion abdique son vieux dogme ,

subvention de l'État, constituée sur les épaules du travailleur comme l'Ëlna sur le dos de Typiioé. Icf la révélation n'a plus rien u dire ; les formules mystiques soot elles-mêmes mises en question. Rien que la science n'est capable de faire franchira riiumaoîté cette passe décisive. Si une dernière et plus éclatante manifestation de la Justice ne vient éclairer la raison des peuples , le travail succombe, de nouvelles chaînes lui sont forgées pour des siècles, et nul ne peut dire ni quand ni si jamais la liberlc paraîtra.

En présence de ce mouvement nouveau, quelle est l'ai' titude de TÉglise ?

De toutes parts, en 1846, 1847, 1848» les peuples ont tendu leurs bras vers elle : Soyez avec nous, nous lom* mes la génération du Christ. Bénissez nos piques, béoi^ sez nos arbres de liberté. '^ Soyez avec nous» ont répéié les purs démocrates, mandataires ofGcieiix do la Révo** lution. Ne maudissez ni 89 ni 93. Voici renaître la Constituante et la Législative; avec elles la ConvenUop^ Is club des Jacobins, la sainte Montagne. Nos pères ont envoyé les athées à Téchafaud : faites alliance avec la B^ volution. •— Soyez avec nous, ont crié les Alsde Voltaire: que la raison et la foi aient chacune leur domaine. U guerre du libre examen est terminée ; la philosophie, ds^ venue conciliante, ne demande qu'à vous élever sur us trône de himière. — Soyez avec nous, a crié le chM des socialistes, saintrsimoniens, phalanslériens, coRP^ munautaires. Et nous aussi, nous relevons de la cbl' rite. Laisserez-vous sécher cette fleur qui fait voW gloire, comme elle fit la force du Christ et des fK^ phctes?

Triste méprise, et qui prouve combien TEurops» ^ 1848, était au4essous de sa propre pensée. Le tn^iH n*a plus rien à faire avec l'amour : c'est la Justice, c'ert

k •defice f qu'il réclame. Or^ la science est révacuation '^ dogme, comme dit rApôtre.

' L*Église a répondu :

Si vous êtes enfants du Christ, bas les armes ! respect ftQx princes! Toute autorité est établie d*en haut, et le règne du Christ n*est pas do ce monde.

Si vous reconnaissez un Être suprême , à genoux deyfint le Crucifié. Dieu n^est rien s'il ne se révèle; et cette révélation, c'est moi qui en suis l'organe. Révolutionnaires , Dieu vous le dit par ma bouche : faites pénitence du crime de vos pères.

Si vous admettez la légitimité de la foi, produisez-en les actes* A confesse, philosophes ; vous raisonnerez en- Mite de (mni êcibili, votre billet d'absolution dans la poche.

Si vous faites profession de charité, que réclamez-vous? Pourquoi ces cris contre ce qu'il vous plaît d'appeler Exploitation de r homme par l'homme, féodalité mercantile, privilège? Que signifie ce prétendu Droit au travail? Socialistes , je ne vous connais pas.

Il faut l'avouer, avec des procureurs qui commen- Cllent par implorer l'ennemi, la cause de la Révolution était perdue d'avance. Quelle idée, à propos du travail, de se réclamer du Christ, d*en appeler à Dieu et à l'Église ! Comme si l'esclavage, le servage, le salariat, l'exploitation de l'homme par l'homme, n'étaient pas, aussi bien \ que le gouvernement de Thomme par l'homme, d'insti- \ union divine !

• C'est au nom du spiritualisme que quelques-uns prétendent aujourd'hui fonder l'égalité : comme si le spiritoalisme n*était pas, par lui-même, la déchéance de la chair, de même que le matérialisme, nous l'avons vu ftt M. Enfantin, est la déchéance de l'esprit ; comme si pu* conséquent le but .de toute religion , de quelque

principe qu*elle émane, n*était pas de prêcher la résignation aux subalternes, la clémence aux supérieurs, la foi à tous!...

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