CHAPITRE V
Droit du travailleur d'après la Révolution . — Charte du Travail:
Loi de Justice.
Le 8 janvier 1847, je fus reçu franc-maçon au grade d*apprenti, dans la loge de Sincérité^ Parfaite Union tt Constante Amitié ^ Orient de Besançon,
Gomme tout néophyte, avant de recevoir la lumière, je dus répondre aux trois questions d^usage :
< Que doit Thomme à ses semblables?
u Que doit-il à son pays?
< Que doit-ii à Dieu? i»
Sur les deux premières questions, ma réponse fut telle, à peu près, qu*on la pouvait attendre ; sur la troisième je répondis par ce mot : la Guerre.
Justice à tous les hommes.
Dévouement à son pays,
Guerre à Dieu :
Telle fut ma profession de foi.
Je demande pardon à mes respectables frères de lasor* prise que leur causa cette flère parole, sorte de démenti jeté à la devise maçonnique, que je rappelle ici sans moquerie : A LA Gloire du grand architecte de l'Univers.
Introduit les yeux bandés dans le sanctuaire, je fus invité à m*expliquer devant les frères sur ce que j'entendais par la guerre à la Divinité. Une longue discussion s'en"
» que les convenances maçonniques me défendent pporter* Ceux qui connaissent mes Contradictions niqueSf et qui liront ces Études, pourront se faire lée des considérations sérieuses sur lesquelles je is alors et affirme encore aujourd'hui mon opinion, théisme n*est pas l'athéisme : le temps viendra, re, où la connaissance des lois de l'âme humaine, incipes de la Justice et de la raisop, justifiera cette ction, aussi profonde qu'elle paraît puérile. IS la séance du 8 janvier 1847, il était impossible I récipiendaire et les initiés se comprissent, moi je ne pouvais pénétrer la haute pensée de la maçonnerie, n'en ayant pas vu les emblèmes; ni ouveaux frères ne pouvaient reconnaître leur dogme mental sous une expression blasphématoire, qui rsait les habitudes du langage vulgaire et toute la )lique religieuse.
st le sentiment qui resta dans les esprits, et qui fit r outre à la cérémonie.
^s avoir subi les épreuves, le bandeau tomba enfin, ssyeux, et je me vis entouré de mes frères, revêtus irs insignes, tenant leurs épées dirigées sur ma poi- , je reconnus les emblèmes sacrés ; on me fit asseoir 1 rang parmi les adeptes, et l'orateur de la loge, le able frère P***, âgé aujourd'hui de quatre-vingt- I ans, doyen de tous les maçons du globe, prononça icours de ma réception. Qu'il reçoive ici le témoi- ) public de ma reconnaissance et de mon respect, bien ! s'écrie le lecteur, qu'avez- vous vu dans cette ise maçonnerie, aux mystères si terribles, contre lie Tabbé Barruel aboya tant d'injures dans son ire du Jacobinisme^ et que l'abbé Proyart et autres ^nt ensuite d'avoir fait la Révolution?
que j'y ai vu, je vais vous le dire. Les sociétés ma-
çontiiqueUy placées tmie le regard du pouvoir et le patronage des hauts dignitaires 9 n'ont plus de secret^' Leurs mots de passe, leurs termes isabalistlquos, leufâ signes et attouchements, tout cela est connu, imprimé, publié, et court les rues. Quant h la doctrine, depuis que la tolérance est devenue par tout le globe un principe de droit public, et le déisme un piod*à*terre provisoire pour tous ceux qui ont renoncé à la religion de leurs pëfôSymi peut dire qu'elle est entrée dans la eireulâtion générale. Le silence recommandé aux Trôres ne porte en réalité que sur les alTairdl de la société et les choses per80A« nelles.
Mais par delà le déisme et la tolérance, que les logtt dissimulaient avec tant de soin il y a solxantëH]uln2e oa qualre-Vihgts ans, et qui forment encore aujourd'hui là substance de leur enseignement officiel; par delà ce cérémonial qui n'a plus même le mérite d'exciter la t^ riosité des profanes, il est une philosophie supérieure qui ne se communique point, attendu qu'elle est demeurée lellre cloSe pôUf tout le mondé, que je puis révéler par conséquent sanâ manquer au serment maçonnique, puis* que je U'ett dois rintclligencequ'à moi-même, biènqu'ellé constitue selon moi le véritable mystère, le dogme gl(h rieux et fondamental de la franc-maçonnerie.
J'ose espérer que celte exposition rapide sera reçue avec bienveillance, saUs approbation ni désapprobation, p&t toutes les loges do France et do l'étranger. Nos Vénéfabléft sauront comprendre qu'autant l'enseignement de pareilles idées, s'il était secret, pourrait avoir de péril pour la so* ciété qu'ils représentent, autant il est utile à cette sociM que le public soit saisi de principes qu'elle sera toujours à temps de désavouer s'ils sont jugés faux, mais dont tout riioimenrlui revient légitimement, si la conscience universelle les réclame.
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anciennes doctrines religieuses, disons-le tout de suit^* la condition sine quâ non de toute théologie.
Bien différente est la théologie des francs-maçons, et par suite leur théodicée. Elle sort des conceptions ontologiques, et prend pour assise une idée positive, phénoménale, synthétique, hautement intelligible : c'est ridée de rapport; et comme ce mot de rapport, par sa généralité , semble participer de la nature conceptualiste des notions précédentes, la Raison maçonnique lève tout doute à cet égard en concrétant et définissant son principe sous l'expression d'ÉQUiLiBRE.
C'est ce qu'indique à qui veut l'entendre le triple emblème, devenu plus tard celui de la Révolution: Aplomb^ NiveaUy Équerre.
L'équilibre : voilà une idée qui fait image, qui se voit, qui se comprend, qui s'analyse, qui ne laisse derrière elle aucun mystère. Tout rapport implique deux termes en équation : rapport et équilibre sont donc synonymes, il n'y a pas à s'y méprendre.
De l'idée de rapport ou d'équilibre la franc-maçcHinerie déduit sa notion de Tètre divin.
Le Dieu des maçons n'est ni Substance, ni Cause, ni Ame, ni Monade, ni Créateur, ni Père, ni Verbe, ni Amour, ni Paraclet, ni Rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept transcendantal : toute métaphysique est ici écartée. C'est la personnification de r Équilibre universel : il est Y Architecte; il tient le compas, le niveau, Téquerre, le marteau, tous les instruments de travail et de mesure. Dans l'ordre moral il est la Justice. Voilà toute la théologie maçonnique.
Du reste, point d'autel, point de simulacres, point de sacrifices, point de prière, point de sacrements, point de grâces, point de mystère, point de sacerdoce, point de profession de foi, point de culte. La société franonna-
^une n*est pas une église ; elle ne repose pas sur un ^^gme et une adoration ; elle n'affirme rien que la ^ison ne puisse clairement comprendre, et ne respecte <{ue THumanité. Est capable, en conséquence, d*étre reçu franc-maçon, de quelque religion qu'il soit, quiconque pratique la Justice et sert ses semblables, de quelque religion qu'ils soient eux-mêmes.
II faudrait être étrangement pauvre d'esprit^ ce me semble, pour ne pas voir que ce rationalisme tolérant, fondé sur le dédain de toute théologie et la substitution au concept métaphysique de l'idée positive et formelle, est la négation même de l'élément religieux , remplacé dans la conscience du franc-maçon par la Justice.
La théologie de la loge, en un mot, est le contre-pied de la théologie.
Aussi n'ai-je pas besoin d'insister davantage sur cet anti-conceptualisme de l'enseignement maçonnique pour montrer combien, en déclarant la guerre, suivant mon expression malheureuse, à tous les dieux substantiels, causatifs, verbaux, justiQants et rédimants, Elohim^ Jéhovah^ AllahfChrisioSfZeus^ Mithra^ etc., j'étais, sans le savoir, d'accord avec la pensée profonde de la francmaçonnerie.
Et moi aussi, aurais-je pu dire à la respectable assistance, j'affirme, comme idée souveraine et régulatrice dans les ftges futurs, le Rapport, l'Équilibre, le Droit. Je regarde comme de purs instruments dialectiques, subordonnés à cette idée, les concepts de substance, cause, esprit, matière, âme, vie ; je professe la Justice gratuite et sans récompense. Sous le bénéfice de cette explication, et comme je ne veux contrister personne, je consens à rendre gloir^avec vous, mes frères, au grand ÂRCHrTEGTE, immanent dans l'Humanité, et dont le lumineux triangle, plus précieux pour moi que le nom de
Johovah quo you» y avez inscrit^ m'a révélé toutes cetf choses.
Voilà pour la ihéologiejOu philosopliie spéculativo, ded francs-maçonsi Elle sq résume, comme Ton voit, dnni la pr6{>ondôrance do l'idéo sensible et intelHgiblo sur lo concept métaphysique et inintelligible^ idée dont h n*présotitation la plus complète est réquîlibro. Elle fait suite aux anciennes tlicologirs, polythéiste, judaïque et chrétienne, do même que l'idée dont elle émane fait suite nux concepts de substance, causo^ esprit ^ qui servirent à fonder ses devancières ; et cette suite* qui rappelle la progression historique d*Aug. Comte, théologie, métapliysiquo, science, nous annonce quo nous touchons à la loi do Justice, synthèse de la loi d'égolsmo et de la loi (l'amour.
Reste & voir maintenant quelle est la ihéodioéê ou philosophie pratique dos francs-maçons; ce qui nous ramène à la qiicM^tion que nous nous Sommes spécialement pro« posée (huis cette Élude, la victoire de la liberté sur la fatalité dans lo travail.
li'orlulno do 1a phlloi«ophlo et don nrlencoM ééemmrtvi» flanN la i«pontani*it4* travallleHMe de l'hoiiiiiie. — Al* plia bel indui«trlol.
diosc singulière, dont il était impossible do so douter avant quo la |)ression révolutionnaire nous eût rois sur la trace, lo problème de raifranchissement du travail est Hé à celui de Torigine des sciences, de telle maniera que la solution de Tun est absolument nécessaire à celle de Tautre, et quo toutes deux se résolvent en une même théorie, celle de la suprématie de l'ordre industriel sur tous les autres ordres do la connaissance et de l'art.
Cv^i ce qui résulte do la proposition ci-après, dont la détnotislration fora l'objet de ce chapitre :
Viiée^ avéc $e» catégorm^ $urgii de Vaeiion et doit ^^V0nir à Faetiouy à peine de déchéance pour Vagent.
Celft signifie que toute connaissance, dite à priori^ y compris la métepiiysiqua» ^t sortie du travail pour sc^rvir (l'instrumant au travail, eonirairefloent àce qu'enseignont l'orgueil philosophique et le spiritualisme religieux, accrédités par la politique de tous le» siècles.
Et voilà aussi ce qu'attestent les muets emblènies iXa la firttnoHiaa<K>liperie9 devenue presque ridicule depuis que, ma, pensée ne marcfaaot plus, elle semble avoir (>erdu sos Mcrets.
Qui ne s'est posé nuûntcs fois cette question : Pat où rbomme, s'élevant tout à coup au-dessus de l'inslinct, est-il entré dans bi sphère inteilecluellc ? Quel a été hi premier pas, en quoi a consisté le premier acte de su nUspn ? Ou, pour nmux dire, comment, chez rbomme primitif j Tinstinct, suiv4Pt sa propre destinée, est-il devenu intelligence? Car tout le monde est ici d'accord : rinltlligence n*est autre que Tinstinct lui-même se produisant sous une nouvelle forme ; c*est Tinstinct en évolution, qui se reconnaît, se réfléchit, s'smalyse, se mesure, et, procédant avec une conscience de plus en plus parfaite, se déroule en raisonnement et crée sa dialectique.
Rien de plus attrayant en général que la reclierche des origines; mais parmi tant de choses dont nous aimons à savoir les débuts, il n'en est aucune qui nous inléressc plus vivement que la raison.
Si nous interrogeons la science sur ses commencements, elle nous répond en nous montrant ses ^//^'//z^?n/£, des sons vocaux, des lettres, des chiffres,^des figures, en un mot des Signes.
La logique y ajoute ses conceptions ou catégories, av^ ses genres et ses espèces, formules générales de la pensée |)ariée, encore des signes.
G*esi avec cela que l'homme aborde la pbénoménàliii extérieure et sa propre essence; qu'il observe, calcule, ramène tout à des lois de plus en plus générales, et élève rcdifice à jamais inachevé de son savoir.
Mais comment Thomme a-t-il inventé le signe?
Qui dit signe dit déjà abstraction, concept, et nous n*en sommes encore qu'à la sensation. Le signe suppose la préexistence d'une idée générale, qui elle-même suppose la préexistence d'un signe ; c'est ainsi du moins que nous sommes forcés d'en juger, nous qui n'apprenons rien autrement. De sorte que, comme Rousseau le remarquait de la parole, nous tournons dans un cercle infranchissable. Si Vœuf est sorti de la poule^ ou si la poule etf sortie de l'œuf! Qui débrouillera ce mystère?
Les partisans de la révélation primitive, chrétiens et nco^platoniciens ou éclectiques, ne sont pas embarrassés. L'homme, formé de limon par la main du Créateur, a été instruit par les anges, qui lui communiquèrent, avec la parole, les premiers éléments des connaissances. Prisonnier du corps et courbé vers la terre, l'esprit de l'homme ne saurait rien de ses propres lois, s'il n'en eût été informé par un commerce avec les dieux. C'était la tliéorie de M. de Donald, c'est la philosophie de MM. Jean Rcynaud et Lamstrtine.
Si le fait était prouvé historiquement, ce serait quelque chose de si énorme que par respect du Créateur et de la création la raison se refuserait encore à l'admettre : comment le recevrait-elle quand il ne lui est permis d'y voir cju'une vaine induction de l'ignorance?
la nalure; où rintelligeoce, prête à s*élancer, n*a pas dépouillé les formes de rinstincl; ou par conséquent le concept métaphysique, sans lequel il n*esl <)as de raisonnement» reste enveloppé dans Timagc; où le rapport enfin, qui pour être perçu dans sa plénitude exige que l'intuition qui le fournit soit aualysée dans ses concepts, est engagé sous le phénomène.
A cet instanl-là, que pouvons-nous attendre de Thomme, qui déjà pense sans nul doute, puisque sentir et voir c*est penser, mais qui, faute de signes, est incapable de dégager ses notions, partant d'analyser sa pensée? — Une seule chose, des actes.
l^^activité spontanée, irréfléchie, et qui n'attend pas, dans la certitude intime qu'elle a d'elle-même, les confirmations d'une science professe : voilà à quoi se réduit, pour l'homme primitif, le mouvement de l'esprit.
Toute la question est maintenant de savoir si cetto activité peut devenir la révélatrice de rintelligencc; en autres termes, si les faits que l'homme produit sous la seule instigation de son instinct peuvent devenir des signes pour son esprit, de telle manière qu'il soit tout à la fois, de lui-même à lui-même, par l'appel de sa spontanéité et la réponse de son intelligence, initiateur et initié?
Or, on ne doutera pas que les choses ne doivent ainsi
se passer, si Ton réfléchit que l'activité, pénétrée, saturée
d*instinct, si je puis m'exprimer de la sorte, est ce qui
ressonble le plus à l'intelligence, à telle enseigne que
les enfants ne distinguent pas les actes instinctifs des
ictes réfléchis, et que c'est pour le sauvage une source
pennancmte de fétichisme. Dans ces conditions, Tac-
tÎTÎté apparaît comme la cause premi''Te de IVxcilxition
^ idées, comme le Verbe primitif qui illumine Uxit à
coup h conaeieiice humaine, il suffit, p^jur que le mirar U;
* prodaise, qœ colle acti^it»^ se manif^t'?. quelle éf ilo,
je demande grâce pour toutes ces ttiétaphcrfâs^ dûtÈê àeê actes visibles, les idées invisibles qu'elle contient ; en m mot, qu'elle parle.
Toute difficulté ensuite disparaîtra, A l'ej^périencé» ve> nant en aide à la psychologie, témoigile que les faite observés sont conformes aUx prévisions de la théorie.
Ceci renverse de fond en comble la philosophie spiritualisté, et menace de faire du travailleur, serf dégradé de la civilisation, Tauteur et le souverain de la science, de la philosophie et de la théologie elle-même.
Je dis donc qu41 y a dans les archives de Tesprit hamain quelque chose d'antérieur à tous les signes qui, âe^ puis un temps immémorial, servent de véhicules et d*instruments au savoir ; quelque chose dont ces signes ont été imités, si même ils n*en sont pas la simple copie; quelque chose par conséquent qui , produit de Tinstinct, servit de premier thème à l'intelligence et en détermina le mouvement.
Ce sont les premiers engins de l'industrie, que noafl pouvons bien appeler, à Tinstar des éléments du savoir, les Éléments du mivail.
Vhomme, l'être le plus élevé de la série animale, est aussi celui qui pour sa subsistance doit demander le plus h la nature : comment va-t-il l'attaquer?
Tout est pour lui dans ce comment. Selon qu'il sdùra i*1 prendre, sa peine sera plus forte ou plus légère; il triom' phcra de la fatalité du travail, ou il y succombera. Que * lui enseigne cette lumière organique, l'instinct, qui éclaii^ tout animal venant au monde, comme la raison doit éclairer un jour tout homme venu à l'intelligence? La franc-maçonnerie va nous le dire- Son IHcu est appelé Architfxte* J'ai fait observer (Jti^
0 nom impliqa&il la négation de fout ihéologismé, et la ibfltitution aux concepts transcendantanx de substance, luse, y\e^ esprit, etc., de Tidée scientifique de rapport^ lus explicitement, d*ÉQtJiLiBnË.
Mais tout cela signifie aussi que la vision interne à iquelle obéit Thomme primitif dans les actes de sa x>ntanéité, le rêve qui le mène, comme dit Curier, fant qu*il ait appris à jouir, par l'abstraction et Tana- 'se, de la plénitude do son intelligence, n*ost aucime e ces conceptions métaphysiques qui feront un jour le lartyre de son entendement; c'est une idée sensible et itelligible, synthétique, par conséquent susceptible d*aalyse, telle enfin qu'il la fallait pour la circonstanœ : ippori des choses entre elles, égalité ou inégalité, grouemeot, série/cohésion, division, c'est-à-dire justement e qui fait la réalité, la pliénoménalité, l'intelligibilité
1 la valeur de l'être.
Ainsi, la pensée première de l'homme, celle qui précède n lui toute réflexion et analyse, est la même, mais à l'état L'image, que celle à laquelle le ramène l'élaboration Mlosophique : il ne se pouvait autrement. Le principe le Fètre en donne immédiatement la fin : Ego sum alpha H wnegaj primus et novissimus^ principivm et fini».
Gomment se produit, dans les faits de l'activité spontinfe, cette vue d'équilibre?
De tous les instruments du travail humain, le |iius élémentaire, le plus universel par conséquent, ci'lui auquel le nuDènent tous les autres, est le levier^ la barre. C^cst Itt bAton dont se sert, pour s'appuyer et se défendre, ToraDg-outang, mais avec cette différence de lui à llKAïQie, que Torang ne verra jamais dans son bâton au- ^diose qa*un bâton; tandis que l'homme, par la puis- **liQeévolalivede.son instinct, y découvre Tinfini.
Tout ce que l'homme fait, entreprend, imagine, peut
se déQiiir, au point de vue induslrieli création d'équilibre ou rupture d'équilibre. Le levier dont il se sert remplit indifTcremment ce double objet; selon la manière dont il l'emploie» la matière dont il le Tabrique, les modifications qu'il lui Tait subir» il s'en fait un instrument à toutes fins :
Instrument de coercition, d'arrêt, d'appui, de cldlure;
Instrument de préhension ;
Instrument de percussion ;
Instrument de ponction ;
Instrument de division ou section ;
Instrument de locomotion ;
Instrument de direction, etc.
Naturellement, ces premiers rudiments de Toutillage humain ont été en fort petit nombre et d'une grossièreté digne de l'époque ; mais en si petit nombre qu'ils fusseut» l'idée y était, une dans son principe, variable dans ses applications; par elle ces instruments formaient série ^ et parlaient à l'esprit.
Je n'ai pas la prétention d'en dresser une table exacte « ce serait chose aussi difficile que de déterminer les élé-* ments naturels de l'alphabet ou les catégories do l'en" tendement.
Mais puisque toute littérature commence par les lettre^^ toute mathématique par les chiffres, toute musique par l^ gamme, ne semble-t-il pas que toute éducation profc^ sionnelle devrait commencer aussi par un tableau raisonna des instruments les plus rudimentaires du travail, ave^ leur explication théorique et pratique, leurs rapport^ d'identité ou similitude, leurs dérivés et leurs équivalents * Et no serait-ce pas poser les bases d'une forme nouvel ^^ de philosophie, à l'usage des intelligences sur lesquell^ l'enseignement ordinaire, qui commence par l'abstra^" tion, n'a pas de prise?
1 C3mk: cnKàef. aorm. uf: êu 01M: . twf: oacrt i«Roft
H. Loar rfTimiBtin* onsiiiureiBsn: ^l uu^ u^^ Dexiuk. coin-
Me autour de TiA^i : — iî« carat r itomf : K. M[AXiLA.r ifluunie. viuZés:. fiiior.. fteau. iMfiàf : ^* PooriE Jaimoe. pé^ javtio:, fesu^ . uotl mpuiUt cil. : G. CMy; H. HicB£:
L LUŒ itWfUMH, CMOBti. Jll2lT>!. «I«P : i. Sca, ÔJME ;
K. Peux fréci^, home, trudk. miU^ .
^ FocicsE 'tricfeof . -raifim. ^psf ; |ioiin«r dDulik*. tri}ike.
' ^Odijàu^ doBnutt par n secùoc iii rtmr . qui es: aii^ iai
^tTTAi: ,l«rf«f : oona/. sipiêou. *-tffOà€^ thenurtsi : ^^ac et Got'T£KF jji ; ^^cou rtmtort;
^^ftSDL'LE OU fia fUmh;
tisonnons un pea sur cet alphabet, qu'il est loisible ^ diacan de refaire à sa guise, mais auquel on trouverait ^t-ètre moins à ajouter qu'à réduire.
L'homme ne crée rien , disent avec raison les écono*
mistes; il façonne. •— Qu'est-ce que façonner? demandezvous. Réponse : c'est mouvoir. — Je reprends : Le mouvement seul, imprimé à la matière, ne lui donne pas la forme voulue, ne constitue pas le travail : il faut que ce mouvement soit en rapport avec le but à atteindre, en équation avec son objet, c'est-à-dire en équilibre.
Voilà ce que nous montre à première vue Talpbabetda travailleur.
Que sont après cela tous nos instruments, depuis le char rustique jusqu'à la puissante locomotive, depuis le canot du sauvage jusqu'au navire à trois ponts, depuis la simple poulie jusqu'à l'horloge de Schveilgué, sinon des assemblages de leviers de toute sorte, à crochet, en pointe, en lame, roues, chaînes, ressorts, servant à produire le mouvement, la division , l'approche, la cohésion, etc., tantôt par une production, tantôt par une destruction d'équilibre ?
£t les produits de ce travail, que sont-ils à leur tour, sinon des constructions et agencements de matières taillées, forgées, tournées, filées, assemblées, empilées, aroboutécs, engrenées, croisées, tissées, enlacées, etc.i toujours d'après la même loi?
Le principe qui régit l'industrie est donc un et idenli' que; il n'a rien au premier abord de métaphysique; i^ fait image : c'est le principe, sensible et intelligible, de la mécaTiique de l'univers.
Or, étant donnée cette idée universelle de l'équilibre dans le rêve de la pensée, et les opérations du travail n'^^ étant que l'application, nous voyons, par-là même, cotO^ ment 1 homme a passé de l'intuition synthétique et spa^' tanéc à l'idée réfléchie et abstraite ; comment il a décote posé l'objet de sa vision , inventé les signes de la past7*^ et du calcul, créé les mathématiques pures, dégagé ^^ les nommant le$ catégories de son entendemejU»
C'est que la puissance qui dirige la main do I ouvrier esl la même au fbpd que celle qui Tait réfléchir le cerveau du philosophe, et que, rintelligence ne pouvant s*éveiller à ridée, à la vie, que sur un signe de Tintelligence, il fallait de toute nécessité, pour que riiommc entrât dans cette carrière intellectuelle, qu'il y fût porté par une suite d'opérations émanées de lui-même, et qui, analyse par la multiplicité des termes, synthèse par leur ensemble, fût pour lui comme une manifestation de rintelligence même. L'homme, en un mot, ne pouvait avoir d*aulre révélateur, d*autre Verbe que luinnèmc : contradiction insoluble dans l'ancienne psychologie, mais que la seule ins|vection Je l'dphabet industriel, aux caractères à la fois spontanés Pt significatifs, lève à l'instant.
Elxpliquons cela d'une manière plus précise, si faire se peut.
Le propre de l'instinct, forme première do la pensée, est de contempler les choses synthéti(|ucment ; le propre de l'intelligence, au contraire, est do les considérer anulytiquement. Or, bien que rinlelligence ne soit elle*môme que l'instinct en évolution, l'homme seul, entre les animaux, parait jouir de celte prérogative, ce qui veut dire que seul il a la faculté de concevoir l'idée abstraite, dès qu'elle lui est signalée dans son intuition. Hais l'intolliffeiice n'est pas donnée d'emblée , comme l'instinct; ce ff'est d'abord qu'une virtualité endormie, qui n'arrive à 1^ possession d'elle-même que par un long exercice, et Ulr an appel énergique de la spontanéité qui la précède : 'ar l*homme a aussi Tinstinct de son intelligence. Pour IUq Tesprit devienne capable d'analyse, il faut donc qu'il '^ât conduit pas à pas, que sur chacun des U;rmes dont '^ compose la totalité de l'intuition il s'arrête, les reconnaisse î'un après l'autre, et les nomme. Or, c'est ce qui ^ pourra se faire qu'à la condition ou d'une initiation
du dehors, ou d'une circonstance particulière qui en tienne lieu. Quelle sera, pour Thomme primitif , cette circonstance? Je Tai dit, sa propre industrie.
Le castor élève sa maçonnerie, l'oiseau bâtit son nid, Tabeille construit son rayon, l'araignée tend sa toile» tous les animaux exercent leur industrie d'après un type intérieur, dont ils ne s'écartent jamais.
Rien de semblable ne se voit chez l'homme. Il n'a pas d'industrie prédéterminée. Son génie n'est point spécialiste, il est universel. Il agit diaprés une intuition simple, mais synthétique, positive , expérimentale, et d'une compréhension si vaste, que ses actes ne peuvent avoir rien d^uniforme , et sont susceptibles au contraire d'une variété inflnie. C'est l'idée de rapport, convenance, équation, égalité, accord, équilibre : idée synthétique dont la simplicité n'est égalée que par sa fécondité même.
Cela se découvre nettement dans le langage primitif, où, pour dire qu'un homme est capable ou incapable de faire une chose, qu'il en a ou n'en a pas la force, le génie, le talent, la science, on dit simplement qu'il estera/ ou inégal à cette chose , par, impar oneri; qu'il est ou n'est pas de poids, miniis habensj etc.
Or, il est de la nature de cette intuition fondamentale, qui constitue à l'origine tout le génie humain, que toute action qui en est la conséquence implique tout à la fois et nécessairement production d'équilibre et destruction d'équilibre. C'est même sous ce dernier aspect qu'elle se manifeste de préférence, l'action de l'homme, dans l'état de nature, consistant surtout à attaquer et se défendre.
11 en résulte que les premiers instruments de l'industrie humaine, armes offensives ou défensives, sont des instruments analytiques. C'est encore ce qu'exprime la langue native, pour laquelle détruire {de-struere^ d^* conslruîre) est la même chose que décomposer, diviser i
lélier, disjoindre, dissoudre, découdre, séparer, balancer, 3nlever, analyser enfin; de même que créer, ou construire est joindre, lier, tinir, égaler, dresser, in-struere^ 3u indu-struercj d*où indu^stria^ indu^strumentum^ organiser, machiner au dedans de soi-même, èvSbv, par une contemplation interne, à la façon de Tabeille, de la [ourmi, etc., qui, sans leçon de personne, semblent tirer de leur fonds leurs idées et leur art.
Un professeur de mathématiques de mes amis enseigne la géométrie à ses élèves en commençant par la sphère ; c*est de la considération empirique de la sphère qu'il paft pour arriver à la notion abstraite du plan, de la ligne et du point. Telle est justement la 'marche qu*a suivie le travail dai)^ la détermination des catégories et la découverte des signes primitifs ou éléments des sciences; Ces concepts transcendantaux de substance, cause, sspace, temps, âme, vie, matière, esprit, que nous plaçons comme des divinités au sommet de notre intelligence, sont les produits de l'analyse que nous avons faite de notre intuition mère, des hypothèses ou postulais de notre expérience, ainsi que je l'avançais dès 1842 (Création de rOrdre dans l'Humanité). Ici, j'ose dire que le doute est devenu impossible. La nature est par nous saisie sur le fait : l'idée métaphysique est née pour l'esprit de la décomposition de l'image sensible, opérée par l'activité spontanée, et nous pouvons hardiment poser cet axiome, que toute intelligence commence par la destruction : Destruam et œdificabo.
Voilà ce qui explique comment l'écriture, les chiffres, la parole même, requéraient pour leur invention la production préalable de faits et d'organes qui leur servissent de prototypes; comment ces organes, instruments de notre première industrie, ont été fournis par l'activité spontanée; comment Tesprit a été poussé par eux dans la
voie de l'analyse ; pourquoi lei lettres de l'alphabet» las noms de nombre, les figures de géométrie, furent» la plupart, nommés de ces instrumeols» ainsi que l'étymplogie en témoigne ; pourquoi les radicaux des langues ont lous un air de famille qui a fait croire longtemps k une langue primitive, tandis qu'ils sont l'expression de la pratique industrielle» partout identique, au ^ein de laqu^lte ils ont pris naissance.
Encyclopédie ou polyteclmle de l^^yprentUt—fie.
I^ première partie de notre proposition est donc établie : L'idée^ avec $ej$ catégories, surgit de l'action; eu antres termes, l'industrie est mère de la philosophie et des sciences. *
11 reste à démontrer la seconde ; L'idée doit retourner à Inaction; ce qui veut dire que la philosophie et les sciences doivent rentrer dans Findustrie, à peine de dégradation pour THumanilé, Cette démonstration faite, le problème de Taffranchissement du travail est résolu.
Rappelons d'abord en quels termes ce problème a été posé.
Le travail présente deux aspects contraires, Tun subj(3ctif, l'autre objectif. Sous le premier aspect» il est spoQtanc et libre, principe de félicité : c'est l'activité dans son exercice légitime, indispensable à laPsanlé de l'âme et dtt corps. Sous le second aspect, le travail est répugnant et pénible^ principe de servitude et d'abrutissement.
Ces deux aspects du travail sont inhérents l'un à l'aU' tre, comme Tâme et le corps : d'où résulte, à priori^ 9^ toute fatigue et déplaisance, dans le travail» ne saurait absolument disparaître. Seulement, tandis que s^ le régime des religions la fatalité prime la lil}erté, et (f^ la répugnance et la peine sont en excès» on demande ^>
fiOus le régime inauguré par la Révolution, la lil>erlé primant la fatalité, le dégoût du travail ne peut pas diminuer W point que Tbomme le préfère à tous les^xer^icesaqiu- (santsinyealéfi, ^fnme remèdes àTennui ei réparation du travail mèm^ ?
Question de vie ou de mort pour la Révolution, comme jtoule^ les questions que soulève I^ destinée sociale,
D'homme à homme, la balance doit èlre tenue toujours égale : ainsi le veut la Justice, nous Tavons quatre fois démpiitré en traitant des pe^'spnnes, des biens, du gouvernement, de rédu($9tion.
De l'homme à la nalure, ou, comme nous disions tout à l'heure, de la liberté i la falalité, celte égalité ne suffit pas; il faut, à peine de déchéance, que la balance devienne pour la première de plus en plus favorable.
Égalité dans la condition des personnes, sauf ces différences légères que la nature a jetées entre les êtres et que la liberté néglige , mais prédominance assurée de Thomme sur les clioses, par Temport croissant de son industiie : telle est la double proposition soutenue par la Révolution, parlant pour tous les travailleurs, d'une part, contre TÉglise, protestant au nom de toutes les fiecles mystiques et aristocratiques, d'autre part.
11 y va, je le répète, du bien-être de Thumanité, de la gloifB de sa raison, de la dignité de son caractère, de la noblesse de ses affections, de la satisfaction de sa Justice, ^'est la vie humaine tout entière de nouveau mise en
i^ par la nécessité mystérieuse du travail.
XXXV i
Les ouvriers ont, en général, le sentiment très-vif d'une amélioration possible de leur sort, non-seulement au i^t de vue des libertés politiques et de la propriété, ^f^ i celui des conditions même du travail.
Mais ils ne sont pas en mesure de dire ce qui leur manque, et conséquemment de formuler leur pétition.
lis s'imaginent que tout pourrait être réparé au moyen d*une augmentation de salaire et d*une réduction des heures de travail; quelques-uns vont jusqu'à balbutier le mot d^ association. C'est tout ce qu'ils ont compris de la république de 1848, tout ce qu'on a su dire en leur nom uu Luxembourg.
De là les remaniements plus ou moins malheureux de tarifs, la guerre faite aux ouvriers tâcherons, les associations communautaires, et cette ratio ultima du travailleur mécontent, la grève.
La critique a depuis longtemps fait justice de ces expédients pitoyables.
L'augmentation de salaire, jointe à la réduction du travail, et combinée avec Temploi des machines et la séparation parcellaire des industries, constitue, dans l'état actuel, une quadruple contradiction.
Plus le travail se divise et les machines se perfectionnent, moins Touvrier vaut; conséquemment moins il est payé; partant, plus, pour un même salaire, sa tâche augmente. Cela est d'une logique fatale, dont aucune législation, aucune dictature, ne saurait empêcher l'effet. Il y a donc baisse forcée de salaire, en dépit des grèves, des règlements, des tarifs, de l'intervention du pouvoir: l'entrepreneur a mille moyens de se soustraire à celle pression anormale.
Quant à l'association ouvrière, elle n'a guère été autre chose jusqu'ici, et sauf de bien rares exceptions, qu'une imitation de la commandite bourgeoise ou de la communauté niorave, pauvre ressource, dont la pratique eut bientôt démontré Timpuissance.
Il faut donc changer de tactique; il faut, pour relever la condition de Vouvriet , corcvvcv^w^ev: car relever' sa
valeur : hors de là point de salut, que les travailleurs se le tiennent pour dit.
Or, indépendamment des conditions de Justice commutative dont les principes ont été posés dans les études précédentes, en ce qui touche les Personnes, les Biens, la Puissance publique et l'Éducation, il est encore pour le travailleur dpux garanties indispensables à réaliser :
En lui-même, une connaissance encyclopédique de rindustrie;
Dans Tatelier, une organisation des fonctions sur le principe de la graduation maçonnique.
Tout est absurde dans les conditions actuelles du travail, et semble avoir été combiné pour Tasscrvissement à perpétuité de l'ouvrier.
Après avoir, dans l'intérêt de la production, divisé et sous -divisé à l'infini le travail, on a fait de chacune de ses parcelles l'objet d'une profession particulière, de laquelle je travailleur, enroutiné, hébété, ne s'échappe plus. Politiquement affranchi par la« Révolution, il est refait serf de la glèbe, en son corps, en son âme, en sa famille, en toutes ses générations, de par la distribution vicieuse, mais invétérée, du travail.
Ce n'est pas tout : comme si l'exercice d'une fonction ainsi limitée devait épuiser toutes les forces de son intelligence, toutes les aptitudes de sa main, on a limité à l'apprentissage de cette parcelle l'éducation théorique et pratique du travailleur. Et pour cet apprentissage on a exigé du prolétaire, comme première mise de fonds, de longues années de service gratuit, la ileur de sa jeunesse, la crème de sa vigueur. I^ plus beau et le meilleur de la vie est prélevé sur l'ouvrier par le patron qui, après cela, ne peut pas même lui garantir de Vem\Avj\.
Du reste, comme tout est établi sur ce pied, Ids patrons n*cn deviennent généralement guère plus ricbeç : la sueur du mercenaire monte et va alimenter le parasitisme d*en Jjâut, à travers les mille canaux et tuyaux du système.
Ce qu*un esprit ordinaire aurait épuisé en trois jours, souvent en quelques heures, C0 qft^une joiain autreoient 'i exercée apprendrait à exécuter eu quelques sem^iniBS, on y consume des années. Puis, ce ridicule apprentissage fini, qii'a-t-on obtenu?
Je suppose que Tinstruction ait été donnée do bonne foi, et que le sujet ail profité des leçons.
On a façonné Thomme à une manœuvre qui, loin de Tinitier aux principes généraux et aux secrets deTindus*. trie humaine, lui ferme la porte de toute autre profession; i après avoir mutilé son intelligence, on Ta stéréotypée, pétrifiée ; à part ce qui concerne son état^ qu'il se flatle i do connaître, mais dont il n*a qu'une faible idée et une étroite habitude, on a paralysé son âme comme son bras.
Pendant les premières années qui suivent Papprentis- i sage, rimaginalion, soutenue par la jeunesse, fait encore quelques rêves dorés : c*est alors que le travailleur prend femme, et crée pour le système qui le dévore des rejetons qu'il dévorera.
Mais bientôt la monotonie du labeur avec tous ses dégoûts se fait sentir : le prétendu travailleur acquiert la conscience de sa dégradation ; il se dit qu'il n'est qu*uo rciuage au sein de la société; le désespoir s'empare lent(^ment de lui ; la raison, faute d'une science positive, perd réquilibre; le cœur se déprave, et Thomme finit dans les rùvos de l'utopie, les folies de l'illuminisme et les rages do Timpuissance.
On a voulu mécaniser l'ouvrier; on a fait pis, on Ta rendu manchot et méchant.
Sera-ce donc un paradoxe affreux de soiUenir qu'il en
doit être de rindnstrie, mère des sciences , comme des sciences ^elles-mêmes; que son enseignement doit être donné gu eomplet, Siiivaot une méthode qui en embrasse tout le cefcie, de larta qu« le choix du métier ou de la «péci«{i4é arrive pour Touvrier, comme pour le poiytechnieient après racbèvenaeiii du cours complet d'études ?
Certes, l'industrie réelanxe de Télève plus de temps que la grammaire, Tarithmétique, la géométrie, la physique même : car fouvrier n'a pas seulement à exercer son idt^ligeoce et à maubler sa mémoire ; il faut qu'il exécute de la main ce que lïa tête a compris : c'est une éducation imi & h fois des organes et de l'entendement.
Hais il e^t clair que l'industrie, non plus que les scieaces , ne peut être morcelée sans périr : l'homme ilont le génie circonscrit dans une profession ne sait rien des autres est comme celui qui, ayant appris à signer son nom par l'initiale , ne sait rien du reste de Talphabet.
Tout d^ei^semble ou rien : c'est la loi du travail comme du savoir. L'industrie est la forme concrète de cette philosophie positive qu'il s'agit aujourd'hui de verser dans les âmes à la place des croyances éteintes, philosophie qu'a prophétisée et invoquée, il y a un siècle, le plus vaste génie des temps modernes, le père et l'hiérophante de V Encyclopédie^ Diderot.
Ici, je le ré|)ète, point de milieu : ou nous reviendrons au régime des castes, auquel nous pousse de toutes ses forces uii spiritualisme imbécile; ou la Révolution aura gain de cause sur ce point comme sur les autres. On ne scinde pas l'idée de la Révolution, on n'en élague pas le système, pas plus qu'on ne peut scinder le dogme de l'Église, prendre une partie de sa ihéodicée et rejeter le reste.
XXXVIIl ^
Quelle est Tintuition primordiale du génie humain?
L'idée d'équilibre. Tous les instruments nidimentaires du travail sont des variétés du levier; c'est le point im« muable auquel se famène toule opération industrielle. Detur mihi punctum^ et terram movebo.
Comment, sous la provocation de la spontanéité, s*est allumée Fintelligence ?
Par la pratique inévitable de l'analyse. Tous les instnimcnts du travail sont des instruments analytiques; toute opération industrielle se résout en une production ou rupture d'équilibre.
I/idée abstraite est sortie de l'analyse forcée du travail : avec elle le signe, la métaphysique, la poésie, la religion, et Onalement la science, qui n'est que le retour de l'esprit à réquilibre.
Le plan de l'instruction industrielle, sans préjudice de renseignement littéraire et scientifique qui se donne à part et en môme temps, est donc tracé : il consiste, d'un côté, à faire parcourir à l'élève la série entière des exercices industriels, en allant des plus simples aux plus difficiles, sans distinction de spécialité; — de l'autre, à dégager de ces exercices l'idée qui y est contenue, comme autrefois les éléments des sciences furent tirés des premiers engins de l'industrie, et à conduire l'homme, par la tête et par la main, à la philosophie du travail, qui est le triomphe de la liberté.
Les sciences elles-mêmes n'ont pas d'autre objet. Cette réduction à de simples signes, à quelques formules abstraites , de tant d'observations , d'expériences , d^entrcprises, d'efforts, qui constitue le savoir réfléchi de l'humanité, n'est à d'autjc fin que de loger dans un cerveau do trois ou quatre décimètres cubes une somme d'idées
qui autrement ne tiendraient pas dans une tële grosso comme le globe.
Eh! ne voyez-vous pas que, si Thomme ne possède aucune industrie native, comme Tabcille, la fourmi, le castor, si la nature s*est bornée à lui souffler pour tout génie l'intuition de Tégalité, de l'équilibre, de Tharmonie, image de la Justice qui possède sa conscience, c'est qu'elle le prédestinait à une industrie universelle, autant élevée au-dessus de l'instinct animal que l'Univers est au-dessus de la monade t
Voilà ce que n'a pas vu, ou dont n'a pas su tenir compte, la phrénologie, mesurant le génie aux dimensions du crâne : elle ne prend pas garde que l'intelligence est essentiellement analytique; que toutes ses conquêtes,* elle les fait et les garde au moyen de l'analyse ; que par conséquent le volume du cerveau n'est nullement en rapport avec la multitude des idées, genres, espèces, groupes, séries, qu'il doit loger : il suffît que la faculté analytique soit bien tranchante, de môme que pour abattre une forêt il n'est pas besoin d'une hache grosse comme une montagne, il suffit qu'elle coupe.
Tirons les conséquences.
L'enseignement industriel réformé suivant les principes que je viens d'établir, je dis que la condition du travailleur change du tout au tout; que la peine el. la répugnance inhérentes au labeur dans l'état actuel s'effacent graduellement devant là délectation qui résulte pour l'esprit et le cœur du travail même, sans parler du bénéfice de la production, garanti d'autre part par la balance économique et sociale.
. Avec une corde grosse comme le petit doigt, un enfant^ s'il parvient à Vcnrouler seulement uuc foVs» ^v\VQ>\^îii^
piquet ou d*un arbuste, arrêtera un taureau ; avec une pierre emmanchée au bout d'un bâton, il Tassommera; avec une flèche, ailée comme sa pensée, il atteindra Toiseau sur Tarbre d*où celui-ci semble le défler; avec un levier grand comme son corps, il déracinera un rocher, et le précipitera du haut en bas de la montagne.
Le premier qui en fit Tessai dut éprouver une joie iDdicible. C*cst l'ÂpoUon vainqueur du serpent : toute fatigue a disparu; le corps du dieu louche à peine la ten%f le dédain gonfle ses narines, le génie brille sur son vidage. X*univers fuit devant son geste; mais il le saisit du r^ard, il le tient au bout de sa flèche; fût-il perdu, il le relrouverait dans la paume de sa main.
Le lendemain, le surlendemain, tous les jours, noui^elle invention, nouvelle victoire. Il marche d^enchantement en enchantement, et plus il multiplie ses œuvres, plij^il étend son domaine et ajoute à sa félicité.
Les enfantements de l'industrie sont les fôtes de Thu* manilé. La plus longue vie, en consacrant -une heqrc à U répétition de chaque découverte, n'en épuiserait pas II nomenclature.
Oh ! si la communion sociale, si la solidarité humaine, ne sont pas de vains mots, que peut être Téducation da travailleur, que sera son labeur quotidien, sa vie tout entière, sinon de refaire incessamment en son particulier, en y ajoutant ce qui lui vient de son inspiration, oe qu'ont fait ses pères? Us ont semé dans l'enthousiasoie, il recueille dans la félicité.
Je demande donc i)ourquoi, l'apprentissage devant èt(9 la démonstration théorique et pratique du progrès industriel, depuis les éléments les plus simples jusqu'aux constructions les plus compliquées ; et le travail de rpuvrier, compagnon ou maître, n'ayant qu'à continuer» sur utt0 plus vaste échelle, ce qu'aura comun^nçé l'appr^tiiuage';
d«B»iid0 fowqiioî h nt cntim do travailleur ne •ait pat me H^ommitt pcrpélueik, nue procetaion omplwleT
C0 n*M pins id cet atlrail pa«ioniyl qui devait, selon tiiiier» jaillir, eonune uu leu d'artifice, du milieu d*^ ^Us de gnmpeê coMirasiés^ de» intrigues de la caàaiisie à» évolotîons da la papilUmne.
C'est une volupté intime, à laquelle le recueillement do solitude n'est pas moins favorable que les excilation*;(ln itelicr, et qui résulte pour l'homme de travail du plnii Lercicc de ses facultés : ISorce du corps, adn-ssr df4* lains, prestesse de l'esprit, puissance de ridé<% (ir^iM^il B rème par le sentiment de la difficulté vaincue, de 1» aturc asservie, de. la science acquise, de riiuléiieiMlarir/f asurée; commpn'on avae le genre humain par le Miuvftnir es anciennes luties» la solidarité de Tœuvrt! i:t I» ptirli ipàlion du bien-être.
Le travailleur, dans ces conditions, quelipie lien 'pii l'v attache à la création, quels que soient ses fHpiMirU .iv«'/ es semblables, jouit de la plus hauU: \\ri\vu</^.\\\yt' fioul inëlre puisse s'enorgueillir : il existe pak ij.i-n^.mk. I'.imi le^mmnn entre lui et la multitude des y'.U'%, tJiU^nn naoi sans produire, fruges eonsumere ruêUfi. Il r»e rr'^oif ien de la nature qu'il ne le métamorphos/*, ; tu Vt't\»\u^ aot, il la purge, la féconde, Temliel lit ; il Im nnd \*Uu |u*il. ne lui emprunte. Fùt-il enlevé du rnili'Mi t\r. m% irères, transporté avec sa femme et ses enfanu d'iM4 U lûUtude, il retrouverait en soi les é)/;mr!iiU di; UiuU-. ichessé» et reformerait à l'instant une tumsi'Wv.hmuhuiM-'
Pourquoi, dès lors, le travail, dévelop|>/i H i'niM:l«:nM elon les principes de la genèse indu^triellfs MïMiplmt^fiiil ouïes las conditions de variété, de saliilmt/t, d inl«:lli (enco. d'art, de dignité, de passion. An** lé((itMni; U-uiMn-t |lii tiwtdo sm essence, ne deviendrait -il \m%, mf-ma mu
point de vue du plai&ir, préférable à tous les jeux, danâc escrimes, gymnases, divertissements, et autres bala çoires que la pauvre Humanité a inventées pour sei mettre, par un léger exercice du corps et de Tâme, de fatigue et de Tineptie que la servitude du labeur cause? N*aurions-nous pas alors vaincu la fatalité d le travail, comme nous Tavons vaincue précédemin dans la politique et Téconomie?
OrsanlsatloB de l'Atelier.
On objecte :
La vie du sauvage, quand elle n^est pas tourmentée la famine, les maladies, la guerre, *se passe dans i ivresse perpétuelle. Il est libres dans la mesure de intelligence il peut se dire le roi de la création, et conçoit que son instinct se refuse à changer d*état.
Les ravissements du civilisé, chaque fois qu'il dérol la nature un de ses secrets, ou que par la spontanéité son industrie il triomphe de l'inertie de la matière^'jS plus grands encore. Comparaison faite des avai^ et des inconvénients de la vie sauvage et de la vie c liséc, la balance est incontestablement en faveur de dernière.
L'idée de faire jouir le travailleur, en pleine civili tion, de l'indépendance édénique et des bienfaits du 1 vail, par une éducation simultanée de l'intelligence des organes, qui, le dotant de la totalité de l'indus acquise, lui assurerait par là même la plénitude de liberté, cette idée est irréprochable assurément con conception, et d'une portée immense.
Toutes les spécialités du travail humain ^nt foncti l'une de l'autre : ce qui fait de la totalité industriq^c système régulier, et de toutes ces industries divergen:
hétérogènes, sans rapport apparent, de cette multitude ' innombrable de métiers et de professions, une seule indostrie, un seul métier, une même profession, un même é(at.
Le travail, un et identique dans son plan, est infini dans ses applications, comme la création elle-même. *
Rien n*empêche donc que Tapprentissage de l'ouvrier soit dirigé de telle sorte qu*il embrasse la totalité du système industriel, au lieu de n'en saisir qu'un cas parcellaire. C'est toujours le même principe qu'il aurait à suivre, la même manipulation à exécuter.
Les conséquences d'une semblable péda<;ogie schiicnt incalculables. Abstraction faite du résultat économique» elle modifierait profondément les âmes et changerait la bce de l'humanité. Tout vestige de l'antique déchéance s'effacerait; le vampirisme transccndantal serait tué, Vt^ prit prendrait une physionomie nouvelle, la civilisation monterait d'une sphère. Le travail serait divin', il serait la religion.
Hais quel moyen de réaliser un plan aussi vaste? (Comment accorder cette polytechnic de l'apprentissage, dont il s'agit de faire jouir, non plus comme aujourd'hui linéiques privilégiés de la jeunesse, mais la masse entière dos générations, avec le service des ateliers et des champs? Cette objection nous conduit à la seconde partie du problème, l'organisation de l'atelier.
La difficulté ne vient pas de renseignement en lui-même, auquel il est facile de donner partout le caractèro de gétiéralité encyclopédique qui seul peut assurer dans Tétut civilisé la dignité de Thomme et du citoyen.
Elle ne vient pas non plus des sujets à élever, qu'il scTa toujours facile de grouper, selon l'exigence des lif ux et
aiTGc d'antanl moing de Trais pour les familles, que l'éttide étant mêlée de travail effectif est saseeptîblé de pflye.
La difflculté vient de la division du travail, ditision qui constitue la plupart des industries et semble pour cela incompatible avec la variété d'opérations demandée; qui même parait d*autant plus précieuse qu'en dispensant lo travailleur de toute science, elle semblait S*accommoder aux inégalités que la nature a mises entre les hommes.
A quoi servirait, en eiTet, cette instruction générale, si Tapprentif devenu compagnon, ayant fait choix d^rni état, devait passer le reste de sa vie dans les languoun d'un ttavail machinal, d'une sous-division industrielle? Élevé pour la gloire, il n'aurait trouvé que le martyre...
Remarquons d'abord que l'objection tombe pour l'agri* culteur*
L'agriculture, centre et pivot de toute industrie, suppose autant de variété dans la connaissance qu'elle en requiert et* peut en requérir dans le travail ; destinée à devenir le premier des arts, elle offre à l'imagination autant d'attraits que Fume la plus artiste peut en souhaiter.
Ajoutez que, s'exploitant généralement par familles, elle donne la plus haute garantie d'indépendance possible.
Or, la grande majorité des populations appartiennent i ragriculluro. Consultez-les : elles vous diront que ce qu'elles demandent pour être heureuses, c'est, avec l'instruction suffisante, la propriété, le crédit, la balance économique, la liberté communale, la réduction de Tinipôtet Tîfbolition du service militaire.
Les petites industries ne présentent pas plus d'etnbaf' ras. Elles se cumulent facilement, soit entre elles, soit avec le travail agricole ; loin de se montrer réfractaires an grand enseignement, elles l'appellent, afln que l'ouvricf
— i'Tîï —
suisse à volonté C'.i~ç»r :iî inMjfr ." .v •■:" i •• i •.-* ysièmc de la proi ;;'.':c :-.:• -f-rr^ ':\ :•;•*■ ; ; s ; ...; Monnaie sur le march-i.
Restent donc les mar":';*. .:-:•?. :'•.'. n'.^*.:;>. ••n.\^ ers et chantiers de constriiclion. to-.îi oo <\\w 1\^m .ïpi'.lU* ujourd*liui lu grande imlusfrie, il qui no^l .uiti/ipi.^ I.' yynpe industriel, formé de la combiiuistui dr I.mii tnuii ircellaires. Là, Thabileté manndlo élanl riMiipliin it jin
perfection de ToutiHaj^e, les rôles rnlrr riiiutHiir 1 1 li atière sont intervertis : l'esprit n'est |iliis iléinn lint ier, il a passé dans la machine; cf f|iii d(v;iil l.iii« li oire du travailleur est devenu pour Im un .l^ :ji.v'IIiiiI 3 spiritualisme, en démontrant ain-i l.j M'-|i.it.iiM;fi «l** Ime et du corps, peut se vanter d'.j\oif t ro-l i.i f.'nt • d» » œuvre.
C'est donc une résurrection c - . > i ;• * ; "«/i •• •
L*initiation maronDi?'.if '.-»" :•
rewW, compagnoft, w. " Tous sont ajijïf;*'^ i :i r.» • -
'ères : il n'v a dt :»••' ,-:. -
laçonniqne, rerK»r' "m •»• i fraternité uni**" "'•»« - .
Je compte p^iu* 'i«fr .tThuileurdi : L..
i détail et le^ î ••ni i.-
3«r iui-mpni' . iil .:.
iches au cœu' ^.\
princifies d« u •- •' .
dans lestroi*^ i»»-.: .- /-
inctemcnt à inu rfr-- *
ition de Xtgn h .- *• . .
Transporl'Z '
monies de Tinitiation maçonnique dans la réalité induS' Irielle, que trouvez-vous ?
Ceci, qui est la charte même du travail :
1 . Que, Tinstruction ouvrière devant être intégralement donnée à tous, tant au point de vue de chaque spécialité industrielle qu*à celui de la collectivité des industries, tout établissement de grande production où les fonctions sont divisées est en même temps, pour les individus en iîours d'apprentissage ou non encore associés, un ateliec de travail et une école de théorie et d'application ;
2. Qu^ainsi tout citoyen voué à l'industrie a le devoir, comme apprenti et compagnon, et indépendamment du service public, dont il doit fournir sa part, de payer sa dette au travail en exécutant l'une après l'autre, pendant un temps déterminé, et moyennant salaire proportionnel, toutes les opérations qui composent la spécialité de l'établissement; et plus tard le droit, comme associé ou maître, de participer à la direction et aux bénéfices ;
3. Que, sous le bénéfice de la capacité acquise dans un premier apprentissage et de la rémunération à lamelle elle donne droit, le jeune travailleur a tout intérêt à augmenter ses connaissances et perfectionner son talent par de nouvelles études dans d'autres genres d'industrie, et qu'il est invité à le faire jusqu'au moment où il pourra se fixer, avec honneur et avantage, dans une position définitive.
En deux mots, Tappren tissage polytechnique et l'ascension à tous les grades, voilà en quoi consiste l'émanci' pation du travailleur. Hors de là, il n'y a que mensonge, et verbiage; vous retombez fatalement, par la servitude du travail parcellaire, répugnant et pénible, dans le prolétariat ; vous recréez la caste; vous retournez, par Tinsuffisance de l'instruction positive , au rêve mystique; vous détruisez la Justice.
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^Cte sTmbniiiiiieriin .i^tir . si •. iaiznuiu: ■ •'>■"-
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lireCieikct t acti^en r
'rien iTue i.i (.tinsutiLinL^ : lUii.L *. .".-i-j:/. :-
IS au .nèfXU^iilm : UP : -s : .•:" l.-:li:.-. : ill.i i.':':. .:•
[ndnstriA ' ihre^ «^ rnr*oii»:L r^-.i. :;*.-r.iii . :mblp. .le Jmir^LU 'nvau.
rieiLi{UA-ift4liinv«>r:tinn i ^r. iAi:^!-:'. .: .. ..i
les. .^entrâtes. .1^11 is ininfirT ::..: r-r ^ :.. niii:iT 1^ Ana;nlaire u» .i j^iiiv-:ii: r-r^;ii...>^.»ii-i i:i . <
nea wdA m»» .t< ml,* ^^»:iir.:î-.a ,..-,.1-
Afuift uUjDiira'ii!! u».' ;r *' : ;-•■■.■. ana l' uie. niutitiLu- .-îi!^* ■ - - ^v- *■ ■'
iisaite iniiiiiuu'A- ' f:Liu.vi;i''i i.-r'ii''. i*: ^iii.î 1 -
J*accordo donc loutcs les transitions qu'on voudra.
J*irai même jusqu'à supposer, pour un moment, que notre espèce, au physique et au moral, est foncièrement incorrigible, et que celte malice d*esprit et de cœur que Thomme apporta en naissant et que la servltude sociale a si bien développée, il ta conservera toujours.
Mais puisque enfln nous avons tant fait que de nous donner des gouvernements, une police, des lois; puisque lions ne cessons de parler de Justice, de droit public et civil; puisque la philanthropie du pouvoir va jusqu'à s*occuper de l'enfant de manufacture et des industries insalubres, je demande que Ton pose une bonne fois les principM de Téducation industrielle et du droit de l'ouvrier. Nous savons ce que pense l'Église,* soutenue de l'adhésion de toutes les sectes mystiques; et je viens de dire ce que veut la Aévolution. Allons, que la question soit portée, dans sa grandeur, au Conseil d'Ëtat et au Corps législatif, débattue dans les écoles, proposée, par mandement des évoques, dans toutes lef chaires. Que du moins, si la misère morale et intellectuelle de l'ouvrier est incurable, la sagesse du législateur soit sans reproche. Car la situation n'est plus tenable ; car tout prétexte d'ajournement serait odieux, et je no sais quelle fureur d'indignation me saisit rien que d'y penser. Contre les exécrables théories du statu quo je me sens à bout d'arguments ; et si je pouvais oublier devant qui Je parle, ce no seraient plus, Monseigneur, des paroles humaines que vous auriez à entendre, ce seraient les rugissements d'une béte féroce.
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lions que lui ferait le nouveau mode d'apprentissage, assurant à l'ouvrier une supériorité réelle sur rhomme de science pure.
La science, en eflct, est essentiellement spéculative, et ne requiert l'exercice d'aucune autre faculté que de renlendement. L'industrie, au contraire, est à la fois spéculative et plastique : elle suppose dans la main une ' habileté d'exécution adéquate à l'idée conçue par le cerveau. On peut dire que sous ce rapport l'intelligence de l'ouvrier n*est pas seulement dans sa tète, elle est aussi dans sa main. C'est ce double esprit de prophétie et de miracle dont Élizée demandait à son maître Elle la survivance. Le savant qui n'est que savant est une intelligence isolée, ou pour mieux dire mutilée, faculté puissante de généralisation et de déduction, si l'on veut, mais sans valeur organique ; tandis que l'ouvrier dûment instruit représente l'intelligence au complet, intuitive et plastique, Tintelligence servie par des organes, disait M. de Donald.
L'industriel, si longtemps dédaigné, devenu supérieur au savant classique , quel paradoxe !
Ce n'est pas tout.
Le propre des institutions fausses est de rendre les idées obscures et de poser des problèmes insolubles; puis, quand le voile qui couvrait toutes ces sottises se déchire, de soulever contre la vérité immaculée la ca* lomnie des traditions.
Qu'est-ce que le droit au travail ? Existe-t-il un droU au travail? se demandaient, de la meilleure foi et avec It meilleure volonté du monde, les Constituants de 1848. Dans un Ëtat despotique où toute richesse et toute industrie relèvent du prince, on conçoit une sorte de pacte entre
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forcé, U J«n.tx Jhït^ii^us^^.^ :i y'i*r%^ w,^ .\n v.n\ ,v le travail dû: aco-s lîsis-- :: -,.; îx'^.'X* >.. x^s-x \\ ^ la société mutiKlLrsti^. tccit- ^<iv\v *v :>-.;;o ^^^^ xnssn^ n,» par l'assaraiice, h-x^ «lui q:n p:vMoul ^l^ î.% ^vov^ o . s de rinconduite. Plus do iviuivn$nu\ )\isMNt«\u\o\\ \ u, m à faire.
Quelle honfc à rÉvangilo ! Quoi swnul^K»' Tout languit, poursuivnloul-ils, \\\\\W \Y\\\\\' n^nmn» ration suffisante, agricultnro, iiulimlrin. mimomum i«l 'hi -
Le clergé, la magistralure* renidgiMiBeni, l'adœûiistntion, Tarmée, la police même» il n'est pM lioe chne de la société qui ne réclame ««mffff, êUbveniUmSi eneauragemenU. C'est tout le monde, qu'il ftndrati BabYMlionner avec Fargeni de tout le liionde : comment sortir de ce cercle?
Eli ! ne voyez-vous pas que ce cercle «K votre oeuvre? réplique la Révolution. Le travail n'ft pas plt» besoin d'êire cncouingc que garanti; tout œ qu'il lui but, c*est la libre circulation des produits, la bftlasee des valeurs et des services, Tabolilion du parasitisme agioteur, le crédit réciproque et gratuit, l'éducation i^ grale, rémulalion du talent, le juste salaijre» le boa marché. Faites cela, et votre agriculture» et votre iaduslric, seront florissantes au dedans, et dles n'auront pas de concurrence à craindre du dehors. Des encouragements au travail ! c*est aussi ridicule que das ciioouragements à Tamour.
Quelle flétrissure à la routine !
On insistait : La chair est faible; l'es^t a besolud'itre soutenu, tantôt par Téioge, tantôt par l'appAt-des récom* penses. C'est Tobjet de nos académies^ de nos aihénéeif île nos sociétés d'émulation , sociétés de tempérance , expositions, comices^ concours^ prix de veriu^ etc. De tout temps les exhortations de la science, comme les munificences du pouvoir, sont venues en aide k l'étude, au travail, à la vertu. 11 est vrai, et c'est ce qui décourage jusqu'aux institutions d'encouragements, qufi les résultais obtenus ne couvrent pas même les dépenses. Les sociétés agricoles n'ont jamais fait produire un kilogramme de pain ni de viande. L'exposition de I86d • coûté dix fois plus qu'elle n'a rapporté. Les académies semblent des foyers d'hébétude ^et d'intrigue : à l'Acsdémie françaiseï la contre-dévolution e§l «n vajoritii
l'Académie des beaux-arU est incapable de donner une théorie de Tari; T Académie des scîeijyee« morales en- M»iga^ Malthus. Puis il en est de toutes ces solennités wmme des sermons ; on a beau prôclfer, le paysan reste routinier* la grisette légère^ Tbomme de lettres grivois, l'ouvrier flâneur et ivrogne* Que faire? Beaucoup de j^ens voudraient qu*oo supprimât les académies.
Faites mieux, reprend la Révolution : que tout le monde, h l'avenir, soii de l'Académie. Une académie, et tout ce qui y ressemble, est un corps repi^entatif, la représentation d'une force collective. Il doit donc exister dans dmp^ départenient autant de ces corps que le travail et le savoir y comptent de spécialités; ce qui revient à dire que tout eiijoyen, soit comme électeur, soit comme élu, fait partie d'une académie. Et comme les distributions de prix, mentions honorables, médailles, etc., ne sont autre ebose que le compte rendu annuel dos travaux de chaque catégorie fonctionnelle, il arrivera alors que ces sociétés, qui croient donner l'impulsion à la masse, jU recevront elles-mêmes de la masse. Ne vo)'ez-vous jmB que ce sont vos académiciens qui ont besoin d*avoine 0tdeson!f
Quelle ironie !
Place au génib ! ce sont toujours nos constituants qui parlent. Aristote excepte formellement le génie du principe d'égalité : la loi , dit-il, n'est pas faite pour lui. Et commie il serait injuste do le proscrira, le seul parti à prendre, de l'avis d'Aristote, est de lui offrir le commandement à perpétuité, en un mot de le faire roi. De nos jours, le culte du génie n'est pas moindre, si du moins nous devons en croire et ceux qui y prétendent, et ceux qui les prônent. Un moment, après la journée du 16 avril, l'honorable M. de l^martine crut emporter ce prix du génie que. propose Aristote; un autre l'obtiendra, sans
doulc. On ne |)eut pas, direz-vous, satisfaire à tant et de si hautes ambitions. Mais la France tient à ses génies, qui sont ses gloires; et elle entend leur faire à tous une large existence. Qu'est-ce donc que le génie? Â quoi se reconnaît l'homme de génie? La chose mérite qu^on l'examine, aujourd'hui surtout que le génie abonde, et aflecte le gouvernement de la République.
Vous êtes à plaindre, reprend la Révolution ! Vous avez trop de génie; vous ne vivrez pas! Il faudrait pour vous sauver que vous fussiez convaincus d'une chose: c'est que devant la raison analytique, seule autorité que reconnaisse le travail, le génie n'existe pas. Ce que vous appelez génie n'est autre que l'intuition spontanée, antérieure à la réflexion, que l'antiquité adora sous un nom mystique, Gfnius, démon familier, ange gardien , esprit de divination quelquefois, plus souvent esprit de folie et d'immoralité. Cela sort du phénomène; c'est une quantité incommensurable, qui ne peut pas plus figurer dans un prix de revient que la taille de vos conscrits ou la figure de vos jeunes filles.
Quant à l'intelligence proprement dite, comme elle se développe par le travail, elle se mesure et se rémunère comme le travail, à l'œuvre. Faites donc l'éducation et la science pour tous; élevez, par la polytechnie de l'apprentissage et l'ascension aux grades, le niveau des capacités ; qu'il n'y ait plus parmi vous d'aveugles, et vous • verrez alors, éclairés par l'analyse, purgés de toute fascination aristocratique, spirituaiiste et prédestinatienne, vous verrez combien c'est peu de chose que le génie dans la civilisation.
Ici, je crois entendre le monde des génies crier à la profanation, à l'indignité. Eh bien ! puisqu'ils se prennent pour des êtres à part, qu'ils vivent à part ! Travailleurs, vous pouvez et vous devez vous passer de leur assistance.
' A PaArémilé amoÊèt ar. svoà^. psrû*. u. àamfsimif.. Pdnr eeUfr-â^ nœ ksiisiaian? «vooen: ql <elit aurair grand besoio de TéloniK.. L enm'. nom-'caL .* «. rorroibpue; il a't m phs ik: ttsib cknuesuq'it^r . i'^: imt: rsici qoi se {lerd, et dont l «ximeuoL e^nniironie; ! exisienct même de la «ociélé. Maïf (?oDiii«ent n^rsuere: lai lioiues^ ticîté? Qii*eBl-ce one h oomemaue^ A-v-i! cjff> droits politiques!^ llépendant dt: îâ voionit d auiru. . i»eul-ii »<. dire citoien? Ame ser^t , muaiierBi»^ . eswi: fieuîement un homme !^ Le T«riail ùunHfSliaiK devrai! avon une consdence et pas de moi : ie niciv'.'L dt tondii'? c^ deux termes?
Comme la femme^ jé}KHkC l'urack, est la ]»lus belle moitié dn çemre humain, ia domesiicilé est la plus belle moitié de la famille. Voue n'aurez pas d'autres domes^ tiques que tos mères, -voe femmes, vos sœurs, tds iilLes. ▼otre proche parente qui désire liabiter auprès de vous. Hors de là, som'enez-^xius-en, il d't a pas de domestiques, il y a des frotteurs, de; décrotteurs, des palefi'enîerSy des vachers, des cuisiniers, des balayeurs, eo un mot des industriels faisant leui' spécialité des fonctions du ménage.
Quelle leçon pour ces dames !...
Voilà les idées, et j*en passe des meilleures, que le progrès du temps et le travail souterrain de la Révolution ont fait germer dans les tètes, et qui coulent, comme un torrent vomi par TEtna, du bec de ma plume.
Voilà ce que, tous tant que nous sommes, riches ot pauvres, savants et ignorants, croyants et sceptiques, nous sentons venir; ce qui inquiète Taristocratic et enflamme le prolétariat.
Depuis que le monde existe le travailleur est damné.
Après vingt siècles d*e8clavage, la religioa n'a eu pour lui qu'une parole de pitié : d'esclave elle l*a fait serf. C'est la loi d'amour! Et maintenant elle l'engage phs amoureusement que jamais à servir encore* seul moyen, dit-elle» de libérer son âme pour réteraité.
Contre le travailleur le philosophe domie la niain au tliéologuc. Du haut de sa spiritualité il accuse la nouvelle foi économique de matérialisme, de sensualisme» d'utilitarisme* A ses yeux l'homme de Ubeur est fatalement un être grossier, déplaisant à .voir, répugnant i approcher : il pioche, il lime, il ahane» il sue, il pue. M. Jean Reynaud n'en parle qu^avecdes soulèvements de cœur. Aussi a-t-il entrepris de refaire I'Encyclopédie, conçue dans un méchant esprit, c Le travailleur s'affran* chira », disait Diderot. « Il ne s'affranchira pas, » ré|)ond l'auleur de V Encyclopédie nouvelle^ d'accord avec YJSur cyclopédie catholique.
Oh ! Monseigneur, cette plèbe travailleuse que je défends, ])ar esprit de famille d'abord, mais surtout par Justice, elle est bien peu avancée dans son éducation, et chacun sait que je n'ai jamais fait un éloge exagéré de SCS vertus. C'est la bùtise, l'ingratitude, la violei^ce, tout ce que vous pouvez imaginer de plus casse^côu. Ses conceptions politiques ont porté une rude atteinte à sa con« sidéralion ; ses vertus..., hélas! Depuis six ans on ne peut plus dire que l'impulsion vienne d'en bas, et lé peuple suit Timpulsion. El pourtant le sens moral de ce peuple est plus élevé, plus droit, que celui de tout les docteun.
Vous dites, avec Mgr Sibour, et la république lan- ))érée, platonique et druidique, répète avec voua, que le précepte chrétien de la charité remplit le bui proé' dentiel de l'inégale répartition^ parmi les hoMimeêf i» (lois de Vintelligence et de la fortune. Ce qui signifie eo lioi) français que l'égalité est une chimère» ei<|ue l'égalité
tant chimérique, les choses doivent rester comme elles nt toujours été ; que toute tentative de changement aux lïoses de la société et de TÉf at serait criminelle, et que !S promoteurs d'améliorations politiques et sociales , iiels qu'ils soient, doivent être envoyés à Caycnne. Sint t suntf aut non sint. Vous dites des travailleurs ce que is jésuites disaient d'eux-mêmes la veille de leur couimnation, c'est le dernier mot de votre philanthropie. Le peuple, au contraire, est convaincu que sur celte uestion du travail, qui fait aujourd'hui tout son espoir L tout son avoir, il y a quelque chose de mieux à faim ue de rabftcher Yoffre et la demande des cconomisfes, i laissez faire, laissez passer, des rohins, la charité de Éyangile, et puis de donner la chasse aux ouvriers qui s mettent en grève.
Le peuple, d'abord, ne croit point & la réalité de* vx* ;ue vous appelez vocation. Il pense que tout sujet saiii Cesprit et de corps, et dûment enseigné, peut et doit étn*, . quelques exceptions près qui se décèlent toutes seules, tîopre à tout: tel est, selon lui, le privilège de rinU.*lli- ;ence. Quant au génie, à tout ce qu'on rapporte de Vmléité et de l'éolosion des aptitudes, il incline plutôt ù y ^oir un défaut delà nature à combattre que l'indice d'un aient à cultiver. // faut, dit-il, que les enfants s'accouument à manger de tout: c'est la première leçon que "èçoit de ses parents l'enfant du peuple.
Le peuple prétend en outre que le travail serait pour .ui une jouissance s'il travaillait pour lui-même, s'il était naître de ses opérations, si la grandeur de l'œuvre et sa rariétéen ôtaient le dégoût. — < Je ne connais pas de fins grand plaisir, me disait un paysan philoso|>he, que le labourer; quand je vire mes sillons, il me semble que le suis roi. Cultiver la terre est par excellence la fonction te lliomme^ de même que soigner le ménage est re qui
sied le mieux ù la femme. La chasse, qui a tant d'allraits pour la jeunesse distinguée, est un exercice féroce, qui nous rapproche des carnassiers. »
Le peuple affirme le travail joyeux et demande le droit, sans pouvoir se rendre compte de ce qui produit la joie du travail, et qui en constitue la charte. 11 Ta demandée, cette charte, à Louis-Philippe; il Ta demandée à la république; il Tattend de l'empereur : craignez qu*il ne finisse par se la donner lui-même. La transition pourrait être brusque, et, si vous ne voyiez des miracles, vous courriez risque de voir des catastrophe^. Je puis vous répondre de ce qui couve sous ces blouses, moi qui ai vécu de leur vie, qui ai partagé leurs préjugés et leurs vices.
Écoutez celte anecdote.
Je n'ai pas été toujours aussi fort qu'aujourd'hui sur la balance économique, la question d'État, la double conscience et l'interprétation des emblèmes; et puisque j'ai mené la vie ouvrière, c'est assez dire que j'ai eu ma période de spontanéité, avant d'atteindre ma période de réfiexion. Je me souviens encore avec délices de ce grand jour où mon composteur devint pour moi le symbole et l'instrument de ma liberté. Non, vous n'avez pasTidée de celle voluplé immense où nage le cœur d'un homme de vingt ans qui se dit à lui-même : « J'ai un état! Je « puis aller partout; je n'ai besoin de personne !•••. > Combien le christianisme est dépassé par cet enthou* siasmc du travail, si étrangement méconnu par nos hommes d'Église et nos hommes d'État! Honneur, amitié, amour, bicn-ôlrc, indépendance, souveraineté, le travail promet tout à l'ouvrier, lui garantit tout; l'organisatioa du privilège fait seule mentir la promesse. J'ai passé deux ans (le celte existence incomparable dans différentes villes de France et de l'étranger. Plus d'une fois, par amour d'elle, j'ai repoussé \a \\V.\.(\:'dV.ure) dont quelque amis
m'ouvraient la porte, préférant l'exercice du métier. Pourquoi ce rêve de ma jeunesse n'a-t-il pU durer toujours? Ce n'est pas tout à fait par vocation littéraire» croyez-m'en» Monseigneur, que je suis devenu écrivain.
C'était en 1832» à l'époque de la première invasion du choléra, entre les funérailles de Casimir Périer et celles du général Lamarque. J'avais quitté la capitale» où sur quatre-vingt-dix imprimeries pas une n'avait pu m'embaucher. La révolution de juillet avait arrêté la librairie ecclésiastique» qui fournissait à la typographie son prin« cipal aliment, et le pouvoir n'avait pas l'esprit d'y suppléer par une librairie philosophique et sociale. Pour subvenir à la détresse du commerce, les chambres avaient voté un crédit de trente millions! Le système de la paix à tout prix ne sut pas comprendre que ce n'étaient pas trente millions qu'il fallait, mais trois .milliards, et qu'en endettant le pays de cette somme, appliquée à un travail reproductif f il eût fait un excellent placement....
Jugeant que Paris était le séjour des grandes misères comme des grandes fortunes, je résolus de regagner la province. Après quelques semaines de travail à Lyon, puis à Marseille» le labeur manquant toujours, je me dirigeai sur Toulon, où j'arrivai avec 3 Cr. 50 c.» ma dernière ressource. Je n'ai jamais été plus gai, plus conGant, qu'à cet instant critique. Je n'avais pas encore appris à calculer le doit et Yavoir de la vie ; j'étais jeune. A Toulon, point de travail : j'arrivais trop tard, j'avais manqué la mèche de vingt-quatre heures. Une idée me vint, véritable inspiration de l'époque : tandis qu'à Paris les ouvriers sans travail attaquaient le gouvernement, je résolus pour ma part d'adresser une sommation à l'autorité.
Je fus à l'hôtel de viJJe, et demandai îv vw:Vit '^'^ A^
Maire. Introduit dans le cabinet du magistrat, je tirai devant lui mon passe-port : — « Voici, monsieur, lui dls-je, un papier qui m'a coûté 2 francs, et qui, après renseignements fournis sur ma personne par le commissaire de police de mon quartier, assisté de deux témoins connus, me promet, enjoint aux autorités civiles et militaires, de m'accorder assistance et protection en cas de besoin. Or, vous saurez, monsieur le maire, que je suis compositeur d*imprimcrie , que depuis Paris je cherche du travail sans en trouver, et que je suis au bout de mes épargnes. Le vol est puni , la^ mendicité interdite ; la rente n'est pas pour tout le monde. Reste le travail, dont la garantie me parait seule pouvoir remplir Tobjet de mon passe-port. En conséquence, monsieur le maire, je viens me mettre à votre disposition.
J'étais de la race de ceux qui, un peu plus tard, prenaient pour devise : Vivre en travaillant j ou mourir en combattant ! quif en 1848, accordaient trois mois demi' sère à la République ; qui, en juin, écrivaient sur leur drapeau :Z)t^ pain ou du plomb! J'avais tort, je l'avoue aujourd'hui : que mon exemple instruise mes pareils.
Celui à qui je m'adressais était un petit homme, rondelet, grassouillet, satisfait, portant des lunettes à branches d'or , et qui certes n'était pas préparé à cette mise en demeure. J'ai pris note de son nom, j'aime à connaître ceux que j'aime. C'était un M. Guieu, dit Tripette ou Tripatte^ ancien avoué, homme nouveau , découvert par la dynastie de juillet, et qui, quoique riche, ne dédaignait pas une bourse de collège pour ses enfants. Il dut mo prendre pour un échappé de l'insurrection qui venait d'agiter Paris à l'enterrement du général. — Monsieur, me dit-il en sautillant dans son fauteuil, votre réclamation est insolite, et vous interprétez mal votre passe-port. 11 veut dire que, si l'on vous attaque, si l'on vous yole,
Tautofité prendra votre défcfnse : voilà tout. — Pardon, monsieur le maire; la loi, en France, protège tout le monde, même les coupables qu'elle réprime. Le gendarme n'a pas le droit de frapper l'assassin qu'il empoigne, hors le cas de légitime défense. Si un homme est mis en prison, le directeur ne peut s'approprier ses effets. Le passe-port, ainsi que le livret, car je suis muni de Tun et de i'autrç, implique pour l'ouvrier quelque chose de plus, ou il ne signifie rien. — Monsieur, je vais TOUS faire délivrer 15 centimes par lieue pour retourner dans votre pays. C'est tout ce que je puis faire pour vous. Mes attributions ne s'étendent pas plus loin. — Ceci, monsieur le maire, est de Taumône, et je n'en Yeux pas. Puis, quand je serai au pays, où je viens d'apprendre qu'il n'y a rien à faire , j'ii*ai trouver le maire de ma commune comme je viens aujourd'hui vous trouver; en sorte que mon retour aura coulé. 18 fr. à TÉtat, sans utilité pour personne. — Monsieur, cela ne rentre pas dans mes attributions.... Il ne sortait pas de là.
Repoussé avec perte sur le terrain de la légalité , je voulus essayer d'une autre corde. Peut-être, me dis-jc, l'bomme vaut-il mieux que le fonctionnaire : air placide, figure chrétienne, moins la mortification ; mais les mieux pourris sont encore les meilleurs. — Monsieur, repris-je, puisque vos attributions ne vous permettent pas de faire droit à ma requête, donnez-moi un conseil. Je puis au besoin me rendre utile ailleurs que dans une imprimerie, et je ne répugne à rien. Vous connaissez la localité : qu'y a-i-il à faire? que me conseillez-vous? — Monsieur, de vous retirer.
Je toisai le personnage. Le sang du vieux Tournési me montait au cer^eau. — Cest bien, monsieur le maire, lui dis-je les dents serrées : je vous promets de me souvenir
de cette audience. Et quittant Thôtel de ville» je scMrtis de Toulon par la porte d'Italie.
XL\m
Je ne puis m^empècher de réfléchir qu'au moment où je quittais Paris, le sac sur le dos, pour chercher un travail qui fuyait toujours, Hégésippe Horeau y restait, vivant de chambrée avec la misère. Infortuné! ce ncst pas moi qui lui jetterai la pierre, et qui l'accuserai d'avoir méconnu la loi du travail. J'ai passé comme lui» et plus longtemps que lui, par les tribulations de la vie manouvrière, et je puis rendre au poète calomnié ce témoignage posthume : il n'était pas trempé pour une pareille lutte. Il était trop de son époque ; ses vers trahissent une précocité de talent, une finesse d'organisation, une sensibilité de cœur, une puissance d'idéal, un besoin d'élégance et aussi de volupté , qui , dès le ventre de sa mère, la fortune manquant, le vouaient à la mort. Son Myosotis est une lamentation funèbre. La poésie le tenait comme un tubercule au poumon : malgré tous ses efforts, et il en fit d'héroïques, il fallait qu'il succombât. Il n'y a pas de courage contre la consomption de l'âme, pas plus que contre celle du corps. Si je l'eusse connu alors, j'au* rais pu lui dire : a Ami, je suis ton aîné par l'Age, mais par Tesprit tu nie passes de dix ans. Crois-moi pourtantf tu te dépenses trop tôt, trop vite ; tu n'es pas dans ta route, tu te perds. Il y a autre chose à faire que de poé^ tiser et bayer à la grisette , et la liberté ne se fondera pas au son des harpes éoliennes. Viens avec moi faire un tour de France, tremper ton âme dans le Slyx, prendre la mesure de cette vieille société dont je ne veux pas plus que toi. Dans dix ans nous serons de retour : je serai le raisonneur et toi le chantre... » Qui sait si je n'eusse pas sauvé un grand poète? Il ne lui fallait qu'un ami fort;?
je l'eusse aimé de passion, et j^aurais eu de la force pour deux. Hégésippe Moreau appartenait à cette démocratie artiste et chevaleresque qui devait avorter en 1848; je suivais dès lors ma ligne d'expérimentateur réaliste, qui devait porter ma pensée au delà de toutes les inventions de ridéai. J*étais, j*ose le du-e, dans le vrai courant de la Révolution.
Que faisais-je à Toulon, en 1832, quand au nom de l'ordre et de la Justice je réclamais du travail, et qu'avec la meilleure volonté du monde et mes vingt-trois ans , avec mon instruction classique et mon métier de typographe, je me trouvais propre à rien^ et mis pour ainsi dire hors la société, comme un membre inutile? Interprète du sentiment populaire, je protestais, comme le peuple a protesté lui-même en 1848 et comme il proteste tous les jours; je protestais contre ce régime d'une absurdité sans nom, qui, tout en attribuant aux maitrcs le produit net de la brasse ouvrière, ne leur permet pas cependant de garantir un travail qui les enrichit!
Et qui devais-je accuser de cette monstrueuse anomalie? Ce n'était pas ce maire , qui après tout ne faisait que se renfermer dans ses attributions et son égoïsme, et qui en avait ie droit; ce n'était pas la Révolution de 183Q, qui n'avait fait aussi que mettre en relief le vice mal guéri du régime antérieur; ce n'était pas non plus la Révolution de 1789, qui, le dévoilant la première, n'avait pas eu le temps d'indiquer le remède.
Ce que je devais accuser, Monseigneur , c'était cette manie de spiritualisme et de transcendance qui dans un intérêt d'outre^mbe semble avoir pris à tâche de mettre sur cette terre tout sens dessus dessous ; qui a fait du travail en général une malédiction et de chaque métier une incapacité, comme elle a fait de la propriété un privilége, de l'aumône une vertu, de la science un orgueil,
de la richesse une tentation, de la servitude un dievoir, de la Justice une Cction, de Tégalité un blasphème, et de la liberté une révolte.
Aussi le peuple ne s'y trompe plus, et quoiqu'il lui soit impossible de suivre par le raisonnement la chaîne des idées et des faits, quoique la puissance ecclésiastique et féodale soit bien déchue de ce qu'on la vit jadis, son instinct lui dit que la seule chose qui l'empêche d'être heureux et riche par le travail c'est la tliéologie, et de cœur il n'est plus chrétien.
Mais le privilège né s'y trompe pas davantage; et, par une juste interversion de rôles, lui qui se gaudissait dans le libertinage quand le peuple pleiii de foi vaquait à la prière, maintenant que le voile est tombé devant tous les yeux, il a compris que l'Église était sa pierre angulaire; il se fait jésuite, il enveloppe de paroles évangéliques, do fatras philosophiques, économiques, statistiques, ses projets d'exploitation perpétuelle.. Il ne veut pas que le travail s'affranchisse, il ne le veut pas.
Écoutez ce discours, résumé de cinq cents volumes publiés depuis février, et de cent mille articles de journaux.
« La Révolution, disent les conservateurs, a ébranlé jusqu'à la base Tordre social. Et comme l'abime appelle ral)iine, d'une première atteinte portée au principe d'autorité est sortie toute cette légion d'idées folles qui menacent aujourd'hui de nous engloutir. Ce n'est plus assez pour le peuple qu'on l'ait déclaré souverain; voici qu'il prétend à l'égalité des biens, à l'égalité de l'enseignement, à l'égalité du génie!.... Il veut que du travail on lui fasse une jouissance, et de cette terre, qu'une sagesse éclairée d'en haut a appelée vallée de larmetf un Paradis!
— On nous trompe, s*écrie cette multitude furieuse, quand on nous montre Tâge d'or dans le passé : il est devant nous. Marche, marche, empereur !...• marchez, départements; marchez, communes; marchez, compagnies anonymes; marchez, chefs d'industrie!... Tirez de la pierre, fondez du fer, construisez des machines, des vaisseaux, des wagons, des ponts, des ports, des routes, des chemins de fer, des palais, des églises, des théâtres, des boulevards!... Empruntez, endettez-vous, faites-vous un mobilier d'exploitation, d'habitation et de luxe, qui dépasse dix fois la proportion de votre revenu et de vos débouchés. Et quand vous serez à fond de caisse, la banqueroute. Mais il faut que nous travaillions et que nous mangions : Du pain ou du plomb!,..
c Que le pouvoir et la bourgeoisie le sachent donc; que la magistrature et l'Église, que l'enseignement et Farmée, que tout ce qui se sent de la valeur et qui a quelque chose à perdre, y songent! Le temps presse, et puisqu*à tout propos la Révolution parle de science , c^est à la science de nous délivrer d'elle.
c Oui, nous le redirons avec la sagesse des siècles, il faut que la multitude serve, qu'elle travaille en humilité et obéissance, et que sa vie soit réglée en toute chose. Sans cela, point de salut pour la civilisation, fondée de toute éternité sur l'inégalité des personnes, et, par suite, des fortunes. Mais il faut aussi que cette multitude mango et qu'elle puisse nourrir ses rejetons. Ces deux principes posés, la nécessité d'une classe privilégiée et la nécessité d'assurer la subsistance à la classe travailleuse, comment rétablir entre elles cet équilibre que l'esclavage chez les anciens, que le servage dans les temps féodaux, avaient jusqu'à certain point réalisé, et dont la Révolution française est venue brusquement changer les conditions ?
a Le christianisme avait apporté une chose nouvelle
dans le inonde, c'était la charité, principe de toutes nos institutions de bienfaisance. Mais la charité a besoin de s'éclairer, surtout de se dissimuler, à peine de 8*avilir comme aumône et de rester impuissante.
< Faisons donc de la charité une science : ce ne sera pas sans doute lui ôter son caractère religieux.
< Combien faut-il, en moyenne, à l'ouvrier pour vivre? De quoi se compose sa subsistance? Quel est l'inventaire de son ménage? A quel taux des salaires devient-il misérable? A quel chiffre peut-il passer pour aisé? Dans quelle mesure la femme, et plus tard l'enfant, contribuent-ils à ce salaire? Trpp d'aisance le corrompt, trop de misère le tue. Comment tenir la balance? De quelle part de contribution frapper l'ouvrier solvable? Quel supplément, à titre onéreux ou gratuit, peuvent fournir au malheureux la commune, la corporation, la paroisse? Il importe de connaître, avec exactitude, cette première partie du bilan de l'ouvrier.
<K La constitution de l'être humain, pas plus que celle de l'animal, ne permet d^en exiger à toutes les époques de sa vie une somme égale de travail. A quel âge, d'abord, l'individu, mâle ou femelle, peut-il être jugé propre au service? Combien ensuite, suivant l'âge, le sexe, la profession, rindividu voué au salariat peut-il fournir d'heures de travail par jour? Combien par mois et par année? Combien pour une carrière de dix, vingt, trente et cinquante ans? Quelle est l'époque de la plus grande valeur de l'ouvrier? Quand devient- il incapable de labeur! L'homme étant considéré comme instrument de travail, quelle est la manière la plus avantageuse d'utiliser cet insti'ument? Vaut-il mieux, au point de vue du produit et de la sécurité publique, aggraver la corvée de chaque jour et diminuer le salaire, au risque d'abréger la vie du sujet? ou bien est-il préférable d'alléger le fEurdeau, afin
de prolonger le service? Quelle retenue» enfin, doit être opérée sur le salaire, afin que l'ouvrier invalide ne tombe pas à la charge de la société?
c Trop de bêtise chez le travailleur nuit, trop cle savoir cuit. L*ordre social, la sûreté des maîtres, leur fortune, sont également compromis par Tun et l'autre excès. Sous ce rapport, la division des industries est tout à la fois le plus puissant auxiliaire que la Providence ait ménagé aux chefs d'État, et l'écueil où vient échouer leur prudence. Quelle est la mesure et la spécialité de connaissances dont il serait à propos, en chaque partie industrielle, de doter le mercenaire, afin de le rendre aussi intelligent que le requiert son service, et en même temps aussi impénéU*a!Ne,àjto^ et de change-
ment que sa position l'exige? La prolongation de l'apprentissage est un moyen d'autant plus précieux de dompter le prolétaire, que l'intérêt des compagnons est d'accord avec celui des maîtres pour retarder la délivrance du livret à l'apprenti : quelle règle suivre à cet égard?
c Le mouvement de la population doit attirer surtout l'attention de l'homme d'État. A quelles conditions d'âge, de service effectif, d'épargne réalisée, etc., sera-t-il permis aux personnes des deux sexes, dans la classe ou-» vrière, de contracter mariage? Comment prévenir les générations illégitimes? Quels moyens de réfrigération, physique et morale, pourraient s'employer utilement?
< L'homme, livré aux suggestions du libre arbitre, à toutes les fantaisies de sa personnalité, tend incessamment à sortir de la condition que l'intérêt de la société lui impose. Il a besoin d'être tenu, comme le soldat, par une discij^e qui lui rappelle à chaque instant sa dépendance. La religion d'abord : sous prétexte de liberté de penser, sera-t-il permis à l'ouvrier d'en dédaigner les pratiques? Beaucoup de chefs d'industrie et manufacture
exigent de leurs employés et ouvriers raccomplissemcnt des devoirs religieux : ne serait-il pas à désirer que cet cxeinijle ffil parlent suivi? Comment la religion opèret-elle sur la volonté et la 'raison du prolétaire ?\}uellc dose lui en faut-il pour (^u'il prenne sa.destinée en bonne part, et s'y résigne? On a prétendu que la corriiptîon des mœurs était favorable à l'asservissement des classes ouvrières, tandis que la vertu est une provocation incessante à la liberté. Une étude comparative, approfondie, de ces deux systèmes, aurait son prix. Quels seront les spectacles à donner au peuple? Quelles seront ses lectures? Jusqu^à quel point les voyages seronMls autorisés? Nous ne parlons pas des réunions secrètes, correspondances, journaux, signes de ralliement, mots d'ordre, qu'on ne saurait poursuivre avec trop de sévérité. Quant aux lieures des repas, du lever, du coucher, elles sont indiquées surfisammcnt par celles du travail même. Quelle peut être rinOuencc de l'uniforme?
a Une enquête bien faite, sur toutes ces questions, et recueillie de tous les points du globe, serait d'une extrême importance : elle formerait la base [)ositivo du nouvel ordre de choses, i^s auteurs mériteraient les récompenses et encouragements des académies, les bénédictions de ri'jglise, et les distinctions de l'État.
« Car il y va du salut de la société, établie depuis le commencement du monde sur ces deux grands principes de la condamnation de la multitude au travail et de Tinégalito des facultés et des fortunes. C^est ce dernier siir* tout, mal défendu jusqu'ici et tenu dans l'ombre par la fausse prudence dos législateurs, comme s'ils n'y eussent . vu qu'une exception fatale à la Justice; c'est cette loi sacrée do subordination et d'hiérarchie, qu'il s'agit d'inculquer aux masses, non plus comme une dérogation au droit commun , mais connue la formule souveraine
de l'économie providentielle et de la nécessité des choses. Et c'est à quoi l'on parviendra, non par des démonstrations scientifiques, que l'intelligence du peuple est et doit rester incapable de suivre, mais par une réalité instante et une pratique de détail qui lui en fassent un article de foi et un invincible préjugé. >
Est-ce que je calomnie ou exagère? Qu'est-ce donc qu'enseigne, depuis des siècles, sur ces questions du travail^ de la charité, du paupérisme^ de la bieirfaisanee publique^ de la misère^ de la taxe des pauvres^ de la mendicité y etc., cette économie politique, chrétienne et malthusienne, dont TÉglise porte le philanthropique drapeau, et qu'on peut définir une croisade contre le travail et la Justice, au nom de Dieu?
On la suit, cette croisade, dans les gênes administratives imposées au travailleur, livrets^ passe-ports, actes de naissance, certificats, etc. ; dans les rigueurs effroyables déployées contre les coalitions et les grèves ; dans l'embauchage des congrégations; dans les règlements de plus en plus draconiens des grandes compagnies, où Touvrier, numéroté, soumis à l'uniforme, à l'ordonnance, à la consigne, au silence, à la visite corporelle, au serment, n'ayant pas même la disposition de sa barbe, ne laisse rien à envier au soldat, qui du moins a son hôpital, ses Invalides, sa permission de dix heures, et, dans les jours de liesse, le petit verre d'eau-de-vie.
Mes mains sont pleines de détails abominables qui montrent jusqu'à quel point est arrivé, dans certaines compagnies, le mépris de l'homme et du citoyen en la personne de l'ouvrier. Oh! messieurs les administrateurs, soyez sûrs que rien ne se perd, et que, si votre
police est impitoyable, vous êtes marqués à votre tour pour le jugement.
Le même esprit de contemption et de haine se retrouve dans les institutions dites de bienfaisance. J'ai sous les yeux le Manuel des commissaires et dames de charité^ avec le Eèglement sur le service intérieur de santé et le Traitement à domicile, précédé de cette invocation, tirée des ampoules de M. de Gérando :
aToi que la vue spéculative des maux de ton semblable porte à accuser la providence, laisse-toi attendrir! Va consoler, soutiens cet infortuné; que son regard et ton regard se rencontrent^ et la Providence est justifiée. Tu ne l'accusais que de ton propre tort : elle s* était confiée à toi pour Taccomplissement de ses desseins. L'intention de la Providence est manifeste : elle a voulu que le malheur fût placé sous la tutelle, sous le patronage de la prospérité... Ce n'est pas proprement l'aumône, c'est la charité, qui est le but des desseins de la^ Providence, la vocation de l'homme aisé, le complément de rharmonie du monde moral, m (Le Visiteur du pauvre, couronné par l'Académie de Lyon, Paris, 1820.)
Ce qui fait mal à voir, dans cette organisation de la Charité providentielle^ c*est cette inquisition continuelle» outrageuse, des vrais besoins du pauvre, qui fait fuir tous ceux que la charité n'a pas encore marqués au fer rouge * c'est cette classification, cet enregistrement^ ce numéro^ tage, cette police, ces conditions à remplir pour avoir droit à la marmite des pauvres, au passe^port gratuit, à la subvention de quifize centimes, à la participation au^ travaux publics, à la permission de brocanter dans les rues, à la restitution des effets des parents décédés à Vhôpilal^ à y inhumation gratuite^ etc. Point de respect pour rhoimne dans ce système : la religion de la Providence Ta tué. On me dit qu'il est impossible de faire autrement. Pardieu, je le sais de reste : c'est justeiQent
parce que la bienfaisance publique ne se peut exercer sans cette police secrète, que je la maudis. Point de respect, point de charité : votre assistance, c'est le pilori.
Et maintenant, ce que fait la police, organe de la société, ce que pratiquent les grandes compagnies industrielles et les établissements de bienfaisance, la science oflicielle s*est chargée de le justifier par ses maximes.
On a fouillé l'antiquité et le moyen âge ; on a dressé le bilan des sociétés modernes ; on a entassé les chiffres et les faits, et puis l'on s'en vient dire d'un air de triomphe : Voyez, ouvriers, nous avons tout compulsé, tout consulté, tout interrc^é; jamais pareille enquête, depuis que le monde existe, ne fut entreprise et menée à fin. Il n'y a rien de nouveau dans toutes vos utopies ; tous les palliatifs, depuis Salomon, ont été proposés, essayés, remaniés, rejetés. Le mal est sans remède... Voilà ce qu'on nous dit, et parmi tous ces hommes de Dieu, messagers de désespoir, il n'en est pas un qui se pose cette question féconde : Qu'est-ce que le travail en lui-même? quels sont ses rapports avec l'intelligence? quelles sont ses conditions ani« iniques et morales? conséquemment, et en un mot, quel est son Droit ?
Le droit, dis-je, entre l'apprenti et la corporation, ^présentant pour lui de la société , entre l'ouvrier et le patron, entre le salarié et la compagnie à millions, <lttaines de millions et centaines de millions, le droit, quel est-il? où est-il? qui l'a défini?
M. Horeau-Christophe, remarquable entre tous par ses P&tientes et consciencieuses études sur la misère chez les peuples anciens et modernes ; qui a découvert chez les Romains, les Grecs, les Hébreux, partout, et le droit au travail, et le droit à l'assistance, et le droit à Toisiveté, ce qui prouve simplement que la question est depuis des sièclos à l'ordre du jour; M. Moreau-Christophe, que je
louerais volontiers, s'il ne concluait contre l'émancipation du travailleur par une combinaison du travail servile et de la charité, a-t^il seulement abordé cette question: Qu'est-ce que le travail et quel est son droit î Non : M. Moreau-Christophe affirme avec TÉvangile l'éternité de la servitude : voilà toute sa philosophie.
Et M. Le Play, auteur des Trente-six monographies qui ont obtenu, avec le suffrage de toute la faction catholique, aristocratique et contre-révolutionnaire, l'éloge de TÂcadémie des sciences morales , ne l'a-t-il pas naïvement avoué : « Ses recherches ont eu pour objet de déterminer (( les maxima et les minima de l'existence de l'ouvrier. » Quant à la possibilité d'une émancipation, il ne l'admet point; philosophe de la nécessité, il ne s'occupe pas dû Droit.
Et M. de Marbeau, le fondateur des crèches, dont la tendresse d'âme propose contre tout mendiant récidiviste la transportation ;
Et M. de Magnitot, qui combine l'assistance avec la répression, comme M. Moreau-Christophe combine le travail servile avec la charité;
Et M. Alexandre Monnier, qui repousse le droit à Tc^ sistance^ momentanément introduit, après la RévolutioDi à la place du droit au travail, et qui lui substitue \edevuif de l'assistance, d'après la philosophie de MM. Oudotet Jules Simon;
Et M. Granier de Cassagnac, qui a découvert, après tous les religionnaires anciens et modernes, que l'esclavage est d'institution antérieure et supérieure à la société» et qui demande en conséquence qu'on supprime le socialisme ;
Et ce congres de la charité, tenu en Belgique, qui} après avoir tourné et retourné la question du paupérisme, adopta par forme de conclusion le droit à la mèndiciti!
li l'auteur de ce [^ojet d'envoyer, en Algérie les enfants iivés;
it tant d'autres que je renonce à citer, dont cent pages puiseraient pas la nomenclature ; tout ce monde d'écoaistes philanthropes s'est-il jamais occupé delà physiole, ou, pour mieux dire, de la psychologie du travail? t-il ce que c'est que la balance des services, la mu- Uté du crédit, la force collective, la polytechnie de )prentissage? A-t-il seulement le s^ns moral?...
Linsi la société est divisée-dans ses couches profondes.
jQ travailleur crie, avec la Révolution : Justice, ba-
icè, affranchissement.
jQ vieux monde répond : Fatalité, nécessité, prédesti-
ion, hiérarchie!...
itfelle sera l'issue du débat?
Pour knoi elle n'est pas douteuse : Credo in Révolu^
nem. Mais à une question précise il faut une réponse
icise, et voici ma conclusion :
Le travailleur n'engagera pas le conflit sur la question
iKmnelle : il sent trop peu encore sa dignité d'homme
de citoyen.
[1 ne se révoltera pas pour la balance économique :
ioii et Yavoir sont termes pour lui trop obscurs, et
potage, comme la loterie, lui déplaît médiocrement.
[1 ne )[)rendra pas les armes pour sa souveraineté poli-
je.: l'indifférence en matière de gouvernement l'a
\né comme tout le monde.
Jien moins encore proteslera-t-il contre la mauvaise
ication qu'on lui donne : il implique que le néant
teste contre lui-même.
iC travailleur se lèvera pour le travail : cette question
ir lui implique toutes les autres.
Car demander que le travail soit affranchi, c'est demander ipso facto :
Que la liberté individuelle soit respectée ;
Que la balance des services et des valeurs soit faite;
Que la prestation des capitaux devienne réciproque;
Que l'aliénation des forces collectives cesse ;
Que le gouvernement, établi sur la démocratisation et la mutualité des groupes industriels, foyers des forces collectives, soit réformé d'après la loi de leur pondération;
Que l'instruction primaire soit ôtée au clergé;
Que l'enseignement professionnel soit organisé;
Que le contrôle public soit assuré;
Toutes choses sans lesquelles l'affranchissement du travail est impossible, mais qui répugnent aux intérêts du privilège, autant qu'à la pensée chrétienne.
Qui pourrait retenir l'insurrection?
Dans les temps féodaux, le travailleur avait la conviO" tion de son infériorité; il croyait à la providentialité d^ sa condition, il portait en son cœur le respect de la no^ blesse, Tamour de la royauté, la religion du sacerdoce. Ce^ sentiments, qui lui faisaient prendre son sort en patience» aujourd'hui n'existent plus. Le travailleur hait ou soup* çonne tout ce qu'il accuse de Vexploiter^ c'est-à-dire tout ce qui n'est pas comme lui travailleur. ^
A moins d'une transaction amiable, la bataille est forcée. Et vainqueur ou vaincu, le travail imposera la loi au capital : car ce qui est dans la logique des faits arrive toujours, et il n'y a rien de plus inutile au monde que la vicloire. !