CHAPITRE VII
Continuation du même sujet. — La raison publique condition
et fondement de la foi publique.
Mais, dit-on, la distinction de la raison particulière et de la raison collective soulève plus de difficultés qu'elle n'en peut résoudre.
Suffit-il, d'abord, de crier à l'individualisme, pour en conclure une soi-disant raison générale, dont on ne peut se faire une idée que par une sorte de castration de l'entendement; comme si la séparation abstraite des attributs de Tentendement produisait deux sortes d'intelligences? Sufflt-il de réaliser une métaphore pour jeter bas tout ce que la raison des peuples a créé d'institutions, et arracher à la civilisation, déjà si compromise, ses vieux, ses éternels fondements? L'élimination de l'absolu n'est qu'une négation, après tout : c'est le sacrifice de l'intérêt propre, recommandé au nom de la charité par l'Évangile, exigé, en certains cas, par la Justice. Il faut autre chose pour faire croire à la réalité de la raison collective. Quel est l'ensemble de ses idées? ce qui revient à dire, quel est le système qu'au nom de cette raison l'on propose d'établir à la place de l'ancien ordre de choses ?
Allons plus loin. Quand même, au nom des idées nouvelles, le système des rapports sociaux aurait été renou- II. 22.
yclé de fond en comble , serait-ce un. motif d'admettre daris le corps social, comme réalité noologique ou psychique, une intelligence sui generis^ de la même manière que nous reconnaissons dans Tètre vivant, homme ou animal, une pensée, un instinct, une intelligence? Passe pour la force de collectivité, résultant du rapport de coopération et de commutation des forces particulières; mais une intelligence de collectivité, une âme sociale, le sens intime y répugne. Où la loger? Qui Texprimera? Allons-nous créer un vicariat, un sacerdoce, à cet autre Logosî Après avoir détruit en nous cette double conscience tant reprochée à la religion, allons-nous la recréer par cette raison collective, dont les prescriptions ont tant de peine à pénétrer dans la raison particulière? Au lieu d'assurer par cet échafaudage la foi publique, ne sera-ce pas nous jeter dans une autre hypocrisie?
Telles sont les difficultés. Le système de la raison publique, sa réalité, son organisme, sa nécessité pour la garantie de la foi publique, c'est-à-dire sa fin : voilà ce que je vais tâcher d'éclaircir le plu§ brièvement-qu*il se pourra.