‹ De la justice la révolution et dans l'église;Chapitre 3 sur 45 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Idée générale de l'Éducation. — Intervention de l'idée

religieuse. ,irt -

Après la morale, l'Église a toujours regardé TéducatioD comme son triomphe; c*est le plus beau fleuron de sa couronne. Il n'y a qu'elle, à l'entendre, qui sache élever la jeunesse, former son esprit et âon cœur. Pas n'aurai besoin d'un long discours pour montrer qu'en fait d'éducation, pas plus qu'en fait de morale, l'Église n'a le droit de se montrer flère.

Et d'abord, qu'est-ce que l'Église apporte dans l'éducation des sujets qu'elle élève? Que fournit-elle du sien? Quel est son rôle, sa spécialité 1

En principe, l'éducation de l'individu est homogène et proportionnelle à l'état de l'espèce : c'est la concen-^ tration dans l'âme du jeune homme des rayons qui partent de tous les points de la collectivité:

Toute éducation a donc pour but de produire l'homme et le citoyen d'après une image en miniature de la société/ par le développement méthodique des facultés physiques, intellectuelles et moi'ales de l'enfant.

En autres termes , l'éducation est la création des mœvrs dans le sujet humain, en prenant ce mot de mœurs dans son acception la plus étendue et la plus élevée, qui comprend non-seulement les droits et les devoirs, mais encore tous les modes de l'ftme, sciences, arts, industries, tous les exercices du corps et de l'esprit.

Or, il est évident que l'éducation ecclésiastique n'a •"'\s précisément pour but de remplir ce programme.

L*£^li8é» pftf tfkemptei né M mêld pas du travail des maina; elle lie éofinalt point dès op^tations indti&triellea, agricoles, extractives, vditurières ; de la conduite des ateliers, du service des buieaut, magasins, etc. Tout cela cependant compose leiJ^pEiœurs ou forilies de la production, dont rinfluence est si grande sur l'esprit et le cœur. V apprentissage ne la regarde pttr* )^ixK'> i Ç^wx ÂnUi V

L'Église n*est pas moins étrangère aux sciencM. Il se ( peut que parmi ses membres elle compte des savants, tels, par exemple, que lé fameux Gerbert, qui malgré sa réputation de sorcier fut fait pape sous le nom de Sylvestre IL Mais ce n'est pas en tant que prêtres qu'ils sont savants ; et il est de fait que pour ce savoir, em*' prunté d'ailleurs et que TËglise quallfle de profane^ ils n'en sont pas estimés davantage. L'Église, en vertu de son institution, n*euf jamais la moindre initiative dans la science: elle l'a K^Uvent persécutée, battue, pour les services qu'elle rendait, sans privilège de TEsprit saint, à l'humanité; et plus que jamais elle s'en méfie. Quand Grégoire XIII voulut réformer le calendrier, il s'adressa à un savant non ecclésiastique , Lilio ; quand Galilée , poursuivant la science de Lilio, essaya de raccommodera la foi chrétienne, il fut torturé par l'inquisition ; et quand Mabillon, au rapport de Genoude, empêcha une congrégation romaine de déclarer hérétique Topinion qui soutient que le déluge de Noé ne fut pas universel, ce . ne fut point assurément comme théologien quUl se fit écouter^ mais comme savant, et surtout conseiller pru« dent* On ne finirait pas à raconter de telles histoires.

Cependant on peut dire que la science, comme le travail, a aussi ses mœurs, dont l'action Stir la moralité générale est incalculable : ce sont ses méthodes , ses classifications, analyses, hypothèses, etc., dont l'accoutumance fera toujours regimber l'esprit contre la foi.

En ce qui concerne les arts, la répugnance de l'Ëglise est plus forte encore. Héritière de la tradition pharisaique, ello a toujours vu dans la peinture et la statuaire des auxiliaires de l'idolâtrie; e^si Itome, dès le xve siècle, gfilce à l'émigration des Crqips'est relâchée, la réforme est venue bientôt la rappeler à la sévérité de la discipline. Au surplus, la critique moderne nie positivement Vart ehrêtten. L'arcliitecture dite gothique date de la fin des croisades ; elle fut solennellement abolie par Brunelleschi et Bramante, qui en démontrèrent géométriquement l'ineptie, et ne parut jamais à Rome. La peinture commence à Ciotto, élève des anciens. Le chrïsh tianisme ne peut devenir esthétique qu'en s'apostasiant: aussi condamne-1-il absolument la tragédie, la comédie, Topera, la danse, les gymnases; il proscrit jusqu'au roman ; il voudrait anéantir la littérature grecque et latine. Et la raison de cet ostracisme est évidente : les arts tendent à l'exaltation de la personm; humaine, par le déploiement de la force, du talent et de la beauté, ce qui est en opposition diamétrale avec la méthode do mortification et d'oraison que lu salut requiert.

Qu'a fait l'Église en philosophie? Rien; la question implique contradiction. La philosophie, partout où elle se montre, est le mouvement e^dra-religieuj de l'esprit, la marche vers la science, objet étranger à la foï. L'Église est théologienne, c'est sa spécialité; elle se sert de la philosophie, elle n'est pas philosophe. La scolastique, si fameuse autrefois et si oubliée, est sortie tout armée des livres d'Artstote, qui faillit être mis au rang des Pères.

L'Église connait-elle de la Justice? a-t-elle une jurisprudence? — Oui, direz-vous, il existe un droit canon. En effet, nous avons montré dans nos précédentes études comment l'Église, en vertu de son dogme, a modifié iMidées des anciens sur la Justice, dans ses rapports avuc

1^ respect des personnes, la distribution des biens» et le gouvernement. Hais, saoftTevenir sur la critique que nous avons faite de cette pç^ll&due réforme, il suffit d*observer que le droit canon ^ universellement délaissé, et que, si la jeunesse prend di^ leçons de droit et d'économie politique, ce n*est pas à TÉglise qu*elle les demande. L'enseignement de la Justice, de même que son application par les tribunaux, a toujours fait partie du temporel : oseriez-vous traiter cette sécularisation d'hérésie? ^L'Église, en un mot, ne se charge pas plus de former Wf citoyens que des producteurs et des artistes. Tel n'est pas l'objet de sa mission ; et si l'on a vu des sujets sortis des mains des préti:es s'élever à un haut degré de dignité civique et humaine, ils ne tenaient pas cet avantage de l'Église; ils en étaient redevables à l'énergie de leur nature, et aux influences extérieures qu'ils recevaient de toutes parts. Est-ce l'Église ou la philosophie qui a produit cette génération à jamais glorieuse de 17Â?

Je viens en quelques lignes de récapituler les objets principaux de l'éducation et de l'enseignement : travail, science, art, philosophie, Justice, cette dernière comprenant la morale publique et privée.

Mais l'éducation aussi constitue un art, le plus difficile de tous les arts ; une science, la plus profonde de toutes les sciences. L'éducation est la fonction la plus importante de la société, celle qui a le plus occupé les législateurs et les sa^es. Aux hommes il ne faut que le précepte; à l'enfance, il faut l'apprentissage du devoir même, l'exercice de la conscience, comme du corps et de la pensée. L'Église, aussi bien que l'université, a produit d'excellents instituteurs de la jeunesse : qui le nie? 11 suffit de rappeler leur maître à tous, Fénelon; et je sais, sans y croire, tout le bien qu'on a dit des jésuites.

La question n'est pas là. 11 s'agit de savoir si l'éducau 1.

— lotion est par elle-même une profession religiease etcerdotaie ou une profession pnrement civile; si da moioi l'Église» qui en revendique le privil^e» possède» pour raocomplissement de cette grande couvre» une méthode à elle» un talent, une aptitude, un génie qui lui soit pro» pre et qui découle de son dogme, ou pour mieux dire de la grâce attachée à son ministère. Depuis Xénofdion jotl* qu'à Rousseau et M*** Necker de Saussure, Tesprit philosophique a produit de nombreux traités d'éducation» que l'Église a copiés, imités, modifiés ou contredits, comsaB d'autres copient, modifient ou contredisent les procédn de l'édocation ecclésiastique. En quoi l'Église se distingue-t-elle essentiellement du laîcisme et de la philosophie ?

Pour moi, j'avoue qu'il m'est impossible de lui reccm* naître, ici plus qu'ailleurs, la moindre spécialité. L'éducation ecclésiastique ne diffère de l'éducation séculière que par Fesprii religieux et les habitudes de piété qui s'y mêlent : fiMr le surplus, les maîtres ecclésiastiques pro* cèdent cemniè les maîtres laîques,àtelleenseignequedans les collèges éptscopaux, hormis les devoirs de piété» dont le prêtre seul est le ministre, on se sert indifféremment» pour tout le reste, de laïques et de clercs.

Ajnsi, jusque dans l'éducation, TÉglise, ])our être quelque chose, est forcée d'empiéter sur le domaine séculier; elle ne possède rien en propre : tellement l'idéal qui réside en elle est incompatible de sa nature avec tO|it élément pratique et utilitaire?

Ces éliminations faites, que reste-t-il pour l'enseignement de l'Église, et que vient-elle faire dans l'éducation? Quel peut être Tobjet de sa pédagogie?

Toute morale pratique repose sur ce premier principe» commun à la philosophie et à la religion :

L§ péeké iomiUê Vâm§ 9 vivre avec M eU pire que dé mourir.

Tel etX le âictamen de la conscience, soit qo*eUe s*ex'prime par Jtl^ iftàgàatà de Lucrdee, qui se tae povr one soiyUam à la^dle die n'a pas oraisenli, mais dont la tadwl loi tiMn} ioH qo'eile éclate avec pite d'énergie encore daa» le Meriâee de Caton» qui, désespérant d'atteindre le tyran, se frappe Itti-mème plulèt que d'assister au viol de la république.

11 est de mode psrmi les chrétiens de blâmer et Titopé* rer ces suicides héroïques. Saint Augustîa a trouvé moyen de plaisanter Lucrèce '^ la troupe des histori(^[raphes s'est ruée sur Caton. Passons, si Ton yeut^ sur le fait même du suicide, (fui fait une question à part, et admettons que Lucrèce^ Caton^ Brutus, toutes ces grandes âmes qui, en face du déshonneur^ ne marchandaient pas leur vie, si elles avaient eu Tayantage de naître dans la foi du Christ, auraient su faire mieux que de mourir. Mais n'esUil pas Trai que leur résolution, felle quelle, atteste l'horreur intime de Tàme pour le péché, et l'essentialité de notre vertu? Potiûs tnori qtiàm fœdari! plutôt la mort que rindignité! Maiime aussi vieille que Thomme, qui té* moigne de T intuition que Tâme a d'elle-même et de sa pureté; maxime qui, si elle est juste, crée immédiatement et sans autre secours Téthiqueetla pédagogie; si elle est fausse, les entraîne Tune et Taiitre. Toute noire hygiène, et en cas de maladie toute notre médication morale, est établie sur ce fondement.

Cependant à cette loi, d'ordre psychologique, le christianisme ajoute une considération d'un autre ordre.

Le péché, dit-il, offense Dieu^ qui le défend^ et tôt ou tard le punit.

A première vue, il ne semble pas qu'il y ait là rien qui affecte le principe, au contraire. Pour fuir le mal et pra-

tiquer le bien nous avons deux motifs, le respect de nousmème et celui de la divinité. Quel tort le second peut-il faire au premier?

Ne quid nimis : je me méfie de oè dualisme.

Ne nous laissons pas étonner par cette apparition mystérieuse de ridée divine ; et puisqu^en fait de morale il s'agit avant tout de nous-même, et subsidiairement d'un Autre soi-disant intéressé, raisonnons de cet Autre, que nous ne connaissons pas encore, avec la dignité et le sang-froid qui conviennent à un être moral et libre.

D*abord, de quoi Dieu se mèle-t^il? Je n*ai jamais entendu dire qu'il m'ordonnât, à peine de lèse-majest6 envers sa personne, de manger, de respirer, de dormir, de faire aucune des fonctions qui intéressent ma vie animale. Que je jouisse ou que je p&tisse, il ne s*en fâche pas ; il me laisse à ma propre direction, sous ma responsabilité exclusive. Pourquoi n'en use-t-il pas de même à l'égard de ma vie morale? Est-ce que les lois de ma conscience sont moins certaines que celles de mon organisme, ou plus impunément inviolables? Quand je fais mal, le péché ne me punit-il pas à l'instant, par la honte et le remords, comme la vertu, si je fais bien, me récompense par l'opinioj^ de ma valeur? Nonne si benè egeris recipies^ sin *. autem malè statim in foribus peccatum? dit Jéhovali luimême à Gain dans la Genèse. N'ai-je donc pas assez, pour observer ma loi intérieure, de cette double sanction de la joie et de la tristesse; de même qu'il me suffit, pour soigner mon corps, de la double sanction de la maladie et de la santé?...

De quelque côté que l'on aborde la question, soit du côté de Dieu, soit du côté de la conscience, le motif de religion, pour une âme qui réfléchit et qui se respecte, a droit de surprendre. Mais voici qui est plus fâcheux encore.

Je veux que Dieu s'intéresse, autant qu'on le dit, à i^^a

vie morale, alors qu'il prend si peu de souci de ma vie organique : qu*en peut-il résulter pour ma moralité? Car enfin ce n'est pas du profit que Dieu peut tirer pour luimême de ma vertu qu'il s'agit ici, mais de ma propre per< fection ; ce n'est que pour mon bien, à moi, que Dieu, joignant son commandement à celui de ma conscience, me prescrit d'être sage. Cela étant, je demande ce que mon obéissance ajoutera à ma valeur? Rien du tout. En face de Dieu, je suis comme le vassal vis-à-vis de son suzerain. Tant que je paye le tribut, je reste pour cette Ma« jesté une créature soumise, un bon serviteur si l'on veut ; je ne deviens un sujet moral qu autant que, par une volontaire adhésion, je me respecte moi-même dans sa loi : ce qui constitue entre la religion et la morale une différence irréductible, que nous verrons bientôt se changer en un véritable antagonisme. •

Il en est de Tassentiment du cœur comme de l'adhésion de l'esprit. De môme que ce n'est pas par ma foi a la parole révélée que je fais acte d'intelligence, mais par le jugement que je porte sur cette révélation ; de même ce n'est pas non plus par ma piété envers le ciel que je fais acte (le sens moral, mais par ma libre vertu. Otez cette liberté de ma conscience et de ma raison, je ne suis plus qu'un esclave, un animal plus ou moins docile, niais dénué de moralité, indigne par conséquent de Testime de son maître.

Je pourrais appuyer cette analogie d'une multitude de textes empruntés à la théologie et à la Bible. Saint Paul veut que notre obéissance soit raisonnée, rationa' bile sft obsequium vpstrvm; il répudie la foi scrvile. Et le psalmiste nous recommande de méditer sans cesse la loi de Dieu. Comment donc ne pas conclure, à pari^ de cette prémisse que Tobéissance à la loi n'étant méritoire qu'autant qu'elle est libre et que la loi est avouée par la con-

science, la religteiy au point de vue de la morale, ne sert de rien f

Obsertons, en passant, que la qualité du Dieu ne fait rien à la chose. Mettez à la place du Christ Jupiter ou Allah ; mettez la Nature, l'Humanité ou un soliveau : le résultat reste le même. Quel que soit le dieu et le senti* ment qu'il m'inspire, dès là qu'en faisant le bien je ne suis plus poussé par la seule inspiration de ma conscience» le mérite de mon action est nul ; dans la balance de la Justice, c'est zéro.

Donc la religion, de quelque espèce qu'oit la fasse, naturelle ou surnaturelle, positiiv on mystique, n'ajoutant lien à la moralité de lliommct, eit inutile à l'éducation. Loin de la servir, elle ne peut que la fausser, en chargeant la conscience de motifs impurs et entretenant la lâcheté, principe de foule dégradation.

Ainsi parle la théorie : que dh à èou tour l'expérience ?

A force de recommander la piété envers les dieux comnm le point capital de la morale, insensiblement on lui a mrkirdonné la Justice; le respect de l'humanité et de ses hïê a passé après la crainte, toujours plus ou moins inté* ressée, des natures supérieures ; dé cette crainte, par ellch même immorale , le sacerdoce a fait le principe de la vertu, initium sapientiœ timor Domini. Ce qui n'était proposé d'abord que comme motif auxiliaire d'attachement au bien et d'horreur pour le im\ est devenu la raisM principale et prépondérante. Alors, l'intervention de fâ divinité dans la vie intérieure érigée en article de foi, la conscience s'est fanée; ta piété diminuant, les mceurs se sont corrompues ; et l'homme, pour avoir voulu se donner Fappni d'une idole, a été déchu : le soi-disaât péché ôfim ffinel n'a pas çl' antre orig[ine<

Tdld fot l'infliMiee de la piété pendant la pMode religieuse, qui embrasse les vingt siècles avant l'ère cbrétienne.

La suite se devine«

Démoi^lisée par une première religion^ la oonscianee chiche son salut dans une réforme. HIe se erée une divinité rédemptrice, capable de lui rendre sa verta primitive, et de lui refaire une Justice. C'est Toenvre dont le christianisme, religion par excellence de la chnte et de la réhabilitation, voulat bien se charger, en se définissant Ini»inéme dans la proposition suivante, qui forme, avec les deux énoncées plus haut, sa trilc^e morale : '

La religion est f ensemble des moyens thérapeutiques et prophylactiques, enseignés par Dieu même, par lesqueh Phomme dégradé se rétablit dans la vertu et conserve ses mœurs. *

Remarquons la logique de ce nouveau système, auquel tendent fatalement, comme à leur dernière forme, toutes les religions nées et à naître.

L'homme, bien qu'il eût été créé en état d'innocence, ne possédant pas en soi la raison snfGsante du bien, ne pouvait manquer de faillir. Ce n'est donc pas à lui-même, à une réaction vertueuse de sa conscience qu'il doit demander la réparation de son péché ; c'est à TEssence supérieure, dont la parole a allumé dans le cœur de Thomme le flambeau de la loi, et qui seule possédant ja sainteté, peut communiquer à son serviteur, avec le précepte, la force de le pratiquer, d'y persévérer, et s'il s'en écarte, d*y revenir.

En sorte que l'on peut considérer l'éducation chrétienne comme une sorte d'allopathie mentale, suivant laquelle l'homme, atteint d'une aiïectfon constitutionnelle et actuellement prévaricateur, est rendu au bion, non par l'énergie habilement excitée de son âme, mais par l'appli-

cation des grâces ou vertus médicinales de Tètre saint, qui est Dieu.

Gela posé, voici comment l'Église entend combattre le péché, former et soutenir les mœurs, armer la conscience contre ses propres faiblesses.

Tandis que l'éducalion profane s'applique à façonner l'homme dans son corps, son intelligence, ses rapports sociaux, par la démonstration des lois de la nature et de l'esprit, l'enseignement du droit et de la civilité, l'Église, par des conjurations appelées sacrements dont elle a le privilège, par l'exorcisme hebdomadaire et anniversaire de ses offices j par la pratique de la mortification et de Yoraisen^ par la direction d'intention ^ surtout par une foi absolue aux vérités révélées^ prétend attaquer le péché dans son germe, émonder la volonté, et donner à nos inclinations toute la moralité dont elles sont susceptibles.

Tel est l'objet de renseignement chrétien proprement dit : ceux qui, spiritualisant davantage, ont prétendu dégager le christianisme de ce rituel, et le réduire au pur amour de Dieu et à la pure morale, ont été déclarés quiétistes, athées, qui pis est immoraux, en conséquence retranchés de la communion de TÉglise et voués à l'enfer.

C'est diaprés ce principe que le fondateur principal de la secte chrétienne aurait été, par un oracle particulier, nommé Jésus, sauveur, libérateur, guérisseur, du même nom que les Esséniens, en grec Thérapeutes, comme qui di« raitguérisseurs de consciences, par rallopathiethéurgique.

Et c'est pour se conformer à la même pensée que ledit Icsus aurait dit à ses disciples :

tt Allez, enseignez toutes les nations; baptisez-les (lavez-les, puri liez-les), au nom du Père, du Fils et de l'Esprit, et donnez-leur communication de mes ordonnances. Ceui à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez^ ils seront retenus. »

J*avoue, malgré le respect que m'inspire le nom du Christ, que ma raison ni ma conscience ne sauraient se plier à ce système, dont le pendant avait été donné dans la Haute-Asie, plusieurs siècles auparavant, par le fameux Bouddha.

La philosophie naturelle, depuis Bacon jusqu'à Arago, a pour principe que si l'on veut faire de bonne physique, de bonne chimie, de bonne mathématique, je dirai même, avec Broussais, de bonne médecine, il faut s'abstenir de toute spéculation ontologique et religieuse ^ ne faire jamais intervenir l'idée de Dieu ou de l'âme, l'autorité de la révélation, la crainte de Satan, Tespéranee de la vie éternelle. Il faut observer attentivement les faits , les analyser avec exactitude, les définir i^vcc justesse , les classer avec méthode, les généraliser avec circonspection, et ne rien affirmer que ne puisse toujours, et à volonté, confirmer rexpérience.

D'accord avec ces sages, et contrairement à la doctrine du législateur des chrétiens, je soutiens qu'il faut en user de même pour la morale^ et que la traiter par la religion, ainsi que le prescrivent le Christ et Bouddha, c'est la corrompre....

L'éducation est un sujet trop vaste pour que je puisse en quelques pages l'embrasser dans toutes ses parties. Je me bornerai donc à l'examen des quatre questions suivantes, qui me semblent devoir emporter le reste :

Comrnent l'homme est-il institué par l'Église dans sa conscience?

Comment, sous cette même direction, se pose-t-il devant la société?

Comment au sein de la nature ? * •

Comment en face de la mort ? ; ^.

Ce que j*aurai à dire de la pédagogie ecclésiastique nous permettra de juger, par voie d^opposition» de ce que doit être un jour la pédagogie révolutionnaire: car, hélai! il ne faut pas nous le dissimuler, môme aux jours de là proscription des prêtres l'éducation du peuple n'a pat cessé d'être chrétienne ; et tous tant que nous sommos, générations de 89, de 93, de 1809, de 1814, de 1830 et de 1848, nous avons été faits, la postérité dira si ce fat pour notre malheur ou notre gloire, ntfaniê de Dieu et de VÉgliiê.

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