OBSERVATION X
Hernie inguinale étranglée. — Opération. — Réduction — • Péritonite consécutive. — Mort.
Mathieu Aïsse, âgé de dix-neuf ans, est entré à
l’hôpital Saint- André le 18 octobre 1866, et a été couché salle 11, dans le service de M. le professeur Azam, M. Labat suppléant.
Ce jeune homme est atteint depuis trois ans d’une hernie inguinale du côté droit; il ne l’a jamais maintenue réduite par l’application d’un bandage, et elle sortait et rentrait très-facilement. Plusieurs fois cependant , dans le courant de l’année, la hernie est sortie sans qu’il ait pu la repousser dans l’abdomen. Mais ces accidents n’ont pas eu de suite grave; il se couchait, et le lendemain trouvait sa hernie réduite.
Il y a deux jours , à la suite d’un effort pour soulever un fardeau, sa hernie est sortie de nouveau; il a essayé de la faire rentrer sans y parvenir. Le repos de la nuit n’a pas davantage amené de réduction. Il a encore attendu jusqu’à la nuit suivante, et le lendemain il s’est décidé à entrer à l’hôpital. A la visite du soir, Je chef interne a fait quelques efforts de taxis qui sont demeurés sans résultat.
M. Labat a vu le malade le 19 octobre. La tumeur occupe le côté droit du scrotum ; elle se présente sous l’aspect d’une tumeur grosse comme le poing, sans changement de couleur à la peau, rénitente, un peu douloureuse à la pression, sonore à la percussion ; l’anneau inguinal paraît serrer médiocrement le collet du sac.
Cependant il y a trois jours pleins que le malade n’a eu de garde-robe; la langue est large, saburrale;
il y a quelques éructations, des nausées ; le ventre est un peu développé, sonore à la percussion, rempli de gaz, du reste peu douloureux.
Le pouls est à 80.
Le faciès un peu fatigué.
M. Labat procède méthodiquement au taxis, et après quelques efforts la hernie se réduit. On applique un spica, on prescrit le repos horizontal et on ordonne un purgation légère.
20 octobre. — Le malade a bien passé la nuit, il a eu plusieurs selles, le pouls est normal, tout paraît être rentré dans l’ordre. On ordonne un bandage inguinal droit.
Du 21 au 29 octobre les choses sont restées dans cet état, et ce jeune homme n’est demeuré dans la salle de clinique que pour attendre le bandage qu’on lui avait prescrit; mais ce dernier jour la hernie sort pendant que le malade va à la selle, et à la visite du lendemain les efforts de taxis ne parviennent pas à la faire rentrer.
Bain de deux heures, onguent napolitain belladoné, étendu en couche épaisse sur le scrotum.
30 octobre. — La hernie est dans le même état ; il n’y a pas eu de selle depuis le 28 ; le ventre est tendu, météorisé, douloureux ; éructations fréquentes, nausées, vomissements bilieux. Pouls à 100; faciès altéré et amaigri ; nouveaux efforts de taxis modéré suivi d’insuccès.
M. Labat se décide à opérer sur-le-champ.
L’incision des enveloppes herniaires, celle du sac, n’ont présenté rien de notable. La hernie est intestinale, formée par une anse assez volumineuse de l’intestin grêle. Cette anse intestinale présente un peu d’injection sanguine ; elle est violacée dans quelques points, mais nulle part elle n’a perdu de son poli.
M. Labat débride assez largement en dehors et en haut. Ceci fait, il examine de nouveau l’anse avec soin et la repousse dans l’abdomen, non cependant sans avoir à vaincre une certaine résistance.
La plaie est pansée à plat.
On fait sur le ventre des frictions d’onguent napolitain , on le recouvre avec une flanelle imprégnée d’eau de guimauve tiède.
Le malade a été à la selle ; l’état général paraît s’être beaucoup amélioré. Le faciès est meilleur, le pouls à 80 ; les vomissements ont cessé, le ventre est toujours un peu douloureux. On panse la plaie : rien d’anormal de ce côté.
2 novembre. — Les vomissements bilieux ont reparu; le malade vomit continuellement, il a des éructations fréquentes et du hoquet presque continuel ; le ventre est très-tendu, extrêmement douloureux ; pas de selles. La face est grippée, les yeux profondément excavés, les narines serrées, F amaigrissement très-marqué. Le pouls filiforme à 120. Le malade est en proie à un malaise inexprimable ; il n’a pas de position , il se tourne de côté et d’autre
dans son lit. On panse la plaie abdominale, elle ne présente rien d’anormal; l’intestin est resté réduit. On continue l’onguent napolitain et les compresses d’eau de guimauve sur le ventre. Le malade prendra toutes les heures une pilule d’extrait thébaïque, 5 centigrammes.
Les symptômes de péritonite ont suivi une marche croissante, et le malade est mort le lendemain 3 novembre.
L’autopsie n’a pu être faite.