‹ De La Kola (Sterculia acuminata) Et Du Bitter-KolaChapitre 7 sur 18 · LAON · texte numérisé non relu

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tentés et qu’entourés de soins intelligents, ces arbres puissent porter ces fruits, dont l’importance ressortira clairement de ses propriétés et de l’analyse chimique. Nous estimons,en effet, que d’ici à quelques années sous impulsion toute puissante de la thérapeutique, la kola aura conquis et pris droit de cité dans la pharmacopée, et rendra les services que l’on est à même d'attendre de sa richesse en caféine et de ses propriétés de médicament antidéperditeur.

Cet arbre recherche les terrains humides situés au niveau de la mer, cependant on en rencontre jusqu’à 200 et 300 m. d'altitude. On signale sa présence aux environs du Rio-Nunez; il se fait rare dans le Boulam, les Bissagos et le Rio-Grande. Un essai de culture a. été tenté au Fouta-Djallon, mais ce pays est éloigné de la mer, et les essais n’ont pas réussi. C’est surtout dans les environs de la Mellacorée (le Lokko et le Tinné) qu’il croît en quantité considérable. Jusqu’à l’âge de dix ans, l'arbre donne peu de fruits. À cet âge, il donne près de 45 kilogr. de graines par récolte. On fait par an deux récoltes, et la floraison est à peu près continuelle; il y à done port de fruits et de fleurs à la fois : une floraison en juin donnant des fruits en octobre et novembre; une autre en novembre et décembre produisant des fruits en mai et juin. Ces deux fructifications se font sentir dans les pays d'importation de la kola (Gorée, Rufisque, Dakar), par l'arrivage, à ces époques, de la noix en grande quantité. «Le fruit, dit René Caillié (1), est couvert d’une première enveloppe couleur jaune de rouille; après l’avoir enlevée on trouve une pulpe rose ou d’un blanc qui devient verdâtre en acquérant sa parfaite maturité : le même arbre porte des fruits des deux couleurs.»

Lorsque les fruits sont mûrs, ils sont jaunes-brunâtres. Ils s'ouvrent à la maturité par leur suture ventrale, et à l’in-

(1) R. Caillié, Loc. cit.

térieur on trouve des graines rouges et blanches. Heudelot prétend qu'il existe deux variétés de kola, donnant l’une des semences rouges, l’autre des semences blanches. Les tirailleurs Sénégalais venant de Benty (Mellacorée) et les Sierra: Leonais que nous avons interrogés là-dessus, nous ont affirmé que dans la même gousse pouvaient se trouver mélangées des graines rouges et blanches. Cinq à six carpelles résultant d’une fleur unique peuvent renfermer chacun cinq à quinze graines de kola. Quelquefois dans la gousse on ne trouve qu’une seule semence.

Baillon fait dire à Griffon de Bellay (Herbier du Gabon): « Il y a cinq graines pour chaque valve et ces graines renferment quatre cotylédons, roses d’abord, puis d’un rouge vineux.» « Elles sont fixées à la gousse par l’endocarpe luimême, formé d’un tissu lâche et spongieux qui s’étalant sur leur surface leur forme un épisperme; un empâtement basilaire de ce dernier sur la surface hilaire, forme un funicule très large et aplati, rappelant tout à fait celui du marronier d'Inde. L’embryon homotrope (succédant à un ovule anatrope) qui constitue en réalité toute la graine, à la radicule tournée du côté du hile. Il est dépourvu d’endosperme et composé de quatre, cinq et jusqu'à huit cotylédons, variables de couleur dans la même graine (du jaune clair au rouge rosé), bien que celle-ci soit arrivée à parfaite maturité. Ces cotylédons sont plus ou moins distincts les uns des autres, ce qui indique que la masse cotylédonaire, quelquefois divisée en deux parties seulement avec quelques fentes à la base, atteignant jusqu’à l'embryon proprement dit, est parfois partagée en plusieurs segments absolument distincts et rattachés seulement à l’embryon par un support commun qui est toujours double. C’est un véritable pédicule qui donne attache aux réserves cotylédonaires. Les bords des

masses cotylédonaires sont toujours marquées par une ligne plus foncée au point de contact (1). »

Les graines dépouillées de leur enveloppe pèsent de 5 à 28 gr.; nons avons vu cependant de petites noix de kola, dont le poids était à peine de 2 à 3 gr. L’épiderme, quelle que soit sa couleur, est constitué par une seule couche de cellules contenant la matière colorante; celle-ci disparaît facilement dans un liquide conservateur. Monnet (2) a pu conserver cependant la matière colorante en plaçant les graines dans une solution alunée. Lorsqu'on laisse les graines quelque temps dans l’eau, celle-ci s'empare de la matière colorante et les graines rouges pâlissent. «L’épiderme est pourvu de stomates; ceux-ci se trouvent aussi bien sur la face convexe extérieure de la graine que sur sa face interne plane. Là ils n’ont aucune raison d’être, car l’air n’y a point accès. Au-dessous de l’épiderme se trouve le tissu cotylédonaire constitué par des cellules gorgées d’amidon dont les grains très volumineux (0% 024 de long sur 016 de large) sont comparables, par leur structure à ceux de la pomme de terre. C'est en elles que se trouve contenue la caféine et la théobromine à l’état libre (3)».

Si l’on prend une noix de kola et qu’on entame les cotylédons, peu après, on voit les surfaces de section se noircir. MM. Heckel et Schlagdenhauffen ont cherché si certains points des cotylédons n'étaient pas favorisés quant à l’alcaloïde; malgré leur recherche, ils n’ont pu arriver à des résultats nets.

La récolte de la kola est faite par les femmes; elles enlèvent les noix des gousses et par des moyens de conservation tâchent de les livrer à l’état frais aux consommateurs. Les

(1) Heckel et Schlagdenhauffen, loco cilalo.

({) Monnet, De la Kola, Thèse Paris 1886.

(3) Heckel et Schlagdenhauffen, loco citato.

noix de kola arrivent à Gorée, Dakar, Rufisque dans de grands paniers tapissés intérieurement de feuilles de Bal (Sterculia cordifolia, Tav. ou Sterculia heterophylla, Beauvois). Les noix de kola remplissant le panier sont recouvertes des mêmes feuilles, et c’est ainsi que sur les marchés déjà nommés elles arrivent fraîches. Là les paniers sont défaits, les noix vérifiées et celles qui sont touchées mises à part pour être vendues à un plus bas prix. Les bonnes et grosses noix ont un prix variable avec la saison, et telle noix qui vers le mois de mars vaut un franc, au mois de juin ne coûte plus que moitié prix. Les voyageurs de l’intérieur de l'Afrique nous font savoir que là elles sont acquises au prix de l'or. Virey (1) nous apprend qu’à Sierra-Leone elles remplacent les cauris (cyprea moneta), que la noix est si précieuse qu’on en donne 50 pour une esclave. Les Portugais de la Côte d'Or en font usage; c’est la propriété des rois et des chefs. Ceuxci s’en servent comme aphrodisiaque, comme apéritif et pour donner aux boissons, même à l’eau la plus croupie, un goût agréable. Ils s’en servent également comme dentifrice. On les transporte jusqu'à Tombouctou. À l’état sec, on les réduit en poudre et on les vend sous cet état. La poudre de kola dans l’intérieur de l'Afrique vaut presque son pesant d’or.

Il est d’autres moyens employés pour la conservation de cette noix. Les habitants de Benty et les tirailleurs Sénégalais les conservent dans des feuilles de Xarité, arbre qui croît dans la Mellacorée et surtout dans le Haut-Fleuve, et dont on retire un corps gras connu sous le nom de beurre de Karité.

Les nègres, pour les conserver à l’état frais pendant cinq à six jours, les placent dans de l’eau fraîche et limpide, qu’ils

(1) Virey, loco citato.

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ont soin de renouveler souvent. Ce moyen que nous avons mis en pratique d’après les indications de nos infirmiers noirs, lors de notre séjour à Dakar, nous a pleinement réussi et nous avons pu conserver ainsi fraîches pendant 15 jours quelques noix de kola. Nous en avons transporté également en France dans du sable fin et sec, et pendant 7 à 8 mois nous avons ‘pu constater l’état parfait de leur conservation. Thomas Christy assure avoir reçu en Angleterre des noix de kola conservées fraîches dans de la terre glaise. Merat et Delens rapportent que les noirs les entretenaient dans de la saumure, puis les recouvraient de terre; enfin, Natton a pu en conserver par le moyen que nous avons indiqué plus haut. La kola, qui pour les noirs est l’excitant pa: excellence, est par suite très recherchée. Aussi pour eux, le don d’une de ces noix est-il regardé comme un gage d'amitié. R. Caillié (1) nous dit: «le fiancé envoie quelques noix de colats très communes sur les bords du Rio-Nunez et qui doivent toujours être de couleurs différentes. Le père de la prétendue prend deux des colats, l’un blanc, l’autre rouge; il les coupe par le milieu, et jette en l’air la moitié de chacun pour en tirer un augure favorable; après avoir examiné la manière dont ils sont tombés, sil est satisfait sur ce point, il appelle sa fille, qui n’est pas encore instruite des démarches qu’on a faites pour l'obtenir, et qui, le plus souvent, ne connaît pas l’amant qui la recherche. Il lui fait manger un morceau de chaque moitié des colas dont il a tiré un présage, et la prévient, en présence des assistants qu’elle va devenir l’épouse de celui qui a envoyé les présents. » D’autres voyageurs nous apprennent que les kolas blanches sont des gages d'amitié, tandis que les kolas rouges représentent l’inimitié. Nous ne savons si au Sud de Sierra-Leone

(1). R Caillié, loc. cit., p. 235.

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cette différence entre les kolas rouges et blanches existe; mais à Dakar, à Benty (Mellacorée), à Boké (Rio-Nunez), quelle que soit sa couleur, la kola est un signe d’amitié. Le noir remercie toujours avec eftusion le blanc qui lui offre une noix de kola, et souvent pour prouver son contentement, il partage sa noix et offre une partie au donateur, qui lui fera, encore plus d'honneur en la croquant devant lui. Nous avons vu à Dakar une jeune fille désireuse d’un beau noir, lui faire sa cour en lui offrant journellement des kolas blanches et rouges. Nous avons vu également au mariage d’une femme noire catholique, ce qui représente la corbeille de mariage, contenir force kolas blanches et rouges qui ont été distribuées aux invités en signe d’amitié. Les serments se prêtent sur ces graines et celui qui jure les mange ensuite. Le D’ Villard, médecin de la marine, qui a habité pendant un certain temps Benty, nous a raconté que les négresses de la Mellacorée usent de la décoction de la noix de kola en injection pour cacher leur première faute.

La kola est employée sous deux états: à l’état frais et à l’état sec. La saveur de la graine fraîche est d’abord douce, astringente et enfin amère, amertume à laquelle les Européens s’habituent facilement et qu’ils recherchent même dans la suite. A l’état sec, cette amertume s’atténue et fait place à une saveur plus douce. Au dire de tous les voyageurs et de tous les noiïrs, ces noix donnent à l’eau un goût de lait et on sent une fraîcheur que l’on n’a pas lorsque l’on boit de cette même eau, si l’on n’a pas eu la précaution de mâcher une noix de kola. Griffon du Bellay (1) nous dit: «Son goût âpre et sucré imprègne fortement les papilles de la langue et les rend momentanément insensibles aux saveurs désagréables. L’eau saumâtre paraît alors fraiche

(li) Griffon du Bellay, loc. cit.

RAC S TRUE et sucrée, propriété précieuse qui fait rechercher ce fruit dans le Soudan, où il est l’objet d’un commerce important.» D'après les noirs, la kola trompe également la faim; ils l'emploient contre la diarrhée, et l’on constate que les Européens, habitant les pays tropicaux qui en font usage, résistent mieux aux fatigues produites par la chaleur torride et les miasmes qui se dégagent des marigots (marais).

Il nous reste à parler, avant de terminer, de deux propriétés qui lui sont attribuées par les noirs: 1° de rendre limpides les eaux troubles, en les clarifiant; 2° de son action aphrodisiaque. Voici ce qui se passerait dans le premier cas : d’après MM. Heckel et Schlagdenhauffen, il se formerait au sein de la masse liquide, dans laquelle la matière végétale est projetée, une sorte de mucilage qui emprisonnerait toutes les impuretés, comme le font le blanc d'œuf et le papier-filtre. Quant à son action comme aphrodisiaque, nous en dirons un mot lorsque nous parlerons des effets physiologiques de la kola ù

Le nom de kola est non seulement donné au sterculia acuminata (les deux variétés), mais encore à d’autres plantes africaines donnant des graines similaires à celles du vrai sterculia acuminata ; ce sont: le cola Duparquetiana (Baillon), du Gabon ; cola ficifolia, cola heterophylla (Hast), cola cordifolia (Bav.), et peut-être Séerculia tomentosa (Heudelot). Si ces derniers contenaient de la caféine, leurs graines seraient aussi recherchées que celles de la vraie kola.

RC) DS

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