CHAPITRE I
PHILOSOPHIS DU LANGAGE.
Des études actuelles eu linguistique. — De la civilisation provençale. — Histoire des opinions sur Torigine et la filiation des langues romanes. -^Unité morale du langa^pe. -^ Des langues dans leur essence, leurs pre- BÛèrea manifestations et leurs développements* — Erreurs de Topinion TulgaJre et de quelques systèmes. — Résumé ; conclusion.
La linguistique est une science toute nouvelle : née avec le mouyement intellectuel de notre siècle, elle a révélé de prime abord la destinée importante qu'elle avait à remplir. Popt bien comprendre cette destinée, il n'y a qu'à jeter un eoup d'œil sur l'impulsion extraordinaire imprimée de nos jotirs aux recherches de tout genre ; il n'y a qu'à voir chaque pc^uple rechercher ses origines, fouiller ses archives, e;sLhi'her ses titres, scruter soigneusement tout son passé, nonseulement 2t l'aide des sciences d'érudition, mais à l'aide de
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toutes les sciences physiques et morales. Dès lors on conçoit toute l'utilité de la linguistique, soit pour faciliter, soit pour compléter les travaux de Thistorien et du philosophe, soit même, dans certains cas, pour y suppléer. Tous les monuments d*un peuple sont soumis à Faction destructive du temps, toutes ses traditions, écrites ou orales, peuvent se perdre Ou se dénaturer ; sa langue seule lui reste, et les éléments dont elle est composée, les influences, les modifications qu'elle a subies, nous montrent à la fois l'origine de ce peuple et toute la marche qu'il a suivie dans la voie de la civilisation.
La linguistique est donc par sa nature et son but un des principaux véhicules de la science historique, de cette science dont notre siècle comprend enfin l'immense portée. Si le présent, comme on l'a dit, est gros de l'avenir, n'est-il pas incontestable que c'est dans le passé qu'il faut chercher le principe et la filiation du présent? Aujourd'hui surtout qu'une ère nouvelle semble se préparer pour l'humanité, ne faut-il pas travailler à renouer les anneaux de la chaîne des âges, ne faut-il pas étudier comment procède l'esprit humain dans sa marche éternelle à travers les peuples et les temps ? Les empires s'élèvent et s'écroulent ; les nations se forment, brillent quelques instants et ne tardent pas à s'effacer de la scène du monde ; le flambeau de la civilisation semble éclairer tour à tour les divers peuples du globe ; et, au milieu de ces révolutions, l'esprit humain, se développant de plus en plus, s'avance constamment dans la route du progrès, sans jamais rétrograder, sans jamais rester stationnaire.
Voilà ce que notre époque parait avoir compris : et si tout le monde ne se rend pas compte de oes tendances générales, si le but même en est souvent méconnu, l'on ne peut nier que l'humanité tout entière travaille à la même œuvre, guidée par une sorte d'instinct qui ne la trompe jamais. Certainement bien des erreurs, bien des théories exclusives ou