‹ De la langue et de la poésie provençalesChapitre 7 sur 40 · PHILOSOPHIE HU LANGAGE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE HU LANGAGE

exagérées ont surgi dans cette grande fermentation intellectuelle : c'est le résultat ordinaire de toute action trop vive, de tout enthousiasme qui s'ignore encore lui-même, mais ces vices ne peuvent être que momentanés ; le travail qui s'opère aujourd'hui dans les idées est supérieur à l'esprit de parti, supérieur à l'orgueil national. Tous les progrès moraux et matériels tendent nécessairement, inévitablement, à former de la civilisation une magnifique synthèse, une harmonie sublime entre les peuples et même entre les races.

Tel est le point de vue qui m'a constamment guidé dans l'étude de la langue et de la poésie provençales ; et cette étude, faite à ce point de vue, ne manque assurément pas d'importance. La Provence du xii® siècle se trouve sur la limite de deux mondes, entre la société antique et la société moderne* C'est elle qui nous offre pour la première fois, en Europe, une originalité distincte, après la longue carrière civilisatrice fournie par les Grecs et les Romahis ; c'est elle qui ouvre l'époque de rénovation due aux influences combinées des Germains et des Arabes ; c'est elle, en un mot, qui résume dans son esprit tous les traits caractéristiques de la civilisation européenne au moyen âge. — La chevalerie dans son ensemble, les mœurs et les sentiments chevaleresques, l'honneur, le respect poup les femmes, l'amour dans sa pureté morale , ont , sinon leur essence , du moins leurs premières manifestations dans la Gaule méridionale. La poésie lyrique la plus parfaite y jette un si grand éclat que ses rayons ne tardent pas à communiquer le feu du génie poétique à tous les autres peuples de l'Europe. Cette contrée voit aussi les premières tendances de liberté religieuse et de réforme philosophique, qui se développent bientôt après dans toutes leurs conséquences. Enfin la langue provençale, la plus parfaite de toutes les langues qu'on appelle romanes, est la première qui parait sur la scène littéraire depuis l'ère chrétienne, et celle qui réunit le plus complètement les caractères distinctifs de nos langues modernes.

4 DE Lk LAITGOB PR0VMÇA1.B.

D'après cet exposé rapide, on conçoit facilement de quelle importance est l'étude de la civilisation provençale pour rhistoire de Tesprit humain jusqu'à notre époque. D'ailleurs, cette importance ne semble-t*elle pas toute naturelle, ou plutèt providentielle, pour peu que l'on considère la posi< tion géographique de la Provence ? Placée au centre de l'Europe civilisée du moyen âge, cette Gaule méridionale rayonnait autour d'elle d'un éclat qui paraissait plus brillant au milieu des ténèbres d'une féodalité barbare* Après avoir reçu l'influence de l'antiquité par les Phéniciens, les Grecs et les Romains, l'influence du monde germanique par les Goths et les Burgondes , et l'influence du monde arabe par l'invasion moresque , le peuple provençal avait une grande destinée à remplir : celle de transmettre toutes ces influences bienfaisantes aux nations de l'Europe actuelle, et de former ainsi , à proprement parler , la clef de voûte de toutes les civilisations modernes.

Mais qu'on ne m'accuse pas, à mon tour, d'exagération et d'exclusiveté ; que Ton veuille bien remarquer que je ne considère ici l'esprit qui vint éclairer le midi des Gaules, que relativement aux progrès intellectuels du reste de l'Europe, et dans l'action qu'il eut sur ces progrès. Sans doute si l'on envisage cet esprit en lui-même, on le trouvera bien défectueux, bien incomplet sous plusieurs rapports ; la chevalerie et la poésie troubadouresque, qui en sont les deux principales manifestations, ne remplissent certainement pas tous les buts que peut se proposer l'activité humaine. Toutefois l'influence que j'attribue aux Provençaux ne constitue pas un transport de génie, et cette distinction est fort importante à établir : je n'entends point que les divers peuples aient été chercher en Provence les germes, les éléments, ou même les principes de leur civilisation ; je veux simplement prouver que c'est sous l'action vivifiante exercée par cette Provence du xii° siècle , que se sont développés chez les autres nations les germes propres à ces nations elles*mémes.

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Toute l'Europe se sentit alors renaître, comme après un long hiver la nature entière semble se ranimer et prendre une nouvelle existence aux premiers rayons d'un beau soleil de printemps.

Après avoir fait connaître par ces espèces de prolégomènes la pensée qui m'a constamment guidé dans cette étude, je reviens au but que je m'étais proposé dans ce chapitre. Il me parait indispensable de commencer par analyser, le plus brièvement possible , les opinions diverses qui se sont formées sur l'origine et la filiation des langues romanes. Mais qu'on ne s'attende point à trouver ici une histoire complète des livres écrits sur ce sujet. Ce sera plutôt un simple aperçu des idées linguistiques, au point de vue des langues romanes; idées que je tâcherai de mettre en rapport avec l'époque et les circonstances qui les ont vues naître,, afin de pénétrer la raison même de leur existence.

Ce n'est que vers la fin de cette période qu'on appelle ordinairement le moyen âge, que l'on s'occupa pour la première fois de véritables travaux philologiques. Jusqu'alors on s'était contenté de transcrire dans les cloîtres et dans les écoles le peu de débris littéraires échappés au grand bouleversement des barbares : mais cette transcription, soit du latin corrompu, soit des traductions arabes, faite sans goût et sans discernement, était moins propre à conserver les textes qu'à les dénaturer. C'est en Italie que se manifestèrent les premières tendances à se rapprocher de l'antiquité ; les peuples italiens, sans cesse en présence des souvenirs de la vieille gloire romaine, s'étaient identifiés peu à peu avec ces souvenirs, qu'ils croyaient de bonne foi les leurs. Cet amour-propre national, l'exquise sensibilité qui leur faisait si bien comprendre la littérature ancienne, leur imagination surtout et leur enthousiasme les portèrent bientôt à une exagération exclusive : ils finirent par se persuader que leur langue mèm^ n'était que du latin corrompu. Cette idée, développée par une foule de circonstances qui toutes lui

étaient favorables, ne tarda pas à se propager dans les autres contrées où se trouvait établie la méoie famille de langues romanes, et surtout dans les Gaqles.

C'est qu'en effet toutes les circonstances contribuaient à faire nattre et à répandre cette opinion. L'activité intel* lectuelle, au moyen âge, formait deux mondes entièrement différents, ayant chacun leur peuple, leur langue et leur littérature. C'était d*une part l'élément nouveau, spontané, essentiellement populaire, plein de vie et d'avenir; d'autre part, l'élément conservateur, n'ayant qu'une existence toute factice, en dehors du mouvement social, inébranlable et toujours le même à côté de la marche rapide des idées. D'une part c'était la poésie, et la langue qu'on appelait vulgaire ou romane, répandues parmi tout le peuple ; d'autre part la science, et les langues latine et grecque, habitant les cloîtres, les écoles et les universités. Et longtemps ces deux sociétés si dissemblables vécurent l'une à côté de l'autre, sans se connaître, sans se voir.

Dans un tel état de choses, la science devait rester incomplète; son point de vue ne pouvait être que peu étendu et tout à fait exclusif. Les érudits de cette époque étaient Romains de cœur et d'esprit : il était naturel qu'ils retrouvassent partout le génie de Rome, les lois de Rome, la langue de Rome. Aussi la plupart des philologues dé la renaissance partagèrent-ils cette opinion presque implicitement. D'abord cela leur paraissait tout simple, parce que le peuple dominateur par excellence avait aussi conquis les Gaules ; ensuite cela plaisait à leur amour-propre, parce que ce peuple avait été grand par sa puissance et par sa gloire. En outre, les principes philosophiques alors admis par tout le monde, portaient invinciblement à remonter des langues romanes au latin, du latin au grec, et du grec à l'hébreu. Car c'est l'hébreu que la scolastique regardait comme la langue mère, seule primitive, seule révélée.

Dans cette généalogie que je viens d'indiquer pour le

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langage, se retrouve le canevas de toutes les recherches historiques et philologiques du moyen âge et de la renaissance. Ce ne fut donc pas s'éloigner beaucoup de Tidée commune, que de faire venir le gaulois ou le français directement du grec ^ Cette opinion servait en quelque sorte de justification à l'enthousiasme souvent excessif pour Tantiquité; et, tout en faisant la part de Tamour-propre national, il faut convenir que les colonies phocéennes de Marseille donnaient quelque vraisemblance à ce singulier système.

Un pas de plus dans la même route fit venir les langues gauloises immédiatement de Thébreu, sans dérivation '. Et ce système s'appuyait également sur des faits incontestables. Les établissements phéniciens au pied des Pyrénées, quelque obscure que fat leur histoire, pouvaient être comptés pour quelque chose dans la civilisation gauloise.

Les deux hypothèses d'une dérivation immédiate, soit du grec, soit de l'hébreu, tombèrent bientôt sous le feu de la critique ; celle d'une dérivation successive continua seule à représenter l'opinion ordinaire, le sens commun du monde savant. C'est cette opinion que de nos jour^ encore des linguistes fort estimables développent sans cesse, en la modifiant à la vérité, de manière à la mettre au point de vue de la science actuelle. Ainsi l'on ne s'avise plus de remonter à l'hébreu comme souche première des langues, mais au sanscrit : ce qui n'est pas plus juste aux yeux de la philosophie et de l'histoire , mais ce qui du moins parait spécieux lors> qu'on reste dans le domaine de la philologie proprement dite.

' Guillaume Badé, Commeniarii grœcœ Hnguœ, 1529. — Henri Estienne, Traité de la conformité du langage françoia avec le grec, 1569, 2<ne édit. — Joachim Périou, De origine Unguœ gallicœ et ejus cum grœca cognatione, 1555, — etc.

* Estienne Guichart, Harmonie étymologique des langue», 1606. — Pierre le Loyer, Edom ou les colonies iduméanee en l'Asie et en l'Europe , 1620. — Samuel Bochart, Phaleg et Chanaan, 1675, édit. posihume, — etc.

s OK Lk L ARGUS FEOVKNÇALB.

Cependant le xvii'' siècle s'aperçul enfin de l'insuffisance de la théorie vulgaire, et des tendances plus rationnelles se développèrent insensiblement; mais ce ne fut bien longtemps encore qu'une sorte de tâtonnement, au milieu des vieux préjugés et des conjectures paradoxales. L'amour- propre national ayant proclamé la langue celtique mère de toutes les langues de r£urope, c'est dans le sein de cette langue qu'on se mit à chercher les racines du grec, du latin, du basque, de tous les idiomes romans et de tous les idiomes germaniques. Seulement, pour accorder cette opinion avec le dogme catholique, quelques auteurs reconnurent que la race celtique était sortie de Gomer, fils atné de Japhel ; et Ton ajouta même que ce Gomer avait reçu de son père le nom de Gallus ^ Beaucoup de philologues se succédèrent dans la nouvelle voie qui venait d'être tracée ; Borel ', Dom Pezron ^ , Pelloutier * , BuUet ^, Le Brigant ^ , à quelques nuances près , soutinrent la même doctrine. On peut aussi placer parmi eux Boxhorn, qui voit l'origine de tout chez les Scythes; mais il n'y a là qu'une différence de dénomination, la pensée est la même '. Malheureusement aucun de ces systèmes ne s'appuyait sur une idée bien précise, sur un fait bien déterminé ; les progrès de la linguistique n'avaient pas encore fait connattre ce que l'on devait entendre par la langue celtique : aussi la poursuite un peu téméraire de cette hypothèse fut-elle souvent tournée en ridicule sous le nom de celtomunie» Et pourtant cette même hypothèse, tonte

' f^oy. Dom Pezron, rhistoire universelle traduite de Tanglais d^une société de gens de lettres, et les ouvrages de Le Brigant : tout cela diaprés Flavius Josèphe.

* Trésor de recherches et antiquitez gauloises et francoises , 1655. ' antiquité de la nation et de la langue des Celles , 1703.

4 Histoire des Celtes, etc., 1740.

* Mémoire sur la langue celtique, etc., 1754, 1759, 1770.

* Élémens de la langue des Celtes gomérites, etc, 1779. — Détachemens de la langue primitive, 1787, et autres ouvrages.

7 On'gines gaUicœ, 1654.

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vague, tout étrange qu'elle paraissait alors, renferikiait le germe d'une vérité profonde qui ne devait pas tarder à voir le jour.

A compter de rapparition des systèmes celtiques, il est facile de remarquer un mouvement sans cesse progressif dans les idées linguistiques. Déjà depuis longtemps les phi* lologue» latins sentaient euX'-mémes l'impuissance de leurs Uiéories, et s'efforçaient de la dissimuler. Ils commencèrent par remettre à neuf un vieux paradoxe sur l'existence d'un latin populaire, contemporain de la langue de Virgile et de Cicéron, et qui aurait engendré toutes les langues romanes. Ce système, émis pour la première fois au xv*' siècle par Bruni d'Arezzo ^ , puis reproduit par Celso Cittadini ^ , ne pouvant s'appuyer sur des principes de linguistique alors inconnus, avait bientôt succombé dans la guerre que lui fai-> saient Bembo, Castelvetro et Muratori. Mais dans la pre* mière moitié du xviii° siècle, le savant académicien Bonamy releva presque avec succès la malheureuse ppinion vaincue^, et depuis lors le dédain dont on l'accablait céda la place à des procès en toutes formes, qui finirent souvent par des transactions.

La dernière théorie que nous venons d'examiner semble ouvrir la voie aux études philologiques de notre siècle. Ce siècle éminemment enclin à tout examiner, à tout approfondir, s'est proposé de nouveau les principales questions qui ont agité les philologues des diverses époques. Chaque système a été discuté, reconstruit, et mis en rapport avec les progrès de la science. Puis sont arrivés les éclectiques qui ont combiné tout ou partie de ces systèmes, ou bien se sont

' Foy, ses lettres latines, 1472.

* TraitiUo délia vera origine e d^l proceêso e nome deUa no$tra lingua, 1601.

> Mém. de TÂcad. des inscriptioos et belles-lettres, t. XXIV, p. 603 : De la langue latine vulgaire ; et p. 58S , Introduction de la langue latine dans les Gaules, 1751.

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contentés de prendre un peu de chacun d'eux. Je ne dirai qu'un mot sur tous les auteurs qui se sont succédé dans la carrière, n'ayant ici pour but que de caractériser nettement et distinctement les opinions qu'ils ont émises.

Ra^nouard est le premier qui se montre dans le nouveau monde scientifique, comme pour éclairer de son génie toutes les recherches des philologues modernes. Malheureusement, préoccupé du soin de se frayer un passage vers des terres complètement inexplorées, même inconnues, il n*a pas toujours distingué la véritable route, à travers les errements de ses devanciers. Mais si, obéissant à d'antiques préjugés, il a pris le latin pour base et pour point de départ, il a du moins compris le premier que les langues des peuples, comme leurs mœurs, comme leurs idées, n'ont pas de transformations brusques, de transitions heurtées. Et c'est en cherchant quel pouvait être l'élément intermédiaire entre le latin et les idiomes modernes, qu'il a trouvé toute une langue, une véritable langue, avec son caractère propre et sa littérature originale. Le système de Raynouard, qu'on appelle le système roman, se fonde donc sur une corruption intérieure du latin, corruption rendue plus active par l'invasion des barbares, et qui aurait formé l'idiome roman par excellence, c'est-à-dire l'idiome provençal, type commun des autres langues néolatines ^

Raynouard faisait une certaine part à l'élément germanique dans la formation des langues romanes. Ginguené ' et Sismondi ^ lui donnent une importance beaucoup plus grande, en considérant ces langues romanes comme nées du mélange du teuton avec le latin ; seulement Ginguené ne fait qu'un seul peuple des Celtes et des Germains qu'il

■ Foy. les ouvrages de Raynouard ; et surtout Éléments de la grammaire romane avant Van 1000; et Grammaire comparée des langues de l'Europe latine, discours préliminaire.

* Hist, littéraire d'Italie, cfaap. i.

^ Littér, du midi de l'Europe, chap. i.

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appelle Scythes. M. Charpentier de Saiat-Presl ' admet le mélange germanique en même temps que la corruption intérieure du latin et le langage vulgaire primitif. Enfin d'autres écrivains , voulant trouver quelque unité^ quelque principe dans cet amalgame, ont cru que les peuples du Nord avaient fourni la syntaxe, les Romains les mots, ou plutôt les racines, et qu'ainsi la matière latine s'était en quelque sorte moulée dans la forme germanique pour produire un nouveau langage essentiellement analytique.

Cette opinion spécieuse est réfutée par M. Wilhem de Schlegel ^, lequel observe très-judicieusement que dans la grammaire des langues théotisques c'est plutôt la synthèse que l'analyse qui domine. Pour lui, tout en admettant l'élément germanique, il part de la théorie émise sur les langués par son frère, M. Frédéric de Schlegel ', pour établir que les langues analytiques sortent naturellement des lan* gués synthétiques. Cette hypothèse toute gratuite est un nouvel effort tenté par le système de la dérivation latine* M. Villemain lui prête son appui ^; M. Frédéric Diez écrit à ce point de vue sa belle grammaire des langues romanes ^ ; et l'on voit encore en 1841 Mé Ampère composer dans le même sens son livre sur la formation de la langue française ^.

A notre époque d'investigation et de critique, plusieurs philologues se sont enfin aperçus de l'insuffisance de toutes les théories que nous venons d'examiner; mais ne pouvant

■ Essai sur la Utt, du moyen âge, 18S4, in- 80.

* Observations sur la langue et là littérature provençales , par Wilhem de Schlegel, in-80, Parie, 1818.

^ Daos son ouvrage : Ueber die Sprache und ff^eisheii der Jndier, in-80, 1808.

* Moyen âge, !'« et II™« leçons.

* Gramnmtik der romanischen Sprachen, 3 vol., in-80, Bonn, 1836.

^ Introd, à l'histoire de la litt, française au moyen âge, in-80, Paris, 1841. roy, surtout p. 184.

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méconnaître le côté vrai de chacune d'elles ils se sont mis à chercher le moyen de les concilier. Ils ont vu que toutes ces opinions, quelque différentes qu'elles soient entre elles, ont des preuves et même un fondement vraisemblable ; que les racines des lang^ues romanes se retrouvent selon les uns dans le latin, selon les autres dans le grec, selon ceux-ci dans le celtique ou dans Tibérien, selon ceux^lk dans le germanique, et qu'il est impossible de donner tout à fait tort à personne. Ces considérations, un peu superficielles, les ont amenés à réunir tous les systèmes dans un éclectisme sagement combiné, où chaque élément occupe une place distincte, mais où Ton ne voit malheureusement aucune harmonie, aucune unité. Sans parler du vieux Borel, qui déjà en 1655 comprenait à peu près de la sorte la formation de la langue gauloise ', on peut dire que ce système est plutôt d'invention toute moderne. M. Granier de Gassagnac le développe succinctement dans ses lettres h. M. Viltemain sur l'origine de la langue française ^. M. Bruce Whyte accapare toutes les théories en les critiquant toutes, et admet à la fois une langue mère antéhistorique, des idiomes indigènes, le latin, le latin vulgaire, et les dialectes de tous les petiples qui s'établirent dans les mêmes contrées '. M. Mary-Lafon, tout en rejetant l'hypothèse de la langue mère, trouve huit couches principales superposées dans la langue du Midi ^. Enfin, M. Fauriel émet un système à peu près semblable, mais en accordant au latiil la plus large part ^.

* Trésor de recherchée êi antiquités gauloises et françoises, réduites en ordre alphabétique, 1655, iB'4o, préface.

' Insérées dans la Bévue de Paris; voy, surtout le to»e IV (avril 1886), p. 1» et 17. /^

3 Hist, des langues romanes et de leur littérature^ 5 vol. in-S», 1S41 ; voy, surtout cbap. m.

* Tabioau historique et liUéraire de la langue parlée dans le midi de to France, in-18, 1843 ; voy, surtout p. 93 et 73.

^ Hist, de la Gaule mérid, sous les conquémnis germains , 1886,

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