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De la lecture des vieux romans

adame de Longueville el Boileau ont dit en prose et en vers que la Pucelle est « ennuyeuse, » qu'on « baille en la lisant. » Saint-Pavin est encore plus méchant sous sa forme ironique :

Rarement on ira chez elle Quand on voudra se réjouir.

Nous ne cherchons pas à infirmer ces jugements justes, malgré leur sévérité; n'oublions pas, toutefois, si nous voulons rester équitable, qu'à côté du mauvais poète il y avait, dans Chapelain, un véritable érudit, un critique sûr. (( Excellent grammairien, dit M. Cousin dans la Société française au XVII'' siècle, profondément

versé dans les littératures grecque, latine, italienne , espagnole , d'une érudition solide et presque universelle , possédant , à défaut du génie de la poésie^ tous les secrets de la poétique que peuvent révéler à un esprit bien fait une vaste lecture et une étude assidue, doué par-dessus tout d'un très-grand bon sens, écrivain d'une correction et d'une fermeté peu communes^ et, du moins en prose^ d'une simplicité qui contrastait avec le style prétentieux et maniéré alors à la mode..., il {Chapelain) avait toutes les qualités du vrai critique, la passion désintéressée des lettres, des connaissances étendues , du jugement, de l'ordre, de la méthode. S'il s'en était tenu là, il serait devenu sûrement le premier critique de son siècle. »

Nous venons, par la publication d'un opuscule que nous croyons inédit, Dialogue sur la lecture des vieux romans^ dédié au coadjuteur de Paris, Paul de Gondi, le futur cardinal de Retz^, justifier ce jugement de M. Cousin. Ce petit traité est, à notre avis^ bien supérieur au Discours sur le poëme épique^ que Chapelain mit en tête de l'édition de VAdone^ de Marini (i623), et qui commença sa réputation. On y trouvera plusieurs mérites singuliers : d'abord^ à une époque où Ton affectait de commencer notre littérature avec le XVI' siècle, Chapelain, mieux instruit de nos origines littéraires, revendique pour le xin*" et le xiv^ siècle le rang que méritent les grands romans d'aventure, et que l'Académie des Inscrip-

tions et Belles-Lettres leur a définitivement conquiS;, de Taveu du monde savant. En second lieu^ sans oser secouer complètement le joug de cette malheureuse Poétique d' Aristote, que les pédants d'alors, les Mesnardière, les d' Aubignac, louaient d'autant plus qu'ils la comprenaient moins^ cette poétique qu'on voulait imposer à l'Europe, et qui fit dérailler la tragédie française^ Chapelain montre excellemment qu'elle est étrangère à nos mœurs, à nos idées, et faite pourune civilisation autre que la nôtre -, enfin, la question importante en littérature, du merpeilleux dans Tépopée, est aussi traitée avec des vues neuves. Enfin, le Dialogue de la lecture des vieux romans est une pièce nouvelle, inconnue même à M. Hippolyte Rigault, et la seconde par sa date ( 1 647) qu'il faudra désormais, nous le croyons, introduire dans le dossier de ce grand procès toujours pendant : la Querelle des Anciens et des Modernes.

L'auteur, qui penche, avec discrétion, vers les Modernes, se rapproche du moins des Anciens par le plan qu'il a adopté-, son Ubelle est un dialogue à la manière antique : cadre agréable, élastique, commode pour la discussion-, les interlocuteurs sont tous des hommes de lettres célèbres alors : Chapelain, Ménage et Sarasin. Un fait prouve d'ailleurs combien la question leur sem blait importante, c'est que Sarasin l'a reprise de son côté avec les mêmes interlocuteurs et deux autres amis dans un dialogue intitulé : S'il faut quun jeune homme soit amoureux.

Dans ce temps, fertile en faux autographes , disons que Fopuscule de Chapelain , exhumé par nous, se trouve en manuscrit à la Bibliothèque de TArsenal, dans les Papiers de Conrart {tome VIII, in-folio, p. 267-300). On peut donc être complètement rassuré par cette garantie sérieuse d'authenticité.

DE

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