‹ De La Leucoplasie Balano-PréputialeChapitre 5 sur 29 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L’affection que nous décrivons aujourd'hui en France sous le nom de leucoplasie ou de leucokératose est caractérisée au point de vue objectif par la présence, sur les muqueuses dermo-papillaires, c’està-dire sur la langue, les joues, les lèvres, parfois la vulve, le prépuce et Le gland, de plaques blanc-bleuàtre, souvent nacrées, plus ou moins épaisses, à évolution très lente et susceptibles de se transformer en épithélioma.

Moins souvent la leucoplasie s’attaque à d’autres muqueuses ; on la voit sur la muqueuse ano-rectale, sur le col utérin, au larynx, à la trachée, au pharynx, aux fosses nasales, à l’oreille moyenne.

Avant d'étudier particulièrement la leucoplasie banalo-préputiale, nous croyons utile de faire rapidement l’histoire de la leucoplasie en général ; nous verrons ainsi que, si cette affection est connue depuis

assez longtemps, elle a été décrite presque exclusi-

dde

vement sur la muqueuse bucco-linguale, et sous les noms les plus divers qui, tous, exprimaient une étiologie et une pathogénie différentes.

En 1818, Alibert dans son Précis théorique et pratique sur les maladies de la peau parle de malades atteints d’ichthyose généralisée et qui présentent en mème temps des plaques sur la langue.

Plus tard, en 1837, Samuel Plumbe décrit un ichtyosis lingual non syphilitique ; Hulke en 1864, Clarke en 1874 admettent l'existence de cet ichthyosis.

Cette localisation spéciale de l’ichthyose, admise par ces différents auteurs, n’est probablement que de la leucoplasie.

En 1858, Ulmann donne à des plaques kératosiques de la langue le nom de tylosis linguæ.

Mais c’est surtout Bazin qui dès 1864 fit une description remarquable de cette affection ; il lui donna le nom de psoriasis lingual et en fit une lésion de nature arthritique, en tous points comparable au psoriasis commun.

Sigmund en 1864 et Kaposi en 1866 admettent le terme de psoriasis lingual. Kaposi en fait d'abord un accident éloigné de la syphilis, puis reconnait qu’il en existe une variété non syphilitique.

Mais en 1873, le D' Debove fait paraître une remarquable thèse inaugurale sur le psoriasis lingual de Bazin et le premier il exprime des doutes sur l'assimilation au psoriasis, tout en reconnaissant la

nature arthritique de l'affection.

Lie Bientôt, Schwismner en 1877, puis Vidal en 1883 en font une maladie idiopathique. Le premier l’appelle leucoplakia buccalis, Vidal lui donne le nom plus agréable dé leucoplasie. Besnier va l'appeler du nom plus expressif de leucokératose. | Nous sommes arrivés à une période où l’on trouve toutes sortes d'opinions. Mauriac publie une série d'articles où il reconnait un certain nombre de formes indécises, syphilitiques, arthritiques, dartreusés, épithéliomateuses.

Certains auteurs mettent en cause le tabac, et l’on

a : des plaques blanches de la bouche (Devergie),

des plaques blanches des fumeurs (Buzenet),des plaques natrées commissurales (Fournier), toutes lésions qui n’ont rien de commun ni avec la vraie leucopla-

sie, ni avec les plaques blanches syphilitiques.

Vidal admet une leucoplasie idiopathique, des plaques blanches syphilitiques et des plaques des fumeurs qui sont autant d’affections différentes. Pour lui la leucoplasie est une manifestation diathésique, l’arthritisme est à son origine.

Mais bientôt avec le professeur Fournier et E. Besnier on considère que les lésions leucoplasiques sont toujours identiques, mais que des causes multiples interviennent dans leur produetion, la syphilis dans la plupart des cas, la diathèse arthritique, les irritations chroniques des muqueuses.

Enfin de nos jours sous l’influence des travaux de M. le professeur Gaucher et de ses élèves on tend à

admettre comme cause unique et nécessaire de la . leucoplasie, la syphilis.

La connaissance de la transformation épithéliomateuse des plaques blanches remonte à Négligan qui, dès 1862, en a signalé la fréquence. Plus tard, cette notion est admise par Fairly Clarke et Henry Morris ; Debove en présente un cas dans sa thèse, Aujourd'hui elle est bien établie et reconnue par tous.

Dans tout cet exposé nous n’avons pas encore parlé du cas particulier qui nous occupe ; c’est que la leucoplasie des muqueuses du gland et du prépuce est de connaissance toute récente. C’est en 1892 seulement, et sous le nom de « Posthite chronique d’origine leucoplasique » que nous trouvons publiée par L. Perrin (de Marseille) dans les Annales de dermatologie et de syphiligraphie la première observation de leucoplasie balano-préputiale, et encore, il faut le dire, l’auteur faisait des réserves. Il s’agissait d’un malade qui, depuis trois ans, avait le prépuce recouvert de plaques blanches, et qui, en même temps, présentait à la lèvre inférieure une petite plaque ressemblant à la plaque commissuraire. L'auteur ne trouvait parmi les antécédents du malade que des accidents neuro-arthritiques manifestes, mais rien qui pût faire songer à la syphilis ; il éliminait l’eczéma, le psoriasis, le lichen plan, et concluait à la leucoplasie probable (obs. I).

C'est encore L, Perrin qui avec Leredde a observé

et publié le deuxième cas de l'affection qui nous oc-

cupe ; il s’agissait de lésions ressemblant à celles de l’observation précédente, quoique de siège différent, et les auteurs les décrivirent sous le titre de « Balanoposthite chronique leucoplasique ». L'examen histologique avait pu être praliqué et avait bien montré qu'il s'agissait de leucoplasie.

Enfin en 1899, M. le professeur Le Dentu a rapporté à l’Académie de médecine un troisième cas de leucokératose du gland accompagné d’épithélioma du prépuce, communiqué par MM. Auché et Binaud de Bordeaux (obs. III). L’examenhistologique a montré que l’on était en présence d’un épithélioma pavimenteux lobulé vulgaire et d’une plaque de leucokératose ; et en présence de ces deux lésions vivant côte à côte, M. Le Dentu était tout disposé à penser que c'était là « deux stades d’une même affection ».

Tels sont les trois premiers cas de leucoplasie balano-préputiale que nous révèle la presse médicale. Nous n’en avons trouvé, publiées depuis, qu'un très petit nombre d'observations que nous reproduirons ou résumerons à la fin de notre travail ; nous y joindrons celles que nous avons pu réunir dans le

service de M. le professeur Gaucher.

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