SECTION III. ' TORT A FAIRE AUX AUTRES PEUPLES
Les divers pays doivent être envisagés de l'un à l'autre, sous le rapport des éventualités de guerres ; et isolément, sous le rapport intérieur.
Sans doute, sous le premier point de vue, chacun a intérêt à affaiblir, et dès-lors à ne pas enrichir celui qui est ou peut devenir ennemi. C'est ainsi que , surtout en haine de la Hollande, de sa politique, de sa marine et deson commerce de transport, fut rendu, par le parlement républicain de Cromwell , le fameux acte de navigation de i65i. Cet acte, comme on le sait, défendait notamment l'admission des navires étrangers dans les colonies anglaises ; l'importation en Angleterre des produits d'Asie, d'Afrique et d'Amérique, par d'autres vaisseaux que ceux des Anglais; et l'importation de certains articles volumineux d'Europe , dits énumérésj autrement que par la marine de l'Angle- . terre ou de la nation qui les produisait. C'est ainsi encore que Napoléon avait conçu le système continental. Ces deux mesures étaient politiques, plutôt que commerciales. En Angleterre , plusieurs bills ont successivement modifié l'acte de navigation en ce qui concerne le commerce ; et ce qui en est conservé ne l'est que dans la crainte de nuire à la puissance maritime
du pays, crainte dont nous n'avons pas ici à discuter la justesse. En France , le système continental s'est vite évanoui. Si Ton présente les prohibitions comme actes de guerre, comme sacrifices faits par le pays pour ruiner le commerce du peuple ennemi; alors soit. Upeutétre bon quelquefois d'employer un tel moyen ; comme il faut, dans un combat, savoir perdre quelques bataillons, pour gagner la victoire. Mais heureusement cet état d'hostilité tend à devenir de plus en plus exceptionnel. Plus les gouvernement constitutionnels s'établiront, plus les guerres n'auront Heu qu'autant qu'elles conviendront aux représentans nationaux , maîtres de refuser les subsides ; plus dès-lors elles n'éclateront qu'autant qu'elles seront dans l'intérêt des peuples. C'est dire qu'elles deviendront de plus en plus rares.
Sous le second point de vue, celui de Tintérieur, nous répéterons ici de peuple à peuple le raisonnement que nous avons fait d'industrie à industrie. Puisque c'est la production qui sert de débouché à la production , les marchandises d'un pays ne peuvent s'échanger que si d'autres ont été produites ailleurs qui les achètent. Chaque pays a donc intérêt à ce que ses voisins soient plus riches ; car , plus riches , ils auront plus d'objets échangeables ; et plus ils en auront, plus le prix en baissera, plus ils en donneront pour la même valeur. Un fabricant fera-t-il fortune
sil ne compte dans ses chalands que de pauvres gens, qui n'auront rien à lui offrir pour ses produits? Une nation prospérera-t-elle par le commerce, si elle na de relations qu'avec des pays incultes et sauvages? Grâce à Dieu ,, notre bienêtre n est pas placé si haut que nous ne devions l'obtenir au prix du mal de nos semblables. Tout au contraire, en économie publique, nous sommes riches de la richesse, comme en morale nous sommes heureux du bonheur d'autrui.