LIVRE IX. DES ARTS QUI AGISSENT
posent Tobligation et lai fournissent les moyens d'acquérir.
Mais pendant que les industries «apfraeftt^e, voHurUref manufacturière , agricole^ exercent indirectemenl sur elle une si immense influence, il est une multitude d^autres arts qui font de sou éducation et de sa culture leur objet propie et immédiat, qui se proposent expressément de perfectionner
sa nature physique, aU'eclive, intellectuelle , morale^ et c'est de ceux-ci que je dois à cette heure entretenir le lecteur.
Ces derniers, jusqu'à ce jour, n'avaient pas trouvé place dans les ouvrages des économistes. Ils n'étaient point entrés dans les classifications qu'ils ont faites des industries diverses, et n'étaient pas de ceux dont ils ont exposé la nature et les fonctions. C'était là, il faut l'avouer, une très grande et très regrettable lacune. On peut affirmer que nous n'avons pas d'idée véritable de Téconomie de la société, tant qu'on ne nous a pas montré comment ees arts y figurent, quel ordre de produits ils y créent et comment s appliquent à leurs travaux les divers éléments de puissance dont se forme nain- Tellement la liberté du travail. On devrait les l'aire entrer dans une bonne exposition de l'économie de la société, alors même qu'on n'assignerait k cette science, ainsi qu'on l'a fait jusqu ici, d'autre objet que de rechercher suivant quelles lois la société devient riche. Où sont, en effets lesMls^ui versent daBs la société des produits de meilleure nature et une plus grande somme de produits que ceux qui s'occupent directement de la culture de l'espèce humaine, et qui s'en occupent çoQvgaabliement? Ces produits, il est vrai, ne sont attachés k aucune sorte de choses; ils sont révisés dans les personnes: mais qu'importe? £u sont-ils moins des produits pour cela? Les produits si impropremepit appelés matériels consistent-ils dans la matière dont ils sont formés? Y a-t-il jamais^ en Sût de produits, autre chose qi^ des utilités pro-
SUR LES HOlIlfBS. GR. I. GÉNÉRALITÉS. S
dûtes? el peiit4l exister d'utilités plus réelles, plus suscep-
libles de conservation, d'accroissement, d'échange, de transmission, que celles que parvie&neni à mettre dans leshommes les artsélerés qui s*occupent de leur éducation ? J'espère que le lecteur n'oublie point ce que le livre Va établi à ce sujet, d*aBe manière, il me semble, si irrécusable et si nette. Je l'engage au besoin à s'y reporter.
Encore un coup, il faudrait donc traiter des arts qui agissent sur les hommes alors même qu'on ne voudrait parler que de ceux qui concourent immédiatement à la production des richesses, 4 h production des valeurs échangeables; et à plus forte raisoH doit-on s'en occuper lorsque, prenant les mots d'économie sociale dans une acception plus juste et plus complète, on veut déterminer, non pas seulement de quelle manière une nation devient riche, mais suivant quelles lois elle réussit le mieux à exécuter librement toutes ses fonctions, par quels moyens les hommes parviennent à user de leurs forces avec le pks de puissance et de facilité, avec Je pins d'étendue , d'élévation et de plénitude.
Ainsi, ce qu*on n'avait fait que pour une partie des industriesqni travaillent sur leschose8,pourrart agricole et les manufactures, ce que j'ai fait indistinctement pour tous les arts voués à l'exploitation du monde matériel, j'ai k le &ire aussi pour tons ceux qof se consacrent h l'éducation de l espèce humaine, pour l'art médical, la gysnasUque, les beaux-arts, l'enseignenient, le sacerdoce, le gouvernement, et en général pour toutes les professions qui agissent immédiatement sur riMHnme. J'ai à chercher en quoi consistent ces professions, quel fêle dles jouent dans l'économie sociale, de quelle manière chacune d'elle concourt au mouvement de la société, h quelles causes se lie sa puissance, et comment s'y appli(|uent les principes généraux de la liberté du travail.
A mus n. bes arts qui agissent
Goniûdérés eu eux-mêmes et dans leur naiare, les arts dont il s^agit ici ont une certaine analogie aYee ceioi dont il a été questiou dans le chapitre dernier du précédeul livre, et qui s'occupe de la culture des plantes et des animaux* Ils font iisaize, en effet, de la même puissance occulte, et, comme rart agricole, ils ne peuvent opérer leurs translormations qu*avec le secours de la vie. Ils ont, il est vrai, mille moyens d'agir chimiquement et mécaniquement sur Thomme, d*af- * fecter ses organes extérieurs et intérieurs; mais il n*est pas d'agents cbimiques on mécaniques dont Faction puisse suffire aux résultats quHIs se proposent d obtenir. Le seul effet de ces agents est de stimuler les forces que rhomme porte en lui, et ce n'est qu'à l'aide de ces forces mêmes qu'ils parviennent k le façonner. Us ont besoin, pour perfectionner ses membres et ses organes, du secours delà vie organique ; ce n'est que par l'intervention de ses facultés affectives qu'ils parviennent à modifier ses penchants, et ils ne trouvent que dans ses iorces iiiiellectuelles le moyen de former son intelligence. Ils se servent ainsi, pour élever les hommes, d'agents analogues k ceux dont le cultivateur fait usage pour dresser les animaux. Seulement, comme ciaos I homme, ces agents, et surtout ceux qui constituent la vie affective, intellectuelle et morale, sont d'une nature infiniment plus forte et plus épurée, on en obtient des résultats infiniment plus considérables. De tous les arts qu'exerce le genre humain, ceux qu'il exerce sur lui-même sont peut-être les plus féconds en grands et en bons effets.
Ne vûuliit-oii considérer ces arts que dans leur rapport avec les industries qui travaillent sur la matière, on ne pourrait, aije dit, se refuser à leur reconnaître un très haut degré d*importance et d'utilité. On sait en effet que la première condition de liberté pour ces industries, c'est que les hommes qui les
SUR LKS HOMMES. CH. 1. CÉNÉRAUTÉS. 5
veulent exercer soient aptes a cet exercice, qu'ils aient de la 8anté| de la vigueur, de l'adresse, de rinielligencef de Tin* stiticti^n, des lomières, des mœurs, de bonnes habitudes civiles, et voila proprement ce que travaillent k leur procurer les professions élevées et nombreuses dont nous allons maintenant nous occuper.
Autant les industries qui s^exercent sur la nature morte
sont favorables k la culture des hooimes, autant celles qui s^occDpent.directementdeleur culture contribuent ainsi à IVvaûcement de celles qui ont pour objcl T exploitation du moiide matériel* Alors même donc qu'on voudrait tout subordonner aux progrès de celles-ci, il faudrait encore attacher le plus grand prix au perfectionnement de ceiies-lk*
Mais ce n'est pas seulement parce qu'ils nous rendent capables d'agir sur la nature avec plus de puissance, que les arts éminents qui s*occupent de Téducation physique, affective, intellectuelle et morale de l iiomme, méritent de nous intéresser: ils le méritent pour eux-mêmes et pour les biens directs dont ils tious font jouir.
Il y aurait plaisir k se sentir fort, dispos, adroit, agile, alors même que le bon état de nos facultés corporelles ne serait pas, dans toute profession, un élément essentiel de succès.
Il y aurait plaisir aussi k posséder un sentiment très vif et très cultivé des beaux-arts quand l'industrie ne devrait pas considérer ce sentiment comme une de ses premières forces.
11 y aurait honneur et gloire à dcvclopper son entendement, quand on ne voudrait faire servir ses connaissances k l'exercice éclairé d'aucune espèce d'industrie.
Il y aurait élévation, dignité, bonheur dans la pratique de la vertu, quand même il ne serait pas indispensable pour réussir dans un art quelconque, pour Texercer avec honneur
a U IX* DES ARTS QUI AGISS. SUR LES HOHM. CH.I. GÉN.
el avec fruit, d*être en état de réprimer ses mauvais pea«* chants et de s*abstenir de toute entreprise injuste.
En un mot, le peitectlonnement de nos iaculiés est par lui-même un bien ?éritabie;ilestiepremieretle dernier des biens; il est Tobjet flnal de tous nos efforts : les industries qui agissent sur les choses ne sont importantes que parce qu'elles eoneoorent k la conservation et au perfectionnement de Tes» pèce humaine; et, par conséquent, celles qui ont Thomme pour objet immédiat et direct , quand même elles ne seraient pas aussi indispensables qu'elles le sont an succès de toutes les autres, devraient être encore Tobjet de l'intérêt le plus ^ et le plus élevé.
Parlons d*abord de celles qui agissent sur le corps de rhomme.