‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 2 sur 80 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

DE LOmi un arts qui OHT pour objet I.A COHSRKTATIOll IT PSRFICTIOinillIBlIT M L'HOMI» MTSIftUC.

iSi je ne voulais accoidei*, dam cei ouvrage^ aux arts qui s*o€eupe&t du perfeeiionnement de l'homme physique, qu'uue place proportionnée à riotérêt qu'y altacbe en général la société , J'aurais ^ il me semble, assez peu de chose à en dire. Il est digne de remarque en effet , que la partie de nous-inéiues que nousainjous oiciitiairement le plus est précisément celle que nous cultivons le moins. Queiqu*il)^lpa^faîte que poisse être encore Téducation que nous donnons à nos lacultés affectives, et même celle que reçoivent notre eapritet surtout oos mœurs, ces diverses sortes d'éducations sont pourtant fort supciieures à celles dont, en général, notre oorpe est Tobjet.

Il y a , dans la société , des professions qui se proposent expressément de nous apprendre à régler nos sentiments; il y en a un plus grand nombre qui travaillent k former noire intelligence, ci un plus grand nombre encore qui niellent leurs soins à exciter, à cultiver notre imagination et notre sensibilité : h peine peut-on dire qu'il y en ait qui aient véritablement pour objet la culture et le perfectionnetnent de notre nature physique. La médecine se propose plutôt de réparer nos maux qu'elle ne songe h les prévenir, en nous soumettant k un sage régiioe et en travaillant de bonne Jieore k nous donner une bonne constitution. La danse,

s IraiB IX. GB. II. BE LA LIBERTÉ DE$ ABTS

re8crime« réquitatioa sont de&aru peu géDéralement c^i* tivés et qu'on apprend plutôt pour se distinguer ou pour obéir à Tusage, ou même pour se procurer de certaïas plaisirs, que dans la vue de perfectioimer ses facultés corporelles.

Il arrive ainsi que notre corps , qui est pourtant de notre part Tobjet d'une affection si partiale , pour lequel il nous arrive si souvent de sacrifier nos plus nobles facultés, aux appétits duquel nous faisons tant de sacrifices, pour qui nous mettons en mouvement tant d'industries, qui est pour notre 4me un sujet si constant de trouble , de souci , d*inqniétade « d'agitation, de perplexité, se trouve, d'une autre part, et sous les rapports les plus essentiels, Tobjet de Tincurie la plus complète et véritablement la plus étrange.

On ne peut nier, sans doute, qu^il ne soit mieux traité ^ à beaucoup d'égards, qu'il ne l'était aux époques antérieures de la civilisation , qu'il ne soit mieux pourvu des choses nécessaires k son existence, que nous n'ayons écarté de lui une foule de causes de souillure et d'altération , qu'il n'ait infiniment plus de chances de vie et de durée qu'il n'en avait dans l'état sauvage; mais il faut avouer en même temps que, faute d'exefcer et de développer comme il couvieiidrait les fiicttltés qui lui sont propres, nous lui faisons perdre en grande partie les avantages d'une si heureuse posiliou. Ou dirait que la civilisation ne tend à le délivrer de l'excès du travail que pour le faire tomber dans l'excès de la mollesse.

Il est digue de remarque, en effet, que dans le temps où nous rendons notre esprit capable des exercices les plus forts et les plus dilUciles, nous n'apprenons k tirer de notre corps presque aucun parti : nous ne pouvons nous soutenir à une hauteur de quelques pieds sans éprouver des vertiges; nous nous noyons dans le moindre courant d'eau ; nous serions

QUI AUSSËMT SUR L UOMMJb; PHYSIQUE. 9

réduits,, dans une multitude de cas, a voir périr les êtres qui nous soat les plus chers sans être ea état de leur porter iilOeiiient aiieone âsristance. Monter à Textrémité d^nne échelle un peu haute, grimper au sommet d'an arbre ou d'an aiàt, glisser le long d*ane perche ou d*one corde « franchir un précipice sur une poutre mal assurée, traverser un flenve k la nage , sauver une personne qui se noie : voilà des actions qui, chez les peuples cultivés, dépassent les forces de la trë&-grande majorité , on peut dire de la quasi-uni versali le des hoBânes; il y a même comme une sorte de honte attachée h la recherche des talents qui nous permettraient d'exécuter ces actions; et je ne sais si la vie civile, qui nous perfeclionoe et nous fortifie sons tant de rapports , ne nous a pas liait perdre sous celui-ci, au moins jusqu'à ce moment, une partie des pouvoirs que nous avions à des époques d*une culture beaucoup iiioius parfaite (').

U est vrai que d*abord cela ne pouvait guère manquer d'ar> river ainsi. Tant que Thomme fut environné d'obstacles, et que, pour les vaincre, il se trouva réduit à l'usage de ses seules forces musculaires, il dut nécessairement exercer

(*) « H a existé jusqu'à présent une grande erreur, observe M. Laborde, c'est de ne répandre rinstruction que parmi les classes (ini om déjà toutes les lumières, et de reléguer les travaux du vov[)s parmi celles qui en sont surchargées. Les lumières seraient utiles , au contraire, aux individus que leurs occupations tendent à rendre grossiers, tandis que les travaux du corps , introduits dans réducation des fa- BnUIes aisées, leur donneraient les forces physiques qu'avaient leurs pères, avec les lumières «ju'ils ont de plus qu'eux. » — Quoique cette observation ne soit pas de tout point irréprochable, je la tiens pour jostedans le reproche qu'elle met à l'adresse des classes aisées, dVoir tfop négligé la culture des fecultés corporelles, et je m'en prévaux avec plaisir soos ce rapport. On ne pouvait trop signaler, à l'époque où écrivait M. de Laborde , l'abandon et le discrédit où les classes riches et aisées avaient laissé tomber l'éducation physiqné.

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