‹ De la liberté et du gouvernementChapitre 34 sur 59 · INEXPERIENCE DE LA LIBERTE EN · texte numérisé non relu

INEXPERIENCE DE LA LIBERTE EN

On agitait dans ces groupes la question a l'ordre du jour de la délibération par tète et do doublement du tiers état, c'est-à-dire d'un nombre de députés de cet ordre égal à celui des députés réunis du clergé et de la noblesse. On s'y entretenait dés candidats aux élections du 2 J , et d'une brochure qui avait paru le 10 janvier et dont trente mille exemplaires s'étaient vendus rapidement.

Elle était intitulée : « QiCest-ce r/tie le liera étal?'* sans nom d'auteur. On l'attribuait à un abbé Sieyès, inconnu alors. Elle était étalée aux vitres des librairies du Palais* Royal, tort achetée, fort lue. fort commentée, et digne en tous points de cette attention, tant par la profondeur des vues démocratiques que par le tour vif de la phrase.

Si toutes ces individualités avaient su se gouverner, se seraient-elles amusées à se promener dans le Palais -Royal et à se demander comme ces Athéniens : « Eh bien! « Philippe est-il mort? Qu'y a-t-il de nou-

« veau? Connaissez-vous la constitution an- « glaise ? Avez-vous lu la brochure de « M. Sieyès ? Est-ce le 5 ou le 6 qu'ouvrent « les états généraux? »

Elles eussent dirigé le cours des événements au lieu de les regarder venir ; elles n'eussent pas abandonné à sa propre impulsion une agitation qui, laissée à elle-même, ne pouvait qu'amener la foule à la surface. C'est ce qui arriva en effet plus tard ; et, pour nous borner à ne donner ici que deux échantillons de cette impuissance de la personnalité, nous rappellerons d'abord une des scènes du Palais-Roval (l).

On discutait le veto à Versailles. Une extrême émotion se manifeste à Paris, On se précipite au Palais-Royal; les cafés se remplissent; les groupes grossissent; les têtes s'échauffent ; on crie : À bas le veto ! Irat-on à Versailles? Prendra-t-on les armes?

(1) Lundi, 51 août 4781'.

INEXPÉRIENCE DE I A LIBERTÉ EN 1789. Jôi»

Que fera-t-on ? lorsqu'un citoyen, élevant la voix, prononça ces parole-, qui sont la leçon de ce chapitre : * Tous les partis que j'en- « tends proposer, Messieurs, me paraissent « déraisonnables ou violents. On veut aller « à Versailles : pour quel objet? Pour forcer « ou pour gêner les délibérations de TAs- « semblée nationale ? Mais ne sentez-vous « pas que, si les opinions n'étaient pas lice bres, ce qui serait arrêté ne formerait pas

'« une loi? Ce n'e«rjpas au Palais-Royal

« que vous pouvez énoncer légalement votre ce opinion sur le veto et examiner si vos « députés sont infidèles à leurs mandats : v c'est dans les districts (1). »

En effet , si l'exercice du gouvernement personnel avait été familier à tous ces citoyens, ils ne se seraient pas précipités au Palais-Roval , mais dans les districts , issues légales des agitations : car autant le propre

(J) Journal des Rëcolutions de Paris. nu 8.

de la discussion est de répandre la lumière autour des faits, autant le propre des foules et des rassemblements est d'étouffer toute discussion.

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