CHAPITRE I
Le Palais-Royal.
Nous sommes au mois d'avril 1789.
Depuis l'ordonnance du roi convoquant les électeurs de Paris pour le 21 , cette grande ville avait changé d'aspect; elle se réveillait d'une léthargie de deux siècles et éprouvait cette démangeaison des peuples qui naissent à la vie publique, On s'arrêtait
dans les rues, on formait des groupes, on causait, on se demandait des nouvelles ; on avait un désir de tout savoir et de tout examiner. Le foyer de cette agitation était alors le jardin et les cafés du Palais-Royal , principalement le café Foy , qui existe encore dans la galerie Montpensier. C'est là que, dans l'après-midi , se réunissait une foule de personnes, avocats, notaires, hommes de lettres, artistes, négociants. Les uns se promenaient sous les galeries ou dans les allées; les autres entraient dans les cafés, déjà fort suivis à cette époque. Dès qu'une nouvelle importante circulait, on se groupait autour d'un orateur, et on l'écoutait. Le caractère général des conversations était très-animé : celui-ci discutait tout haut les bases de la future constitution , qui serait le travail des états généraux; celui-là s'élevait contre les ministres, contre les ordres de la noblesse et du clergé; un troisième proposait des plans d'administration publique.