CHAPITRE 1 II
Washington et Napoléon.
Que conclure de la .J Que plus le gouvernement se centralise dans une nation, plus le pouvoir de chacun s'amoindrit, et que tous ces constructeurs d'eux-mêmes, qu'on appelle des héros, ne s'élèvent qu'en abaissant chaque citoyen.
Admirons combien les grands hommes de
la liberté sont supérieurs aux grands hommes de gouvernement, combien Napoléon diffère de Washington, par exemple.
Napoléon pose devant l'Europe; il joue un rôle, les armes à ia main -, il se forme un personnage extraordinaire; et à la fin de sa carrière il se regarde dans son passé, et on croit entendre sur ses lèvres les derniers mots d'Auguste : « Ai-je bien joué mon rôle? « Eh bien ! applaudissez. »
Washington ne pose pas ; il ne joue pas un rôle, il accomplit une tache ; et l'ouvrage achevé, il ne se contemple pas, il le contemple ; et il ne dit pas : « Ai-je bien joué o mon rôle? »I1 dit : «Ai-je fait mon devoir?))
Quel sublime spectacle si, une nuit, à Sainte-Hélène, tandis que, les mains sur les yeux et le front incliné, Napoléon causait avec son âme , de la poussière de sa tombe s'était levée et dressée devant lui l'ombre de Washington; que, lui épelant ses splendeurs passées, elle lui ait demandé compte, au nom