CHAPITRE III
De la liberté de la conscience.
Partout où les doctrines qui ont protesté contre ce gouvernement de la conscience ont prévalu, la personnalité s'est relevée de son abaissement. Parcourez les montagnes de la Suisse; dans les cantons protestants vous trouverez le paysan actif, éclairé, aisé; dans les cantons catholiques, paresseux, ignorant,
pauvre. Que vous passiez des côtes de l'Angleterre aux côtes de la Bretagne, ou des États-Unis au Brésil, ou du Canada protestant au Canada catholique, ce même spec-'* tacle arrête et fixe votre attention.
C'est que l'homme abandonné à ses propres forces prend conscience de soi, exerce ses facultés, et contracte l'habitude de se contrôler, tandis que l'homme gouverné vieillit dans une éternelle enfance. Chez le premier l'exercice de la conscience individuelle développe le respect de soi et d'antrui, la dignité de la vie privée, l'amour du foyer domestique, le principe de la libre volonté, un esprit religieux que la raison admet, une force en un mot de personnalité capable de résister aux empiétements du gouvernement et qui est le plus ferme soutien de la liberté publique, tandis que l'habitude d'appeler le gouvernement à son aide énerve le tempérament du second".
Ce sont ces traits qui distinguent en tous