‹ De la liberté et du gouvernementChapitre 6 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

On'est-ce que la révolution?

Examinons d'abord l'ensemble de la révolution française.

Ne peut-on pas dire que cette révolution se compose de plusieurs séries confuses de faits qui se sont tous manifestés à la fois en 1789, et qui depuis cette époque n'ont cessé de chercher à se dégager de leur obscurité?

Ne peut-on pas dire aussi que ces faits forment deux. groupes principaux , les uns tendant à la démocratie , les autres à la liberté ?

Or ces deux termes, démocratie et liberté, sont les signes de deux groupes entièrement distincts, qui peuvent se rapprocher, comme en Suisse ou aux États-Unis, mais qui peuvent aussi se repousser, comme

en Angleterre.

La démocratie est l'état de toute société où il n'y a pas d'aristocratie, c'est-à-dire une classe à qui le sol et la puissance politique appartiennent par droit de naissance.

La liberté est Tétat de toute société où il n'y a pas de centralisation.

Il suit de là qu'une société aristocratique peut être très-libre, et une société démocratique ne l'être pas, si la première s'est dégagée de la centralisation, et si la seconde y est restée engagée.

Il suit de là que la liberté n'est pas at-

tachée à une forme de gouvernement ou à un état de société , comme beaucoup le croient, et qu'elle n'est attachée nécessairement qu'à la décentralisation, de sorte que, si dans un pays la démocratie est à la fois la négation de l'esprit aristocratique et l'affirmation de l'esprit de centralisation, entre cette démocratie et la liberté il n'y aura aucun point de rapprochement. Or c'est précisément ce qui est arrivé en France, à la suite de la révolution.

Entrons à ce sujet dans les explications suivantes.

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