PREFACE. IX
décès, soit la philosophie de l'histoire, qui rattache inflexiblement aux mêmes causes l'interminable série des perturbations politiques et sociales ; la seconde fait dériver toutes les actions coupables de l'atavisme, de l'anomalie morale, de la folie, de la dégénérescence, du tempérament, de la race, du climat, de la nourriture, etc., mais en excluant avec soin l'hypothèse du libre arbitre, « accréditée par les prêtres et par les despotes (1) ».
Un certain nombre de ces philosophes aboutissent à des formules absolues : les uns, comme Buchner (2), soumettent l'homme à la même loi que l'animal et la plante; d'autres, comme Mme Clémence Royer, le comparent à la barque sans pilote exposée sur la mer au mouvement des vagues. M. Fouillée s'est, au contraire, proposé de concilier deux systèmes opposés en montrant que le déterminisme peut produire la liberté par l'intermédiaire de l'idée de liberté (3) . Toute idée, celle de la liberté comme les autres, tend à se réaliser; à force d'y tendre, elle atteindra véritablement la limite où la puissance égale l'être; elle l'atteindra par le mécanisme d'une idéeforce qui, conduisant notre conscience à juger les autres consciences, nous montrera les hommes comme d'autres nous-mêmes et finira par engendrer le désintéressement. Nous finirons par éprouver nécessairement le désir de communiquer aux autres la liberté que nous n'avons pas, et la liberté morale deviendra, par un phénomène inattendu, la conquête du déterminisme.
Si ces doctrines philosophiques n'avaient pas encore
(1) Enrico Ferbi.
(2) Force et matière, p. 495.
(3) Voir surtout le livre intitulé : La liberté et le déterminisme, 2*^ édition (1884).