‹ De la liberté politique dans l'état moderneChapitre 6 sur 50 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

l'autre de l'altruisme, l'altruisme engendrant à son tour, abstraction faite du libre arbitre, l'amour, le sentiment de la famille, le sentiment de la patrie et de l'humanité. M. Guyau tire, à son exemple, une morale sans obligation ni sanction de notre « fécondité morale » , c'est-àdire de la tendance naturelle de l'être à sortir de luimême pour communiquer son existence à d'autres êtres (1). Les « évolutionnistes « tendent la main aux positivistes. L'homme, dit Darwin, est imprégné de y instinct social ; en outre, la mémoire et la réflexion lui permettent de reconnaître toutes les violations qu'il en a commises et de concevoir la résolution d'agir autrement dans l'avenir : la « satisfaction réfléchie de l'instinct social », indépendante du libre arbitre, est donc le but unique qu'il lui faille assigner. Enfin le pessimisme élimine, aussi bien que l'optimisme absolu, la liberté morale : quelle place peut-elle en effet garder, si tout est déterminé dans le pire comme dans le meilleur des « possibles »? Puisque nous sommes, selon le mot de Schopenhauer, le jouet d'un égoïsme supérieur qui nous tend un hameçon perfide, la vertu devient une « déception suprême qui « nous amène à sacrifier à une fin hors de nous nos « intérêts les plus chers » ; tout est inné, tout est immuable, et le méchant ne peut pas plus se débarrasser de la méchanceté « que le serpent de sou venin » . La sociologie, l'anthropologie criminelle deviennent, ou peu s'en faut, les sciences auxiliaires du déterminisme empirique. La premièic oppose à la théorie du libre arbitre soit la statistique criminelle, d'aprèslaquelle la quotité des crimes serait invariable comme celle des naissances ou des

(1) E.tf/itisxc d'une morale sans obligation ni sanction (1885).

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