‹ De la liberté politique dans l'état moderneChapitre 9 sur 50 · PREFACE. XI · texte numérisé non relu

PREFACE. XI

nous pourrions tenter, chacun le fera, si bon lui semble. Nous nous abstenons donc à dessein d'ébaucher une argumentation personnelle et nous énonçons purement et simplement les propositions suivantes : 1" la morale prend pied sur le terrain de la réaUté psychologique, et, si certaines notions de métaphysique nous échappent, la vérité morale peut être saisie dans la conscience; 2" la base de la certitude morale est dans la conscience morale avec son impératif catégorique, emportant l'obligation : quelques ruines que le scepticisme accumule, un fait reste debout, établi par notre expérience intime, la loi morale acceptée par un acte de volonté.

Il importe de faire observer que nous répudions entièrement la transaction proposée par quelques moralistes (1), aux yeux desquels il n'importe, à certains égards, que l'homme soit libre, s'il croit l'être. Il peut être bon, a-t-on dit, que la loi morale se fonde sur le libre arbitre, car sa sanction consiste exclusivement dans les avertissements de la conscience ; mais il n'en saurait être de même dans « l'évaluation civile des faits humains » que domine l'élément externe, physique, objectif : il faudrait donc alors substituer « à la supposition de la liberté d'élection « celle de la liberté d'action en conservant seulement le « qualificatif volontaire, afin de correspondre subjecticc vement au concept de la personnalité humaine, objec- « tivement à l'efficacité à la fois morale et politique de la " sanction légale » , et l'on conclut que « cette négation « du libre arbitre, dont on a si bruyamment parlé, pré- « sente un intérêt purement académique » . C'est ce que nous ne croyons pas. Il devient illogique de chercher,

(1) Kotaininent par M. L. Lucciii.M, professeur à l'Université de Bologne, dans un remarquable ouvrage intitulé : Le droit pénal et les nouvelles théories.

XII PKEFACE.

comme le demande M. Lucchini, si le fait réputé délictueux est « le résultat de causes humaines volontaires » , alors que la volonté de l'homme peut être la manifestation d'une force irrésistible provenant du dedans ou du dehors. Si la philosophie vient à nous persuader que l'humanité se trompe sur elle-même, si la croyance au libre arbitre est, suivant une expression du même publiciste, « un hommage complaisant que nous rendons à « notre vanité individuelle », Timputabilité n'est qu'une fiction; comme elle repose sur un mensonge, tout au moins sur une conjecture, il n'y a plus que des irresponsables (1),

Cela posé, nous n'avons pas un grand effort à faire pour établir que la liberté civile et la liberté politique sont le développement, le prolongement naturel de la liberté philosophique.

Nous pouvons assurément concevoir une liberté morale abstraite, qui planerait au-dessus du monde extérieur et se suffirait à elle-même. On a cité bien des fois les maximes admirables que contient le Manuel cCEpictèle : l'esclave s'y redresse contre le tyran qui l'opprime et le défie d'entamer sa liberté, même en l'enchaînant, même en le mutilant, même en piétinant son cadavre. Il est très vrai qu'en contraignant le corps on ne contraint pas la volonté.

Mais il n'est pas moins vrai que la liberté morale ne

(1) M. Rauh dit très bien d'ailleurs (Essai sur le fondement métaphysique de la morale, p. 201) : « Le désir de la liberté ne supplée pas seulement^ «comme l'enseigne M. Fouillée, à la liberté; c'est la liberté elle-même, « puisque ra!)8olu, c'est le moi pur, tel que je le saisis, c'est-à-dire en lutte « contre la sensibilité cl on niarclie vers le mieux... Vous êtes libre si vous le « croyez, n-t-on dit. et cela est juste, non en ce sens seulement qu'en fait une « idée tend à se réaliser d'ollc-méme, mais en ce sens (|uc la lil)orlé n'est autre « que l'idée même de liberté. Nous choisissons la liberté on l'esclavage, la « vertu ou le péché, et ce choix éternel ou plutôt incxpriiiial)le en langage de X temps, où le tenip» n'entre pas comme élément, est notre nature même. »

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