PREFACE. XIII
s'épanouit et, pour ainsi dire, ne s'achève que dans l'accomplissement de notre destinée. L'homme est fait non pour vivre dans l'isolement ou dans l'esclavage, mais pour se mouvoir librement au milieu de ses semblables. Comme on l'écrivait naguère, la société n'a pas le droit d'exister par cela seul qu'elle existe; elle a ce droit, parce qu'elle permet au libre arbitre de réaliser l'ordre moral. Kant avait dit : « Ce qui rend le libre arbitre respectable, c'est son rapport avec la réalisation du devoir »; et nous disons : Ce qui rend l'ordre social respectable, c'est le rapport du libre arbitre avec la réalisation du devoir social. L'homme va, vient, demeure, travaille, contracte et, dans chacune de ses opérations, il fait l'emploi de son libre arbitre. Il est libre de défricher le sol ou de le laisser se couvrir de ronces, d'habiter une tanière ou de bâtir une maison, de bien ou de mal faire, de tenir sa parole ou d'y manquer, de respecter ou de violer l'honneur et le bien d' autrui. Le monde est le théâtre sur lequel il est appelé par le Créateur à déployer sa liberté morale. Nous touchons à la liberté civile.
Je ne dois pas être entravé dans l'exercice de mes facultés naturelles. Je veux me servir de mon travail pour assurer ma subsistance; je veux accumuler les produits de mon travail pour en conserver la propriété, me marier, avoir une famille, transmettre mes biens, m'instruire, adorer Dieu selon ma conscience : ne m'en empêchez pas. — Mais nous sommes les plus forts et nous prétendons vous en empêcher! — Vous n'en avez pas le droit, parce que vous empiétez sur mon propre droit. Mon droit, je le tiens de ma nature morale. Ma liberté de faire tout cela, c'est-à-dire ma liberté civile, est fille de ma liberté morale.
Il n'importe, répliquent les usurpateurs, parce que