‹ De la lithotripsieChapitre 38 sur 43 · XCIX® OBSERVATION · texte numérisé non relu

XCIX® OBSERVATION

Un homme de 68 ans, placé à l’Hôlel-Dieu, dans le service de M. Breschet, portait au périné plusieurs fistules par lesquelles s’échappait la plus grande partie de l’urine. Une sonde métallique introduite dans le canal fit reconnaître un calcul volumineux développé à la hauteur du bulbe; il occupait le centre de l’urèthre : cependant on pouvait engager une sonde, et la promener à l'entour , mais non la faire passer pour arriver dans la vessie. M. Breschet me proposa de tenter la lithotritie, ce que je fis avec Ut pince à trois branches sans crochet; les divisions

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de l’instrument lurent engagées avec facilité entre lu pierre rt l’urèthre ; elles pénétrèrent assez loin pour que le foret pût pi a tiquer un trou de huit à neuf lignes de profondeur; mais un< fois cela fait, l'opération était terminée, car le calcul ne peuvai changer de position, et le foret tombait toujours dans le même trou. Il m’eût été facile de faire éclater la pierre, en substituai, i au foret simple dont j’avais fait usage un foret à développemeni : mais qu’en serait-il résulté? Rien pour la possibilité d’extrain L’évidement paraissait présenter seul quelques chances, l’immobilité de ia pierre étant plutôt favorable que contraire à l’ai tion excentrique du foret ; mais la lenteur, lu difficulté, ainsi qu< la douleur du broiement , laissaient encore la préférence à ia boutonnière : 31 . Ureschet pratiqua une incision au périné nu peu au-dessus de l'anus, et fil l'extraction d’une pierre grosse comme une noix , au centre de laquelle on voyait le trou que j’avais fait avec le foret. Le malade , après avoir porté quelque temps des sondes, finit par guérir de ses fistules.

Ce OBSERVATION.

La première partie de cette observation se trouve dans la troi sième lettre sur la lit/iotritie de M. Civiale; voici dans quels termes elle est rapportée, pag. 44 :

« M. Kelleter, d’Aix-la-Chapelle, âgé Je cinquante-trois ans. d’une forte constitution, éprouvait, depuis dix-huit ans, un dérangement dans les fonctions des organes génito-urinaires. La nature de l’urine fit soupçonner un catarrhe de la vessie; le trai tement fut dirigé d’après cette idée, et continué pendant longtemps sans résultat. Quelque temps après le malade se rendit à Montpellier, où les accidens furent attribués à des rétrécissemens de 1’urèlhre assez avancés pour rendre très-difficile l’introduction d’une petite sonde. Une dilatation méthodique ries points rétrac lés de ce canal produisit de bons effets. L’expulsion de l’urine redevint facile, et les symptômes généraux diminuèrent. Quelque temps après, il éprouva dans les régions rénale et sacrée des douleurs assez vives, qui résistèrent à tous les moyens de traitement. Ces douleurs se propageaient û d’autres parties du corps, notamment aux épaules et aux extrémités inferieures. Il crut remarquer que la pomlc dont il faisait habituellement usage était anCice près du col de la vessie par un corps dur, et l’idée de la

pierre lui vint ; mais on l’ori détourna, et, pendant plus de dixliuit mois, il continua d’introduire des sondes (jui péuélraienl non sans peine. Il vint enfin à Paris où il fut sondé par plusieurs personnes qui se trouvèrent d’accord sur l’existence d’un calcul. Mais les opinions lurent très partagées relativement à sa situation et ù la nature de la maladie qui en compliquait la présence

» Un chirurgieu, dont les talens ne sauraient d’ailleurs être contestés, déclara, dans une consultation dontje faisais partie, que la pierre était libre et flottante dans la vessie. J’avais reconnu, deux jours auparavant, qu’elle était dans la partie membraneuse de l’urèthre où elle formait une tumeur considérable, que le doigt introduit dans le rectum ne permettait pas de méconnaître: la pierre, quoique volumineuse, laissait passer la sonde entre elle et la paroi supérieure du canal. Ces deux moyens d’exploration m avaient mis à même de constater avec précision l’état des parties 6 1 les changemeus qu’elles avaient éprouvés. Il y avait doaé rétrécissement du canal au devant de la pierre; refoulement de la prostate, que le doigt pouvait à peine atteindre ; et, au devant de ce corps, une tumeur dure, prolongement de celle que formait la pierre. Cette connaissance de l’état des parties me fit apercevoir que la sonde de mon confrère n'arrivait pas jusqu ü la vessie ; or» ne pouvait en effet y parvenir que par une manœuvre particulière, assez douloureuse, et en se servant d’une algalic fort longue. À la fin, la vérité fut reconnue, et l’on adopta le mode de traitement que j’avais proposé ; il consistait : 1° à ( ilatcr la partie de l’urèthre située au devant de la pierre et qui admettait avec peine une sonde ordinaire j 2° à morceler la pierre au moyen des instrumens lithotriteurs et à faire l’extraction des fragmeos. Une circonstance particulière rendait ce traitement (.iflicile. un écoulement habituel, déjà ancien et des plus abondans, avait lait craindre l’existence d’ulcératious profondes, et meme lu destruction des parois de l’urèthre qui recouvraient la pierre; ccs craintes paraissaient d’autant mieux fondées que la matière de I écoulement offrait tous les caractères appareils du pus.

Mais j étais en partie rassuré par les résultats que j’avais ohtemis dans des cas à peu près semblables, où la dilatation des points rétrécis de l’urèthre et l’extraction de la pierre avaient < té suivies presque immédiatement de la cessation de récou-

lemcnt ; mes espérances n’ont pas été déçues: la guérison de M. Kelleter a été complète.

» La dilatation préalable de l’urèthre fut obtenue par l’emploi îles bougies et d’un instrument que j’ai fait construire pour des cas de ce genre. Il est formé de deux parties adossées l’une à l’autre, et qu’on peut écarter à volonté par un mécanisme fort simple.

» Le morcellement de la pierre fut effectué au moyen d'un instrument lithotriteur, avec les modifications que j’ai indiquées au commencement de cette lettre. Il fallut six séances, trèscourtes, qui eurent lieu, la première, le 1“ décembre 1827, et la dernière le 19 du même mois. Le malade n’éprouva aucun des accidens que pouvaient faire craindre les manœuvres de l’opération dans un canal qui présentait des lésions profondes et anciennes.

» M. Kelleter quitta Paris lorsqu’on eut acquis la certitude que la vessie ne contenait pas de pierre, et que celle de l’urèthre avait été eutièrement extraite. Il lui fut prescrit de continuer pendant quelque temps ü dilater le canal, l’expérience ayant trop prouve la tendance que les rétrècissemens très-anciens ont à se reproduire. Depuis cette époque, il a joui d’une parfaite santé. »

Voici maintenant la suite et la fin de l’histoire de M. Kelleter. Pendant l’été de 1835, il vint à Paris, accompagné de M. Allertï son médecin, pour réclamer les secours de la chirurgie. M. Amussat, consulté, reconnut facilement la présence d’un calcul dans la portion membraneuse de l’urèthre; deux tentatives furent faites par cet habile chirurgien pour saisir la pierre et la broyer ; toutes deux furent très douloureuses et inutiles. M. Kelleter vint alors me consulter ; il me dit ce que du reste il répéta dans une consultation quelques jours plus tard, qu’après l’opération pratiquée sept jours auparavant par M. Civialc, il avait été soulagé momentanément; mais qu’il n’avait jamais cessé de souffrir, que ses douleurs s’étaient accrues très lentement, et que sa santé en avait été médiocrement altérée, ce que dénotait son apparence actuelle. La sonde métallique avait, dès long-temps, fait connaître dans le canal une pierre qu’elle ne pouvait plus franchir comme précédemment pour pénétrer dans Sa vessie; je constatai 1 exactitude de cette circonstance et je déclarai au malade que la lithotritie ne lui offrait pour perspective que beaucoup de douleur, peu ou point de chance de succès, et plus de danger que la hou-

tonniére. M. Amussal, qui avait cédé aux vives instances du malade lorsqu’il fit les tentatives de broiement dont j’ai parlé, lui tint un langage semblable. Toutefois M. Kelleler ne renonçait pas tout-d-fait à son idée de lithotritie ; une consultation que l’on pourrait appeler formidable, car nous étions douze chirurgiens, lut réunie; MM. Roux, Breschet, Mayor, etc., s’y trouvaient: d’un avis unanime, il fut décidé qu’une incision présentait seule une chance de guérison ; mais le malade, qui avait une aversion décidée pour l’instrument tranchant, retourna chez lui avec l’intention, disait-il, de s’y faire pratiquer cette opération sanglante. Traversant Aix-la-Chapelleau mois de janvier dernier, j’eus occasion de voir M. Allertz ; il m’apprit que deux mois après son retour de Paris M. Kelleter avait succombé à une affection pulmonaire, sans que Topératlou eût été faite, et que l’autopsie avait fait découvrir une pierreduvolume d’une amande dans !a région membraneuse de l’urèthre; plus, cinq pierres dans la vessie , dont plusieurs volumineuses .

be confrère dont parle M. Civiale, qui croyait sa sonde dans •'a vessie, bien qu’elle n’y fût pas; qui s’imaginait sentir des calculs vlans cet organe, bien qu’il n’en contînt pas; et qui enfin ne pouvait rencontrer une pierre enclavée dans l’urèthre, assez volumineuse pour rendre le cathétérisme difficile; ceconfrère, c’est Dupuytren.

Je m’étonne que le médecin auquel on attribue généralement la rédaction de cette lettre, qui certes, fut un homme de beaucoup d’esprit, n’ait pas fait sentir à M. Civiale tout le ridicule f/u il se donnait en faisant jouer un tel rôle à un tel homme. Je puis assurer que la publication de ce livre et l’annonce delà guérison, n’ont rien changé à la conviction de Dupuytren: Je demeure certain, me dit-il lorsque je lui parlai de ce fait, que la vessie de M. Kelleter contient un calcul, et si M. Ci- » viale n’a détruit que celui de l'uréthre, il n’est pas guéri. » L autopsie a montré lequel des deux avait raison.

A celle occasion je dirai que Dupuytren ne m’a pas semblé, à beaucoup près, aussi ému de la publication des lettres de M. Civ>.ale que celui-ci l’a imaginé; ce devrait être pour lui un grand sujet de chagrin s’il était vrai, comme il a eu la naïveté de le dire, que celte publication aurait avancé la fin de ce grand chirurgien; mais il peut se rassurer: si j’en juge par les senlimens

qu exprimait Dupuytren à l’égard de ces écrits, il n’a pas un tel reproche à se faire.

Je termine ici ce premier mémoire, dart3 lequel j’aurais voulu mettre plus d’ordre , mais l’insertion dans les journaux de médecine d’une partie des chapitres qui le composent, a dérangé la pagination et causé quelques interversions, ainsi que je l’ai dit dans la préface. Je me propose dans les mémoires qui suivront, d’examiner celles des maladies des voies urinaires sur lesquelles je crois avoir à dire quelque chose de nouveau et d’utile : telles sont les affections de la prostate, les rétrécissemens de l’urèthre, les ûstules vésico-vaginales, etc.

P. S. Au moment de mettre sous presse cette dernière feuille , quelques amis, auxquels j’ai fait lire celles qui précèdent, blâment l’acrimonie des notes qu’elles contiennent, et regrettent, disent-ils, le torique de pareils débats causent à la science : mais que n’ai-je pas fait pour les éviter ces débats? J’ai proposé à M. Civiale le partage et la mise en commun de nos travaux lithotritiques, et M. Civiale a refusé, cai à cette époque (1824) il me croyait étouffé sous le Rapportée Percy ; je lui ai proposé le jugement par des arbitres , lorsque déjà les jugemens de l’Institut m’avaient donné gain de cause ; je lui ai proposé un autre jugement sans bruit, mais sans recours et sans appel; je lui ai tout proposé plutôt que de nous jeter, comme nous 1 avons fait, 1 injure au visage, et M. Civiale a tout refusé, et il a préféré le scandale ! Va donc pour le scandale 1 et que pour l’un de nous les paroles de l’Ecriture s’accomplissent!

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