NOMS DBS MEMBRES DE LA COMMISSION
MM. Dupuylren rapporteur, Boyer, Larrey, Portai , Duméril , Magendie, Serres, Flourens, Savart.
Le secrétaire perpétuel de l’Académie, pour les sciences naturelles , certifie que ce qui suit est extrait du rapport sur les prix Montbyon ( chirurgie ) pour l'année a 85 1 .
«M. Leroy (d’Ëtiolles), qui a déjà reçu de l’Académie plusieurs encouragemens , a paru digne d’en recevoir un autre encore, qui fût mieux proportionne' à l’importance , chaque jour mieux appréciée, de ses travaux, et surtout à l’application qu’il a faite à la lithotritie de la pince à trois branches; instrument tellement essentiel, qu’il a passé dans tous ou presque tous les appareils d’instrumens destinés à cette opération, et que, sans lui , elle ne se serait jamais élevée au degré de perfection qu’elle a atteint; en conséquence , la commission propose d’accorder à M. Leroy (d’Etiolles) un prix de 6,000 francs.
» Mais en proposant d’accorder ce prix à l’un des hommes les plus laborieux, les plus honorables, et les plus consciencieux parmi ceux qui se sont occupés de la lithotritie , votre commission a été portée à penser, après la plus mûre délibération, qu’à dater de ce moment l’Académie aurait fait assez pour l’invention et pour 1 application des instrumens destinés à broyer la pierre; et qu’à moins de modifications d’une importance majeure dans la construction et dans le mode d’application de ces instrumens, il n’y aurait plus lieu à décerner soit des prix, soit des encouragemens nouveaux à la lithotritie.
» Votre commission croit en effet que les efforts des nombreux émules qui se disputent les occasions d’appliquer la lithotritie à la curation de la pierre, au lieu de s’épuiser en de stériles modifications, seraient à l’avenir plus utilement employés à faire connaître avec une exactitude et une probité commandées par i’im-
porlance du sujet les résultats qu’on a obtenus jusqu’à ce jour de celte opération. » ‘
Certifié conforme ,
Le secrétaire perpétuel Ba ron Cuvier.
Lettre de M. Civiale à l’Académie des Sciences à l’occasion du précédent rapport.
Monsieur le président,
L’Académie, en rattachant mon nom à la Jithotritie, m’a mis en situation de ne voir qu’avec plaisir les encouragemens ultérieurs accordés aux travaux relatifs à cette méthode. C’est un point de science encore neuf et sur lequel on ne saurait trop fixer l’attention des praticiens. Les suffrages du premier corps savant de la
lance ne peuvent qu accréditer et populariser une opération utile a l’humanité. Mais il est de mon devoir de signaler tout ce
qui peut nuire aux progrès de cette découverte , ou en compliquer 1 histoire.
En, 1 8^8 , je me suis trouve dans la nécessité de faire remarquer les defauts de quelques changemens faits à mon appareil instrumental et à sa mise en pratique , et que l’on avait présentés à tort comme des perfectionnemens. L’expérience a pleinement confit mé la justesse de mes remarques.
Je ferai aujourd’hui une simple observation sur un fait avancé par M. le rapporteur de la dernière commission des prix Monthyon ; fait qui établit contradiction dans les jugemens de l’Académie et qui tend à faire croire qu’on ignore en France l’histoire de la chirurgie.
L application de la pince à trois branches à l’art de broyer la pierre est indiquée dans le rapport comme le sujet principal de I un des prix qui ont clé décernés cette année. Cette pince et son usage pour saisir et pour fixer les calculs urinaires ne sont pas nouveaux. J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de l’Académie un dessin fidèle de cette pince, qu’on trouve dans l’ouvrage de Fabricius Ilildanus, imprimé à Francfort, en 1682. Ce dessin représente la pince, la gaine, les pinces accessoires et l’instrument monté, embrassant une pierre. Comme point de comparaison , je joins aussi un dessin calqué de la pince désignée dans le rapport, et qui est tiré de l’ouvrage de M. Leroy, publié en 1825. Du reste, ces pinces et autres semblables dont on voit la figure dans plusieurs ouvrages, diffèrent essentiellement de celles qui servent au broiement de la pierre. Sous ce point de vue aussi , l’assertion inexacte contenue dans le rapport doit être signalée, puisqu'elle peut induire en erreur les chirurgiens qui ne connaissent pas les véritables instrumens de la lithotritie.
Il est sons doute à regretter qu’en soumettant à l’approbation de l’Academie, en i85i, une decision en quelque sorte opposée à celle que ce corps savant a proclamée en 1824 , M. le rapporteur se soit borné à une simple assertion sans preuves, au seul énoncé d’un fait dont 011 ne peut établir l’exactitude. Mais c’est là une question qu’il ne m’appartient pas d’examiner ici ; je me borne à en faire la remarque.
M. le rapporteur a exprimé le vœu qu’on fît connaître les résultats obtenus par la lithotritie, avec exactitude et probité , afin de déterminer les circonstances dans le squelles celte méthode a réussi et celles dans lesquelles elle a échoué. Ce conseil ou ce reproche ne peut s’appliquer qu’aux personnes qui n’ont pas publié les résultats de leur pratique : M. le rapporteur en aurait acquis la conviction si ses fonctions multipliées lui avaient permis d’approfondir cette partie de la science.
"Veuillez, etc.
ClVIAI/B.
Réponse de M. Dupuylren .
Messieurs ,
La lettre dont il vient d’être donné lecture à l’Académie renferme lacritique du prix qui a été décerné à M. Leroy (d’EtioIles), et celle du rapport de la commission qui a proposé de décerner ce prix.
Je n’ai pas besoin , je crois, de défendre la décision prise par l’Académie; je ne défendrais pas davantage le rapport de la commission de médecine et de chirurgie, s’il n’était nécessaire défaire connaître la valeur d’assertions tranchantes , qui pourraient en imposer à des personnes étrangères à la médecine.
Et, d’abord, le rapport que vous avez entendu n’a reçu aucune publicité par le fait de la commission ; mais , puisqu’on veut le discuter, il sera facile de le défendre.
C’est apres les plus mûres réflexions et à l’unanimité des voix, moins une peut-être , que la commission s’est déterminée à proposer un prix en faveur de M. Leroy, et cette proposition a été adoptée sans aucune réclamation, de sorte que jamais récompense n’a été accordée avec un assentiment plus général.
La détermination que vous avez prise n’est d’ailleurs contradictoire en aucune manière avec celles qui ont été prises antérieurement par l’Académie, comme on peut s’en convaincre par la comparaison des rapports qui ont été faits à diverses époques sur ce sujet.
L’auteur de la lettre a été justement récompense pour avoir fait le premier une application heureuse de la lithotritie à la curation de la pierre; il aurait dû voir avec plaisir les récompenses
qui ont été' accordées à ceux qui courent la même carrière que lui. Malheureusement sa lettre prouve qu’il voit d’un tout autre œil les récompenses qui leur sont accordées.
Quant à la leçon qu’il a cru devoir donner, avec tant d’inconvenance, à la commission des prix Monthyon, elle n’en a pas besoin, et elle la repousse. Cette commission a pensé que l’application de la pince à trois branches à la lithotritie est un service rendu à la science par M. Leroy , et elle a cru devoir le récompenser; mais ellen’a pas dit que M. Leroy fût l’inventeur de cette pince. Si c’était là le lieu de le faire, la commission prouverait sans peine que l’auteur delà lettre est bien loin de connaître tous les modèles de pinces qui ont précédé la lithotritie, et que, sous ce’rapport, ses connaissances dans l’histoire de l’art sont bien bornées.
En effet , la première idée de cette pince n’appartient pas à Fabrice de Hildan, comme l’auteur de la lettre paraît le croire. Le modèle de cette pince a été emprunté à Andréas délia Croce , qui vivait environ un siècle avant Fabrice de Hildan. André de la Croix l’avait imaginée pour extraire les balles du corps, à la suite des coups d’arquebuse: Fabrice de Hildan l’adapta à l’extraction des petits calculs arrêtés dans la partie antérieure de l’urètre seulement; mais ni l’un ni l’autre de ces auteurs n’a jamais eu la pensée de faire servir cette pince au broiement des calculs conte* nus dans la vessie; et on le concevra sans peine lorsqu’on saura que la tige de cette pince est solide ou sans canal, et qu’elle ne peut par conséquent admettre ni foret ni instrument quelconque pour broyer la pierre.
Ainsi, tout est inexact, sinon altéré, et dans la lettre qui vous a été adressée, et dans les dessins qui viennent d’être étalés sous vos yeux avec tant d’assurance.
Pour ce qui est de la direction que la commission a cru devoir imprimer aux travaux des lithotriteurs à l’avenir, et de l’invitation qu’elle leur a faite de déterminer, à l’aide d’observations nombreuses, recueillies avec soin et surtout avec probité, les cas dans lesquels la lithotritie a réussi, et ceux dans lesquels elle a échoué; la commission a très bien su pourquoi elle agissait ainsi : mais elle a eu un but plus élevé encore que ne le suppose l’auteur de la lettre, c’est d’arriver à connaître enfin toute la vérité sur une opération qui intéresse si vivement 1 humanité , et d empêcher que des éloges exagérés, ou des critiques injustes , n’égarent sur son compte l’opinion publique.
Imprimerie de LACIIEVARDIEIIE, rue du Colombier, n» 3o.