CHAPITRE XXV
I>e ce qui est nécessaire pour lu célébration de lu Messe. — Vases sucrés. — Flambeaux. — Encens. — Ministres. — Cliunt et uutres objets dont il est truite séparément.
Après les ornements sacrés viennent les divers objets qui se rattachent directement au saint Sacrifice, tels que les vases sacrés, les ornements de l'autel et les autres objets nécessaires pour la célébration de la Messe. Nous allons les examiner le plus brièvement possible dans des articles séparés.
§ 1 . — Du Calice. — Son origine. — Calices de bois, de pierre, de corne, d'airain, d'étain, de verre. — Calices d'or et d'argent seuls approuvés par l'Église. — Divers ornements qu'on y ajoutait. — Calices à anses. — Grands et petits calices. — Calices du Baptême.
Je commence par le Calice, dans lequel on consacre le sang de Jésus-Christ, prix de notre rédemption. Son origine ne saurait être douteuse pour quiconque croit à l'Evangile. En effet, nous y lisons que notre Sauveur, après avoir donné a ses Disciples son
1 Lit». 1, àâp. i.ïi. " s.ess. 2t.
corps sous l'espèce du vin, prit le Calice et le leur distribua en leur disant à tous d'y boire son sang, qui bientôt allait être répandu pour eux et pour plusieurs en rémission des péchés. L'Apôtre assure qu'il a appris du Seigneur et enseigné aux fidèles : « Que Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans la nuit où on le livrait, prit du pain, rendit grâces, le rompit en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps qui. sera livré pour vous. Egalement après le repas, il prit le Calice et dit : Hic galix
NOVUM TESTAMENTUM EST IN MEO SANGUINE. » C'est de là que
les anciens Pères appelaient le Jeudi-Siint, jour dans lequel fut institué l'auguste Sacrifice, Natalis calicis, parce que .dans cette circonstance Jésus-Christ fit passer le Calice de l'usage profane à un usage sacré. « Ce jour, dit saint Eloi de Noyon *, est appelé Cène du Seigneur et Natalis calicis, parce que c'est ce même jour que Notre-Seigneur, célébrant avec ses Apôtres la Pâque mystique, leur donna le Sacrement de son corps et de son sang qu'ils nous ont transmis, et qu'il institua ainsi le divin Sacrifice. » Baronius 2, appuyé sur le témoignage de Bède, nous apprend quelle était la forme du Calice dont se servit Notre- Seigneur : « Nous ne devons pas, dit-il, oublier de mentionner ici que le Calice avec lequel Jésus-Christ notre . Rédempteur institua l'adorable Eucharistie, gardé avec un soin religieux, et tiré de l'usage ordinaire comme un insigne monument de ce grand mystère, se voyait encore à Jérusalem du temps de Bède, car voici comment cet auteur en parie 3 : « Sur le plateau qui touche au Sépulcre et au Calvaire, est une salle dans laquelle on garde le Calice dont se servit Notre-Seigneur ; il est renfermé dans une petite châsse à laquelle est pratiquée une étroite ouverture par où on peut le toucher et le baiser. Ce calice est d'argent ; il porte deux anses à ses côtés et peut contenir un setier de France, et mensuram seœtarii gallici capit. » Le Calice remonte donc jusqu'à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et, après lui, il est hors de doute que les Pères s'en sont servis pour dire la
1 Homil. 10 in can. Domini. — - Ad ann. 34, n. 63. — * De Locis sanct., cap. %,
Messe, puisqu'on ne saurait s'en passer pour célébrer le saint Sacrifice. Mais il nous faut maintenant rechercher de quelle matière étaient faits les Calices dans les premiers siècles de l'Eglise. Le concile de Tribur, sous le pape Formose, cite 1 de saint Boniface, archevêque de Mayence, un apophthegme devenu célèbre : « Les vases dont on se sert pour les saints mystères, y esi-ii dit, sont le Calice et la Patène, au sujet desquels saint Boniface, interrogé si l'on pouvait se servir au saint Sacrifice de vases de bois, lit celle réponse : Autrefois les prêtres étaient d'or et se servaient de Calices de bois ; aujourd'hui, au contraire, des prêtres de bois se servent de Calices d'or. » Honorius dit également 2 : « Les Apôtres et leurs successeurs se servirent de Calices de bois. » Mais je n'ajoute aucune foi à cette assertion d'Honorius avancée sans preuves; et on ne saurait conclure de la réponse de saint Boniface que l'usage des Calices de bois ait été commun dans la primitive Eglise. Je croirais facilement que le zèle seul a fait parler ainsi le saint évèque, qu'il a seulement voulu donner une leçon aux prêtres de son temps par la comparaison des prêtres d'une autre époque, ce qui, du reste, est assez ordinaire. Je ne prétends pas cependant qu'il ne se soit point trouvé quelque église qui, soit pauvreté, soit négligence des prêtres qui la desservaient, ait eu un Calice de bois, car, si cel abus n'eût pas existé quelque part, le concile de Tribur n'aurait pas défendu de se servir désormais de Calices de bois. Les Canons publies en Angleterre sous le roi Edgar 3, ordonnent que le Calice soit de métal, et défendent absolument de se servir, pour la consécration, d'un Calice de bois. Rupert parle d'une coupe de bois dans laquelle était le corps du Seigneur 4 ; mais (■lie était destinée à conserver et non à consacrer l'Eucharistie. Je compte aussi parmi les abus, les Calices de pierre et de corne, il est fait mention des Calices de pierre ou de marbre dans la Vie de .suint Théod \re Archimandrite 5. Le prêtre Georges, qui eu est l'auteur, raconte qu'un monastère que le saint avait
1 Can. 13. — - (ienim. anim., lib. 1, cap. 89. — 3 Cap. il. — * De Incenii Tuit., cap. j. — j Apud Surium, die 22 aprilis,
construit ayant pris des accroissements, comme il n'avait point de vases d'argent, mais qu'on s'y servait de vases de marbre pour les mystères, il envoya son archidiacre dans la capitale pour y acheter un vase d'argent qui pût servir au Sacrifice. Nous lisons aussi qu'il y avait des Calices de cornaline, car dans le Synode de Duziac, édité par Gellotius *, un des crimes qu'on reproche à Hincmar de Laon, c'est d'avoir dérobé un Galice de cornaline, enrichi d'or et de perles, dont le roi avait fait présent à l'église. Il est écrit dans les Actes de saint Berneucard, évoque de Hildesheim, qu'il avait donné plusieurs Calices à l'église, et entre autres un de cornaline et un autre de cristal artistemout travaillés. Léon d'Ostie 2 compte deux Calices de cornaline parmi les objets que le pape Victor III avait laissés à l'église du Mont- Cassin. La sardoine est une pierre du même genre que la cornaline. Or, l'abbé Suger :î nous apprend qu'il avait fait travailler un beau Calice de sardoine lorsqu'il était régent du royaume. Le concile de Celcyth en Angleterre, sous Adrien Ier, fait mention des Calices de corne dont il prohibe l'usage. Thomas Barthoiin 4 dit qu'il a en son pouvoir un Calice de Corne, dont on se servait jadis en Norwége pour célébrer la Messe. Il y eut aussi des Calices de verre qui, sans contredit, étaient plus propres et plus convenables, aussi sont-ils d'origine plus ancienne et d'un usage plus fréquent. Quelques-uns pensent que le Pape Zéphyrin avait ordonné que les Calices fussent de verre ; en effet, il est dit de lui dans le Livre des Pontifes : « Celui-ci ordonna qu'à l'Eglise les ministres portassent des Patènes de verre devant les prêtres pendant que l'évêque célébrerait. » Mais ce passage ne dit rien des Calices ; et je n'ose, à cause de ce silence, étendre, comme le font quelques-uns, aux Calices ce qui est dit des Patènes, attendu surtout que nous ignorons pourquoi ces Patènes étaient ainsi portées par les ministres : il me paraît assez probable qu'elles servaient plutôt pour distribuer la communion aux fidèles que pour le saint Sacrifice. D'autres citent encore, à ce sujet, le
i Pag. 4, cap. 5. — 2 Lib. 3, Ghron. Cassîn. in fine. — * In Libro de gest. suis. — De Medicina Danorum domestiea.
témoignage de Tertullien Cfui dit ' : « Voyons les peintures de vi Calices, si môme Sur eux nous ne retron serons pas notre maniciv d'interpréter cette brebis, » c'est-à-dire la brebis perdue, cherchée par le pasteur et rapportée sur ses épaules. Et plus loin '' : « Peut-être appuyez-vous votre coutume sur le Pasteur
que vous représentez sur vos Calices Mais moi je cherche mes
raisons dans les Ecritures de ce même Pasteur, dans ce qui ne peut être brisé. • Or. ici Tertullien ne parle point de la matière du Calice, il ne parle que de peinture et de fracture, ce qui peut convenir et aux Calices de verre et aux Calices d'argent, surtout dans Le stylo de cet auteur, qui abonde en métaphores et affecte partout d'être obscur, ainsi que l'atteste Lactance 3. Les paroles que nous vouons de citer contiennent, pour le dire en passant, Les reproches amers que cet auteur, déjà hérétique, adresse aux catholiques, comme s'ils eussent peint sur leurs Calices le bon Pasteur rapportant la brebis égarée, pour s'exciter à commettre toutes sortes de crimes, sûrs d'obtenir après leur chute, par la miséricorde du bon Pasteur, la pénitence que lui-même disait ne pouvoir être accordée. D'autres, pour prouver l'usage des Calices de verre, rassemblent une foule de témoignages des Pères qui. parlent de Calices brisés, comme si le verre seul pouvait être brisé. Mais ils ont contre eux les grammairiens, selon lesquels une chose peut se briser toutes les fois qu'elle peut être rompue, torturée, fendue, coupée, cassée, broyée, divisée, d'où Cicéron dit '* : « L'anneau d'or qu'il portait fut brisé et mis en pièces. » Ht ailleurs 5 : « La maison de mon frère Quintus fut brisée à coups do pierres. » De graves écrivains donnent de l'usage des Calices do verre des preuves plus certaines. Marc, hérétique et magicien qui vivait peu après les Apôtres G, employant dans les mystères un Calice de verre à l'imitation des catholiques, suivant Baron i us, changeait par ses prestiges le vin blanc en vin rouge, comme si par ses invocations il eût fait tomber goutte à goutte le
1 De Pudicit., cap. 7. — « Cap. 10. - 3 Lib. 5, cap. 1. — * Orat. G, in Verrem. — ■ Lib. I, ad Alt., epitt. :i. — ,; Irenœi, lib. 1, cap. 9 et Epiph, Hœres.j
sang dans le Galice. Donat, évoque d'Arezzo et martyr, se servait d'un Galice de verre; les païens l'ayant brisé, il reprit sa première forme à sa prière, ainsi que le rapporte saint Grégoire le Grand K Saint Jérôme 2 faisant l'éloge d'Exupère, évêque de Toulouse : « Rien, dit-il, n'est plus riche que celui qui porte le corps du Seigneur dans une corbeille d'osier, et son sang dans un Galice de verre. » Saint Gésaire d'Arles, au rapport de Cyprien, son disciple et l'auteur de sa Vie, se servit aussi d'un Galice de verre, et il cite ces paroles du saint évoque : « Est-ce que le sang de Jésus-Christ n'est pas également dans un Galice de verre ? » parce qu'il avait vendu les vases d'or et d'argent pour racheter les captifs. Grégoire de Tours fait mention 3 d'un Galice de verre qui s'était brisé dans la basilique de Saint-Laurent à Milan et qui, par les mérites de ce saint martyr, fut miraculeusement réparé. Si, dans les Gaules surtout, plusieurs évoques et prêtres se servirent de Calices de verre, on doit en chercher la raison, non dans quelque loi de l'Église ou dans une coutume de l'église gallicane, mais dans le malheur des temps qui, à cause des incursions des Barbares, obligeait à livrer tout l'or des églises pour soulager les pauvres, ou racheter les captifs, ainsi que l'attestent saint Jérôme et Gyprien, que nous avons cités. Saint Benoît d'Agnani, suivant l'auteur de sa Vie, ne voulait pas se servir de vases d'argent pour le saint Sacrifice ; il en eut d'abord de bois, ensuite de verre, et enfin d'étain. Saint Colomban se servit également d'un Calice d'étain; son disciple saint Gall suivit son exemple, et refusa des vases d'argent qu'on lui offrait4. Mais c'était le sentiment particulier de ces saints personnages, et le môme saint Benoît dans la suite, ayant changé d!avis, consentit ta ce que non-seulement les Calices, mais les lampes, les chandeliers et les autres ornements fussent d'argent. Gratien 5 et Ives 6 rapportent un Canon d'un concile de Reims, qui défend de célébrer avec un Calice de bois ou de verre. Mais quel fut ce
1 Lib. 1, Dial., cap. 3. — 2 Epist. 4, ad RuFticum. — s De Gloria Martyrum, cap. 46. — * Apud Surium, die 1G octob. — :> De consecr., dist. 1, cap. 45. ? Pars 2, cap. 131.
concile, à quelle époque fut-il tenu ? C'est ce qu'ils ne disent point, ce que je ne saurais deviner, bien que je n'ignore pas que certains auteurs modernes le placent sous Charlemagne, sans produire toutefois aucune preuve certaine de ce qu'ils avancent. Nous trouvons les Calices de bois, de verre, de pierre et de corne prohibés plusieurs fois, et nous ne voyons rien qui montre qu'ils aient jamais été approuvés. Ce même Canon du concile de Reims défend l'usage de Calices d'airain ou de cuivre, « parce que le vin y produit de la rouille qui provoque le vomissement. )> Il recommande qu'ils soient d'or ou au moins d'argent ; que si quelque église est tellement pauvre qu'elle ne puisse avoir un Calice d'argent, que du moins elle en ait un d'étain. Richard , archevêque de Cantorbéry, successeur immédiat de saint Thomas, martyr, prescrivit, dans un synode cité par Roger d'Hovcden. que les Calices dans lesquels on consacrait l'Eucharistie fussent d'or ou d'argent, et déclara que l'évoque ne devait point donner la consécration cà des Calices d'étain. Pierre lien ' blâme fortement la négligence des prêtres qui se servaient de Calices d'étain ou de métal analogue, Calices qui souvent étaient malpropres, et desquels aucun homme dequalité ne voudrait approcher ses lèvres.
Tels sont les témoignages de l'antiquité qui nous apprennent qu'on ne devait point se servir de Calices faits de bois, de verre, ou de toute autre matière, excepté l'or et l'argent, ctqui en interdisent l'usage. Par où nous voyons que, toujours et partout, l'Eglise catholique s'efforcerait d'amener les prêtres à n'employer que des Calices d'or ou d'argent. L'auteur du Livre des Pontifes raconte, en parlant du Pape Darnase, qu'Urbain Ier avait voulu que tous les vases sacrés fussent d'argent, et qu'il avait fait faire vingt-cinq Patènes d'argent. Toutefois, il ne faut pas conclure de là, comme le font quelques-uns, qu'alors seulement les Calices commencèrent a être d'argent, car le Livres des Pontifes rapporte ce qu'a fait Urbain, mais il ne dit pas ce qu'avaient fait les autres avant lui, ni de quels vases \\< s'étaient servis. Le contraire est
Opuseul. 23, e aj>. 1 ,
prouvé par ce que fit saint Laurent un siècle avant ce Pontife. Il avait reçu, dit saint Ambroise *-, Tordre de saint Sixte de distribuer aux pauvres tout l'or de l'Eglise ; il aima mieux souffrir le martyre que de désobéir à ce Pontife. Il distribua donc cet or à ceux qui étaient clans le besoin ; il vendit les vases sacrés ; car, observe le même saint Docteur, il est permis de briser et de vendre les vases consacrés eux-mêmes pour secourir les pauvres. Saint Prudence 2 fait ainsi parler le persécuteur, qui demande à saint Laurent de lui livrer les trésors de l'Eglise et même les vases sacrés : « C'est, dit-on, la coutume dans vos fêtes que les prêtres boivent dans des coupes d'or ; on rapporte que, dans vos sacrifices nocturnes, des vases d'argent reçoivent le sang fumant de la victime, et que vos flambeaux reposent sur des lustres d'or. Si l'on en croit la renommée, les frères offrent avec un zèle extrême le prix de leurs terres qu'ils ont vendues des milliers de sesterces. » Telle était la coutume des premiers chrétiens, qui vendaient leurs biens et en apportaient le prix aux Apôtres pour les différents besoins de l'Eglise. L'argent ne manquait donc pas aux apôtres, non-seulement pour secourir les frères qui étaient pauvres, mais aussi pour se procurer tout ce qui était nécessaire au saint Sacrifice. Or, leur piété, leur profond respect pour le mystère du corps et du sang du Sauveur, nous sont d'assez fortes raisons pour croire qu'ils durent faire en sorte que tout y fut convenable et décent, et qu'on ne s'y servît que de vases précieux. Des Apôtres ce respect, cette vénération se transmit aux âges suivants, et des auteurs dignes de foi nous assurent que, même dans le temps des persécutions, l'Église possédait des Calices d'or et d'argent. Saint Optât, parlant de l'évêque Mensurius, dit 3 : « L'Église possédait plusieurs ornements d'or et d'argent et qu'il ne pouvait ni enfouir dans la terre, ni emporter avec Jui. » On ne peut douter que les Calices ne tinssent la première place parmi ces ornements, car plus loin 4 il reproche aux Donatistes d'avoir brisé des calices. « Vous avez, s'écrie-t-il, vous avez brisé les Calices, qui contenaient le
' Pç officiis, lib. 2, cap. 28. - 2 De Coronis, hym. 2. — 3 Lib. 1 . - ''Lib. 6,
sang de Jésus-Christ ; vous en avez fait une masse informe que vous avez vendue sur d'abominables marchés. Peut-être sont-ce des femmes perdues qui ont acheté ces fragments pour en composer leur parure. Peut-être sont-ils aujourd'hui entre les mains des païens, qui en ont fait des vases pour sacrifier aux idoles. » Deux choses résultent évidemment de ce passage : la première, c'est que les chrétiens avaient des Calices d'or et d'argent môme sous les empereurs persécuteurs, puisque ce fut du temps de ces princes que les Donatistes se répandirent en Afrique. La seconde, c'est combien raisonnent mal les écrivains, du reste assez instruits, qui produisent ces paroles : « Vous avez brisé les calices, » pour établir qu'alors les Calices étaient en verre; sans doute qu'ils ne seraient pas tombés dans cette erreur grossière, s'ils eussent lu le passage en entier; car les fragments de verre ne pouvaient être vendus, et on ne saurait s'en servir pour faire des vases à l'usage des idoles. On voit dans Baronius * les Actes des proconsuls contre les traditeurs sous le règne de Dioclétien et de Maximien, Actes, dont parle saint Augustin 2, par lesquels nous apprenons que les Donatistes avaient livré, non-seulement les saintes Ecritures, mais encore plusieurs Calices d'or et d'argent. Ici revient également ce que dit Grégoire de Tours3, qu'on avait retrouvé différents vases d'argent dans les Catacombes, où les fidèles s'étaient réunis dans les temps de persécution. La paix ayant été rendue à l'Eglise sous le règne de Constantin et des princes ses successeurs, les églises commencèrent alors à pos-
ler un grand nombre de Calices d'or et d'argent, et quelquefois enrichis de pierres précieuses. Le Livre des Pontifes, à propos du pape Sylvestre, nous apprend que Constantin avait fait en ce
nre des dons magnifiques aux églises qu'il avait fait construire. Il avait, entre autres présents, donné quarante petits Calices d'ot tivs-pur pesant chacun une livre4, cinquante Calices ministériels également d'or pesant deux livres l'un et vingt
1 Art ann. 303. 2 Épfet. 165 et in libris a<lv. Gresconium. — "• Lib. I, De (.lona martvriim. — ! On sait que la Livre romaine, dont il s'agit ici, pesait environ <ii\ onces do la livre française e| serarl aujourd'hui représetftée par 337 grammes.
Calices d'argent du poids de dix livres chacun. On connaît la plaisanterie sacrilège de l'officier que Julien l'Apostat avait envoyé piller le temple d'Antioche *. Etonné de la richesse des vases sacrés, dont Constantin avait fait présent à cette église : « Voyez, dit-il, avec quels vases on sert ce Fils de Marie. » Paul Orose 2, dans un récit admirable et plein d'intérêt, nous apprend que la basilique de Saint-Pierre possédait plusieurs vases sacrés et plusieurs ornements d'or et d'argent, lorsque Rome fut pillée par Alaric. Saint Augustin, expliquant ce passage : Simulacra gentium argentum et aurum3, dit : « Et nous aussi, nous possédons des vases de ces mêmes métaux, vases dont nous nous servons pour célébrer nos mystères, et nous les appelons saints, sanctifiés qu'ils sont par cet auguste ministère. » Saint Jean Ghrysostôme 4 fait mention d'un Galice d'or orné de perles. Agathie 5 rapporte que les Allemands avaient dépouillé les temples des Calices, des encensoirs et des autres vases qui tous étaient d'un or très-pur. Théophylacte Simocatte raconte 6 que Chosroès, roi des Perses, quoique païen fit présent à saint Sergius, martyr, d'une croix d'or enrichie de perles, en reconnaissance d'une victoire obtenue par ses mérites; il lui donna également un calice, un disque et un encensoir d'or, pour obtenir par son intercession des enfants de Sira sa femme, qui était chrétienne. Saint Perpétue, évêque de Tours, légua à son église deux Calices d'or, ainsi que nous le voyons dans son Testament récemment édité 7. Grégoire de Tours écrit 8 que le roi Childebert rapporta d'Espagne en France soixante calices d'or enrichis de pierres précieuses. Je passe sous silence les auteurs des âges suivants ; la chose est tellement évidente que leurs témoignages seraient superflus. Or, parmi ces Calices d'or, d'argent ou enrichis de perles qu'on donnait aux églises, nous en trouvons quelques-uns d'un poids énorme, dont on ne pouvait se servir et qui devaient être seulement des ornements. Dans la Chroni-
' Theodoret., lib. 3, cap. 8. - 2 Lib. 7. - ■" Concio 2, in Ps. 113. - * Homil 51, in Matth. — 5 De rébus Jus., lib. 2. — 6 Hist., lib. 5, cap. 13. — ' Spi cileg., tom. 5. — 8 Hist. Francor., lib., 3 cap. 10.
r/up dr Mci)jcncc, l'évoque Conrad, faisant la description des vases1 sacrés de cette église, en énumère qui étaient de dimensions si considérables qu'il n'était pas possible de s'en servir ; un entre autres avait deux anses qui remplissaient la main de ceux qui le soulevaient. Anastase, dans la Vie de Léon III, dit que Charlemagne avait donné un Calice fort grand, enrichi de diamants, ayant deux anses et dont le poids était de cinquante-huit livres. Dans la Vie de Grégoire III, le même auteur énumère, parmi les présents faits à l'église, un Calice orné de perles pesant trente-quatre livres. Dans celle de Léon, il parle des dix grands Calices d'argen* très-pur, suspendus en forme (1 arc. et de quarante autres suspendus entre les colonnes, pesant ensemble deux cent soixante-sept livres, dans celle de Paschal 1er, il fit faire, dit-il, quarante-deux grands Calices d'argent pour être suspendus, et qui réunis pesaient deux cent quatre-vingts livres; ils avaient des anses et de petites chaînes pour les suspendre devant l'autel aux jours de fêtes. A propos de Léon 111, Anastase dit encore : Il fit faire un grand Calice enrichi de perles, ayant deux anses et du poids de trente-six livres; et il ajoute que ce même Pontife donna à Saint-Pierre un beau Calice d'or à quatre s, spanoclystum, et orné de plusieurs pierres précieuses, pesant trente-deux livres, ainsi qu'une Patène, spanoclystam, également d'or et ornée de perles, du poids de vingt-cinq livres et onze onces. Il faut observer que, non-seulement les grands Calices destinés à orner l'autel, mais aussi ceux dont on se servait pour le Sacrifice avaient des anses. L'Ordo romain dit, en traitant des Rites de la Messe: « L'archidiacre prend le Calice par les deux anses et le tient élevé auprès du Pontife. » La grande chronique de Belgique fait mention d'un Calice d'or à ilrux anses, que l'empereur saint Henri avait donné à l'église de Saint-Laurent. Je pense qu'ils avaient des anses, afin qu'on pût les porter plus facilement et les présenter aux fidèles, qui avaient Coutume d'y boire le sang du Sauveur. On peut consulter Plodoard l relativement au Calice de saint Rémi et aux vers qui
' Hi>t. Rhemen., Iil>. 1, cap. 10 et 18.
S'y trouvaient gravés ; il est appelé imaginatus par cet auteur, à cause des images qu'on y avait ciselées. Anastase, dans la Vie d'Innocent ier, parle aussi des Calices du baptême, dans lesquels on présentait aux nouveaux baptisés le breuvage mystique du lait et du miel ; ce n'est pas ici le lieu d'en parler. Il est prouvé par les anciens Rituels, qu'autrefois on se servait de plusieurs Calices à la Messe : l'un était pour le célébrant, ses ministres et les autres prêtres, s'il s'en trouvait qui, suivant la coutume d'alors, célébrassent avec lui ; les autres, en plus ou moins grand nombre, suivant le peuple qui devait communier, étaient plus grands et on les nommait Calices ministériels. Il en est souvent parlé dans la Vie des souverains Pontifes. La Liturgie de saint Jacques fait allusion à cet usage, quand elle recommande aux diacres d'apporter les disques, c'est-à-dire les Patènes, et les Calices qui doivent être distribués aux fidèles. Également les Constitutions apostoliques avertissent les diacres de chasser les insectes qui voltigent, de peur qu'ils ne tombent dans les calices. Cet usage fut en vigueur jusqu'au temps de Grégoire II, qui, consulté par saint Boniface à ce sujet, défend 1 de mettre plusieurs Calices sur l'autel, parce que cette coutume est contraire à l'institution de Jésus-Christ, qui a fait communier tousses Apôtres à un seul et même Calice. Il ne m'appartient pas de discuter ici la valeur de cette raison. Je ferai cependant observer qu'au temps de ce Pontife le nombre des communiants était déjà tellement diminué qu'un seul Calice était bien suffisant. Enfin, lorsqu'on eut retranché la communion sous les deux espèces, cet usage disparut entièrement. Les Arméniens se servent de deux Calices à la Messe, mais l'un remplace la Patène des Latins, ou le disque des Grecs ; ils y placent le pain qu'ils doivent consacrer et versent le vin dans l'autre.
| 2. — De la Patène. — Sa forme, sa matière. — Qui peut toucher aux vases sacrés. — A la garde de qui étaient-ils confiés autrefois.
Après le calice vient la Patène, qui sert à recevoir l'Hostie;
' Pp. 14.
elle est ainsi nommée ùepatendo, s'ouvrir. Colluniellc a employé ce mot !. Chez les auteurs profanes, il désigne un vase dont les bords sont ouverts et élargis. Les Grecs l'appellent \17y.ov, disque, plat ; mais le disque est plus grand, de peur que les pains ou les miettes ne viennent à tomber. Anastasc compte souvent, parmi les présents faits par les souverains Pontifes, des Patènes de grandes dimensions pesant vingt-cinq ou trente livres, et, dans la Vie de Léon III, il parle d'une grande Patène d'or ornée de perles ayant deux anses. Or, le prêtre ne pouvait au Sacrifice se servir de Patènes si pesantes. Mais il y avait des Patènes mi?iistérielles plus grandes que les autres, et qui servaient pour distribuer l'Eucharistie au peuple. On avait aussi des Patènes chris m aies en usage pour le baptême et la confirmation. Il est probable que la Patène fut toujours de la môme matière que le Calice, car il y avait pour tous deux la môme raison. Zéphirin ordonna qu'elles fussent de verre, Urbain commanda qu'on les lit d'argent ; nous avons dit plus haut comment on doit entendre ces prescriptions. Les Évangélistes ne nous apprennent pas si Jésus-Christ a déposé le pain sur un disque ou Patène ; toutefois, la Liturgie de saint Jacques montre que cet usage remonte aux Apôtres. Anastase, dans la Vie de Grégoire IV, et le diacre Jean dans celle de saint Anastase, évoque de Naples, rapportent que la face du Sauveur était gravée sur la Patène. On trouve dans
'■> romain la manière de consacrer le Calice et la Patène par l'onction du saint Chrome et par certaines oraisons, rite que je pense avoir été imité de l'ancienne loi. Aussi était-il défendu aux laïques de toucher à ces vases sacrés par un décret de Sixte 1er, duquel il est écrit dans le Livre des Pontifes : « Celui-ci décréta que les vases servant au saint ministère ne devaient être touchés que par les ministres. » Le concile de Laodicée, sous le pape Sylvestre 2, défendit également aux sous-diacres de toucher aux
!S sacrés. Le concile d'Agde 3 déclara que ceux qui n'étaient pas dans les ordres sacrés ne devaient point toucher les vases du Seigneur. Pour ce (fui est des sous-diacres, la permission leur
' l.il». I.', cm. }3. - - Çjffl, :i. - ■ Caq. 60
fut donnée parle premier concile de Bragues, sous le pontificat de Jean III, « Nous avons voulu, y est-il dit *, qu'aucun lecteur n'eût le droit de porter les vases sacrés, mais que cela fût permis seulement à ceux que l'évêque a ordonnés sous-diacres. » Il est manifeste par YOrdo romain que cette permision fut aussi donnée aux acolytes. Autrefois un clerc était préposé à la garde de ces vases. Les Grecs lui donnaient le nom de scevophylaœ et de cèmèliarqw, titre dont il est fait mention parmi les dignités de l'Église de Gonstantinople 2. Saint Laurent était revêtu de cette charge dans l'Eglise romaine, car voici ce que dit saint Prudence 3 : « Il était le premier des sept diacres qui se tiennent le plus près de l'autel. Lévite d'un rang élevé et supérieur aux autres, il était préposé à la garde des choses saintes et gouvernait fidèlement le trésor de la maison de Dieu. » Jamais il ne fut permis de les apporter ou de les garder dans les maisons particulières hors du diaconicon ou du secretarium, comme le nommaient les Latins. C'est pourquoi saint Athanase4, auquel les Ariens reprochaient d'avoir brisé un Calice, se purge facilement de cette calomnie, en montrant que le lieu où ils prétendaient que ce calice avait été brisé n'était point une église, et qu'il n'y avait aucun prêtre dans le voisinage ; car les coupes mystiques ne se trouvaient jamais que chez ceux qui étaient légitimement chargés de garder ces objets. Au concile de Chalcédoine entre autres crimes, on reprocha à Ibasse d'Edesse de n'avoir pas remis au gardien des vases sacrés un Calice enrichi de perles, et de l'avoir fait disparaître. Dans tous les temps et dans tous les lieux, l'Eglise conserva cette pratique de ne point permettre que les vases sacrés fussent gardés dans des maisons privées ou par des hommes profanes ; mais elle voulut qu'ils fussent confiés aux soins de ministres ecclésiastiques, qui veilleraient attentivement à les garder dans un lieu saint et convenable.
' Qan, 28. - 2 Codin., cap. 1. - - De Coronis, Hym. 2. — » Apolog., 2.
§3. — Des autres vases ou instruments qui servent au Sacrifice, et d'abord de la Fistule ou Chalumeau dont on se servait pour prendre te précieux Sang. — Ses différents noms. — Communion du Sang du Sauveur désignée sous le nom de Confirmation. — Véritable interprétation d'un passage de saint Ambroise. — Usage du Chalumeau.
Outre le Calice et la Patène, il y a encore d'autres instruments, qui touchent au saint Sacrifice d'une manière moins directe, et qui pour cela ne reçoivent pas de consécration. LOrdo romain en fait rémunération quand il décrit la manière de célébrer la Messe, et Anastase en parle fréquemment en racontant les présents faits aux églises par les souverains Pontifes. Nous en dirons seulement quelques mots, car si nous voulions disserter longuement et en particulier sur chacun d'eux, ces recherches nous mèneraient beaucoup trop loin. Je commence par le plus digne, celui qui touche de plus près au saint Sacrifice, la Fistule, petit tube d'or ou d'argent, dont on se servait autrefois pour prendre le sang du Sauveur dans le Calice. L'Ordo romain indique son usage en ces termes: « Le diacre, tenant le Calice et la Fistule, reste devant l'évoque jusqu'à ce que ce dernier ait pris du sang du Sauveur ce qu'il veut ; ensuite il remet au sousdiacre le Calice et la Fistule. » L'évoque Conrad, dans la Chronique de Mayence, dit en décrivant l'appareil de la *\lesse : « Il y avait cinq Fistules d'argent doré pour communier au sang. » Léon d'Ostic l compte, parmi les choses dont Victor III avait fait présent au Monastère, une Fistule d'or à crosse et plusieurs autres d'argent qui servaient au saint Sacrifice. Le Livre des usages de Citeaux 2, parlant de la manière de communier aux Messes solennelles, dit qu'une Fistule n'est point nécessaire Lorsque les ministres seuls communient; mais si un plus grand nombre doit communier, on doit se servir d'une Fistule, que le Diacre après la communion sucera aux deux bouts et pu-
' Chruii. Cuss., lib. 3, in lin. Cap. 53.
rifiera le mieux qu'il pourra. Toutefois dans les autres anciens Rituels des Monastères, l'usage de la Fistule est toujours recommandé aux prêtres, aux ministres, et à ceux qui veulent communier. Anastase, dans la Vie d'Adrien, l'appelle Siphon. « 11 offrit, dit-il, un grand Galice auquel était attaché un siphon, le tout pesant trente livres. » Les siphons sont des tubes dont on se sert pour tirer l'eau des fontaines. On trouve dans Mirée le Testament du comte Saint-Evrard en 937, dans lequel il est fait mention parmi les vases sacrés d'une pipe d'or, pipa aurea, c'est-â-dire, d'un petit tube d'or pour puiser le sang, comme l'explique Mirée dans ses Notes. Les Statuts des anciens Chartreux l'appellent calamum, roseau, chalumeau. « Nous n'avons pas, y est-il dit, dans nos Eglises d'autres ornements d'or ou d'argent, sinon le Galice et le Chalumeau, calamum, xdont on se sert pour prendre le sang du Sauveur. » Je pense que c'est par analogie au nom de calamus qui désigne le roseau qu'on employait pour écrire, que le nom de Pugillarium est donné à la Fistule par YOrdo romain. En effet, il est dit que plusieurs Pugillares étaient portés parmi les vases sacrés, devant le Pontife qui allait célébrer dans une station. Et ailleurs, on lit dans ce même ouvrage : « Ensuite l'archidiacre passe le Galice au sous-diacre qui lui remet un Chalumeau avec lequel il confirme le peuple. Tradit ei pugillarem cum quo confirmât populum. » Je n'ignore pas que par Pugillarium les auteurs latins entendent les tablettes dont on se servait autrefois pour écrire, que les Grecs désignaient sous le nom de mvaxîSea; mais dans la suite, ce môme nom fut étendu aux stylets, aux poinçons et même aux plumes et aux roseaux avec lesquels on écrivait, et c'est après avoir pris ce dernier sens qu'il fut, comme je l'ai dit, appliqué à la Fistule et au Chalumeau ou roseau, dont on se servait pour prendre le sang de Jésus-Christ. Quant à l'expression confirmer le peuple, c'est la même chose que le sanctifier, le fortifier par la participation au sang du Seigneur. Car de même que le nouveau baptisé, après avoir reçu l'onction du saint Chrême
et L'imposition des mains de l'evèque, était censé devenu chrétien parfait, comme parle le concile d'Elvire l, d'où le sacrement du sain! Chrême a reçu le nom de Confirmation;
de même aussi, suivant une locution de ce temps, on disait que les fidèles étaient confirmés quand, après avoir reçu le corps du Seigneur, ils participaient à son sang; comme si la réception du sang eût été le complément de la communion, dit le Micrologie a, de la même manière que le saint Chrême était le complément du Baptême. Et pour ce dernier point on était tellement sévère, que, suivant la remarque d'Àlbaspinée 3, ceux qui n'avaient pas reçu l'onction du saint Chrême, n'étaient ni considérés comme parfaits chrétiens, ni admis à la participation de i'Eucharistie, le plus grand et le plus auguste mystère chrétiens. Ce n'était pas que les fidèles d'alors crussent que le Baptême sans l'onction du saint Chrême n'était pas un sacrement complet, mais parce que cette onction donnait au néophyte un nouveau degré de grâce et de force pour confesser la foi ; ainsi parce qu'alors l'usage était que les fidèles communiassous les deux espèces, la participation au calice étant considérée, suivant la manière de parler de ce temps, comme un complément de l'Eucharistie. Je pense que c'est dans ce sens qu'on doit entendre Terlullien qui dit quelque part 4 : In calicis mentione Testamentum constituens sanguine suo obsignaturn, substantiam corporis confirmavit. C'est aussi dans ce sens que doit, à mon avis, s'interpréter ce que dit saint Laurent au pape saint Sixte, et qu'on lit dans saint Ambroise 5 : Experire certè ut r uni idoneum ministrum elegeris, oui commisisti Li nntnici sanguinis consecrationem. C'est ainsi que ce passage se lit dans les anciens exemplaires soit manuscrits, soit imprimés, et non pas dispensationem, suivant la correction mise dans les éditions ordinaires. Le contexte, du reste, favorise cette leçon qui n'a rien de formidable, rien qui doive être corrige, mais qu'on doit laisser telle qu'elle est. Voici en eflet
I an. 18 et 77. • - 2 Cap. 19. - " Ad can. 77, Concil. Illiber. - ♦ Adv, Marcion., lib. i, (*£. io. - » OIT., lib. 1, caj.. il.
ce qui suit: 6*^^ consummandorum consortium sacramentorum, liuic consortium tui sanguinis negas ? c'est-à-dire que comme diacre il était participant à la consécration et à la consommation des sacrements. Saint Ambroise ne parle pas ici de la consécration sacramentelle, mais, suivant une locution de ce temps, de la consécration ministérielle. Il est hors de doute que le diacre ne consacrait point le sang du Sauveur, mais en distribuant aux fidèles ce sang consacré par le prêtre, il les sanctifiait, les confirmait, les consacrait en quelque sorte. Pierre de Blois explique ainsi le passage de saint Ambroise, que nous venons de citer * : « On dit que nous, diacres, nous consacrons cette victime du salut, non en ce sens que nous consacrons réellement, mais parce que nous assistons humblement ceux qui consacrent. » Or, selon cette interprétation, on pourrait dire que non-seulement les diacres mais tous les assistants consacrent. Ici reviennent ces paroles de l'abbé Guerric 2 : « Le Prêtre n'est pas le seul qui sacrifie, le seul qui consacre, mais tous les assistants consacrent et sacrifient avec lui. » Mais cette interprétation est très-éloignée de la manière de parler des premiers siècles, et on doit lui préférer celle qui précède et suivant laquelle le diacre consacre en tant qu'il dispense aux fidèles le sang du Sauveur qui est notre consécration, notre sanctification, le principe et l'essence de toute sanctification. Maintenant encore le souverain Pontife se sert du Chalumeau lorsqu'il célèbre solennellement. Il s'en sert pour prendre ce qu'il veut du précieux sang, et le passe aux Ministres qui s'en servent également pour prendre le reste. Le même usage est encore en vigueur dans le célèbre monastère de Saint-Denis en France, de l'ordre de Saint-Benoît et maintenant de la Congrégation de Saint-Maur, congrégation qui, depuis qu'elle a repris son ancienne discipline, brille par sa science et sa piété, et ne le cède à aucune autre pour le mérite et le nombre de ses membres. Dans ce monastère, les ministres, suivant l'ancienne coutume, communient sous les deux espèces
1 Epist. 113, ap Episc. Londonensem. — a Serm. 5, De Puriflcat,
et prennent le sang du Sauveur à l'aide d'un Chalumeau. Je ne vois pas que les Grecs se soient jamais servis de cet instrument. Ils donnent la communion à la fois sous les deux espèces avec la Cochlear, sorte de cuillère dont nous parlerons plus loin.
g i. — Des Burettes et antres vases pour verser le vin et l'eau dans le Calice. — Du Colatorium. — De l'Aiguière.
Pour verser dans le Galice l'eau et le vin, nous nous servons de petits vases que nous nommons burettes. Mais autrefois chaque fidèle apportait du vin dans des coupes ou dans d'autres vases, et le diacre en versait dans le Galice ce qui était né-
lire pour le célébrant, et pour la communion des Odèles. C'est ce qu'indique souvent ÏOrâo romain, quand il parle de la célébration de la Messe. « Le Pontife, dit-il, reçoit les offrandes du peuple, l'archidiacre le suit et reçoit les vases qui contiennent le vin ; vient ensuite l'acolyte avec une coupe sur sa Chasuble. » Sans doute que cette coupe renfermait l'eau. Et ailleurs : « L'autel étant ainsi orné, l'archidiacre reçoit du sous-diacre régionnaire le vase dans lequel se trouve le vin, qu'il verse sur la couloire dans le Galice. » Et ailleurs encore, parmi les vases servant au saint ministère, il énumère des
s d'argent pour verser le vin. Dans la Vie des souverains Pontifes, il est souvent parlé de cruches, de coupes d'argent, et même quelquefois d'or et enrichies de perles, tant pour l'usage que pour l'ornement, car on en trouve qui pèsent douze, quinze, vingt livres et même davantage. Dans les Actes proconsulaires, dont nous avons parlé, il est fait mention de cruches d'argent, que les traditeurs avaient, conformément à l'édit de Dioclétien, remis au proconsul avec les autres vases sacrés. L'Ordo romain compte parmi les vases sacrés des ornements qu'il appelle: gemelliones a/rgenteos. Bulenger * pense «in»-1 c'était certains ornements enrichis de perles, gemmis\ mais, avec plus de vraisemblance, Vossius a croit que c'était
• De Donariis Pontificum, cap. 50. — - De vitiis Sermonis.
deux petits vases de forme pareille et se ressemblant, comme se ressemblent ordinairement deux frères jumeaux, gemelli. C'est presque dans le même sens que saint Augustin * nomme gemellarium un vase qui contenait deux mesures, geminam mensuram. A ces Burettes ou à ces vases, les anciens joignaient le colatorium, couloire, passoire. C'était un vase de forme concave, dont le fond était percé de tout petits trous, par lesquels était filtré le vin qu'on versait des Burettes dans le Calice, de peur que quelque ordure ne s'y trouvât mêlée. L'Ordo romain l'appelle colatorium et parfois colum et colam au féminin. Anastase en parle dans la Vie de Sergius II et de Benoît III. La Chronique de Mayence, que nous citons souvent, s'exprime ainsi: « 11 y avait neuf couloires d'argent, par lesquelles le vin pouvait être fdtré. » On voit au Musée Barberin une petite couloire de la forme d'une cuillère ayant un long manche, et une autre, également d'argent, de la forme d'une soucoupe et dont les petits trous forment un dessin admirablement tracé. Les anciens Rituels de quelques monastères ont conservé le souvenir du colatorium ; mais j'ignore si l'on s'en sert encore quelque part aujourd'hui. Toutes les fois que, pendant la Messe, le célébrant doit laver ses mains, YOrdo romain parle de l'Aiguière, qu'il nomme tour à tour aquamanile, aquimanile, vas manuale. 11 la désigne encore, ainsi qu'Anastase, sous le nom barbare d'aquamanus. Le terme d'aquimanile se trouve dans les Pandectes 2 ; il vient, suivant la remarque de Gotofred sur cet endroit, ou de ce que l'eau coule de l'Aiguière dans le bassin, aqua mariât, ou de ce que les anciens avaient coutume de demander l'eau en disant : Aquam manibus, comme on le voit dans Plaute 3 et dans Perse. Le quatrième concile de Cartilage dit que le sous-diacre reçoit dans son ordination, des mains de l'archidiacre, une coupe d'eau avec l'Aiguière et le Manuterge, parce que c'était lui qui devait préparer l'eau pour le Sacrifice, et la verser lorsque l'évêque, les prêtres et les diacres lavaient leurs mains.
1 In Psalm. 80. - 2 De Supellectili legata, h 3, — 3 In Truculente
$3. — Des Instruments particuliers aux 6-recs : la Lance, L'Asterique, I»1 Dicériôn, le Tricérion, le Cochléar et le Flabellum. — Que l'Église latine s'est aussi sen i.1 du Flabellum.
Les Grecs emploient encore pour le saint Sacrifice certains instruments inusités parmi les Latins ; ce sont d'abord la Lance, petil glaive ayant la forme d'un Fer de lance, dont ils se servent pour couper dans le pain la partie qui doit être consacrée; YÂstériquei composé de deux arcs croisés l'un sur l'autre et appuyés sur des bouts semblables à des rayons cl étoile ; on le met sur le pain qui doit être consacré, afin que le voile, en le touchant, ne dérange point l'ordre et la symétrie des particules ; le Dicèriqn qui est un cierge à deux branches, et le Tricérion qui en a trois; l'évêque en célébrant s'en sert pour bénir le peuple, et souvent, pendant le saint Sacrifice, il les prend l'un et l'autre dans ses mains; le Cochléar ou cuillère qu'ils appellent Aa&fo, dont ils se servent pour donner la communion aux fidèles. Génebrard et Hervct, dans les Liturgies qu'ils ont éditées, ont traduit ce mot par pinces ; mais c'est à tort, comme le prouve le savant Goar dans ses Notes sur la Liturgie de saint Chrysostôme !. Enfin, les Grecs se servent aussi du Flabellum ou éventail, que des diacres placés de chaque côté agitent pour chasser les mouches et les au très insectes, qui voltigent autour de l'autel; ils les appellent Ripidia. or, ptms et pwrtôeov est un mot grec qui veut dire éventail. La coutume de s'en servir remonte à la plus haute antiquité dans l'Eglise orientale. Il en • -i formellement parlé dans les Constitutions apostoliques 2, dans les Liturgies de saint Basile, de saint Chrysostôme, et dans les autres Liturgies grecques et syriaques. Il a un manche
z long à I ex duquel est une tète de Séraphin en-
vironnée <;<' six ailes. Les diacres l'agitent à certains moments indiqua - la Liturgie ; que s'ils n'ont point d'éventails, ils
se servent à leur défaut de petits linges et de voiles qu'ils
1 1\ 152. - - Lit). 8, cap. \i.
agitent. On emploie cet instrument, non-seulement pour chasser les mouches, mais encore pour certaines raisons mystiques, qu'il n'entre pas dans notre sujet d enumérer, et qu'on peut voir dans saint Germain * et dans le moine Job, cité par Pholius 2. Dans YOrdo romain, ainsi que dans beaucoup d'anciens Rituels, il n'est point parlé du flabellum, d'où quelques auteurs ont conclu qu'on n'en avait jamais fait usage dans l'Eglise latine ; mais je vais montrer, par des autorités dignes de foi, qu'on s'en servit quelquefois, tant à Rome que dans d'autres églises d'Occident. Jean Moschius 3 raconte qu'un évoque italien, célébrant un jour en présence du Pape Agapit, ne terminait pas la prière de l'offrande, parce qu'il n'avait point vu, suivant sa coutume, descendre l'Esprit-Saint ; le Pape pria de recommander à un diacre qui était près de lui, tenant le flabellum, de s'éloigner de l'autel. Ce qu'ayant fait, le saint évoque vit aussitôt descendre le Saint-Esprit. Hildebert de Tours 4, envoyant à un de ses amis un flabellum, en parle dans un sens mystique et indique qu'il servait au saint Sacrifice. « Lorsque, dit-il, avec ce flabellum que je vous envoie, vous chasserez les mouches qui viendront se reposer sur l'autel, il faudra aussi repousser avec l'éventail de la foi catholique les diverses tentations qui se présentent à l'esprit pendant le Sacrifice. Ainsi il arrivera que cet objet destiné à votre usage, vous fournira de plus une instruction mystique. » Dans les anciennes Coutumes de Cluny^, l'usage du flabellum est mentionné en ces termes : « L'un des ministres, qui doivent toujours être au nombre de deux, se tenant auprès du célébrant avec un flabellum, depuis le temps ou les mouches commencent à se montrer jusqu'à celui où elles disparaissent, aura soin de les éloigner du Sacrifice, de l'autel et du célébrant. » Enfin, un Cérémonial des évoques, écrit sous Nicolas V, qui se trouve manuscrit dans la Bibliothèque Barberine, n° 2,365, au chapitre de ce qu'on doit observer quand un cardinal célèbre la Messe solennelle, contient ces
1 In Theoria. — 2 In Biblioth., cod. 232, lib. 6, cap. 25. - 5 î>rat. Spirit., Cap. 150. — * Epist. 8. — 5 Spicileg., tome 4, lib. 2, cap. 30.
paroles : « En été, on porte aussi des éventails pour éloigner les mouches du saint Sacrifice. » Il en fait encore souvent mention dans la description de la Messe solennelle chantée par le Pape. Aujourd'hui, à Rome, lorsque le souverain Pontife va célébrer solennellement, on porte deux éventails faits de plumes de paon, mais ils ne servent point cà la Messe.
§ C). — Des Chandeliers, des Lampes. — Antiquité de leur usage dans l'Église. — Objection tirée de Laetance etdu concile d'Elvire.
Toutes les églises se servent de chandeliers, de lumières, de croix, d'encensoirs et de livres ; nous allons séparément traiter de chacun de ces objets. Baronius i montre que, dès les temps apostoliques, on se servait dans l'Église de chandeliers ou d'autres instruments d'or, d'argent ou d'un autre métal artistement travaillés auxquels on attachait des flambeaux pour éclairer, ou dans lesquels on insérait des mèches dont l'huile entretenait la flamme. 11 en donne pour preuve que cet usage existait chez les Hébreux, dans le temple desquels brûlaient plusieurs lampes et se trouvait un candélabre précieux, dont t Exode 2 donne la description. Anastase et les autres auteurs qui parlent des dons faits parles souverains Pontifes et par les princes, nous apprennent quelle était la richesse de ces objets ; en effet, ils en parlent souvent et les désignent sous divers noms suivant leur forme : Pliaros coronatos. Lampades cum Delphinis, Canthara cereostata, Lucernas aureas atque argenteas. Ils disent que plusieurs étaient d'un poids considérable ; qu'on y brillait, non-seulement de la cire et de l'huile commune, mais quelquefois de l'huile précieuse et du baume. Môme sous les empereurs païens qui pillaient ses trésors, L'Eglise était riche en ces sortes d'ornements, car nous lisons dans les Actes proconsulaircs, qu'en Afrique on avait remis aux ministres de Dioclétien sept lampes d'argent et onze d'airain avec les chaînes pour les suspendre, deux lustres, de petit
1 Ad ann. 58. — ■ Cap. 25.
chandeliers d'airain avec sept lampes qu'ils supportaient, Saint Prudence, dans son Hymne sur saint Laurent, met ces paroles dans la bouche du tyran : « On rapporte que des coupes d'argent reçoivent le sang fumant de la victime et que, dans vos sacrifices nocturnes, les flambeaux reposent sur des lustres d'or. » On cite encore le IIIe Canon apostolique, qui ne permet d'offrir à l'autel que l'huile pour les lampes et l'encens qui doit brûler pendant le Sacrifice. Saint Athanase, dont sa Lettre aux catholiques sur la persécution des Ariens, se plaint que ces hérétiques aient introduit dans l'Eglise les païens, qui ont renversé les chandeliers et brûlé les cierges en l'honneur des idoles. Saint Paulin rappelle également l'usage de se servir de flambeaux dans les églises * : « Les saints autels, dit-il, sont couronnés de lampes nombreuses, des cierges odorants brûlent en répandant de suaves parfums. Ils sont allumés et la nuit et le jour: ainsi, la nuit resplendit de l'éclat du jour, et le jour lui-même, éclairé déjà par le soleil, apparaît encore plus brillant cà la lueur de ces innombrables lampes". » Par où l'on voit que les flambeaux étaient allumés, non-seulement la nuit, mais aussi pendant le jour, usage que blâmait Vigilance, quand il dit : « Sous prétexte de religion, nous voyons s'établir dans les églises, la coutume de brûler, à la manière des Gentils, une foule de cierges en plein jour. » Mais saint Jérôme réfute vigoureusement, suivant sa coutume, cet hérétique; il lui montre que ce rite est universel, tant en Orient qu'en Occident, qu'on allume ces flambeaux, non pour dissiper les ténèbres, mais en signe de joie. Saint Isidore donne une autre raison 2 : «C'est, dit-il, pour représenter sous le type de cette lumière corporelle, la vraie lumière dont il est dit dans l'Evangile : Erat lux vera, qucT illuminât omnem hominem. » Dans le même sens, le Micrologue dit 3 : « Suivant YOrdo romain, nous ne disons jamais la Messe sans lumière, non qu'elle soit nécessaire pour chasser les ténèbres, puisqu'il est jour, mais plutôt comme figure de cette lumière dont nous célébrons les Sacrements, et
1 Nalal. 3. sancti Felicis. - 2 Orig., lib. 7, cap. 12. - * Cap. 11.
sans le secours de laquelle nous sommes dans l'obscurité à midi, comme au milieu de la nuit. » Il semble que Lactance ait improuvé cet usage, car il dit l : « Peut-on réellement considérer comme ayant sa tête cà lui, l'homme qui offre en présent la lumière de chandelles ou de cierges à celui qui a créé la lumière et qui la distribue? » Mais siron veut y réfléchir, on verra qu'il ne s'agit ici que des païens, qui offraient cà la divinité des flambeaux, comme si elle eût été dans les ténèbres et sans lumière. Le concile d'Elvire donne lieu à une objection plus difficile à résoudre 2 : « Il nous a paru convenable de ne plus allumer de cierges dans les cimetières pendant le jour, car on ne doit pas inquiéter les esprits des saints. » Ce Canon a mis les interprètes à la torture, tant à cause de la défense qu'il porte, et qui semble en opposition avec ce que pratiquaient toutes les églises, qu'à cause de la raison qu'il donne de cette défense ; car on ne voit pas trop comment les esprits des saints pourraient être troublés par des flambeaux allumés. On trouve différentes explications des savants sur ce Canon, dans les Commentaires sur le concile d'Elvire, récemment édités à Lyon; on pourra les parcourir3. Mais, à vrai dire, aucune de ces interprétations ne nous paraît trancher la difficulté, et il ne nous appartient pas d'essayer de terminer une controverse si difficile. Possible que dans cette province l'usage d'allumer des cierges dans les cimetières avait donné lieu à quelque pratique superstitieuse à l'occasion de laquelle fut porté ce Canon ; et alors son obscurité ri sa difficulté viendraient de ce que nous ignorons ce qui le motiva. On trouvera dans Baronius, à l'endroit que nous avons cil.'1, di' plus longs détails sur l'usage des flambeaux dans les égtis
3 — Pourquoi la Messe ne doit-elle pas être célébrée sans croix? — Antiquité de ce rite.
est la coutume de placer une croix sur l'autel entre les 1 Divin. inM., Iil». 6, cap. 2, Can, >'i. " 1'. 321 et seq.
chandeliers. La plupart des auteurs montrent que ce rite est fort ancien, d'après le IIIe Canon du second concile de Tours tenu en 570. On y lit: « Que le corps de Jésus-Christ ne doit pas être placé sur l'autel d'une manière arbitraire, mais qu'il doit être sous la croix. » Les savants ne s'entendent pas sur le vrai sens qu'on doit donner à ces paroles, et c'est un point qui jusqu'ici n'a pas encore été éclairci. D'autres pensent avec raison que cet usage est encore beaucoup plus ancien, puisqu'il vient des Apôtres. En effet, la vue de la croix rappelle au célébrant le souvenir de la passion de Jésus-Christ, Passion dont ce Sacrifice est la vivante image et la représentation réelle, puisque, bien qu'il soit offert d'une manière différente, étant le même sacrifice que celui de la croix, il représente d'une manière non sanglante la mort sanglante du Sauveur. C'est pourquoi les saints Pères, comme l'atteste le séraphique saint Bonaventure !, ont défendu de célébrer la Messe sans l'image de Jésus-Christ crucifié. C'est pourquoi encore les fidèles ont toujours eu en grande vénération le signe de la croix, tellement qu'au rapport de Tertullien 2 ils le traçaient sur leur front en entrant, en sortant, en s'habillant, en se mettant à table, en entrant au bain et en se couchant. Saint Basile 3, parmi les dogmes qui nous ont été transmis par la tradition des Apôtres et non par l'Ecriture, compte en premier lieu cette pratique de se signer de la croix commune à tous ceux qui ont placé leur espérance en Jésus-Christ. « Qu'est-ce que le signe de Jésus-Christ, dit saint Augustin, sinon la croix de Jésus-Christ ; et si ce signe n'est appliqué sur le front des fidèles, s'il ne sanctifie l'eau qui les régénère, s'il ne consacre l'huile et le Chrême dont ils sont oints, s'il n'intervient au Sacrifice dont ils sont nourris, toutes ces choses ne sont point faites comme il convient. » Et non-seulement les fidèles avaient coutume de faire le signe la croix dans toutes leurs actions, mais ils avaient un grand respect pour l'image delà croix. Antoine Augustin a recueilli sur ce point plusieurs autres canons 4. Bède fait men-
1 De Mysleriis Miss.-p. — 2 De Coron, mil., cap. 3. — 3 De Spirit. sanot. cap. 27. - * Jur. Pontif., lib. 16; titul. 14.
tion «l'une croix d'or placée sur l'autel *. Jonas d'Orléans dit 2 : « 11 y a beaucoup dechoses que la sainte Eglise observe reliisement telles qu'elles ont été transmises par nos ancêtres. En effet, ce n'est pas de notre temps que s'est établi l'usage de placer l'image de la croix dans la basilique des saints, mais nous savons ([uee est une pratique ancienne et légitime. »
| 8. — Des Encensoirs. — Usage de l'Encens. — Son antiquité
chez tous les peuples.
L'Encensoir, auquel Anastase donne parfois le nom de suffitorium, est un vase dans lequel on brûle de l'encens ou d'autres parfums pendant la Messe solennelle, et cela d'après la tradition (h'< Apôtres et l'exemple de la loi mosaïque. Aucune cérémonie, aucun rite ne se trouve plus souvent rappelé, soit dans les anciennes, soit dans les modernes liturgies de toutes les nations, que celui de brûler fréquemment de l'encens et des parfums pendant le saint Sacrifice. Ce fut une coutume admise chez tous les peuples, quelque grossiers, quelque ignorants qu'ils fussent de la vraie religion, et ils ne pensaient pas qu'aucun sacrifice pût être régulièrement offert, sans qu'il s'y mêla la fumée de l'end'au très substances odoriférantes. Les Mages, en offrant de l'encens à Jésus-Christ, le reconnurent et l'adorèrent comme Dieu. Egalement les poètes pensaient que l'offrande de l'encens était inséparable des hommages rendusà la divinité. «Je Relèverai un temple, dit Ovide, je ferai monter en ton honneur la fumée de l'encens. » C'était d'après cette conviction, qu'on regardail connue ayant sacrifié aux idoles, les chrétiens qui n'avaient fait que prendre du bout des doigts quelques grains d'encens, <-i les avaient jetés dans le feu ; on les appelait Thurir . pour les distinguer ihx> autres qui ('(aient tombés pendant ia persécution, et qu'on nommait Sacrificati, Libella tici, ldolatrœ, ainsi que le montre Baronius 3, d'après l'autorité
1 lli>c, lil». 2, «np. l\). - 2 Lil». 2, Ailv. Claud. Taurin., m l'nrfat, - 3 Ad ann.
de saint Cyprien, On connaît ce passage de Tertullien * : « 11 fallait l'employer (le sang humain) comme le feu et les cassolettes pour reconnaître les chrétiens. »Or, les cassolettes sont des vases dans lesquels on mettait ordinairement l'encens. Le Livre des Pontifes, dans la Vie de saint Sylvestre, fait mention de deux Encensoirs d'or pur, donnés par Constantin et pesant ensemble trente livres, et d'un autre également d'or, enrichi de pierreries, du poids de quinze livres. Dans la Vie de Sergius, il dit : « Celui-ci fit faire un grand Encensoir d'or avec des colonnes et un couvercle, et il le suspendit devant trois images d'or du bienheureux Apôtre saint Pierre. Aux jours de fêtes, pendant la Messe solennelle, on y plaçait de l'encens et d'autres parfums, qui montaient vers le Dieu tout-puissant en vapeurs abondantes. » Saint Ambroise nous apprend, que l'usage d'encenser l'autel pendant le saint Sacrifice remonte à la plus haute antiquité ; car il dit sur le premier chapitre de saint Luc : « Et plaise à Dieu qu'un Ange aussi nous assiste, quand nous encensons l'autel pendant le saint Sacrifice. » Un commentateur de YOrdo romain parle ainsi de ce môme rite 2 : « Après le Credo, les Encensoirs sont promenés sur l'autel, la fumée frappe ensuite l'odorat des assistants, les mains en remuant les cassolettes, font monter les vapeurs odorantes. » Le IIIe Canon des Apôtres, déjà cité, défend d'offrir autre chose à l'autel que l'huile pour les lampes et l'encens pour le Sacrifice. Dans le Livre des anciennes coutumes de Floriac, il est recommandé qu'aux fêtes solennelles le sacristain encense tous les autels avant Matines et avant les Vêpres. Jadis les religieux avaient coutume d'observer ce rite, même avant les prières privées, surtout chez les Grecs, ainsi que leurs Vies nous l'apprennent. Relativement à l'usage d'encenser les ministres qui servent à l'autel, ceux qui assistent et même les laïques, ce n'est point une marque d'honneur, comme on l'a pratiqué abusivement dans quelques endroits, mais c'est une cérémonie purement religieuse, pour exciter à prier et représenter les effets de la grâce divine. Aussi dans l'Apocalypse, la
1 Ajiol., cap 9. — 2 Apud Cass., in Liturg.
fumée de l'encens c'esl la prière des saints, et nous chantons dans les Psaumes : « Que ma prière s'élève en votre présence
mrne la fumée de VEncens. » Egalement dans YOrdo romain, le prêtre en bénissant l'encens, demande à Dieu que par la vertu de ce parfum soient dissipés les embûches et les illusions des démons, que la prière soit plus fervente. Et qu'on n'objecte pas, contre cet usage de l'encens dans l'Eglise dès les temps apostoliques, Tertullien qui dit I que nous offrons à Dieu une prière pure, « et non quelques grains d'un vil encens, ou les larmes résineuses d'un arbre d'Arabie. » Qu'on n'objecte ni Arnobe 2 qui prouve longuement que l'usage de l'encens est une chose récente, inconnue aux temps héroïques, à Numa et mêmeàl'Etrurie d'où sort la religion romaine, ni Athénagore qui parle ainsi dans sa Défense des Chrétiens : « Le Créateur et le Père de toutes choses n'a besoin ni du sang, ni de la chair rôtie des victimes, ni des Heurs, ni de la vapeur des parfums, puisque lui-même est un parfum incomparablement plus doux, puisqu'il ne manque de rien et se suffit à lui-même. » Qu'on n'objecte pas, dis-je, ces auteurs, car ils parlent de l'usage de l'encens dans les sacrifices païens, et de la manière superstitieuse et sacrilège dont ils l'employaient Certes, nous aussi, nous n'offrons point à Dieu un
ri fiée d'encens, nous n'en faisons pas monter vers lui les vapeurs des parfums comme s'il en avait besoin, nous ne croyons pas qu'un tel hommage suffise sans culte intérieur, et, pour nous servir des paroles de Terlullien lui-même 3: « Si nous brûlons de l'encens, ce n'est ni suivant le même rite, ni avec la même intention et le même appareil qu'on le brûle en l'honneur des idoles. » Que l'usage de l'encens eût été, suivant Arnobe, une cérémonie récente dans le paganisme, c'est possible; mais elle n'était pas nouvelle dans les sacrifices du vrai Dieu, comme le prouve l'Ancien Testament, d'où elle est passée dans la loi nouvel
1 ^i"'1 ' Lib. 7, adv. Gentes. - " I».- Corona, cap, 10.
| 9. — Des livres liturgiques. — Avec quel respect ils étaient traités, — Qu'était-ce que le Cantatorium ?
Il doit paraître superflu de traiter ici des Livres liturgiques et des Rituels, puisque sans eux on ne saurait célébrer le saint Sacrifice. Qu'il y ait eu dès le commencement certaines formules liturgiques écrites par les Apôtres et par les hommes apostoliques, c'est ce que nous avons démontré au chapitre VIIIe de ce livre. Gennade rapporte i que Voconius Castellanus, évoque de Mauritanie, et Musée, prêtre de Marseille, avaient écrit des Sacramentaires et de beaux livres d'offices ; si ces ouvrages existaient encore, ils nous fourniraient des lumières précieuses sur les anciens rites. Le pape Gelase,- et après lui saint Grégoire le Grand, ont également recueilli l'ordre de la Messe dans des volumes particuliers. En 831, leurs Missels séparés se trouvaient dans l'abbaye de Saint-Richer. En effet, voici comme en parle la Chronique de ce monastère 2 dans le catalogue de la Bibliothèque : « Livres des sacrements qui servent au saint Sacrifice: trois Missels grégoriens, un Missel de saint Grégoire et de Gelase, adapté à notre époque par Albin, dix-neuf Missels de Gelase. » Pamélius 3 a édité le Sacramentaire de saint Grégoire, qui fut ensuite publié d'une manière plus correcte et enrichi de notes savantes par Hugues Ménard, bénédictin de la Congrégation de de Saint-Maur. Autrefois on avait un grand respect pour le Missel, et dans les Capitulaires de Gharlemagne il est recommandé, d'après le concile d'Aix-la-Chapelle, que lorsqu'il sera besoin de transcrire un Missel, on choisisse des hommes d'un âge mûr, qui l'écriront avec la plus grande attention. Mais de tous les livres qui devaient servir au saint Sacrifice, celui qu'on traitait avec le plus grand respect, c'était le Livre des Evangiles. L'Evangile, en effet, est le type de Notre-Seigneur Jésus-Christ dont il reproduit les paroles ; c'est pour cela que dans le huitième concile on
1 De Script, eccl., cap. 8, — 2 Spicileg., lib. 3, cap. 3, tom. 4, — 5 Liturgicorum, tom. 2.
décida 1 que le Livre des Evangiles et l'image de Notre-Seigneur Jésus-Christ auraient droit aux mômes honneurs. Dans les conciles, od place ordinairement le Livre des Evangiles sur un trône élevé, dans un lieu apparent. Ce fut une ancienne coutume, dont parlent saint Grégoire le Grand 2 et Grégoire de Tours3, de Le placer avec l'image du crucifix dans une boite précieuse enrichie d'or, d'ivoire et de perles, comme aussi de l'écrire en lettres d'or. C'est ce que confirme Àimon 4 quand il énumère, parmi le butin que Childebert rapporta d'Espagne, vingt boîtes enrichies d'or et de pierreries destinées à recevoir l'Evangile. Le moine Siincon l'ait également mention5 de la coutume d'orner à l'extérieur le Livre des Evangiles d'or et de pierres précieuses. Léon d'Ostie 6 énumère, parmi les ornements donnés à l'église du Mont-Cassin par l'abbé Didier, qui fut depuis Victor III, les Livres des Epitres et des Evangiles, ainsi qu'un Sacramentaire avec des couvertures d'ivoire et d'argent. Flodoart 7 parle d'un Sacramentaire enrichi d'ivoire et d'argent. On trouve dans Goldast 8 un ouvrage sur l'origine du monastère de Saint-Gall, où nous voyons que l'abbé Hartmot avait orné le Livre des Evangiles d'or, d'argent et de pierres précieuses. Dans X Histoire de Byzance9, Ducas se plaint qu'après la prise de Constantinople, les Evangiles qu'on avait embellis et ornés avec tant de soin, après avoir été dépouillés de l'or et de l'argent dont on les avait enrichis, aient été partie dispersés, partie vendus à vil prix. Nous pourrions encore citer une foule d'autres témoignages sur ce point, mais ceux que nous venons de rapporter suffisent pour montrer quel respect on avait pour les Livres liturgiques. L'abbé Rupert 10 donne la raison pour laquelle on les décorait de ces ornements. « On embellit, dit-il. et avec raison, le Livre des Evangiles d'or, d'argent et de pierres précieuses; puisque dans ce Livrebrillent Torde lasagesse divine, l'argent d'une éloquence
1 Cap. 3. - 2 Lib. 12, ep. 7. — > Lib. de gloria Conf., cap. 63 et lib. 3, Ilist. Pltnoor., cap. 10. — ' I)t: gett Francorum, lib. 2. — r> Lib. 2, De Dunclinensi Bcclasifl, cap. 12. — 6 Chronic. (lass'mens. lib. 3, cap. 20 en 74. — ' Lib. 3, cap. 5. — » Tom. 1, Hcruin Alamanicarum. — '•' Cap. 42. — ,0 De Divin. ofl.; lil». I, cap. 23.
sacrée, et puisque là aussi reluisent les pierres précieuses des miracles, que les mains de Jésus-Christ ont elles-mêmes taillées et embellies. » Je me souviens d'avoir lu dans une Histoire des Moscovites, que ces peuples n'osaient toucher au Livre des Evangiles avant de s'être lavé les mains, d'avoir fait le signe de la croix et incliné la tête en signe de respect pour ce Livre sacré. Qu'il serait à souhaiter que tous' les catholiques imitassent la vénération de ces schismatiques pour l'Evangile ! Relativement à l'usage de placer le Missel sur un coussin, ïOrdo romain nous apprend qu'il est très-ancien, car il prescrit, qu'après la lecture de l'Evangile, le sous-diacre reçoive des mains du diacre le Livre des Evangiles et le coussin, et qu'il marche devant lui. Ce même Ordo, parmi les différents objets qu'on doit porter devant le Pontife lorsqu'il se rend à la station, nomme le Cantatorium. Je pense que par là il désigne le livre, ou plutôt le tableau, où se trouvait écrit le Répons, qu'on devait chanter après TEpître ; car il dit peu après: « Quand le sous-diacre a lu l'Epître, le chantre monte avec le Cantatorium et chante le Répons. » Amalaire parle aussi des * tablettes que le chantre tenait à la main. Mais comme il explique tout dans un sens mystique, on ne saurait de son texte rien conclure qui éclaircisse ce point, sinon que ces tablettes étaient ordinairement d'or. Peut-être faut-il entendre du Cantatorium ce que rapporte Léon d'Ostie 2, en parlant de l'abbé Didier: « Il fit un Livre pour chanter soit devant l'autel, soit sur le degré, et il y joignit des tablettes incrustées d'or et d'ivoire artistement sculptées. » En effet, autrefois le Répons, qui suit l'Epître, se chantait sur le degré igradus) et de là est venu le non de Graduel.
§ '10. — Du Corporal. — Qu'autrefois il était plus long et plus large. — Du Purificatoire, du voile dont on recouvre le Calice,
Après les vases sacrés et les divers instruments qui servent au saint Sacrifice, viennent les linges sacrés. En premier lieu se
■ Lib. 3, cap. 16. - *2 Lib. cit., cap. 20.
présente la serviette de lin. sur laquelle on consacre le corps du Sauveur, et qui, pour cela môme a n'eu des écrivains ecclésiastiques le Dora de v/.Il esl à croire que les Apôtres uedurent
:élébrer le saint SacriGce sur un au loi nu et dépouillé, mais, qu'à cause de leur profond respect pour le corps sacré du Sauveur, ils environnèrent l'autel de linges et d'ornements. On lit dans le Livre des Pontifes, que saint Sylvestre prescrivit de ne point employer pour le saint Sacrifice des linges de soie ou teints de différentes couleurs, mais seulement des voiles de lin, parce que le corps de Notre-Seigneur fut déposé dans un linceul de lin et de couleur blanche. Les Grecs se servent aussi d'une serviette de lin carrée, semblable à notre Corporal; on 1 étend après la lecture de l'Evangile et on la replie après le SacriGce. Ils l'appellent lliton. Saint Chrysostème dans sa Liturgie, et saint Isidore de Péluse, son disciple *, en parlent dans un sens analogue au décret du Pape Sylvestre. « Ce linceul pur et blanc, dit le dernier, qu'on étend sous les divins mystères, c'est le ministère de Joseph d'Arimathie, car de même qu'il a enseveli dans un linceul le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par lequel tous les hommes ont acquis des droits à la résurrection, ainsi sacrifiant sur ce linceul le pain de proposition, il y devient sans aucun doute le corps de Jésus-Christ. » Le nom de Corporal se trouve fréquemment dans YOrdo romain; on y trouve même pour le bénir trois oraisons, dans lesquelles l'évoque prie le Seigneur de sanctifier par une bénédiction céleste ce linge, sur lequel doivent être consacrés le corps et le sang du Sauveur. 11 est aussi appelé dans ce même livre Palla corporalis. « On ne doit, y est-il dit, laver aucun linge dans l'eau où les Corporaux, pallœ corporelles, ont été laves. » Le moine Raoul Glaber2,à l'endroit où il raconte que
malades furent guéris et des incendies arrêtés par l'attouchement du Corporal, l'appelle Chrysmale, nom qui lui est également donné, j'ignore pour quelle raison, par le vénérable Bède dans son Pénitendel. Jadis il était beaucoup plus long et beaucoup plus large que maintenant, car il recouvrait tout l'autel ;
1 Lit). I. .•!•. 123. - • Ili>t.. lib. 5, cap. 1,
c'est pour cela qu'on lui avait donné les noms de Palla et de Linteamen. Ces dimensions résultent manifestement du témoignage de YOrdo romain, qui demande deux diacres pour l'étendre et pour le replier. Voici ses paroles : « Alors vient le sous-diacre portant sur son bras droit la Patène, sur son bras gauche le Calice, et sur le Galice le Corporal. Le diacre prend ce dernier, le pose à droite sur l'autel, et donne l'autre bout à un second diacre pour l'étendre. » Et plus clairement encore ailleurs : « Le diacre recevant le Corporal des mains de l'acolyte, l 'étend sur l'autel avec l'aide d'un autre diacre. Ce linge doit être de lin blanc, parce que nous lisons que ce fut dans un linceul blanc que le corps de Notre-Seigneur fut enseveli. Il doit être assez grand pour recouvrir tout l'autel. » Et plus bas, après la Communion, il ajoute : « Ceci terminé, deux diacres replient le Corporal qu'ils placent sur le Calice. » Le Corporal à cette époque recouvrait tout l'autel, afin qu'on pût commodément y placer la quantité de pains nécessaire pour les nombreux communiants ; mais dans la suite ce nombre étant devenu plus restreint, on diminua les dimensions du Corporal. Autrefois le Corporal était le seul linge sacré du Sacrifice, c'est-à-dire qu'on ne se servait pas de la petite palle de lin, dont maintenant nous couvrons le Calice; comme le Corporal était fort large, il servait lui-même à cet usage. Voici ce que dit à ce sujet le Livre des anciens usages de Citeaux i : « Le diacre, après avoir déposé les offrandes sur l'autel, met le Calice au milieu, sur le second pli antérieur du Corporal, il place le pain devant le Calice, et recouvre ce dernier avec la partie postérieure du Corporal. » Un ancien Cérémonial de la Congrégation de Bursfel, de l'Ordre de Saint-Benoît, dit dans le même sens 2 : « Le diacre étend sur l'autel le Corporal, qui doit avoir trois plis dans sa largeur et quatre dans la longueur; il fait en sorte que le milieu corresponde au milieu de l'autel, » et peu après : « Il recouvre le Calice avec le pli postérieur du Corporal. » Cet usage subsiste encore chez les Chartreux; mais l'Eglise romaine se sert, pour couvrir le Calice, d'une petite palle de lin dont parle Inno-
» Cap. 53. - 2 Cap. 44.
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cent ' : « 11 y a, dit-il, deux sortes de pâlies : l'une appelée Corporal que le diacre étend sur l'autel, l'autre qu'il met toute pliée sur le Calice. » Raoul de Tongres 2 nous apprend que de son temps toute l'Italie et l'Allemagne suivaient en cela l'usage de Rome, mais qu'en France on se servait encore d'un seul Corporal. Le Bienheureux Jean de Parme, septième supérieur général des Frères mineurs, ordonna à ses Frères de placer sur le Calice une palle séparée du Corporal; ainsi le raconte, d'après les Annales de Wadding^ llenschenius dans la Vie de ce saint personnage3. Toutefois, cet usage était déjà en vigueur dans quelques églises à l'époque de saint Anselme, car il en est parlé dans l'ouvrage qu'il adressa à Valeran sur les diverses observances des églises dans l'administration des Sacrements; et voici ce que dit Valeran dans la réponse qu'il lui envoie : « Au saint Sacrifice, quelquesuns recouvrent le Calice dès le commencement, et pour cela les uns se servent du Corporal, d'autres d'une palle pliée à l'instar du linceul, que nous lisons avoir été trouvé dans le sépulcre séparé des autres linges et plié à l'écart. » Saint Anselme, en lui répondant, ne blâme aucune de ces pratiques; il juge seulement plus convenable et plus sûr de couvrir le Calice, afin qu'il n'y tombe rien d'inconvenant. Dans la Messe ambrosienne, il y a une oraison Super Sindonem, que le célébrant récite avant l'Offertoire, pendant que le diacre aux Messes solennelles étend le Corporal sur l'autel. Conrad, dans la Chronique de Mayence, parle d'une boîte précieuse ou d'une sorte de bourse destinée à renfermer les Gorporaux. Quant au Purificatoire dont nous nous servons maintenant pour essuyer le Calice, je ne sache pas qu'aucun ancien auteur en ait fait mention. L'Ordo romain ne dit rien de la manière d'essuyer le Calice après la Communion. On y lit : « Cet office étant terminé, et le sous-diacre régionnaire ayant reçu le chalumeau avec lequel a communié le peuple, il reçoit des mains de l'archidiacre le Calice qu'il donne à l'acolyte pour le remettre dans le Paratorium. » Et ailleurs : « Le diacre
1 De Myst. Miss., lit>. 2, cap. 5G. — a De canon, observ. prop. ultima. — 8 Die
M.irtis
doit veiller avec soin à ce qu'il ne reste soit dans le Galice, soit sur la Patène, aucune partie du corps ou du sang du Seigneur. » Mais il ne dit point comment doivent être purifiés le Calice et la Patène avant d'être remis dans le Paratorium. On ignore également ce qu'il faut entendre par le mot de Paratorium ; était-ce une cassette, une armoire où l'on renfermait tous les vases sacrés, ou bien n'était-ce pas plutôt une sorte d'étui destiné à ce Galice seulement? Les Religieux se servaient autrefois, pour essuyer le Galice, d'un petit linge qu'on attachait à ]'autel du côté de l'Epître; là se trouvait une petite piscine dans laquelle on jetait la seconde ablution. C'est ce que nous remarquons encore dans les anciennes églises et surtout dans celles des Cisterciens. Goar, dans ses Notes sur la Liturgie de saint Chrysostôme, nous apprend que les Grecs, pour purifier le Galice et le disque, se servent d'une éponge. Ils l'emploient au Sacrifice non sanglant, parce qu'on l'employa et qu'elle fut un des instruments du sacrifice sanglant offert par Jésus-Christ. L'usage du voile dont est recouvert le Calice remonte à la plus haute antiquité, car le LXX1I6 Canon apostolique défend de faire servir à des usages profanes les voiles sanctifiés, et le troisième concile de Bragues, sous Adéodat, frappe d'excommunication * ceux qui auraient la témérité de vendre, de donner ou de faire servir à leur propre usage les ornements et les voiles de l'Eglise. Le Pape Hormisdas 2 remercie Epiphane de Constantinople des Calices et des voiles qu'il lui a envoyés. Les Grecs se servent de trois voiles ; l'un recouvre le disque, un autre le Calice, et le troisième plus grand les recouvre tous deux. Ils appellent ce dernier k*p, air, parce qu'il environne les oblats comme l'air environne la terre ; son nom et sa forme ont passé de l'église de Jérusalem dans les autres églises d'Orient, comme le prouve un passage du Typique de Saba, cité par Goar 3. Il faut aussi observer que souvent, sous le nom de voiles, on désigne les tentures et tapisseries dont les murs des églises étaient décorés, et quelquefois les rideaux que les Grecs mettent aux portes du sanctuaire. C'est à
» Can. 72. - 2 Epist. 73. - 3 ïn not., p. m.
ce genre de voiles que me paraissent avoir trait les oraisons du voile qu'on trouve dans la Liturgie de saint Jacque$ et dans celle dut Basile, et non pas au voile du Calice, comme l'affirme un certain auteur. 11 y avail autrefois chez les Latins un autre voile ou rideau qui était ordinairement tendu pendant le Carême, entre le chœur et le Presbyterinm, dans les églises où le chœur se trouvait placé devant l'autel ei le Presbyterium. Les Anciennes Coutumes de Citeaux { et l'Ancien Cérémonial bénédictin 2 parlent de cet usage. Des hommes instruits et dignes de foi m'ont assuré qu'il était encore en vigueur dans certaines églises de France.
§44. — Qu'autrefois les Acolytes portaient pendant la Messe un linge et de petits sacs. — Quel en était l'usage? — Linge pour recevoir les offrandes. — Echarpe ou voile de l'Offertoire.
L'Ordo romain prescrit aux acolytes d'avoir un linge (sindonem) attaché à leur cou, et veut qu'ils ne servent à l'autel qu'après avoir pris ce linge et de petits sacs (sacculis). Ce linge leur servait pour porter les vases sacrés qu'ils ne devaient point toucher avec leurs mains, et dans ces petits sacs ou bourses, ils recevaient les offrandes. Voici comme s'exprime YOrdo romain en décrivant les cérémonies de la Messe, avant la Communion et après le baiser de paix : « Les sous-diacres s'approchent; ils sont suivis des acolytes qui portent à droite et à gauche de l'autel de petits sacs destinés à cet usage. Alors les acolytes tendent les bras, et les sous-diacres ouvrent ces petits sacs pour que l'archidiacre puisse plus commodément y déposer les oblations ; on commence par le coté droit. » Je voudrais bien que de plus habiles me disent si ces oblations étaient consacrées. Tout d'abord, j'avais pensé que c'étaient les Eulogies qui devaient être distribuées à la fin de la Messe, ou qu'on devait envoyer aux pauvres; mais les paroles qui suivent ne sauraient s'appliquer aux Eulogies et indiquent assez manifestement qu'il s'agit
♦ Cap. 15. - - Cap. ai.
d'offrandes consacrées : « Alors les acolytes se rendent auprès des évoques, à droite et à gauche autour de l'autel, afin que les prêtres commencent à rompre ces oblations sur la Patène; cette dernière est remise aux diacres par les sous-diacres régïonnaires, afin qu'eux-mêmes puissent rompre les offrandes, lorsque le Pontife le leur permet; » et peu après : « Lorsque les offrandes ont été rompues, le second diacre prend la Patène des mains du sous-diacre et la porte à l'évêque pour qu'il communie au corps du Sauveur. » Il décrit ensuite la communion des assistants clercs et laïques. Enfin une seconde raison montrant qu'il s'agit d'offrandes consacrées, c'est qu'on les prenait sur l'autel pour les déposer dans ces petits sacs; or, après l'Offertoire, on ne laissait sur l'autel que les offrandes qui devaient être consacrées. L'Ordo romain ne nous apprend point quelle était la forme de ces petits sacs, ni de quelle manière ils étaient faits; il en parle comme d'un rite commun alors et que tout le monde connaissait, et je ne pense pas qu'on rencontre chez les anciens auteurs la moindre mention de cet usage. C'est donc une question que j'abandonne à l'examen et au jugement de ceux qui sont plus versés dans la connaissance des anciens monuments ecclésiastiques. Pour moi j'ai cru, d'après l'autorité de YOrdo romain, devoir classer ces petits sacs parmi les linges sacrés. 11 y avait encore un autre linge ou linceul destiné à recevoir les offrandes du peuple. « Les offrandes du peuple, dit ïOrdo romain, sont reçues par le sous-diacre qui, en présence du Pontife, les met dans un linge. » Et ailleurs, plus clairement encore : « Le sousdiacre régionnaire reçoit du Pontife les offrandes et les remet au sous-diacre qui le suit; ce dernier les place dans un linceul que deux acolytes tiennent étendu. L'évêque de semaine reçoit à son tour les offrandes que n'a pas reçues le Pontife, et il les remet lui-même dans un linceul qu'on porte derrière lui. » On trouve encore un vestige de ce rite dans la cathédrale de Milan; en effet, à la Messe solennelle, le célébrant, ayant à ses côtés le diacre et le sous-diacre, descend cà l'entrée du Presbyterium où il reçoit dans un linge, que le diacre et le sous-diacre étendenl devant
lui, les offrandes de pain et de vin que lui apportent deux vieillards revêtus d'un costume particulier. Ensuite il avance à l'entrée du chœur inférieur pour recevoir les offrandes que deux femmes âgées lui présentent avec les mêmes cérémonies. Il y avait encore un autre voile que ÏOrdo romain appelle Ofl'ertolium; il a conserve ce nom et l'on s'en sert encore aujourd'hui. « L'archidiacre, dit ce même Ordo romain, prend le Calice des mains du sous-diacre et le place sur l'autel à droite des offrandes du Pontife; il le soutient par les anses enveloppées dans son écharpe (off'ertorio). » Et ailleurs : « Lorsque le Pontife a dit : Per ipsum, cum ipso, l'archidiacre lève le Galice en le tenant par les anses avec son écharpe (offertorio). » On lit dans l'Ordre de Citcaux { : « Le diacre, ayant les mains entourées de son écharpe, tient le pied du Galice de la main gauche et de l'autre il présente la Patène au célébrant. » Aujourd'hui on lui donne le nom de Vélum off'ertorii ; il retombe à côté du diacre quand il présente le Calice au prêtre. Le sous-diacre s'en sert quand il lient la Patène et qu'il la présente au diacre vers la fin de l'Oraison dominicale. L'Ordo romain désigne aussi ce voile sous le nom de Fanon dans le passage suivant : « Lorsqu'ils voient qu'on entoure de lecharpe (fanone) le Calice dans lequel est le sang du Seigneur, et qu'ils ont entendu ces paroles : Sed libéra nos à malo, ils vont préparer les Calices. »
| \i. — Ornements de l'Autel et de l'Église.
On doit aussi ranger parmi les ornements sacrés servant au Saint Sacrifice, les couvertures ou nappes d'autel désignées sous les noms de velamina, palis, operimenta, rnappœ et mantiHa, ainsi que les parements antérieurs que ies modernes appellent pallia, froiiialic, et quejes anciens nommaient vêtements de l'autel, vestes altaris. Enfin il faut également compter parmi ces ornements les vases d'or et d'argent, les châsses précieuses contenanl les reliques des Saints h toutes les autres choses de ce
1 Cap.
genre qui, bien que netant pas nécessaires au Sacrifice, contribuent cependant à la décoration de l'autel. On lit dans ÏOrdo romain et dans un ancien Formulaire pour la dédicace des églises, édité par Ménard, la manière de bénir ces linges. Ives de Chartres 1 dit d'après un concile de Reims : « Il faut surtout traiter avec un respect religieux la table de Jésus-Christ, l'autel sur lequel se consacre le corps du Sauveur et où l'on boit son sang, l'autel où sont renfermées les reliques des Saints, où le prêtre offre en présence du Seigneur les prières et les vœux du peuple; qu'il soit soigneusement recouvert de linges et de pâlies très-pures, et qu'on n'y dépose rien, sinon les châsses qui contiennent les reliques des Saints et les quatre Evangiles. » Saint Optât de Milève 2 fait mention de l'usage de couvrir les autels de linges, comme d'une coutume partout observée. « Quel fidèle, dit-il, ignore que dans la célébration du saint Sacrifice, le bois de l'autel (en Afrique les autels étaient de bois)3, est recouvert d'un linge ? On a pu, pendant les saints mystères, toucher ce linge, mais non l'autel. » L'évoque Victor écrit que l'impie Genséric avait envoyé dans la province de Zengitane (Tunis) un certain Proculus dont la main rapace avait tout ravagé, et qui s'était emparé des nappes de l'autel pour s'en faire des chemises et des caleçons. Théodoret 4, en racontant la dédicace des temples que Constantin avait fait construire à Jérusalem, nous apprend que l'autel était décoré de tentures précieuses et paré de vases d'or enrichis de toutes sortes de perles. Justinien mande au pape Hormisdas qu'il lui envoie deux parements de soie pour orner l'autel des saints Apôtres. Adrien, au rapport d'Anastase, fit deux vêtements d'autel, l'un plus grand orné d'or et de perles, et sur lequel se trouvait représentée l'Assomption de la sainte Vierge, l'autre de couleur jaune, dont le tour était décoré d une bandelette de pourpre. D'après le même autour, Léon III fit faire pour l'autel un vêtement de pourpre ayant deux larges filets et deux dessins semés de clous d'or avec une croix ; il en fit faire d'autres
1 Décret., pars secunda, cap. 132. — 2 Lib. 6. — 3 De Persecut. African., lib. 1. — ■ Hist, eccles., lib. 1, cap, 29,
encore également précieux pour diverses églises. Il fit placer à droite et à gauche, devant la Confession de saint Pierre, deux anges du plus pur argent, pesant ensemble cent quarante-six livres. Enfin, le môme Pontife fit mettre au grand portail deux anges d'argent doré pesant soixante-trois livres, et quatre autres plus petits également d'argent doré, du poids de soixante-huit livres. Paschal fit faire pour l'autel de saint Pierre un vêtement fort grand de drap d'or orné de perles, et sur lequel était figuré saint Pierre délivré de prison par un ange. Sergius II donna des voiles de soie blanche pour entourer le saint autel. Procope raconte l que les vases du temple de Jérusalem, qui avaient été enlevés de Rome et emportés en Afrique par le roi Genséric, puis transportés par Bélisaire d'Afrique à Constantinople après la défaite de Gélimer, furent envoyés à l'église de Jérusalem par l'empereur Justinien qui les donna aux chrétiens pour en orner les autels. Il y avait aussi les tentures ou tapisseries qu'on suspendait ordinairement aux murs du temple et que les anciens désignaient sous le nom de voiles, vêla. Anastase en parle fréquemment dans la Vie des Papes. En effet, il dit que Grégoire III fit des voiles de soie blanche, ornés d'une bordure de pourpre et qui étaient suspendus dans la basilique; Zacharie fit également des voiles de soie qui étaient tendus entre les colonnes; Adrien fit placer dans toutes les arcades de la basilique du prince des Apôtres des voiles de pourpre au nombre de soixante-cinq; il en fit mettre quarante-deux dans celle de Sainte-Marie ad Praesepe, et cinquante-sept dans celle de Latran. Léon III en fit de môme placer un grand nombre dans les diverses églises, et, entre autres, quarante-trois qu'il fit suspendre aux arcades de la basilique de Saint-Paul. Paschal suspendit dans l'arcade du Presbyte- Hum quarante-six voiles, semés de clous d'or, sur lesquels étaient représentés les miracles iU><> Apôtres. Sergius II offrit des tentures d'Alexandrie d'un travail admirable et des voiles d'une étolfe tissue d'or et de soie. Nicolas donna des voiles de drap d'or enrichi de perles. Voici ce que dil saint Paulin 2 an sujet des
1 Do bell. Vand.j lit». 2, cap, 0; — - Nat. sancii Felicis 6,
voiles ou tentures qu'on plaçait au portail : « J'en conviens : que d'autres apportent des présents magnifiques et l'emportent sur moi par la munificence de leurs dons; eux qui suspendent aux portes des voiles précieux, tantôt d'un lin pur et brillant, tantôt de couleur variée et enrichis de dessins. » Ailleurs 1 il avait ditj « Maintenant des voiles éclatants de blancheur embellissent les portes dorées. » Souvent, dans Anastase, il est fait mention de ces voiles qui ornaient la principale porte du temple qu'on appelait porta royale. Il dit en parlant de Léon III : « 11 fit trois grands voiles cle soie blanche qui sont suspendus à la porte royale de la basilique de saint-Pierre. » Et il dit, au sujet de Sainte-Marie ad Prxsepe, que le même Pontife « fit un autre grand voile blanc qui est attaché à l'entrée de la porte royale. » Les Grecs suspendent des voiles à l'entrée du sanctuaire, et cela d'après une ancienne coutume, comme on peut le voir dans leurs Typiques et leurs Eucologes. Relativement aux fleurs employées pour orner l'autel, nous avons un témoignage de saint Augustin 2. Dans le récit des miracles de saint Etienne, premier martyr, il parle d'un homme de qualité, adversaire déclaré de la religion chrétienne, qui fut converti à la foi par la prière que son gendre adressa à Jésus- Christ pour lui dans l'oratoire de saint Etienne, et par l'attouchement de fleurs enlevées à l'autel du saint martyr. « Son gendre, dit-il, crut devoir se rendre à la mémoire de saint Etienne et prier pour lui de son mieux; puis, en se retirant, il prit quelques fleurs de l'autel qui se trouvèrent sous sa main, et les emporta; comme déjà cet homme ne voyait plus, il les lui posa sur la tête et aussitôt il s'écria qu'il croyait. » Saint Jérôme dit dans Yêpitaphe de Ncpotien : « Il veillait avec soin à ce que l'autel fût propre, les murs sans poussière, le pavé essuyé; il s'inquiétait si le portier était fidèle à garder son poste, si les voiles étaient toujours suspendus aux portes, si le sanctuaire était bien entretenu, si les vases sacrés étaient bien nettoyés; sa pieuse sollicitude s'étendait sur tout ce qui touche aux cérémonies saintes. 11 ornait les basiliques et les chapelles des martyrs de fleurs variées,
1 >Tatal. :). - 'l De mit. Dei, lib. 2% cap. 8.
de branches d'arbres et de vigne. » Grégoire de Tours dit en parlant de saint Sévère * : « Il avait coutume de cueillir des lis, dans le temps qu'ils sont en fleur, et de les suspendre aux murailles de ce temple; » il parle de 1 église môme où le saint avait été enseveli. « Enfants, dit saint Paulin 2, rendez gloire à Dieu, adressez-lui de pieux hommages, jonchez le sol de fleurs, environnez le temple de guirlandes; que l'hiver nous rappelle le joyeux printemps, que les fleurs croissent avant le temps, et que la nature déroge à ses lois à cause de ce saint jour. » On trouve encore dans les anciens Pères beaucoup d'autres témoignages de ce genre qui tous nous montrent avec quel soin religieux on s'efforçait d'embellir et de décorer les temples et les autels. Quel était le motif de ces pieuses attentions, sinon parce que là s'accomplit le Sacrifice du corps et du sang du Sauveur, et parce que là aussi sont ensevelis les restes des martyrs ?
§ 13. — Des personnes qui servent à l'autel. — Du Diacre. — Dignité et origine du Diaconat.
Xous avons suffisamment parlé de ce qui touche à l'appareil extérieur du Sacrifice, nous allons maintenant parler de ce qui concerne son appareil intérieur et, pour ainsi dire intrinsèque, c'est-à-dire des ministres qui assistent le Prêtre et des Chantres. Le Diacre occupe le premier rang parmi ces ministres, car c'est lui qui remplit le ministère le plus important pendant le saint Sacrifice et, parce qu'il s'approche le plus près de l'autel, sa dignité est au-dessus de celle des autres. C'est pourquoi les anciens Pères par antonomase l'appellent simplement ministre. Le poète Commodien, qui vivait au temps de saint Sylvestre, dans ses Instructions sur la discipline ecclésiastique, leur adresse 3
1 De Gloria conf., cap. 50. — 2 Nat. 3, sancti Felicis. — " Cap. 68. ■£ yftterium Christi, Diacones, exercite caste,
— (Iciirù Ministri facite pracepta magistri; 2 olite ludere personam judicis aequi.
— . ntegrate locom vestrum per omnia docti, xursiim intendentes, semper Dot Himmo devoti, H uta Deo reddite sacra ministeiïa ara : » ebus in adversis exernplum dare par:» t i
— nclinate eaput reatrom pnstnrilius ipsi, a ic fict ut Christo possitis esse probati.
un acrostiche dont voici le sens : « Diacres, traitez chastement les mystères du Christ et pour cela soyez des ministres dociles aux ordres de votre Maître; n'essayez point de tromper le juste juge. Le cœur élevé au ciel, toujours dévoués au Dieu suprême, soyez attentifs à vous instruire de vos fonctions et à les bien remplir. Rendez à Dieu au saint autel un ministère qui lui soit agréable. Soyez prêts à donner aux autres l'exemple dans l'adversité ; soumettez-vous humblement à vos pasteurs, et ainsi vous serez des ministres agréés du Christ. »
Saint Isidore parle ainsi des Diacres i : « Sans eux, dit-il, le Prêtre a un nom seulement sans avoir d'office, sine ipsis sacerdos nomen habet, oflîcium non habet, car de même que la consécration appartient aux Prêtres, ainsi la dispensation des mystères appartient au ministre. L'un doit prier, l'autre psalmodier; celui-là sanctifie les offrandes ; celui-ci les distribue après leur sanctification. Il n'est pas permis aux Prêtres de prendre sur l'autel le Calice sinon de la main du Diacre ; ce sont les Lévites qui placent les offrandes sur la table du Seigneur ; ce sont eux qui arrangent l'autel ; ce sont eux qui ouvrent l'arche du Testament. Tous ne voient pas la grandeur des mystères que recouvrent les Diacres ; ils les cachent pour que ceux qui ne doivent point les voir ne les voient pas, et pour que ceux qui ne sauraient les garder n'y participent point. » Le premier concile d'Aix-la- Chapelle cite ces paroles et les approuve 2. Et saint Epiphane 3 élève si haut le ministère du Diacre, qu'il assure qu'il n'y eut jamais d'Evêque sans Diacre et qu'il ne peut y en avoir. Plusieurs auteurs après saint Jérôme4 font remonter l'origine des Diacres aux Lévites de l'ancienne loi ; en conséquence, ils leur donnent indifféremment le nom de Diacres ou de Lévites, parce que de même que nos Prêtres remplissent les fonctions des enfants d'Aaron, de même aussi les Diacres ont succédé dans l'Eglise aux fonctions des Lévites ; c'est pourquoi nous reconnaissons dans ceux-ci le type et la figure de ceux-là. Toutefois
1 De ofî. Ecel., lib. 2. cap. 8. - » Can. 7. - " Hœr. 75. - ' Epist. 85? ad Evag
c'est dans les Actes des Apôtres ' que nous trouvons l'origine de cet ordre ecclésiastique, quand les Apôtres ayant choisi sept, hommes prièrent sur eux et leur imposèrent les mains. D'après cet exemple, les Pères du concile de Néocésarée ordonnent 2 : « Qu'il doit régulièrement, et si la ville est grande, y avoir sep! Diacres, comme on le voit par le livre des Actes des A/><'j(rrs. •> Mais dans la suite ce nombre s'accrut dans plusieurs villes, au point que l'empereur Justinien 3 le restreignit à cent pour la ville de Constantinople. Le concile In Trullo, réuni sans autorité légitime, osa persifller le canon du concile de Néocésarée et décider en outre que les sept Diacres choisis par les Apôtres n'avaient point reçu l'ordination sacramentelle, mais qu'ils avaient seulement été nommés économes pour distribuer la nourriture aux pauvres, erreur qu'il développe longuement4, et qu'il s'efforce en vain d'étayer par un passage de saint Chrysostôme. Mais si l'on veut y réfléchir, le sens du saint docteur et celui des autres Pères, c'est que les Diacres, par l'ordination des Apôtres et par l'imposition des mains, avaient reçu le double ministère de servir pendant le saint Sacrifice, et de distribuer aux pauvres les biens offerts aux Apôtres ; cette dernière fonction n'était que secondaire et à peine digne d'attention en comparaison de l'autre qui était la principale et la plus importante. Saint Ignace, martyr, écrit à ce sujet 5 : « Il faut que les Diacres, qui sont les ministres des mystères de Jésus-Christ, s'étudient à plaire à tous; car ils sont les ministres de l'Eglise et non des ministres chargés de donner une nourriture ordinaire. » Et plus clairement encore saint Cyprien dit 6 : « Après l'Ascension du Seigneur, les Apôtres établirent des Diacres pour être les ministres de leur épiscopat et de l'Eglise. » Plusieurs auteurs citent encore, pour établir cette vérité, ces vers du sous-diacre Arator dans son Histoire des Apôtres :
Jura ministerii saeris altanbus apti In septem statuere viros, quos undique lectos Levitas vocare placet : cum splendida cœpit Ecclesix fulgere manus, quœ pocula vitae Misceat, et îatices cum sanguine porrigat Agni.
i-Cap. 6. - '-' Cap. I". " Novell :. .;,|(. i. i Can. 16, - •, Epist. ad Trall " Bpist. <<■>
Nous ne devons pas omettre le témoignage de saint Optât enseignant i que les Evêques ont été placés au premier degré du sacerdoce, les Prêtres au second, les diacres au troisième, par où l'on voit manifestement qu'il considérait le Diaconat comme un Ordre sacré, et qu'il était regardé comme tel dans les premiers siècles de l'Eglise. Bien plus, c'était la coutume autrefois, dans certaines églises de France, de faire aux Diacres l'onction du Saint-Chrême aux mains le jour de leur ordination, ainsi que nous l'apprend Mesnard 2, d'après un ancien Pontifical et d'après une lettre de Nicolas Ier à Rodolphe, archevêque de Bourges.
§14. — Des offices et fonctions du Diacre. — Quelques mots sur
les Diaconesses.
Personne n'ignore que les fonctions des Diacres étaient nombreuses et variées ; il en est qui sont demeurées jusqu'à ce jour, d'autres sont tombées en désuétude. Deux illustres savants, ïsaac Habert 3 et Jean Morin 4, en ont traité fort au long. Pour moi, je n'en dirai que quelques mots. La première et la principale de ces fonctions, c'est d'assister l'Evêque et le Prêtre pendant la célébration du saint Sacrifice et de coopérer avec lui, en quelque sorte, de l'aider dans toutes les cérémonies prescrites, cérémonies qui diffèrent dans les diverses églises. Ensuite, il doit lire l'Evangile, fonction dont ailleurs nous parlerons plus longuement, offrir le pain et le vin en le présentant au célébrant et non pas en le consacrant lui-même, comme le soutiennent à tort les hérétiques, d'après le IIe Canon du concile d'Ancyre qu'ils interprètent mal. Quant aux offrandes, qu'autrefois il recevait des mains du peuple, maintenant il les prend sur la Prothèse et les présente au Prêtre qui lui-même les offre à Dieu. Chez les Grecs souvent il avertit le célébrant de ce qu'il faut faire, d'où ces paroles du Diacre qui se rencontrent çà et là dans leurs Litur-
1 Lib. 1. — * In not. ad Sacram. S. Greg., p. 289. — ■" Ad partera 9, Pontifical. Gicecor. — '' De saeris Ordinalionib., pars 3.
■'-ir> : Benedic, Domine; extolle; immola, et autres formules semblables. Il excite encore le peuple à donner toute son attention, en disant à haute voix : ÂUendamus. Il rappelle à leurs fonctions les ministres inférieurs et leur indique par dv< signes,
des gestes, et quelquefois par les mouvements de son étole ce qu'ils doivent faire, chanter, lire el à quel moment. Il cbasse de la communion les indignes. Il annonce aux catéchumènes, aux pénitents, aux énergumenes et aux iniideles l'instant où ils doivent sortir de l'église. Lorsque l'oiFrande est sur l'autel, il tient l'éventail et l'agite pour éloigner des dons sacrés les insectes qui voltigent autour de l'autel. Autrefois les Diacres veillaient à ce que chacun occupât à l'église la place qui lui était assignée ; la porte des hommes était confiée à leur garde. Us distribuaient aux fidèles le sang du Seigneur et même aussi son corps sacré ; c'est ce que saint Gyprien *, saint Justin 2, les Constitutions apostoliques et plusieurs anciens Pères nous indiquent d'une manière formelle. Cette coutume s'était si fortement établie avant le concile de Nicée, qu'ils distribuaient l'Eucharistie même aux Prêtres, empiétement auquel le saint concile porta remède par son X Ville Canon. De plus, le second concile d'Orléans 3 et le quatrième de Carthage 4 leur défendirent de distribuer le corps du Seigneur aux fidèles, lorsqu'il y avait des Prêtres pour le faire. Ils assistent l'Evoque dans la consécration du Saint-Chrême el dans les autres fonctions ecclésiastiques ; ils se tiennent auprès de lui lorsqu'il "prêche. La prédication est encore une de leurs fonctions, bien que ce soit d'abord une charge de l'Evoque. Ils peuvent aussi baptiser, s'il y a nécessité, en l'absence de l'Evêque ou du Prêtre; ainsi l'a réglé le concile d'Elvire 5. Dans l'administration solennelle du Baptême, c'est à eux d'instruire ceux qui vont recevoir ce sacrement, de les préparer aux exorcismes et à l'immersion, en les dépouillant de leurs habits. Un second ordre de fonctions ne touchant point aux saints mystères leur était également dévolu; c'était, comme nous l'avons dit plus
1 De Lapsis. — - Seconda 4polog.j eirca lin. — ' Can. 15* - 4 Can( 38. —
Can. 77.
— iiJ2 —
haut, de distribuer les aumônes, de servir la table des pauvres, d'avoir soin des martyrs et des confesseurs retenus en prison pour la foi, de veiller à leurs besoins, de recueillir leurs vœux, leur dernière volonté et d'en instruire l'Evêque, de s'occuper des affaires de l'Eglise auprès de l'empereur, de présider les réunions des vierges chrétiennes. Les Actes des conciles nous apprennent que les Diacres y étaient aussi envoyés comme députés des Evoques. Lupus cite des exemples de cet usage K Enfin saint Gyprien leur permet 2 de réconcilier les pénitents en l'absence de l'Evêque et du Prêtre, et de les absoudre, non pas d'une manière sacramentelle, mais des peines imposées comme pénitence ou de l'excommunication. Voici du reste les paroles de ce saint martyr : « Je crois devoir mander à nos frères que si ceux qui ont reçu des billets des martyrs, et qui peuvent être aidés de leur crédit auprès de Dieu, viennent à tomber malades ou à courir quelque danger, ils puissent, sans attendre notre retour, recevoir de tout Prêtre présent, et même, s'il n'y a pas de Prêtre et que la mort soit imminente, des Diacres le pardon de leur faute ; afin qu'ayant reçu l'imposition des mains, ils puissent aller au Seigneur en paix, suivant le désir que nous ont exprimé les martyrs dans les lettres qu'ils nous ont adressées. » Mais comme les Evêques chargeaient quelquefois les Diacres des fonctions les plus importantes, il arriva que ces derniers s'enorgueillirent, voulurent prendre le pas sur les Prêtres et siéger avant eux. Les anciens Pères parlent souvent de ces prétentions orgueilleuses, et plus d'une fois elles furent réprimées par des décrets ecclésiastiques. Il n'entre pas dans mon sujet de les relater ici.
Il y avait aussi des Diaconesses; Morin 3 traite savamment, suivant sa coutume, de leur consécration et de leurs fonctions, tant dans l'Eglise grecque que dans l'Eglise latine. Goar, dans ses Notes sur leur ordination; rassemble sur ce point des documents curieux. Leur principale fonction était d'exercer à l'égard
i In not. ad can. 7, concil. Trull. — 2 Epist. 13* — â De sacris Ordinat., pats 3; exercit. 10,
des femmes les mêmes offices que les Diacres remplissaient à
l'égard dos hommes. En conséquence, elles gardaient la porte par laquelle les femmes entraient a l'Eglise; elles leur assignaient des place-, enseignaient les éléments de la foi et les rites du Baptême à celles qui devaient recevoir ce sacrement, et les assistaient quand elles se dépouillaient de leurs vêtements pour l'immersion. Elles communiquaient aux femmes les ordres de L'Evoque, et si quelqu'un avait besoin de parler, soit au Pontife, soit aux Prêtres ou aux Diacres , elles l'accompagnaient comme témoins de la décence de cette entrevue. Elles partageaient avec les Diacres le soin des veuves, des pauvres et des vierges consacrées à Dieu. Il y a plus de 600 ans que leur ministère et leur consécration ont cessé en Occident; il en était de même dans l'Eglise d'Orient à l'époque de Balsamon, comme luimême nous l'apprend *. Il existe à leur sujet beaucoup d'anciens Canons, mais ce n'est pas le lieu de nous y arrêter. « Encore qu'il y ait dans l'Eglise, dit saint Epiphane 2, l'ordre des Diaconesses, » cependant il n'a été établi ni pour aucune fonction sacerdotale, ni pour rien qui touche au sacerdoce, mais seulement pour certaines convenances. On trouve leur bénédiction dans YOrdo romain et dans les anciens Rituels.
§15. — Des Sous-Diacres. — Quand les Sous-Diacres ont-ils commencé à faire partie des ordres sacrés? — Fonctions des Sous-Diacres.
Le second rang parmi les ministres sacrés appartient aux Sous- Diacres. Bien que les saintes lettres n'en fassent pas une mention expresse, cependant leur institution vient ou de Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme le pensent les scolastiques modernes, ou du moins remonte jusqu'aux Apôtres. Le Pape Corneille, dans sa lettre à Fabius, évoque d'Antioche, rapportée par Eusèbe3, affirme qu'il y avait à Rome sept Diacres et autant de Sous-
* In not. ad oan. 25, coneil. Chalcedon. - Ila:i . 71). — 5 Hist, eccle«Mt., lib. 6, cap. 43.
Diacres. À la même époque, saint Cyprien nous apprend qu'il avait ordonné Sous- Diacre un certain Optatus *, Saint Ignace, dans son Epître aux fidèles d'Antioche, les Constitutions apostoliques 2 et le concile de Laodicée en font mention. Dans l'origine et pendant quelques siècles encore, le Sous-Diaconat faisait partie des Ordres-Mineurs et ceux qui en étaient revêtus n'étaient pas astreints au célibat. En effet, quoique le concile d'Elvire leur prescrive la continence 3, il est constant, ainsi que le démontre Morin 4, que cette loi ne fut observée nulle part, pas même en Espagne. Mais après le VIe siècle, à peine trouve-t-on quelque témoignage à leur sujet, sans qu'on voie que dès lors ils étaient liés par le vœu de chasteté. A Rome, ils gardaient la continence à l'époque de Pelage II qui, au rapport de saint Grégoire le Grand, son successeur immédiat5, recommanda aux Sous-Diacres de Sicile de s'abstenir de vivre avec leurs épouses, suivant l'usage de l'Eglise romaine. De Rome cette discipline s'étendit aux autres églises d'Occident, ce qui fit que peu à peu le Sous- Diaconat fut distingué des ordres mineurs, et tendit à s'élever au rang des ordres majeurs. Et, tandis que primitivement il était conféré hors du sanctuaire et loin de l'autel, certains Evoques prirent la coutume de le conférer pendant le saint Sacrifice, ce qui insensiblement l'assimila aux ordres sacrés. Toutefois, il s'écoula encore beaucoup de temps avant qu'une loi fixe et certaine le classât parmi ces derniers. En effet, Pierre le Chantre, qui vivait en 1200, dit dans un passage relaté par Mesnard 6 : « C'est tout récemment qu'il a été statué que le Sous-Diaconat était un ordre sacré. » Lupus parle longuement de la continence prescrite aux Sous-Diacres 7. Voici, d'après le Pontifical romain, quelles sont les fonctions du Sous-Diacre : Préparer l'eau pour le saint Sacrifice, aider le Diacre, laver les linges d'autel et les corporaux, présenter au Diacre le Calice et la Patène pendant le saint Sacrifice, recevoir les offrandes qu'on apporte à l'autel,
1 Kpist. 24. — 2 Lib. 8. - 3 Gan. 33. - * De Sacris Ordinal., pars tertia, exercit. 12, cap. 5. - 5 Epist. 42, lib. 1 et 32, lib. 3, - 6 Lib., Sacram., p. 280. »-* ' Pars 3, Synod. Diss. 1, cap. 3.
afin qu'on en prenne autant qu'il est besoin pour le Sacrifice. C'est à peu près celles (fae lui assignent aussi les anciens Rituels
édités par Morin. Saint Isidore, dans une lettre a Ludifred, évêque de Cordoue, les énumèro ainsi : « Le Sous-Diacre doit porter le Galice et la Patène a L'autel, les présenter aux Diacres, servir ces derniers; il doit encore présenter la burette et tenir
l'aiguière et le manuterge à l'Evoque, donner de l'eau aux Prêtres et aux Diacres pour laver leurs mains devant l'autel. » Alcuin ajoute que c'est à lui aussiqu'il appartient de porter au Diacre le linge sur lequel doivent être consacrés le corps et le sang du Seigneur, et de recevoir du Diacre, après le Sacrifice, les objets qu'il faut ramasser ou emporter. Jadis les Sous-Diacres ne plaçaient sur l'autel ni le Calice, ni la Patène, ni les offrandes, mais ils remettaient seulement ces objets aux Diacres qu'ils servaient ta l'intérieur du sanctuaire, sans jamais approcher de l'autel. Nous ne trouvons rien, soit dans l'ancienne formule de leur ordination, soit dans les anciens auteurs, qui indique s'ils devaient lire l'Epître : c'était, comme nous le montrerons plus loin, une fonction réservée aux Lecteurs. On voit par le quatrième concile de Carthage qu'il leur était permis de toucher les vases sacrés, mais seulement quand ils étaient vides ; en effet, lorsqu'ils contenaient le corps ou le sang du Sauveur, cela ne leur était point permis, suivant "le XXIe Canon du concile de Laodicée qui prescrit que le ministre (c'est-à-dire le Sous-Diacre, ministre du Diacre), ne doit point usurper la place du Diacre et toucher les vases sacrés. C'est ainsi que Balsamon interprète ce Canon, et je crois son interprétation bonne. Chez les Grecs, les Sous-Diacres sont ordonnés hors du sanctuaire; ils peuvent toucher les vases- sacrés, mais non pendant le temps du Sacrifice. Ils nettoient ces vases, les approprient, les préparent pour la Messe. Ils éloignent de l'Eglise les profanes, d'après l'ordre du Diacre, c'est-à-dire lorsque ce dernier dit : Que les catéchumènes sortent, ils gardent les portes du sanctuaire afin que les indignes ne puissent y pénétrer; ils se tiennent près de ces portes pour être toujours à la disposition du Diacre, mais ils n'approchent
point de l'autel ; ils préparent le Tricérion et les autres flambeaux dans le sanctuaire, toutefois ils ne lisent point l'Epître à la Messe. Telles sont, chez les Grecs, d'après leurs Eucologes, les fonctions des Sous-Diacres, par où l'on voit combien elles sont différentes de celles des Sous-Diacres dans l'Eglise latine , et qu'ils ressemblent plutôt à nos Acolytes qu'à nos Sous-Diacres.
§ 16. — Origine el antiquité des Ordres Mineurs. — Témoignage des Pères sur chacun d'eux. — Chez les Grecs on ne trouve que des Lecteurs.
Les Ordres Mineurs, c'est-à-dire les Acolytes, les Exorcistes, les Lecteurs et les Portiers forment la troisième classe des ministres qui servent à l'autel. Les scolastiques affirment, sans le prouver, que tous ces Ordres sont fort anciens et viennent des Apôtres ou de leurs successeurs immédiats. Arcudius soupçonne 1 que tous les Ordres Mineurs étaient compris par les anciens Pères dans le nom de Sous-Diaconat, parce que tous étaient soumis aux Diacres ; mais c'est là une conjecture bien hasardée. Il n'en est fait aucune mention distincte ni dans les Actes, ni dans les Epîtres des Apôtres, ni dans les Pères du Ier et du IIe siècles. Les Constitutions apostoliques, dont on invoque le témoignage en faveur de quelques-uns de ces Ordres, sont d'une époque plus récente, comme nous l'avons dit ailleurs. On ne saurait s'appuyer sur l'Epître de saint Ignace aux fidèles d'Antioche, car, encore que nous admettions son authenticité, que les sectaires contestent, on n'en peut tirer un argument solide pour tous, puisque tous n'y sont pas énumérés et qu'il compte parmi eux les Travaillants et les Chantres, mêlant ainsi les Ordres et les offices ecclésiastiques. Il faut donc dire avec saint Thomas 2 qu'au temps des Apôtres toutes les fonctions qui appartiennent aux Ordres Mineurs, n'étaient point exercées par des personnes distinctes, mais par un seul et même ministre qui remplissait les charges de Portier, de Lecteur, d'Exorciste et
» Lib. G, De Sacr., cap. 9. — - In Suppl. tertiae part., qu. 37, art. 2.
d'Acolyte. Voici le passage du docteur angélique : « Dana la primitive Eglise, à cause du petit nombre des ministres, toutes les
fonctions inférieures étaient confiées au Diacre, connue nous l'apprend saint Denys 1 quand il dit : Quelques-uns des ministres gardent les portes fermées du temple, d'autres exercent quelque fonction propre de leur Ordre, d'autres présentent sur V autel le pain sacré au célébrant et le Calice pour qu'il le bénisse. Néanmoins toutes ces fonctions étaient des charges, mais elles étaient comprises dans celle du Diacre. Dans la suite, le culte divin ayant pris de l'accroissement, l'Eglise divisa entre plusieurs Ordres ce qu'elle avait réuni dans un seul. » C'est-à-dire qu'il arriva à l'Eglise ce qui arrive aux hommes qui, tant qu'ils n'ont qu'un modeste patrimoine, se contentent d'un seul serviteur chargé de l'administrer ; mais si leur revenu s'accroît, ils augmentent aussi le nombre 4e leurs serviteurs; en sorte que, plus ils deviennent riches, plus leur fortune est considérable et plus aussi le personnel de leur maison devient nombreux. Ainsi, l'Eglise, encore petite et cachée lorsque commença la prédication de l'Evangile, n'eut besoin que d'un petit nombre de ministres pour remplir les fonctions ecclésiastiques. Le nombre des chrétiens s'étant accru et les richesses provenant des offrandes des fidèles ayant augmenté, comme les Diacres ne pouvaient seuls suffire à tous les services, différentes personnes furent chargées de fonctions et d'offices divers ; d'où il arriva que les cérémonies furent exercées, et les fonctions ecclésiastiques remplies avec un appareil plus pompeux et plus auguste. De tous les Ordres Mineurs les Grecs ne reconnaissent que le Lectorat; ils n'admettent point les autres. Cet usage est fort ancien dans l'Eglise orientale, ainsi que nous l'apprennent des Eucologes écrits il y a plus de huit cents ans, les anciens Canons conciles tenus dans ces provinces et les écrits de Pères grecs, dont l'univers chrétien tout entier honore et respecte la doctrine et la sainteté. Morin, dans son ouvrage si souvent cité, a examiné ce point *. Que si nous rencontrons quelque part
1 Ecoles. Hierarch., cap. 3. — - Pars 3, exereit, li.
d'autres noms que celui des Lecteurs, il est constant qu'ils ne désignent qu'un simple ministère ecclésiastique, sans aucune ordination ou imposition des mains, mais dépendant d'une délégation ou de la volonté des Evoques. Dans l'Eglise occidentale nous trouvons une mention distincte de tous les Ordres Mineurs dans le concile de Rome , tenu sous, saint Sylvestre : au Canon VIIe sont nommés les Acolytes, les Exorcistes et les Lecteurs, et au canon IXe les Portiers. Dans le quatrième concile de Carthage, sous Anastase, on détermine la matière et la forme de chacun de ces Ordres K Je sais que certains critiques regardent ces deux conciles comme apocryphes, mais quoiqu'il en soit, d'anciens auteurs nous fournissent sur le point en question des preuves plus certaines. En effet, le pape Corneille, dans la lettre à Fabien, rapportée par Eusèbe, que nous avons citée plus haut, assure que de son temps il y avait à Rome quarante-deux Acolytes et que les Exorcistes, les Lecteurs et les Portiers y étaient ensemble au nombre de cinquante-deux. Tertullien a parle du Lecteur quand, censurant comme vaines et faites sans réflexion les ordinations des hérétiques, il dit : « Aujourd'hui, celui qui est Diacre sera demain Lecteur. » Saint Cyprien fait aussi mention des Lecteurs 3 et des Acolytes 4. Ailleurs 5 il parle ainsi des Exorcistes : « C'est ce qu'on voit encore aujourd'hui que par la parole humaine et le pouvoir divin des Exorcistes le démon soit tourmenté, brûlé, torturé. » Tertullien G cite l'exemple d'une femme qui, « étant allée au théâtre, en revint possédée du démon. » C'est pourquoi, comme, pendant l'exorcisme, on pressait le démon sur ce qu'il avait eu l'audace de s'attaquer à une chrétienne : « J'étais parfaitement dans mon droit, répondit-il, je l'ai trouvée dans un lieu qui m'appartient. » Minutius Félix, écrivain du môme temps, dépeint les Exorcistes adjurant le démon par le Dieu vivant, par le Dieu véritable. Mais ces auteurs veulent-ils parler des Exorcistes comme d'un ordre de clercs chargé de ce ministère par une ordination
1 Can. 6 et seq. - 2 De Prœscript., cap. 41. — 5 Epist. 24, 33, 34. — * Ëpist. 4'2; 55; 78. — 3 Epist. 76. — 6 De Spectaculis, cap. 26.
spéciale, ou plutôt ne veulent-ils pas désigner les Prêtres qui exerçaient cette fonction comme les Evoques eux-mêmes l'ont exercée, au rapport d'Eusèbe * qui nous L'apprend en parlant de Montan et de ses fausses prophéties; c'est ce qu'il n'est pas facile de déterminer. J'omets d'autres passages de Tertullien 2, que certains auteurs invoquent pour établir l'antiquité de cet Ordre, parce que les Exorcismes dont il parle sont les Bxorcismes solennels qui précédaient le Baptême. L'auteur des Constitutions apostoliques assure que l'Exorcisme n'est point un Ordre 3 : « parce que, dit-il, cette fonction est une pure faveur de la bonté divine qui l'accorde à qui il lui plaît. » Et de fait, à l'origine de l'Eglise, cette grâce était ordinairement accordée à tous les chrétiens, comme on le voit dans saint Marc 4 : « En mon nom, ils chasseront les démons. » Mais dans la suite, cette grâce ayant été accordée moins communément, l'Eglise établit un Ordre ayant mission de chasser le démon *de ceux qu'il possédait. Le concile d'Antioche permit aux Ghorévéques d'ordonner les Exorcistes. Je ne crois pas devoir passer sous silence ce que Sulpice Sévère raconte dans la Vie de saint Martin. Après avoir dit que saint Ililaire avait souvent essayé de conférer le Diaconat à saint Martin et que ce dernier avait toujours résisté, il ajoute : « Mais cet Evoque, d'une sagesse profonde, jugea que le meilleur moyen de le faire consentir, c'était de lui donner un Ordre qui semblât être une injure pour un homme de son mérite. 11 voulut donc le faire Exorciste, et le saint accepta pour ne point paraître mépriser cet ordre comme trop modeste. » Par où nous voyons qu'au temps de saint Ililaire, qui mourut, suivant l'opinion commune, en 367, l'Exorcisme était un Ordre distinct, classé parmi les plus humbles, c'est-à-dire parmi les Ordres Mineurs, en sorte que l'offrir à un homme distingué par son mérite, pouvait paraître une injure. Saint Paulin nous apprend que saint Félix avait d'abord été Lecteur et ensuite Exorciste 5 : « Dans les premières années, dit-il, il servit en qualité de Lecteur; ensuite
1 Hist., lib. 5, cap. 10. — 2 De Idolat., cap. 11, De anima, cap. 57. De Corona milit., cap. 1). - Lil» 8, cap. 26. — l Cap. ait. — B In Natal, ».
il passa à cet autre Ordre dont la mission est de conjurer les démons et de les chasser par les formules sacrées. »
| 17. — Fonctions de chaque Ordre Mineur. — Différence entre les ministres Régionnaires , Stationnâmes, Basilicaires et Oblationnaires. — Des Archiprêtres et des Archidiacres.
Voici, d'après le Pontifical romain, quelles sont les fonctions de chaque Ordre. Les Acolytes doivent porter les cierges, les allumer, présenter le vin et l'eau pour le saint Sacrifice. L'Ordo romain nous apprend qu'autrefois ils portaient la Patène, le linceul, de petits sacs et le Saint-Chrême devant le Pontife, lorsqu'il se rendait à une station. Ils présentaient les vases sacrés aux diacres, portaient le manuterge et donnaient à laver aux ministres. Les Exorcistes doivent chasser les démons, avertir les fidèles de céder la place à ceux qui communient, et verser l'eau pendant le saint ministère. La fonction du Lecteur, c'est de lire à l'église les saintes Ecritures, d'où lui vient son nom ; à lui appartient de bénir le pain et les fruits nouveaux. Nous verrons en son lieu qu'anciennement il lisait l'Epître et l'Evangile. Chez les Grecs, le Lecteur, qu'ils appellent anagnostès, lit toutes les Ecritures à l'exception de l'Évangile ; il allume les lampes et les cierges, apporte du feu lorsqu'on doit fait tiédir l'eau qu'on met dans le calice (rite dont il sera parlé plus loin) ; il porte des flambeaux devant les mystères, in magno introitu, c'est-à-dire lorsqu'on les porte de la prothèse à l'autel; il indique les hymnes aux chantres, porte le vin et l'eau au prêtre qui va célébrer, orne l'église et prépare ce qui est nécessaire. Le Portier agite la clochette et sonne les cloches; il ouvre et ferme l'église et le sanctuaire ; il prépare le livre à celui qui doit faire l'instruction. Mais parmi ces ministres, il en est que Y Or do romain et Anastase, dans la Vie des Papes, appellent Régionnaires ; c'étaient ceux qui, placés dans différentes régions ou quartiers de la ville, servaient les Pontifes lorsqu'ils y célébraient. D'autres sont nommés Stationnaires ; ils assistaient le Pape dans les diverses
stations. D'autres avaient reçu le nom de BasiUcaires . ils étaient chargés tour à tour du service de la basilique de Latran. Enfin,
ceux qui devaient recevoir les offrandes et les remettre à l'archidiacre étaient appelés Oblationnaires. Maintenant cette distinction, qui, du reste, ne s'appliquait qu'aux diacres, aux sousdiacres et aux acolytes, est tombée en désuétude. Également les fonctions des Ordres Mineurs onl cesse, et le plus souvent elles sont exercées par des enfants ou par des hommes gagés qui ne sont initiés à aucun Ordre. Anciennement on n'ordonnait aucun clerc qui ne fût attaché a une église. Les enfants qu'on admettait parmi le clergé étaient ordinairement instruits dans les lettres, formés au chant et aux rites ecclésiastiques, comme nous l'apprennent les Vies des Pontifes; alors on les ordonnait Portiers, ensuite Lecteurs et ainsi graduellement ils arrivaient aux autres Ordres, après avoir exercé les fonctions de tous ceux qui précédaient. Il arrivait de là qu'ils étaient très-versés dans les choses ecclésiastiques au milieu desquelles ils avaient été nourris dès leur plus tendre enfance. Cette discipline commença à déchoir il y a environ cinq cents ans„ et peu à peu on arriva aux usages, aux coutumes que nous voyons s'observer aujourd'hui et que nous observons nous-mêmes.
Lorsque l'évoque officie solennellement, plusieurs ministres l'assistent. Comme ils sont prêtres ou diacres, il n'est pas nécessaire de faire à leur sujet un article spécial. Entre les prêtres l'Archiprètre, et parmi les diacres l'Archidiacre, occupent le premier rang. Jean Morin a réuni et discuté i tout ce que l'antiquité nous fournit au sujet de leurs fonctions et de leurs prérogatives. Isaac Ilabert 2 a traité également avec érudition de la dignité et des fondions de l'Archidiacre. Laissant, donc décote ces deux derniers offices, nous allons parler di'> Chantres dont Je concours est requis pour certaines parties de la Liturgie qui doivent être chantées.
De Saer. Ord., pan : 16. -- J Pars 9, Archieratici, obaerv. 6.
§18. — Origine du Chant ecclésiastique. — Usage des orgues. — Autrefois le peuple chantait. — Plus lard on choisit des Chantres.
Pour établir que dès l'origine de l'Eglise on chantait des hymnes et des psaumes dans les assemblées des fidèles, nous avons le témoignage de l'Apôtre qui écrit aux Éphésiens * : « Loquentes vobismetipsis in psalmis et hymnis et canticis spiritaalibus. » Paroles qui, suivant les interprètes, désignent un chant alterné entre les fidèles ; les hérétiques eux-mêmes n'osent contester que cet usage ait toujours été observé dans l'Eglise. « Relativement au chant des psaumes et des hymnes, dit saint Augustin 2, nous avons des preuves, des exemples et des ordres du Seigneur et des Apôtres. » Ce point a été traité à fond par de savants auteurs que j'ai cités dans le l'ivre de la divine Psalmodie 3. Du reste, l'écrivain païen Pline, dans sa lettre à Trajan, nous fournit un témoignage de cette ancienne coutume des chrétiens. En décrivant leur manière de vivre, il dit : « Qu'ils ont coutume de s'assembler certains jours avant le lever du soleil et de chanter entre eux (c'est-à-dire par des modulations alternées), un hymne au Christ, comme s'il était Dieu. » Que si Théodoret4 et saint Augustin5 semblent attribuer, l'un à saint Éphrem, l'autre à saint Ambroise, l'invention du chant ecclésiastique, cela doit s'entendre, comme l'explique Théodoret lui-môme, du chant de certaines hymnes ou de certains rythmes plus harmonieux que saint Éphrem établit pour détruire les chants impies et hérétiques qu'Harmonius avait introduits. Quant à saint Ambroise, saint Augustin dit que, pour la consolation des fidèles qui s'assemblaient à l'église, il commanda de chanter les hymnes et les psaumes comme on les chantait dans l'Église d'Orient, et que de Milan cet usage^se propagea dans tout l'Occident ; ce qui doit s'entendre non d'une manière absolue, car il est certain que toujours le chant
' Cap. 5. - 2 Epist. 119, cap. 18. - * Cap. 17, \ 2, n. 3. - * Hist. eccles., Jib. 4, caj». 26. — 5 Confess., lib, 9, cap. 7,
fut en usage, mais seulement du chant alterné que saint Ambroise introduisît dans son église, ce qui fut ensuite imité
des au Ins. Le concile d'Antioche écrit au Pape saint Denys l une chose qui mérite d'être remarquée. Bn etlet, parmi les crimes de Paul de Samosate, il compte celui d'avoir aboli les hymnes que l'on avait coutume de chanter en l'honneur de Jésus-Christ, ce qui peut montrer l'antiquité du chant ecclésiastique, et d'y avoir établi un chœur de femmes qui, le jour de Pâques, chantaient à l'église desliymnesà sa propre louante. Dans la suite, au chant des voix se joignit l'harmonie des orgues ou des autres instruments; on pense communément que ceci arriva sous le pape Vitalien. J'ai parlé de l'usage des orgues dans la divine Psalmodie. Cet instrument fut inconnu en France avant le règne de Pépin, au rapport de Sigebert, qui nous apprend 2 que l'empereur Constantin avait envoyé en présent à ce prince des orgues, instrument qu'on n'avait jamais vu avant cette époque. Les Annales de Metz- parlent dans le môme sens 3. Au temps des Apôtres et pendant les quelques siècles qui suivirent, toute l'assemblée des fidèles répondait au célébrant dans la Messe solennelle, et chantait avec le clergé, comme on le voit manifestement par la Liturgie de saint Jacques et les Constitutions apostoliques 4. « Le prôtre, dit saint Cyprien 5, avertit le peuple en disant: Sursum eord<i, afin qu'en lui répondant: Uabemus ad Dominum, il se souvienne que dans ce moment il ne doit penser qu'à Dieu, » Saint Justin 6 atteste la môme chose, quand il dit : « Que le prêtre prie et que le peuple s'unit à sa prière en répondant : Amen. » Saint Chrysostôme7 confirme également cet usage: « Ils se réunissaient tous autrefois, dit-il, et chantaient en commun, ce que nous faisons encore aujourd'hui. » Saint Jérôme 8 loue la foi du peuple romain qui se rendait fidèlement et en grand nombre dans les églises et dans les sépulcres des
' Ap. Euseb., lib. 7, cap. 30. - 2 Ann. 7GG. - ■" Ann. 757. - * Lib. 8. - Lit»., De Orationc. — " Apol. 2. — Hoinil. 36 in 1 fi|». ad Corintli l'i.iT . lib '. Comment, m Epist. ad Gai.
martyrs, « où, dit-il, à cause du nombreux concours, le mot Amen retentit comme le bruit du tonnerre. » Enfin, saint Césaire d'Arles, au rapport de Cyprien, l'auteur de sa Vie, obligea les laïques et les hommes du peuple à chanter les hymnes et les psaumes, et, pour qu'ils n'eussent point le temps de se livrer à l'église à des conversations inutiles, il voulut qu'ils chantassent aussi alternativement et à haute voix comme les clercs, les uns en grec, les autres en latin, les répons et les antiennes de l'office. Cependant, comme il n'était guère possible que l'harmonie du chant ecclésiastique ne fût pas troublée par ce grand concours de voix inhabiles, le concile de Laodicée décréta * : « Que personne ne devait chanter dans l'église excepté les Chantres désignés qui sont à la tribune et qui chantent sur un parchemin ; » c'est-à-dire qui se servent d'un livre, comme nous dirions aujourd'hui, et qui ne chantent pas seulement de mémoire et par routine. Mais ce Canon ne fut point reçu partout, ainsi qu'il résulte des témoignages de saint Césaire et de saint Jean Chrysostôme que nous venons de rapporter. Ce dernier le prouve encore d'une manière plus évidente dans sa lre Homélie sur ces paroles d'Isaïe : Vieil Dominum. En effet, reprenant fortement la cacophonie et l'indécence avec laquelle le peuple chantait, il ne lui dit pas de se taire, mais il l'invite à chanter avec plus de méthode et de décence. Je crois qu'en France, cette coutume du peuple de prendre part au chant ecclésiastique cessa peu d'années après saint Césaire, car le second concile de Tours porta ce décret 2 : « Que les laïques, soit pendant les Vigiles, soit pendant la Messe, n'aient point la présomption de se placer parmi les clercs, près de l'autel où l'on offre le saint Sacrifice ; mais que la partie séparée entre les cancelles et l'autel soit occupée seulement par les clercs chargés de psalmodier. »
« Can. 15. - 2 Can. 4.
| 19. — Écoles de ehant établies à Rome el ailleurs. — Zèle qu'on avait autrefois pour le chant ecclésiastique. — Ordination des
Chantres dans l'Eglise orientale.
Parce que la bonne exécution du chanl ecclésiastique montre la vigueur de la discipline cléricale, fait mieux briller la majesté
de la religion chrétienne et des cérémonies sacrées, les Pontifes romains et les autres évoques ont toujours veillé avec une sollicitude extrême à ce que, dès leurs plus tendres années, les clercs fussent instruits des règles du chanl el eussent un maître qui, suivant la parole de Tertullien *, « leur apprît les lettres et formât leurs voix. » C'est dans ce but qu'une école de chant fut établie à Rome. Voici comment Pierre Urbevetanus en raconte l'origine dans ses Notes sur Léon IV : « Bien que du temps du Pape Sylvestre, il y eût dans la ville plusieurs églises, cependant elles n'avaient point de clercs ou de religieux chargés des fonctions ecclésiastiques dans chacune d'elles. Les prêtres étaient préposés aux titres, les diacres aux àiaconies; ils s'acquittaient chacun des fonctions de leur Ordre, ceux-là en administrant les Sacrements, ceux-ci en prenant soin des pauvres. C'est pourquoi on établit une école de chant commune à toute la ville, qui devait faire le service aux stations, aux processions et dans les églises les jours des grandes solennités. Dans cette école, les enfants étaient formés au chant, à la lecture et à la vie cléricale. Ils vivaient en commun et avaient pour supérieur le Primicicr, dont alors la charge était considérable dans l'Eglise. » Cet établissement se propagea ensuite dans d'autres villes, car Leidrad, archevêque de Lyon, écrivait à Charlemagne: « J'ai une école de Chantres dont la plupart sont si habiles qu'ils peuvent facilement instruire les autres. » Le concile de Valence, assemble sous Lothaire, dit 2 : « Afin que, autant que faire se pourra, et suivant l'exemple de nos prédécesseurs, nous nous occupions des écoles où l'on enseigne les lettres divines et humaines et aussi le chanl
1 l)o Pal!,, cap. tilt. - -eau. 18.
ecclésiastique, et que nous portions des décrets et des règlements à leur sujet. » Saint Crodegand, évoque de Metz, dans sa Régie *, parle des Chantres et des écoles de chant. Quelques auteurs attribuent l'établissement de cette école au pape Hilaire, d'autres à saint Grégoire le Grand auquel nous devons aussi la réforme du chant ecclésiastique. En effet, quoique, comme nous l'avons vu, l'origine du chant à Rome se confonde avec l'origine de l'Eglise, nous ignorons cependant quel était ce chant, son rythme et ses règles avant saint Grégoire. Le diacre Jean nous apprend, dans la Vie de ce saint pontife 2 qu'il avait établi une école de Chantres ; qu'outre quelques dotations, il lui avait donné deux maisons dans Rome, l'une sous les degrés de la basilique de Saint-Pierre, l'autre dans le voisinage du palais patriarche 1 de Latran. Or, le chant que le Pontife établit est celui que nous appelons chant grégorien, uni, plain, n'ayant qu'une partie et renfermé dans certaines limites ou modulations que les musiciens appellent tons et qu'ils comptent au nombre de huit, suivant la disposition générale des notes. C'est ce même chant dont on se sert encore aujourd'hui en Occident. Comme en France et en Allemagne on y avait fait quelques altérations, le diacre Jean nous apprend que Charlemagne eut soin de le rétablir dans sa pureté primitive. Dans la Vie de ce môme empereur, le moine d'Angoulôme, dont l'ouvrage est édité parmi les historiens français, raconte longuement 3 qu'il y eut à Rome une dispute entre les Chantres français et les Chantres romains pour savoir lesquels chantaient le mieux. Charlemagne la termina en se prononçant pour les derniers, comme ayant été formés par saint Grégoire, et il demanda au pape Adrien des Chantres qui furent envoyés en France pour enseigner le chant ecclésiastique. Ce prince se montra, sur ce point, animé d'une sollicitude et d'un zèle admirable, ainsi qu'on le voit dans le moine de saint Gall 4. UOrdo romain dit qu'on prenait des enfants nobles dans cette école pour en faire les cubiculaires du Pape, c'est-à-dire
1 Spicileg., tom. 1. - 2 Lib. 2, cap. 6. — 5 Cap. 8. — l De Ecclesiast. cura Carol. Mag., cap. 5 et seq.
qu'on les prenait pour desservir la chapelle du Pontife, qui anciennement s'appelait cubioulum, comme le prouve Bellarmin l, et qu'ils avaient rang parmi les clercs pontificaux. Ainsi fut choisi dès lage le plus tendre Sergius Ier, dont Anastase parle ainsi : « Étant venu à Rome sous le pontificat d'Adéodat, à cause de son ardeur pour l'étude et de son habileté dans le chant, on le fit entrer dans l'école des Chantres. Ordonné acolyte, il fut, après avoir successivement passé par tous les Ordres, consacré prêtre par Léon II, avec le titre de sainte Suzanne, » Sergius II fut également confié à l'école des Chantres par Léon III pour y être instruit dans les belles-lettres et dans le chant, et après avoir passé par les divers degrés de la hiérarchie, il fut élu souverain Pontife. Anastase raconte la même chose de Grégoire II, d'Etienne III et de Paul Ier. Plus de deux cents ans avant saint Grégoire, il y avait en Afrique une école de ce genre, dans laquelle les enfants étaient formés au chant, aux lettres et à la vie ecclésiastique ; c'est ce que nous apprend l'évêque Victor2; racontant comment une multitude de fidèles étaient contraints de s'exiler, il dit qu'on avait séparé de cette multitude, à l'instigation de Tercharius, Lecteur catholique, devenu arien, qui avait été leur maître, douze enfants nobles et habiles dans le chant ecclésiastique. Ils furent ramenés à Carthage et tourmentés de diverses manières pour abandonner la foi catholique, mais ils demeurèrent fermes et refusèrent constamment d'apostasier. « Aujourd'hui, ajoute cet auteur, Carthage les honore, elle vénère ces enfants comme douze apôtres. Ils demeurent et vivent ensemble, ensemble ils chantent les louanges de Dieu et se glorifient dans le Seigneur. » Saint Augustin confirme ce témoignage, car il nous montre 3 combien grand était en Afrique le zèle pour le chant ecclésiastique. En France, Charlemagne porta, au sujet de ces mêmes écoles, le décret suivanl * : Qu'on établisse des écoles pour les enfants et que, dans chaque mo tère ainsi que dans chaque demeure épiscopale, ils apprennent
1 Ad. Martyr, die 11 junii. — *De l'erseout. alncai»., Iil>. j. — " Cuni'., lii>, 10, cap. 33. - * CapiU, lib. 1, cap. 72.
les psaumes, les notes, le chant, le calcul et la grammaire. Je n'ai rien trouvé qui m'indique à quelle époque l'école de chant à Rome a cessé d'être sous la direction du Primicier. Elle y était encore au XIIIe siècle, car le cardinal César Raspon, dans son savant ouvrage sur la basilique de Latran, rapporte * une convention, passée en 1232 entre l'Eglise de Latran et le Primicier, par laquelle une certaine subvention est assignée au Primicier et à dix Chantres, pour le service du jour de saint Jean-Raptiste, et des stations de cette même église. Chez les Grecs, les Chantres sont ordonnés de la même manière que les Lecteurs ; c'est ce que nous apprennent leurs Eucologes et les divers livres d'ordination édités par Morin. Toutefois le Cantorat ne forme point un Ordre distinct de celui de Lecteur, ainsi que l'observe Habert 2. La seule différence, c'est que l'un récite, tandis que l'autre chante; aussi ce dernier, dans l'ordination, reçoit le livre des psaumes, et celui-là le livre des Épîtres. Chez les Maronites ce sont deux Ordres divers et le Cantorat est considéré comme un degré pour arriver plus tard à l'ordre de Lecteur. Le concile In Trullo a porté sur la manière de chanter le décret suivant 3 : « Nous voulons que ceux qui dans l'Eglise sont chargés du chant, ne poussent point des éclats de voix extraordinaires, qu'ils n'introduisent dans l'Eglise aucun chant qui ne serait ni convenable ni approprié à ce saint lieu ; mais qu'ils offrent avec grande attention et componction une douce psalmodie à Dieu qui voit le fond des cœurs. » Dans ses Notes sur ce Canon, Christian Lupus a rassemblé plusieurs témoignages qui ont trait au chant et à la manière dont il était réglé. Saint Grégoire le Grand, dans le concile de Rome 4, défendit aux diacres de chanter à l'Eglise, et voulut que les sous-diacres et les clercs des Ordres Mineurs fussent chargés de cette fonction. C'est pour cela qu'il institua ou qu'il rétablit l'école de chant pour les enfants. L'empereur Justinien ordonne 5 que les clercs attachés
* Lib. 2, cap. 4. - 2 Ad part. 4, Pontif. Crsec, observ. 4. - 8 Cân. 75. - ' Ëug. act. in Régest., lib. 4, epist. 44. — 5 Gap. de Episc. et Cleric, L. 42, g 10.
ta une église s'acquittent eux-mêmes du chanl dans cette église,
et il donne pour motif de cette ordonnance la raison suivante qui mérite d'être pesée : « En effet, dit-il, ceux qui uni établi èl
fondé ces églises, pour leur salut et pour celui de tout ie peuple, les ont dotées afin qu'on pût y célébrer le saint sacrifice el que Dieu y fût servi et honoré par des clercs remplis de piété. » Et au commencement il avait dit qu'il faisait cette prescription « Afin que les clercs, ne l'étant que de nom, sans en remplir les fonctions, ne parussent pas clercs seulement en touchant et en dépensant les revenus ecclésiastiques. »