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CHAPITRE XXIV

Oes Ornements sacrés du I*rêtre, de l'Évêque et des Ministres. — Que toujours, en célébrant le saint Sacrifice, on se servit d'habits particuliers et précieux. — Quelle était autrefois leur couleur. — Lieu où ils étaient gardés. — Ses différents noms s Diaconicon, Scevophylacion , Pastophorion , Vestiarium , Salutarium. — Études sur chaque ornement en particulier.

Personne n'ignore que le prêtre pour célébrer doit être revêtu, non pas de ses habits communs et ordinaires, mais d'ornements particuliers et sacrés. Ce rite, l'Eglise catholique le tient des Apôtres et l'a conservé jusqu'à nos jours, bien que le nombre et la forme des ornements sacrés ait, dans le cours des siècles, subi divers changements. Le type de cet usage se rencontre dans l'Ancien Testament; car les prêtres et les lévites, quand ils immolaient au Seigneur les victimes légales, portaient des habits spéciaux, consacrés par des rites et des cérémonies particulières. Or, il était convenable que la réalité de ce type fût reproduite dans l'Eglise, pour que les ombres de la loi eussent des réalités correspondantes, non-seulement dans le ciel, mais aussi dans notre religion, qui, suivant saint Denys, dans sa Hiérar^ chie ecclésiastique, est en partie lafigure des réalités célestes, et en partie la réalité des figures de la loi mosaïque; ce qu'atteste l'Apôtre ï, quand il dit que la loi était la figure des choses qui devaient arriver. 11 y a plus, de graves auteurs nous assurent que, même sous la loi naturelle, les prêtres étaient revêtus d'habits particuliers lorsqu'ils offraient les sacrifices. L'abbé Rupert 2, après avoir dit que le sacerdoce était attaché au droit d'aînesse, prétend que c'était à cette dignité que se rapportaient

1 Ad. Hebr., cap. 10. — 2 De fncendion oppid. Tuitien., cap» 16.

les habits précieux d'Esaù, dont Rebecca revêtit Jacob lorsque ce dernier, feignant detre Esaii, obtint la bénédiction paternelle. Ici revient le manteau (pemtla laissé par saint Paul en Troade. Nous montrerons en son lieu que ce manteau n'était autre chose qu'un ornement sacerdotal. Ici reviennent les lamines, ou plutôt la mitre épiscopale, que portait l'Evangéliste saint Jean, au rapport de saint Polycrate, évéque d'Ephèse, cité par Eusèbe *, Ici revient le diadème dont parle Tertullien 2. Ici reviennent les plaintes de saint Optât, reprochant aux Donatistes d'avoir profané les ornements de l'Eglise. Ici revient le décret du pape saint Etienne, qui, suivant Anastase, défendit aux prêtres et aux lévites de porter les habits sacrés ailleurs qu'à l'église. Ici revient la tunique, dont se servait le prêtre Népotien dans l'exercice du saint ministère, qu'en mourant il légua à saint Jérôme3. Ici revient également le passage du même saint Jérôme 4, où il dit : « La religion divine emploie dans le saint ministère d'autres habits, que ceux qui servent dans les circonstances ordinaires. » Enfin, ici reviennent les exemples de la vengeance divine contre les profanateurs des ornements sacrés, rapportés, et par Victor d'Utique, dans le 1er Livre de la Persécution des Vandales, où nous lisons qu'un barbare qui avait osé profaner les vases servant au divin ministère et les ornements de l'Eglise expira honteusement en se dévorant la langue, et par Théodoret, qui nous apprend qu'un comédien nommé Thymelique, ayant revêtu un ornement sacré, mourut subitement sur le théâtre 5. Ces vêlements étaient de soie et souvent tissus d'or et d'argent, surtout après Constantin, ainsi que nous l'apprenons d Anastase, qui, dans la vie des Papes, parle de ceux qu'ils donnaient aux différentes églises. Plusieurs écrivains confirment son témoignage. Et. du reste, nous ne pensons pas que les fidèles, qui avaient tant de respect, une attention si religieuse pour tout ce qui touchait à l'auguste Sacrifice, aient jamais souffert qu'on ait employé dan- ces v» tements rien de trop commun ou d'incon-

1 Hist., 1 il». 3, cap. 81. — 2 De Monogamia, cap. 12. — 3 Epist. Hieroni. ad HHiodorum. — • In cap. k\, EzeMiiel. — 5 Hist. eccles., lib. 2. cap. 27.

venant. Pour ce qui est de leur couleur, je ne me souviens pas d'avoir rencontré rien qui y eût trait, sinon que Grégoire de Tours * fait mention de la couleur blanche pour les fêtes de Pâques, et Théodore le Lecteur, de la couleur noire 2, quand il rapporte que le patriarche Acace se revêtit de noir, et couvrit de voiles de la même couleur et son trône et l'autel, pour mieux montrer la douleur que lui causait le décret impie de l'empereur Basile contre le concile de Ghalcédoine. Saint Jérôme mentionne également l'usage des ornements blancs, quand il dit 3 : « En quoi, je vous prie, Dieu sera-t-il offensé, si je me revêts d'une tunique plus pure; si l'évoque, le prêtre, le diacre, et le reste du clergé se revêtent d'ornements blancs pour l'administration des Sacrements? » Tel fut le respect des fidèles pour les vêtements sacrés et les linges de l'autel, que le XXXVIIe Canon du concile d'Auxerre défendit aux femmes de les toucher, et même, d'après le LXVIe décret du concile d'Agde, les ministres sacrés pouvaient seuls entrer dans le secretarium, où ils étaient gardés. Le troisième concile de Bragues 4 défendit, sous peine d'excommunication, de les vendre, de les donner ou de les convertir à des usages communs.

Le lieu où se gardaient les ornements et les vases sacrés, que maintenant nous désignons sous le nom barbare de Sacristie, était appelé par les Grecs Atoxovtxov, zxeuo^axeîbv naoro^Etov et par les Latins Vestiarium, Secretarium, Sacrarium. Le mot de Diaconicon se rencontre fréquemment dans l'Eucologe avec ce sens, et Siméon de Thessalonique, décrivant la démarche de l'évêque revêtu de ses ornements sacrés jusqu'à l'autel, s'exprime ainsi : « Il sort du Diaconicon; un diacre le précède, deux prêtres le conduisent ; il passe par la porte qui est du côté droit, traverse le Solea *, et s'avance jusqu'au saint autel. » On trouve

1 In vita sancti Niceti. — 2 Collectan., lib. 1. — 3 Lib. 1, Advers. Palagian. — * Can. 2. — 5 Les auteurs ne s'accordent ni sur l'étymologie ni sur le sens de ce mot. Goar, dont le sentiment nous paraît plus probable, et qui avait étudié à fond tout ce qui touche aux Hsages liturgiques des Grecs, pense que sous le nom de solea on désignait un espace compris entre l'ambon et le sanctuaire, où les fidèles recevaient la communion. (Voyez YEucologium Grœcum, pag. 18.)

dans Balsamon les noms de Scevophylacion et de Scevophilax, c'est-à-dire lieu où se gardent les ornements sacrés ; on le rencontre également dans Siméon de Thessalonique l, et dans les autres auteurs qui ont parlé des dignités de l'Eglise de Gonstantinople. Aujourd'hui ce n'est plus dans le Diaconicon, mais c'est à l'autel même que les Grecs revêtent les ornements sacrés; ils n'ont plus de Scevophylacion touchant à l'église, parce qu'ils emportent les ornements et les vases sacrés dans leur propre maison, ou les placent dans un lieu plus sûr, ainsi que l'atteste Léon Allacci dans sa dissertation sur les Eglises des Grecs modernes. Nous rencontrons le mot de Pastophorion au Ier livre des Machabées 2, et dans Esdras 3. Radevic, au livre lVe de la vie de Frédéric 4, dit que « les renards et les lièvres étaient entrés dans les Pastophorion des églises, et avaient envahi les salles des chanoines. » Le nom de Vestiarium se rencontre dans l'ancien rite de la Messe rapporté par Ménard 5. On y lit : « Le prêtre et les autres ministres se revêtent de leurs habits sacrés dans le Vestiaire. » On le trouve encore dans les Notes sur le rétablissement d'Ebbon, archevêque de Reims. « L'évêque Ebbon, y est-il dit, fut conduit dans le Vestiaire et revêtu des ornements épiscopaux ; les autres évoques l'y suivirent et en sortirent avec lui pour célébrer la Messe. » La dénomination de Secretarium se rencontre fréquemment dans la vie des souverains Pontifes, où l'on voit que quelques-uns étaient ensevelis près du Secretarium. Fortunat, dans la vie de sainte Radegonde, dit : « Etant entrée dans le Secretarium, elle se revêtit de l'habit religieux.» Ulpien6 définit le Secretarium, «un lieu où l'on conserve les choses saintes. » On le confond quelquefois avec le Presbyterivm, duquel les laïques ne pouvaient approcher, et dont l'accès n'était permis qu'aux prêtres ou aux clercs engagés dans les ordres sacrés. Sidoine Apollinaire 7 l'appelle Receptorium. « On nous avertit, écrit-il, que l'évêque quittait le Receptorium » pour célébrer le saint Sacrifice. Le premier concile de Màcon se sert

1 Lit), de Tcmplo. - - Cap. 't. - s Lib. 3, cap. 8. - * Gap. 13. - ■ Page 273. ,; Lib. 1, Digest., titul. 8. — 7 Lib. 5. Epist. 17.

du mot Salutatorium a. Saint Grégoire le Grand 2, prescrivant l'usage du pallium à Marinien, archevêque de Ravenne, dit : « Vous n'oublierez pas que vous ne devez le porter que dans votre propre église, lorsque, après avoir congédié vos enfants, vous quittez le Salutatorium pour célébrer le saint Sacrifice. La Messe terminée, vous le déposerez de môme dans le Salutatorium. » Ces mots, après avoir congédié vos enfants, nous rappellent un usage de ce temps. Les évoques avaient coutume, avant de célébrer la Messe, de rester quelque temps dans la sacristie pour y recevoir les salutations des fidèles, qui venaient se recommander à leurs prières ou leur communiquer quelques affaires. Après les avoir congédiés, les prélats revêtaient leurs ornements sacrés et se rendaient à l'autel. C'est à cause de cet usage que la sacristie avait reçu le nom de Salutatorium. Il en était de même des prêtres, au rapport de Sulpice Sévère 3, qui dit que les prêtres, assis dans le Secretarium, recevaient les salutations, ou traitaient certaines affaires, tandis que saint Martin, refusant de se distraire par de pareilles occupations, ne s'inquiétait que de son âme. Grégoire de Tours parle aussi du Salutatorium dans deux endroits *, et dans l'un et l'autre il rappelle l'usage des évoques et des prêtres d'y demeurer quelque temps avant le Sacrifice.

La liturgie de saint Jean Chrysostôme nous apprend que les prêtres grecs bénissent et baisent les ornements sacrés, toutes les fois qu'ils s'en revêtent pour célébrer la Messe ; dans leur Rituel, on ne trouve aucune oraison pour les bénir et les consacrer d'une manière spéciale au culte divin. Les Latins, lorsque ces ornements ont été sanctifiés par la formule de bénédiction prescrite, ne-réitèrent point cette bénédiction ; ils baisent seulement l'Amict, le Manipule et l'Etole au milieu, à l'endroit où se trouve tracée la croix. Néanmoins, dans l'ancienne Messe, que Ménard a tirée d'un manuscrit de Ratold, abbé de Corbie, et qu'il a publiée dans le Sacramentaire de saint Grégoire, un diacre présente à l'évêque, sur le point de célébrer, chaque ornement, en

1 Gan. 2. - 2 Lib. 4, Epist. 54. — 3 Lib. 2, Dialog., cap. 1. - * Hist. Francorum, lib. 2, cap. 21 et lib. 1, cap. 22,

le priant de le bénir, et le prélat bénit chaque ornement en particulier, à la manière des Grecs. Ceci posé, nous passons à l'examen détaillé de chacun des vêtements sacrés, en suivant l'ordre dans lequel on a coutume de les prendre. Nous commençons par ceux du prêtre, qui sont au nombre de six : l'Amict, l'Aube, le Cordon, le Manipule, l'Etole et la Chasuble.

| I . — De l'Amict. — Son usage. — Ses différents noms.

L'Amict est le premier vêtement que revêt le prêtre ; il le met d'abord sur sa tête et le rejette ensuite sur ses épaules. « Après les Sandales, dit un ancien écrivain qui a traité des rites de l'ancienne Eglise, sous le nom de Charlemagne, vient le Superhuméral qui est fait de lin très-pur. » « L'Amict, dit Amalaire *, est notre premier vêtement; nous le mettons autour de notre cou. » « Le prêtre au Sacrifice de l'autel couvre sa tète de l'Amict, » écrit l'abbé Rupert 2. Et l'auteur de la Perle de l'Ame s'exprime ainsi 3 : « Ensuite il met l'Huméral, qui, sous la loi, se nommait Ephod, et que nous appelons Amict ; il recouvre la tête, le cou et les épaules, d'où lui vient le nom d'huméral, et se lie avec deux cordons sur la poitrine. » Il en est qui attachent à l'Amict un morceau de soie pure ou tissue d'or, de la môme couleur et du même genre que l'Etole ou la Chasuble ; mais on ne trouve, chez les anciens auteurs, aucun vestige de cet usage. Dans le rite ambrosien, l'Amict se prend après l'Aube et le Cordon. On lui a donné différents noms. On l'appelle Humerai comme on vient de le voir, par analogie avec les ornements du sacerdoce légal ; on le nomme Ephod, parce que, suivant ce que dit saint Jérôme 4, partout où nous lisons Super humerai, dans l'Exode ou dans le Lévitique, le texte hébreu porte Ephod. Mais notre Amict est-il la même chose que l'Ephod de l'ancienne loi? C'est une question obscure qu'a examinée Saussai 5. Dans YOrdo romain, il est appelé Aiiibi)lii'jiii,in , ou mieux Anabolagium. àvo£o)ty, Anabolè,

1 Lib. 2, cap. 17. - " De Divin, off,, lib. 1, rap. 19. - » Lib. 1, cap. 201. - •ist. 128 ad Fibriol. — ■ Panopl. Sacerdot., pars prima, lib. 1, rap. 2.

est un mot grec qui a la même signification que le mot latin Amictusi. « L'Anabolade, dit saint Isidore, est un voile de lin dont les femmes couvrent leurs épaules 2. » Saint Ambroise se sert du môme terme3, car où nous lisons 4 : Lavabitin sanguine uvœ pallium suum, il a lu, lui : anaboladium suum. La vierge sainte Colombe, dont le Martyrologe gallican raconte sommairement la vie 5, afin d'obtenir des bourreaux quelques instants pour prier, leur donna son anabolaire, que Saussai pense avoir été une sorte de manteau de soie.

§ 2. De l'Aube et du Cordon. — D'où vient le nom d'Aube. — Que les Païens se servaient aussi de tuniques de lin.

Le premier vêtement sacerdotal dans l'ancienne loi était une longue tunique de lin ; c'est aujourd'hui celui que nous prenons le second. Les Grecs le nomment Poderis, parce qu'il descend jusqu'aux pieds, appelés noUs dans leur langue. Paulin, évêque de Tyr, commence ainsi son discours pour la dédicace de l'église qu'il avait fait construire 6 : « Prêtres et amis de Dieu, vous qui êtes revêtus de la longue tunique fpoderé). » Les écrivains ecclésiastiques l'appellent Aube (d'albus, blanc), à cause de sa couleur. Ce nom se voit dans le concile de Carthage, tenu sous Anastase Ier 7, où il est ordonné que le diacre revête l'Aube seulement pendant le Sacrifice et le temps de la lecture ; dans le concile de Narbonne, sous Pelage H, où il est défendu au diacre, au sous-diacre et au lecteur de quitter l'Aube avant la fin de la Messe. On le trouve aussi dans YOrdo romain et dans un traité des rites ecclésiastiques, composé par Wolfang Lazius, sous le nom de Charlemagne. D'autres écrivains l'appellent chemise. « Ensuite nous revêtons la chemise que nous appelons Aube, » dit Amalaire 8. « La Podère, écrit saint Isidore 9, est une robe

1 Orig., lib. 19, cap. 25. — a II est clair que dans ce texte de saint Isidore et dans ceux qui vont suivre, ce mot n'a pas le même sens que dans YOrdo romain. On sait que Yanabolè ou Yamict ne devint un habit sacré que vers le* VIII* siècle. (V. Lebrun, t. 1, p. 42.) - 5 De Bened. PatriarCh. — * Gen., ch. 49. — 5 Oie ult. decembris. — 6 Apud Euseb., Hist. Eccl., lib. 10, cap. 4. — 7 ('an. 41. — 8 Lib. 2, cap. 18, - !' Orig., lib. 19, cap. 21.

sacerdotale faite de lin, qui descend jusqu'aux pieds; c'est elle que le vulgaire appelle chemise. » Et au chapitre suivant : « Nous les nommons chemises, dit-il, parce que nous les gardons in comis, c est-à-dire dans nos lits. » Le nom de chemise fut donc donne a l'Aube à cause de sa ressemblance avec ce vêtement intérieur, fait aussi de lin, que nous conservons en dormant. C'inin, d'où ce nom tire son origine, est un mot grec qui désigne un lit placé près de la terre. Dans la vie de Benoît III, Anastase énumère, parmi les dons que le roi des Saxons envoya à l'église de Saint-Pierre, « des chemises de soie blanche brodées et semées de clous d'or. » Or, ces chemises semées d'ornements d'or n'étaient pas seulement destinées à parer le temple, comme le croit Casaubon, mais elles devaient servir aux prêtres pendant le saint Sacrifice, ainsi que l'observe Ferraris *. Il ne faut pas non plus entendre, sous ce nom, les vêtements intérieurs dans lesquels l'empereur Alexandre, suivant Lampride, trouvait absurde de mettre de l'or, à cause de la dureté et de l'aspérité de ce métal, mais il faut par là entendre des tuniques, qui se portaient sur les autres habits, et dans lesquelles la dureté de l'or ou ses aspérités ne causaient aucune incommodité. h'Ordo romain, à l'endroit où il parle de la consécration de 1 evèque, appelle l'Aube lincam sans rien ajouter. «Indwunt eum, dit-il, lineam etcingulum. » Apulée, dans son Apologie, nous atteste que les païens euxmêmes dans leurs sacrifices se servaient de robes de lin. « La blanche moisson du lin, l'une des plantes les plus précieuses que produise la terre, fournit non-seulement des vêtements aux sacrificateurs augustes des Egyptiens, mais elle sert aussi à revêtir nos prêtres pendant le Sacrifice ; » et ailleurs 2 il décrit les prêtres tout resplendissants de la blancheur de leurs robes de lin. On connaît les vers d'Ovide sur les prêtres d'Isis :

tu Unigeram fleri <{uid possit ad Isim Qucuierù

1 De re rettitria, lil>. 3, cap. &. — - Fabule Miles., lit». I,

Et ailleurs : -

Nunc Dea Unigerâ colitur celeberrima turbâ.

Les Pythagoriciens portaient également des vêtements de lin *. Apollonius, à qui on demandait la raison de cet usage, répondit 2 : « C'est la terre qui me nourrit, il est juste aussi qu'elle me vêtisse. » Et peu après, Philostrate ajoute : « Pythagore se servit de vêtements de lin, parce qu'il considérait comme impurs les habits faits avec les dépouilles d'animaux, tels que les portent la plupart des hommes. » Or pour que l'Aube n'embarrasse point et ne gêne pas la marche, on la serre avec le Gordon qui, chez les Juifs, se nommait baltheus, et que les Grecs appellent zona. Saussai 3 et Ferraris 4 en traitent longuement. Saint Isidore 5 décrit ses formes diverses.

§ 3. — Du Manipule. — Ses différents noms. — Sa forme,

son usage.

Le Manipule fut ajouté dans les siècles postérieurs ; il n'en est pas fait mention dans les anciens Rituels, et les Pères ne l'ont point compté parmi les habits sacrés. C'était dans l'origine un voile de lin, une petite serviette attachée au bras gauche, et dont on se servait pour essuyer la sueur, ainsi que le témoignent tous ceux qui ont écrit sur les offices divins. « Ld,mappula (Manipule) que nous portons au côté gauche, dit Alcuin, et qui nous sert à essuyer nos yeux et à nous moucher, désigne la vie présente, dans laquelle nous sommes incommodés par des humeurs superflues. » « Nous portons le sudarium (autre nom donné au Manipule) pou ressuyer la sueur, écrit Amalaire6. Nous le portons à la main gauche, pour montrer que dans cette vie temporelle nous souffrons de la superfluité des humeurs. » Raban Maur dit 7 : « Le quatrième ornement est la mappula ou serviette que nous appelons ordinairement fanon. » Fanon est un mot

« Scheffer, De Italica Philos., lib. 1, cap. 14. — 2 Apud Philostratum, lib. 8. — 3 Panopl., lib. 3. — * De re vestiaria, lib. 1. — 5 Origin., lib. 10, rap. 33. — « Lib. 2, cap. 24. — 7 De Institut, clericor., lib. 1, cap. 18.

allemand qui signifie étendue, si nous en croyons Vossius l. On lit dans YOrdo romain : « Ensuite le sous-diacre met le Manipule au bras gauche du pontife sur la Chasuble. » Au temps de saint Grégoire le Grand, les clercs de l'Église romaine étaient les seuls qui pouvaient le porter. En effet, voici ce qu'écrit ce saint docteur 2 : « Relativement à la demande que vous nous avez faite de L'usage du .Manipule pour vos clercs, les nôtres s'y sont fortement opposés en disant que jamais aucune Église n'avait joui d'un semblable privilège. Cependant, par égard pour votre personne, malgré ces réclamations, nous permettons l'usage du Manipule, mais seulement à vos premiers diacres et lorsqu'ils vous servent. Dans tout autre temps et pour toute autre personne cet usage est rigoureusement interdit. » On fit usage de cette serviette ou de ce mouchoir de lin jusqu'à ce que le Manipule, par différents embellissements, fût devenu un ornement, et depuis on le fait de la même étoffe que l'Étole et la Chasuble. Je pense que ce changement du mouchoir en Manipule a dû arriver au Xe siècle ; car Alcuin et Amalaire, auteurs du IX* siècle, montrent qu'alors encore on employait des serviettes ; et l'ancienne Messe du manuscrit de Ratold, abbé de Corbie, éditée par Ménard, parle du Manipule. Or, Ratold vécut vers l'an 980. Autrefois, comme on le voit par d'anciennes peintures, le Manipule était une bande de lin longue et étroite, à peine large de trois doigts ainsi que l'Étole. Sa largeur était la même partout, et n'était pas, comme aujourd'hui, plus grande aux extrémités. Qu'anciennement cet ornement n'ait pas été exclusivement rvé aux sous-diacres, comme le pensent les scolastiques, c'est ce qu'on peut prouver par cet argument, entre autres, à savoir que ceux mêmes qui n'étaient point dans les Ordres le portaient quelquefois. C'est ce que témoigne Lanfranc 3 quand il dit : « Dans les réunions de religieux, les laïques eux-mêmes, après avoir revêtu l'Aube, ont coutume, d'après l'ancienne institution des Pères, de prendre le Manipule. » Toutefois, ainsi que

1 I)»' vitiis serm., Iib, 2, cap. 7. — - Lib. 1, K|»isi,;Vi, ld Juan., anh. Havrmi

- 5 Kp. !.:,

l'observe, dans ses notes sur ce passage, Luc d'Àchery, cette coutume fut abolie par le concile de Poitiers, tenu sous Pascal II. Il y est dit1 : «Qu'aucun religieux ne porte désormais'le Manipule, à moins qu'il ne soit sous-diacre. » Chez les Grecs, ce qui répond à notre Manipule c'est YÉpimanicion, dont Goar parle dans ses notes sur la liturgie de saint Ghrysostôme 2. Comme alors la Chasuble environnait tout le corps, c'était après l'avoir repliée sur les bras, suivant la Perle de l'âme 3, qu'on attachait le Manipule à l'extrémité du bras ainsi rendu libre. Ce rite, alors commun à tous les prêtres, n'a plus lieu que pour les évoques, auxquels les ministres attachent le Manipule après la confession, parce qu'anciennement c'était à ce moment qu'on relevait la Chasuble.

| 4. — De l'Étole ; ce que désignait ce mot chez les Païens, chez les Juifs et chez les anciens Chrétiens. — Pourquoi ce nom fut-il donné à l'ornement dont il s'agit. — Que l'Étole fut appelée Orarium. — Usage sacré et profane de TOrarium.

Le mot stola, chez les auteurs profanes, soit Grecs, soit Latins, désigne un vêtement de femme qui descendait jusqu'aux talons. D'où Cicéron, reprochant à Antoine ses mœurs efféminées 4 : « Tu pris la toge virile, et sur-le-champ tu la rendis robe de femme (muliebrem stolam). C'était une robe particulière aux matrones, observe Ferraris 5 ; les femmes connues pour mener une mauvaise vie, en portaient une plus courte. Tertullien 6 parle de la présence d'une matrone en public sans cette robe, (stola), comme d'un signe qui montre qu'elle a secoué toute pudeur. Quelquefois, cependant, ce mot sert à désigner toute sorte de vêtements, soit des princes, soit des prêtres, soit des particuculiers. En effet, dans la Genèse 7, Pharaon, en mettant Joseph à la tête de toute l'Egypte, le fit revêtir d'une robe de lin (stola byssina). Ce saint patriarche 8 fait remettre à chacun de ses frères deux robes (stolas) ; quant à Benjamin, il lui en fait donner

1 Gan. 5. - 2 Num. 12. - s Lib. 1, cap. 207 et 208. - 4 Philipp. 2. - s De re vest., lib. 3, cap. 17. - 6 De Pall., caput. 4. - 7 Cap. 41. - 8 Cap. 45.

cinq d'un grand prix. Dans Esther », lorsque Aman cul dit que celui que le roi voulait honorer devait être revêtu des habits royaux, on lit qu'il porta une robe (stola) et en revêtit iMardochée. Également le père du prodigue commande qu'on le revête de sa première robe (stola), sans doute parce que cette robe était la plus belle et la plus précieuse. Zozime 2nous apprend que Julien avait autorisé Procope à porter la robe royale (slolam regiam). Diodore de Sicile raconte 3 qu'Arbace, le premier des Mèdes qui, après la mort de Sardanapale, occupa le trône d'Assyrie, s'étant revêtu de la robe royale (stola regia). fut proclamé roi. Josèphe parle 4 de la robe (stola) du grand prêtre sous la loi ancienne. Le IIe livre des Machabées 5 parle des prêtres qui se tenaient devant l'autel revêtus de robes (stolis) sacerdotales. Zozyme, traitant du titre de grand prêtre donné autrefois aux empereurs: « Dès que quelqu'un, dit-il, obtenait l'empire, les prêtres lui présentaient la robe (stola) sacerdotale, et aussitôt il recevait le titre de pontife suprême. » Il ajoute que Gratien refusa cette robe qu'on lui offrait, pensant qu'il n'était point permis à un chrétien de porter un pareil habit. Xénophon détermine quelle était la forme de VÉtole, quand il dit 6 : « 11 prit donc pour luimême la robe (stola) des Mèdes et engagea ses amis à la porter, Il lui parut que cette robe était très-propre à dissimuler les défauts du corps, » sans doute parce qu'elle recouvrait tout le corps depuis la tète jusqu'aux pieds. Saint Germain de Conslantinople décrit également l'Étole ou robe sacerdotale 7, quand il dit qu'elle est couleur de feu et descendant jusqu'aux pieds, comme la tunique d'Aaron. Je ne doute point que ce n'ait été une robe de ce genre, l'Étole tissue d'or dont parle Théodoret 8, que Constantin avait donnée à Macaire, évêque de Jérusalem, pour l'administration du baptême, et que les ennemis de saint Cyrille lui reprochaient d'avoir vendue. Telle était donc la forme de l'Etole chez les Gentils, chez les Juifs et chez les

1 Cap. 6. - a Lib. 4. - 3 Lib. 2. - * Antiq., lib. 15, cap. 14, et lib. 18, cap. G. — 5 Cap. 3. — ■ Cyripaed., lib. 8. — : In Theoria Liturgiœ. — 8 Hist., lib. 2, cap. 27.

anciens chrétiens ; maintenant l'Etole dont nous nous servons est une espèce de collier, qui du cou passe sur la poitrine et retombe sur les genoux. Quand cet ornement a-t-il commencé à être revêtu par les prêtres pour le saint Sacrifice, et pourquoi lui a-t-on donné le nom d'Etole; c'est ce que nous allons rechercher avec soin. 11 en est qui ont écrit que cet ornement avait été en usage du temps des Apôtres, parce qu'ils ont lu que l'Etole de saint Jacques avait été envoyée à saint Ignace de Constantinople par Théodore, patriarche de Jérusalem, et que saint Macaire avait donné à l'impératrice Hélène l'Etole de saint Etienne, premier martyr, que cette princesse remit à l'église de Besançon. Mais il est manifeste que ces auteurs ont été trompés par le sens équivoque du mot. L'Etole de ce temps, comme nous venons de le montrer, était une longue robe qui recouvrait tout le corps, et n'avait de commun que le nom avec l'Etole aujourd'hui en usage. Durand * rapporte l'origine de cette dernière au temps où l'on a commencé à se servir d'aube. « Il faut observer, dit-il, qu'anciennement l'Etole était une robe blanche descendant jusqu'aux talons, dont les patriarches se servaient avant la loi, que les aînés revêtaient pour recevoir la bénédiction paternelle, et avec laquelle ils offraient à Dieu des sacrifices comme pontifes. Mais lorsqu'on commença à faire usage de l'Aube, l'Etole changea de forme. » Toutefois c'est là une conjecture assez légère ; bientôt nous citerons des conciles qui fourniront des preuves plus certaines de ce changement. Mais pourquoi le nom d'Etole a-t-il été donné à cet ornement ? Est-ce parce qu'il a succédé à l'ancienne robe qui portait ce nom, comme le veut Durand ? Ou n'est-ce pas plutôt à cause du bord, qui garnissait cette ancienne robe, que l'on conserva, et auquel on donna le nom du vêtement dont il n'était qu'une partie. C'est l'opinion de Vincent Riccard 2, opinion qui me paraît probable. En effet, à l'extrémité de l'ancienne Etole était attachée, comme l'observe Baysius 3, une bordure environnant toute la robe, et parce que

1 Rational., lib. 3, cap. 5. — 2 Commentariis ad orat. sextanm sancti Procl. — 5 De re Vestiaria, cap. 17,

l'étole dont nous nous servons ressemble beaucoup à cette bordure, il a pu arriver que pour cette raison on lui ait donné le nom de la robe. Dans les actes de saint Sylvestre, attribués au Pape Damase, nous lisons que ce Pape ordonna aux diacres de porter une Dalmatique et de recouvrir leur bras gauche pallâ linostimô.. Egalement on prétend que saint Zozime recommande aux diacres de couvrir leur bras gauche pallis linostimis ; peut-être doit-on lire linostema, c'est-à-dire d'étoffe tissue de fil et de laine, qui, suivant saint Isidore *, est ainsi nommée, parce que le lin forme la chaîne, tandis que la trame est de laine. Or, parce manteau (palla), on ne peut guère entendre que l'Etole du diacre, qui la porte sur l'épaule gauche, tandis que le prêtre la croise sur la poitrine. Il est encore parlé de l'Etole sous le nom d' orarium, au concile de Laodicée, tenu sous saint Sylvestre 2; il défend aux sous-diacres et aux lecteurs de porter Xorarium. De ces deux témoignages, il résulte qu'il y a plus de treize cents ans, l'Etole était en usage dans l'Eglise.

Or, que sous le nom d'orarium il faille entendre l'Etole dont nous nous servons, c'est ce que prouve le témoignage de tous les auteurs ecclésiastiques. « Alors, dit la Perle de l'âme 3, il met sur son cou l'Etole qui s'appelle aussi orarium. » « Le cinquième ornement, dit Raban Maur4, est Xorarium, bien que quelques-uns lui donnent le nom d'Etole. » « Vient ensuite Y orarium, c'est-à-dire l'Etole, » écrit Alcuin 5. h'Ordo romain s'exprime ainsi : « Les sous-diacres régionnaires prennent les ornements pour en revêtir le pontife ; l'un prend Xorarium, l'autre la Chasuble. » Anastase écrit, dans la Vie du Pape Agathon : « Au même instant le concile et le prince ordonnèrent d'enlever Xorarium qu'il portait à son cou ; » il s'agit, dans ce texte, de Macaire d'Antioche. A ces témoignages viennent s'ajouter ceux des anciens conciles, qui ont porté des décrets sur l'usage deXorarium, par lesquels il est manifeste que sous ce nom ils entendaient l'Etole. Nous avons déjà cité le concile de Laodicée,

1 Orig., lib. 10, cap. 22. - 2 Cap. 22 et 23. - " Lib. i, cap. 201. - * Lib. 1, cap. 19. - 5 De div. ofl\, cap. 39.

sous le pape Sylvestre. Le premier concile de Bragues, tenu en 563, dit ! : « Parce que, dans quelques églises de cette province, les diacres portent Yorarium sous leur tunique, en sorte que rien ne les distingue des sous-diacres, nous avons voulu que désormais cet ornement fût porté par les diacres sur l'épaule, comme il est convenable. » Que dans l'ordination, dit le quatrième concile de Tolède, tenu sousHonorius 2, l'évêque reçoive YOrarium, l'Anneau et le Bâton pastoral, le prêtre YOrarium et la Chasuble, le diacre YOrarium et l'Aube. » Et plus loin 3 il ajoute : « Il n'est permis ni au prêtre, ni même à l'évêque de porter deux orarium; à plus forte raison cela est-il défendu au diacre qui n'est que leur ministre. Que le lévite donc ne porte qu'un seul orarium sur l'épaule gauche, parce qu'il prêche, et afin que sa main droite puisse vaquer plus librement à son ministère auprès du prêtre. Qu'il évite de porter deux orarium; qu'il lui suffise d'un seul, pur, sans couleurs variées et sans broderies d'or. » Le troisième concile de Bragues, sous saint Adéodat, dit4 : « Lorsque le prêtre doit célébrer la Messe solennelle, ou offrir pour lui-même, ou participer au corps et au sang du Seigneur, qu'il ait Yorarium placé sur son cou, de telle sorte que ce même ornement couvre son cou et ses épaules et vienne sur sa poitrine former le signe de la croix,» « Que les prêtres, dit le concile de Mayence, tenu sous Léon III, portent sans cesse Yorarium, à cause de la dignité de leur sacerdoce, » sans doute quand ils exerçaient les fonctions de leur ordre ; à moins que dans cet endroit le mot orarium ne soit pris contre son sens ordinaire, pour désigner la robe longue ou soutane, que les prêtres, en effet, doivent toujours porter. C'est dans ce dernier sens que quelques auteurs expliquent ce décret, attribué par Gratien 5 et par Ives de Chartres 6 au concile de Tribur : « Que les prêtres ne sortent point sans l'Etole ou Yorarium ; tellement, que si les prêtres voyageant sans Etole sont dépouillés, frappés ou mis à mort, l'auteur ne sera puni que d'une amende ordi-

< Can. 27. - 2 Can. 17. - •" Can. 39. - i Cari. 3. - s 17 Quœst. 4, can. 25. - 6 P. 10, c. 139.

naire ; s ils étaient revêtus de leurs Etoles, la peine sera triple. » Bd effet, une moindre peine est infligée à celui qui outrage un prêtre voyageant sans les habits de son ordre, parce qu'il peut prétexter son ignorance. Ce qui montre qu'ici, par orarium, on doit entendre l'habit que portaient communément les prêtres, et qui les distinguait des autres hommes *. Que si maintenant nous voulons considérer le sens original • mot, nous trouverons qu'il est tout profane, et bien différent de celui qu'on lui a donné depuis. Sous le nonï ù.' orarium, les anciens auteurs païens ou chrétiens entendent un mouchoir, une cravate, un linge qui servait à essuyer le visage. Flavius Vopiscus, dans la Vie dAuréUen, nous apprend que cet empereur avait le premier donné au peuple romain des orarium, dont il se servait pour témoigner sa joie; c'est-à-dire que le peuple, en agitant ces orarium, montrait son allégresse et était censé acclamer l'empereur. Saint Àmbroise, dans son Discours sur la mort de Satyre, son frère, dit, en décrivant la tempête qui l'avait assailli : « il fit lier dans un orarium le divin Sacrement des fidèles, attacha cet orarium à son cou et se jeta à la mer. » Dans ce passage, le mot orarium ne désigne pas une Etoic, comme quelques-uns l'ont cru, mais un linge ordinaire ; car Satyre (Hait laïque, et il n'avait aucune raison de porter l'Etole sacrée. Le même saint dit, dans son Epître sur les miracles des saints Gervais et Protais : « Que de linges (oraria) on leur fait toucher et auxquels ce contact communique la vertu de guérir. » Pontius, dans La Vie de saint Cyprien^ dit: « Les frères plaçaien t devant lui des linges et des mouchoirs {oraria), pour que le sang du sain! martyr ne se répandit point sur la terre. L'orarium, était un linge plus long que large, semblable à une écharpe,

1 Quelques-uns pensent que, même dans les deux textes précédents, le mot orarium désigne encore l'Étole. Ils disent que les prêtres en voyage devaient être revêtu de leur étole, soit que cette même étole leur servit pour le saint ministère, soit qu'ils dussent, par respecl pour le saint Sacrifice, eu prendre une autre. Pour confirmer cette interprétation, ils citent différentes preuves et, entre autres, l'exemple de saint Maur qui, suivant l'auteur de sa Vie, la première année qu'il fut diacre, avait toujours l'Étole à son cou. (Voy. l'Ancien sacram., Grancolas.)

comme le montre, d'après le texte de saint Ambroise sur la mort de son frère, Casaubon dans ses Notés sur Vopiscus. Grégoire de Tours favorise ce sentiment *, quand, racontant que Sigismond, roi de Bourgogne, avait fait mourir son fils pendant qu'il dormait, il dit : « On plaça sous le cou du jeune prince endormi un orarium qu'on lia vers le menton, et deux valets, serrant fortement les bouts, l'étranglèrent. » Je soupçonne que c'est à cause de cette forme longue et étroite de Y orarium, que ce nom fut admis dans l'Eglise pour désigner l'Etole, et le décret de saint Sylvestre, dont nous avons parlé, relatif à l'usage du manteau tissu de lin, palla linostima, semble appuyer cette conjecture. 11 est assez probable que, comme le pensent certains auteurs, l'étymologie du mot orarium vient d'ora, bordure ; car avant qu'où eût des linges destinés à cet usage, c'était avec le bord de la robe qu'on essuyait son visage : « Prends le bord, c'est-àdire l'extrémité de ton vêtement, et essuie ta sueur, » dit Plaute dans le Marchand 2. Toutefois, il est plus vraisemblable qu'il vient de ore, visage, parce que {'orarium servait à essuyer le visage; c'est cette étymologie que semble indiquer saint Prudence dans le vers suivant 3 :

Hic sui dat pignus oris, ut ferunt, orarium.

D'autres le font venir de orando, prêcher, parce que c'était un signe, un ornement donné à ceux qui prêchaient ; de ce nombre sont Alcuin, Raban Maur et Bède qui dit 4 : « L'orarkcm convient bien aux orateurs ; ce vêtement répond à l'office qu'ils exercent. » On ignore si ce mot est d'origine grecque ou latine ; cependant je serais assez disposé à croire que les Grecs l'ont reçu des Latins, car Suidas, écrivain grec et l'auteur d'un ancien Etymologique, assure que ce terme est latin. Ceux qui prétendent qu'il vient du grec, lui assignent trois étymologies. Balsamon 5 et Mathieu Blastare 6 le font venir du verbe opù, qui signifie j'observe, je garde, parce que ceux qui portent Yorarium obser-

1 Lib. 3, cap. 5, Hist. — 2 Act. 1, Scen. 2. — 3 Hymn. 1, De coronis. — l Coll. de septem ordinib. — 5 In can. cit. conc. Laodicen. — 6 In Synopsi can.

vent, gardent avec soin tout ce qui touche aux mystères-, c'est pourquoi on l'a donné aux diacres. Siméon de Thessalonique le dérivé de --/, qui, suivant Hesichius, signifie beauté, grâce, parce que Xorariwm donne au diacre un lustre divin et le revêt de la beauté, de la grâce. Areudius ' enseigne qu'il vient de ùpa, heure, parce que le diacre, prenant avec trois doigts l'extrémité

>n Etole. invite le peuple à prier, les chantres à psalmodier, et indique les heures et les moments ou chaque chose doit se l'aire, coutume qui est encore aujourd'hui en vigueur chez les Grecs. Quoique Yorariv/m soit communaux prêtres et aux diacres,

Irecs cependant ne le donnent qu'aux derniers. L'Etole qu'ils assignent aux prêtres est nommée s* irpaixnhov ; elle est plus large qaeYorarium^ et n'est point marquée de signes comme ce dernier, sur lequel est brodé trois fois le mot iytoç, saint. Je termine cet article sur 1 Etole par un passage de saint Isidore, qui, dans sa Règle 2, dit qu'il n'est pas permis aux religieux de se servir . ce que le premier concile d'Orléans avait déjà

ndu 3. Mais ici ce mot est pris dans son sens primitif et

jne un linge pour s'essuyer, car peu après le saint ajoute : qu un religieux ne doit point prendre soin de son visage, de peur d'encourir le soupçon de mollesse et de légèreté.

— De la Chasuble. — Ses différents noms. — Son origine, sa forme, son usage.

dernier vêlement que revêt le prêtre avant d'offrir le saint Sacrr t appelé par les \mspenula, et par d'autres casula

ou planeta, noms qui ont quitté leur sens profane pour passer dans la langue ecclésiastique. Qu'était-ce que la penula chez les ami el chez les Latins? Quelle était sa forme-, son

! ce que discutent longuement Bulenger 4. Ferraris 5 t.'t Albert Ruben ';. Mais la penula, que l'Apôtre saint Paul témoigne avoir laissée en Troade, chez Carpus ~, était-elle un

' tA \, cap. lu. Cap. 12. - ' Ca^ 2t. ■ < De sacris vestib., cap. 20.

* !>'• M veatSar. lib. I, eap. 36. — ■ Do re vesliaria, lib. i, cap. 6, — 7 Ad. l imot. , seconda, cap. I,

*- 388 — vêtement sacré ou un manteau ordinaire destiné à protéger contre le froid et la pluie, ou bien faut-il entendre par là une boîte, une cassette pleine de livres et de parchemins? Les opinions sont partagées; on peut les voir dans les Commentateurs de l'Apôtre et dans Baronius 4 : « Ils se trompent, écrit Gretser 2, ceux qui traduisent phenolium par penula. Aucun habit sacré ne fut désigné sous ce nom, bien que je n'ignore pas ce qu'on a dit au sujet de la penula laissée par saint Paul. » Ferraris, dans la première édition de son ouvrage, avait adopté ce sentiment ; mais dans la seconde 3, il change de sentiment. « Voici, dit-il, ce que nous avions d'abord pensé, avant que nous eussions vu la forme de la penula représentée sur d'anciens monuments, et en cela nous avions été trompé par l'autorité d'illustres savants, qui prétendent que c'était un manteau ouvert par devant; mais, ayant eu occasion depuis de voir plus d'une gravure représentant cet habit, nous avons été obligé de changer d'avis, et nous pensons, avec Baronius, que la penula était un habit sacerdotal. » Ce même auteur consacre à la discussion de ce point tout le IIe Livre de la seconde partie de son Traité. On y voit une figure de la penula qui ressemble beaucoup à l'ancienne Chasuble. Tertullien fait mention de la penula laissée par saint Paul 4. Or, Baronius montre 5, par plusieurs témoignages, que le phenolium ou phelonium, qui, chez les Grecs, correspond à notre Chasuble, a été, quoiqu'en dise Gretser, traduit penula par plusieurs interprètes latins. Et, pour n'en citer qu'un seul, Nicéphore de Constantinople, écrivant à Léon III qu'il lui envoie des présents, dit dans l'ancienne traduction : « Nous envoyons à votre fraternelle Béatitude une croix d'or, une robe blanche, et une penula de couleur brune. » Au lieu de penula, le texte grec porteyhelonium. Plusieurs écrivains nous attestent que la casula ou planeta était un vêtement ordinaire autrefois en usage chez les Romains. On lit dans les Actes de saint Fulgence « : « 11 n'eut

1 Ad ann. 58, n. 67. — 2 Comment, in Codinum, lib. 1, cap. 16. — 8 In fur., cap. 37. — * Le Oratione, cap. 12. — 5 Loc. citât., n 69. — 6 Apud. Bolland., die prima Januar., cap. 18.

point de robe [casula] précieuse ou de couleur éclatante, et il défendit à ses religieux d'en avoir; sous sa robe (casula) il portait un vêtement de couleur blanche. » La Règle de saint Macaire * fait ainsi parler un religieux indiscipliné : « Je ne puis rester ici; mais je prendrai ma robe (casulcm) et j'irai où Dieu voudra. » On voit qu'ici casula est pris pour désigner la cuculle monacale. « Nous appelons cuculle, dit l'abbé Théodemar 2, ce que d'autres désignent sous le nom de casula. » — « En marchant, dans les rues de la ville, écrit l'auteur de la Vie de saint Césaire d'Arles, il aperçut sur la place un homme qui était tourmenté par le démon. Après l'avoir examiné, il fît sur lui le signe de la croix avec la main, qu'il tint sous sa robe (casula) pour n'être pas remarqué de ceux qui l'accompagnaient. » Le diacre Jean, dans la Vie de saint Grégoire, parle d'un religieux qui demandait à son frère, resté dans le siècle, un habit, en lui disant : « Je n'ai point d'habit (casulam), ayez la charité de m'en acheter un 3. » La Chasuble était aussi le vêtement ordinaire des ecclésiastiques ; car, dans le concile tenu en 743 à Lestines, au diocèse de Cambrai, on ordonna 4 que les prêtres et les diacres ne se revêtissent point de saies comme les laïques, mais de Chasubles comme les serviteurs de Dieu. Procope emploie ce mot pour désigner une robe d'esclave 5 : « Aréobinde, maître de la milice, dit-il, envoyé par Justinien en Afrique, se présenta devant Gontharis, non pas revêtu des ornements de prêteur ou ou des habits militaires , mais avec la robe que mettent les esclaves et les particuliers, et que les Latins nomment casula. » Nous trouvons également le mot planeta employé pour désigner un vêtement séculier dans la Vie de saint Fulgence. L'auteur écrit ° qu'un jour, le saint se promenant par un temps de pluie, des gentilshommes le mirent à l'abri en le couvrant de leurs robes pîanetis). Cassien 7, parlant du vêtement des religieux, dit qu'ils ne portaient pas des vêtements de prix comme les Chasubles ou les casaques. Saint Isidore, dans sa Règle, défend aux

i Capol 27. — - Epist. ad Gard, ftfag. — 3 Lib. 2, cap. 45. — * Can. 7. — !><■ Ix'll. Vandal., nap. 20. - ,; Capul 29. - ' Lib. I, cap. 7, Instit.

religieux l'usage des Chasubles (planetas). Les mots casula et planeta ayant donc eu des sens divers, on ignore à quelle époque ils ont commencé à désigner exclusivement un ornement sacré. Toutefois, le nom de Chasuble se lit dans l'Ordo romain, dans les écrits d'Alcuin, d'Amahire, de Raban Maur et d'autres auteurs ecclésiastiques. Le quatrième concile de Tolède dit : « Presbytero in sua ordinatione planeta datur, quse idem est ac casula, » Il est également fait mention de la Chasuble dans le testament de saint Rémi rapporté parFlodoard K Que les prêtres avant de se servir de Chasubles aient fait usage de Dalmatiques qu'ils ont ensuite laissées aux diacres, c'est une assertion particulière de Strabon 2. Cependant, les Actes de saint Sylvestre, édités par Combéfis, semblent l'appuyer : il y est parlé, en effet, d'Euphrosine, évèque de Pamphilie, qui, pour célébrer les saints mystères, portait une Dalmatique 3 (colobium), qu'il prétendait avoir appartenu à saint Jacques, le frère de Jésus-Christ, et avec laquelle cet Apôtre avait lui-môme offert le saint Sacrifice; d'où est venu aux prêtres de Rome l'usage, observé jusqu'à ce jour, de célébrer avec des Dalmatiques (colobiis); mais parce que la nudité des bras semblait inconvenante, on y ajouta des manches, et au lieu de les nommer colobia on les nomma dalmaticas manicatas. Ainsi parle cet ancien auteur. Or, le mot casula, d'après saint Isidore 4, est un diminutif de casa et veut dire petite maison, parce que ce vêtement recouvrait tout le corps; celui de planeta (de nlaw.opai, errer) vient de ce que, n'ayant pas de manches, la Chasuble était mobile et pour ainsi dire errante autour de celui qui en était revêtu. « On relève de chaque côté sur les bras ses bords errants, » dit la Perle de l'âme 6. Dans la Vie de saint Poppon, abbé 5, on trouve le nom de casubula : « Dans la célébration de la Messe, il arrosait de ses larmes la Chasuble (casubulam) dont il était revêtu. » Chez les Orientaux, le phe-

1 Lib. cap. 18. — 2 Cap. 14. — " Le colobium, de xolofiog, mot grec qui veut dire mutilé, était une chemisette sans manches; il ressemblait plus à la Dalmatique actuellement en usage, qu'à la Dalmatique ancienne qui avait des manches, comme on le verra plus loin. — i Orig., lib. 19, cap. 24. — 5 Lib. 1, cap. 207. — c Ap. Bolland., die 25 Januar., n. 58.

lo/iiuntou la Chasuble de leveque diffère de celle du prêtre en ce que celle-ci est simple, sans aucun dessin, tandis que l'autre est ornée de croix ; c'est pourquoi cette dernière est appelée mWr«»0i*v, poli/staurion, comme si nous disions en latin multicrucium. Autrefois les Chasubles étaient parfaitement rondes, couvrant le prêtre depuis le cou jusqu'aux pieds, n'ayant qu'une ouverture au milieu pour y passer la tête. C'est pourquoi, afin que le prêtre pût agir et se servir de ses mains, il était nécessaire de les retrousser et de les replier sur les bras. C'est ainsi que les anciennes peintures nous représentent les évoques et les prêtres, et telle est encore aujourd'hui la forme de la Chasuble dans l'Eglise grecque. Les Latins, pour remédier à l'embarras que causait la grandeur de ce vêtement, qui emprisonnait et le corps et les bras, se mirent à échancrer peu à peu les côtés, et à te raccourcir jusqu'à ce qu'il eût été réduit à la forme, que nous lui voyons maintenant. Dans la Mosaïque qui se trouvait jadis dans la basilique de Latran, dont la copie existe au Musée Barberin, et que César Raspon, aujourd'hui cardinal, a fait reproduire dans son Livre sur la basilique de Latran *, nous voyons le portrait du pape Jean XII que les diacres revêtent d'une Chasuble ; or, cette Chasuble, échancrée des deux côtés, se termine en pointe par devant et par derrière, et elle ne descend que jusqu'aux coudes; il n'était par conséquent plus nécessaire alors de la replier sur les bras. Cette Mosaïque remonte à l'an 960. Morin assure 2 que, dans plusieurs églises, on conserve des Chasubles de forme ancienne qui ont plus de deux cents ans. Ce témoignage et le monument que nous venons de citer, peuvent nous l'ai iv conjecturer vers quelle époque on a commencé à échancrer les Chasubles, et comment peu à peu elles ont pris leur forme actuelle. Je ne sache pas qu'aucun décret des Papes ou des conta lis l'ait sanctionnée. Et parce qu'autrefois la Chasuble recouvrait tout le corps, les ministres la relevaient lorsque le prêtre élevait 1 hostie et le calice ; cet usage, alors nécessaire pour que le prêtre ne s'embarrassât point dans cet ornement en faisant la

1 Cap. li. — - De saciis Ordin., pais 2, in not. ad Graecor. ordina».

génuflexion, est encore observé aujourd'hui, bien qu'il soit sans objet. De là encore est venue une autre coutume, que sans doute peu de personnes comprennent , à savoir : que , pendant le Carême et aux autres jours de jeûne, les ministres se servent de Chasubles repliées par devant, ce qu'autrefois la grandeur de ce vêtement rendait nécessaire, afin qu'ils fussent plus libres pour remplir leurs offices !. Insensiblement il est arrivé que le diacre qui, au saint Sacrifice, est le principal ministre, a quitté la Chasuble et l'a remplacée par une large Etole qui est d'un âge récent, car YOrdo romain prescrit, non pas d'ôter la Chasuble, mais de la relever. « Les diacres, dit-il, élèvent leurs Chasubles. » Nous avons dit, en parlant de l'Etole, que les Canons défendaient d'en porter deux en même temps.

| 6. — Des ornements propres à l'Évêque, des Bas, des Sandales.

— Leurs divers usages.

Nous venons de parler des vêtements sacrés nécessaires à tout prêtre pour célébrer la Messe ; les évoques, lorsqu'ils officient solennellement, y ajoutent les Sandales, les Bas, la Croix pectorale, la Tunicelle, la Dalmatique, les Gants, l'Anneau, la Mitre, la Crosse, et, si le célébrant est archevêque, le Pallium. Saussai 2 et Visconti3 en traitent longuement. Les Sandales sont un ornement des pieds, et, par le mot de c-aliga, nous désignerons les Bas, encore que sur ce point les savants soient partagés. Les Sandales sont aussi nommées, par les anciens, compagia ou mieux compagi. Trebellius Pollion et Jules Capitolin se servent de ce mot pour désigner une chaussure royale, ou celle que portaient les sénateurs, h' Or do romain l'emploie pour désigner les Bas, car dans l'ordination de l'évêque on lit : « Ils mettent ensuite à l'élu les Bas et les Sandales [compagi et sandalia. » Les souverains Pontifes accordèrent quelquefois aux

1 II s'agit ici d'un usage particulier à l'Église de Rome. « Encore aujourd'hui, dit Grancolas, le Carême et VAvent à Rome, le diacre et le sous-diacre ont une chasuble qui est pliée par devant. » (Ancien sacram., tom. 1, pag. 142). -- - Panopl. Episcop. — 8 De Miss, appar., lib, 3.

diacres l'usage des Sandales, ainsi que nous l'apprend saint Grégoire le Grand. En effet, dans sa Lettre à Jean de Syracuse *, il se plaint que les diacres de Catane aient osé se servir de Sandales, privilège que ses prédécesseurs n'ont accordé qu'à ceux de Messine. Alcuin dit que les Sandales sont un genre de chaussures dont se servent les ministres de 1 Eglise. On trouve dans les Capitulaires de Charlemagne 2 un Canon ordonnant que tout prêtre mette des Sandales pour célébrer la Messe. Il résulte d'un passage d' A malaire 3, que les sous-diacres eux-mêmes portaient des Sandales, car il dit que les Sandales des évoques, des prêtres, des diacres et des sous-diacres sont différentes, et il donne les raisons mystiques de cette différence. En effet, les premiers évoques de notre religion, toujours pénétrés de vénération pour les divins mystères, voulurent que leurs ministres fussent revêtus d'ornements magnifiques et dignes d'un si auguste ministère, en sorte qu'il ne leur était point permis d'approcher de l'autel avec chaussures malpropres ou dont ils se servaient ordinairement, à plus forte raison leur était-il défendu d'en approcher nu-pieds, ce que X&rclo romain défend d'une manière formelle, môme aux acolytes4; c'est pour cela qu'ils prescrivirent différentes sortes de Sandales, suivant les divers degrés de la hiérarchie: aujourd'hui, il ne reste plus que celles dont se sert l'évoque lorsqu'il officie solennellement. L'Ordo romain étend aux abbés l'usage des Sandales, car il dit, en parlant de leur ordination : • Episcopus état ci baculum et pedules. » Or, ce mot de pedules a la même signification que sandalia. Léon d'Ostie nous apprend 5 que Léon IX les avait permises aux abbés du Mont-Cassin. Dans la suite, les souverains Pontifes accordèrent également ce privilège à d'autres personnes.

§7. — Delà Croix pectorale. — Qu'elle est d'un usage moderne.

Des savants ont écrit d'énormes volumes sur le signe de la Croix, sur le respect qu'on avait pour ce signe, sur son usage,

1 Lib. 1, eptftt. 28 [ndict. I. - 2 Lib 5, cap. 209. - ' Ub. 2, cap. 25. - ' De die Parasceve». — * Chron., lik 2,

sur les petites Croix que les fidèles, dès l'origine de l'Eglise, avaient coutume de suspendre à leur cou, comme de précieux talismans ; mais au sujet de la Croix dans laquelle sont des reliques des saints, Croix que nous nommons pectorale, parce qu'elle retombe sur la poitrine, et que les Grecs appellent hnoteav, parce qu'on la porte sur le sein, tous ceux qui ont écrit sur les rites ecclésiastiques, tels qu'Alcuin, Amalaire, Strabon, et d'autres plus récents, gardent un profond silence. Pas un mot de cette Croix, ni dans la Messe d'Illyricus, ni dans celles du même genre éditées par Ménard, et pourtant les ornements pontificaux y sont tous énumérés ; c'est ce qui me porte à croire que ce rite n'est pas fort ancien. Je n'ignore pas qu'on invoque un passage de saint Grégoire de Nazianze qui dit i : « Je porte la Croix sur mes membres, je la porte au milieu de mon corps. » Mais si l'on veut bien examiner le contexte, on voit qu'il n'est nullement question ici de la Croix, que l'évoque porte sur sa poitrine quand il célèbre, mais des Croix que les Chrétiens, même les laïques et les femmes, portaient ordinairement, usage que prouvent fort au long ceux qui ont écrit des traités sur la Croix. Baronius 2 rapporte à ce sujet la Croix d'or, enrichie du bois de la vraie Croix, que Nicéphore de Constantinople envoya à Léon III. Il pense qu'on doit, par le mot encolpion, entendre la Croix pectorale dont nous parlons. Pour confirmer cette assertion, il invoque le témoignage du huitième concile général, dans lequel 3 Helcias, député du siège de Jérusalem, racontant son arrivée dans la ville impériale, dit : « 11 (l'empereur) me mit au cou la Croix qu'il portait (encolpium suum) en disant : Voici que Dieu vous demande en ce jour de prononcer le jugement de l'Eglise. » Je ne vois pas comment on peut conclure de ce passage, que Y encolpium fût un ornement des évoques, car celui qui le donne c'est l'empereur, et Helcias qui le reçoit était prêtre et non pas évoque. Il est donc évident,, et le contexte le prouve, qu'il ne s'agit point ici de la Croix que l'évêque porte sur sa poitrine, lorsqu'il officie pontificalement.

i Carm. 21. - ^ Ad ann. 811. — " Act. 5.

| 8. — De la Tunique. — Do la Dalmatique épiscopale. — Leur forme. — Leur couleur. — Leur usage.

Bientôt, en étudiant les ornements des ministres, nous parlerons de la Tunique et de la Dalmatique, enfant qu'elles sont les habits sacrés du diacre et du sous-diacre; maintenant nous en allons traiter comme ornements de 1 'évoque. L'Ordo romain parle de ! une et de l'autre, quand il en u mère les vêtements sacrés de l'évoque. Il appelle l'une petite et l'autre grande Dalmatique. Amalaire ! dit que la Tunique était de couleur hyacinthe et se nommait subucula. Dans la Messe d'Illyricus, elle est appelée subtUis, et c'est aussi le nom que donne à ce vêtement la Perle de l'Ame 2. On y lit : « Le sous-diacre a le droit de porter tous

- ornements, » c'est-à-dire, ceux des ordres mineurs, dont il vient de parler, « et on y ajoute le Subtile et le Manipule. Il revêt celle robe, qui est une Tunique serrée, pour montrer qu'il est recouvert de la justice comme d'une cuirasse. » Jadis la Tunique épiscopale était couleur de pourpre, comme on le voit par les anciennes peintures. La Dalmatique était blanche, pour symboliser la pureté et l'innocence que doit avoir le prêtre, ainsi que l'écrit Siméon de Thessalonique. L'auteur des Questions sur l'Ancien et le Nouveau Testament prouve qu'elle est d'un usage fort ancien, car voici ses paroles3 : «Comme si aujourd'hui les diacres ne se revêtaient pas de la Dalmatique ainsi que les évêques. » Que cet auteur ait été le diacre Hilaire, comme le pensent la plupart, ou quelque autre, toujours est-il qu'il assure4 avoir écrit son livre trois cents ans après la ruine de Jérusalem, qui eut lieu soixante et onze ans après Notre Seigneur Jésus-Christ. Toutefois, il est à croire que tous les évêques ne pouvaient indifféremment porter la Dalmatique, car saint Grégoire écrit à l'évêque Arcgius 5 « Notre fds le diacre Pierre nous a appris que Votre Fraternité, pendant votre séjour ici, avait demandé que

• Lib. 2, cap. 22. - 2 Ub. I, cap, 229. - " Qu*st. 16. - l Qiucsi. 44, b, T. epist. 1 13.

nous lui accordions, ainsi qu'à son archidiacre, la permission de porter des Dalmatiques. » Et peu après il ajoute : « Par notre autorité nous faisons droit à votre demande, nous vous permettons, à vous et à votre archidiacre, de porter la Dalmalique, et nous vous en envoyons par notre fils l'abbé Gyriaque. » Il résulte de cette permission que l'usage de la Dalmatique était un privilège accordé aux évoques par le Saint-Siège. Dans la Messe de Rathold, éditée par Ménard, il n'est parlé que d'une seule Tunique. « Sur l'Etole, y est-il dit, on lui met une Tunique dont le tour est orné de sonnettes, » à l'imitation de celle du grandprêtre Aaron. Quelques évoques, suivant la remarque d'Etienne d'Autun *, ne prenaient qu'une Tunique; d'autres en portaient deux. Durand a également signalé cette diversité d'usage 2.

| 9. — Des gants et de leur usage.

Honorius enseigne 3 que les Gants sont de tradition apostolique. « L'usage des Gants, dit-il, vient des Apôtres, » ab Apostolis, et non pas ab Epistolis, comme on lit dans quelques éditions; mais cette assertion est peu croyable, puisque, pendant plusieurs siècles, on ne trouve aucun vestige de cet usage, et que les Orientaux ne s'en sont jamais servi. Les anciens auteurs ont employé le mot latin manicœ pour désigner les Gants. On le trouve pris en ce sens dans une lettre de Pline sur les études et les recherches de Pline l'Ancien, son oncle 4 : « L'hiver, dit-il, ses mains étaient recouvertes de gants, manicis, afin que même la rigueur de la saison ne dérobât aucun instant à ses études. » L'Ordo romain, dans l'ordination de l'évêque, commande de dire cette prière pendant qu'on met les Gants à l'élu : « lmmensam clementiam tuam rogamus, omnipotens piissime Deus, ut inanus istius famuli tui fratris nostri, sicut exterius obducuntur manicis istis, sic interius aspergantur rore tuse benedictionis. » Dans la Messe de Rathold, les Gants sont énumérés avec les autres

* De sacram. ait., cap. 11. — 2 national. , lib. 3, cap. 10. — 5 Gemma An., Jib, 1, cap. 215. — i Lib. 3, epist. 5.

ornements de l'Eglise, et on trouve, dans celle d'IUyricus, une oraison que le prélat doit dire en les mettant; ce qui nous montre qu'ils sont d'un usage assez ancien. Enfin, Léon d'Ostie nous apprend que Léon III en avait permis l'usage aux religieux du Mont-Cassin, et avant lui, YOrdo romain, dans la consécration des abbés, suivant un Canon de Théodore de Cambrai, mort en 690, après avoir dit que l'évoque lui présente la Règle, ajoute : « Il lui remet ensuite les Gants et la Crosse. »

| 10. — De l'Anneau. — Son antiquité, son usage.

Ce n'est pas ici le lieu de rechercher l'origine des Anneaux, ce qui, du reste, serait superflu, car la Genèse nous apprend * que Juda portait un anneau et un collier, et il n'est presque pas un livre de l'Ancien Testament où il n'en soit parlé. Clément d'Alexandrie assure 2 que les chrétiens en faisaient usage. Nous avons des autorités établissant, qu'il y a plus de mille ans que l'Anneau est remis aux évoques, comme un des insignes de leur ordre. De ce nombre sont YOrdo romain et les autres Sacramentaires, la Vie de saint Birin, évoque de Dorcestcr, qui vécut en 640 3, et enfin le quatrième concile de Tolède, qui ordonne de remettre à un évoque injustement déposé son Anneau comme signe de sa dignité. Anneau qu'on a coutume de lui donner au jour de son ordination, d'après un rite depuis longtemps admis dans l'Eglise. Et qu'on n'objecte pas le silence d'Alcuin, d'Amalaire et de Raban Maur; car si ces auteurs ne disent rien de l'Anneau, d'autres, qui leur sont antérieurs de plus de deux siècles, en ont parlé, comme on vient de le voir, et peut être qu'à ce sujet il y eut des coutumes différentes, suivant la diversité des temps et des lieux.

' «..ij». 38. — - Paeda^og., lib. 5, cap. 11. — " Ap. Sur., die terlia decemb.

| M . — De la Mitre. — Son usage. — Quand est-elle devenue un ornement sacré. — Pourquoi les Grecs n'en font point usage. — A quelle époque et par qui fut accordée aux abbés la permission de la porter.

La Mitre des évoques tire son origine de l'Ancien Testament, ainsi que l'observe avec justesse Honorius K En effet, les prêtres juifs la portaient, suivant le témoignage de l'Ecriture 2. C'était aussi un ornement profane dont on se couvrait la tète, et qui, au dire des écrivains païens, fut en usage d'abord chez les Ioniens, ensuite chez les Egyptiens, les Syriens et les Lydiens. Ce nom désignait encore autrefois une coiffure de femme, d'où pendaient des bandelettes, ce que Virgile rappelle par ces mots : redimicula mitrœ. C'était la coutume en Afrique de mettre sur la tête des vierges consacrées à Dieu un ornement nommé Mitre. « Félix, dit saint Optât de Milève 3, entre autres crimes énormes, n'a pas craint de commettre un abominable inceste avec une vierge, à laquelle lui-même avait imposé la Mitre et qui peu auparavant lui donnait le nom de père. » — « La Mitre, dit saint Isidore 4, est un bonnet phrygien recouvrant la tête, à peu près comme l'ornement que portent les femmes pieuses. La coiffure à l'usage des hommes conserve le nom de bonnet, et on appelle Mitre celui des femmes. » Grégoire VII nous apprend 5 qu'Alexandre II avait accordé à Uralislas, duc de Bohême, comme témoignage de sa vive affection, le privilège de porter la Mitre, ce qui jusque-là n'avait été permis à aucun laïque. Philostrate rapporte 6 que les Brachmanes portaient ordinairement une Mitre enrichie de pierres précieuses. Lucien écrit que le pontife de la déesse de Syrie avait également adopté cet ornement7. Saint Prudence en dit autant du pontife païen Maxime 8 : « Pour être consacré, le grand prêtre se plonge dans une fosse profonde et caverneuse. Une Mitre splendide orne sa tête; ses tempes sont environnées de bandelettes;

1 Gemma, lib. 1, cap. 214. — 2 Ëxod., câp. 29, Levît., câp. 8. — 3 Lib. 2. — 1 Origin., lib. 19, cap. 31. — 5 Lib. 1, ep. 38. — 6 In vit. Apolh — ' In Dea Syrir. — 8 Hym. 9 de Coronis.

un diadème d'or se marie a ses cheveux, et une ceinture précieuse relève sa toge de soie. » La Mitre avait divers noms ; on l'appelai l indifféremment : cUlarls, liara, infula, pknjyiiom, ovrona sacerdotalis, cuphia ; on peut, sur le sens de ces mots, consulter Les Lexiques grecs et latins. Relativement à son introduction parmi les ornements ecclésiastiques, deux opinions partagent les savants. Quelques-uns veulent que cette introduction soil récente et ne remonte pas au-delà de l'an mil ; ce qu'ils prouvent d'abord par les peintures et les anciens ornements, dans lesquels les souverains Pontifes, comme les autres évoques, sont toujours représentés la tète découverte, bien qu'ils soient revêtus de tous les ornements pontificaux. En second lieu, les Rituels écrits il y a environ sept cents ans, ainsi que les anciens écrivains ecclésiastiques, qui cependant ont énuméré avec soin tous les ornements des évoques, ne disent pas un mot de la Mitre. D'autres veulent, au contraire, que l'usage de cet ornement vienne des Apôtres, ce qu'ils s'efforcent d'établir par plusieurs raisons et par plusieurs témoignages; ils prétendent que le sentiment des premiers ne repose sur aucun fondement solide, et que les preuves, dont on essaie de l'étayer, ne sont que de misérables arguties. André du Saussai soutient fortement * cette ancienneté de la Mitre; il a soigneusement réuni tous les arguments qui peuvent l'établir; on peut les voir dans son ouvrage. Pour moi, je pense qu'on peut facilement concilier les deux opinions, si l'on dit que la Mitre, telle que nous la voyons aujourd'hui, est d'un âge récent et remonte à peine à l'an mil. Toutefois, on ne peut nier que, dès les temps apostoliques, il y ait eu un ornement destiné à couvrir la tète, dont se servaient d'une manière exclusive, sinon tous, au moins quelques évoques. C'est là ce que semblent prouver les témoignages accumulés par Lussai pour démontrer l'antiquité de la Mitre, surtout celui de saint Epiphane qui, dans l'hérésie des Antidicomarianites, affirme que l'Apôtre sain! Jacques portait sur sa tète braetcam seu pelalium ; ceux de Polycrate 2 et de saint Jérôme3, qui nous assurent

1 Panopi. l-.|.i,.n|.., iih. !.. -Ap'Ki. Ins. ili-t , lib. •">; <ap. 24.— *Dç Script. Eccl,

que l'Apôtre saint Jean portait sur son Iront une lame d'or (lami* nam auream); celui de saint Grégoire de Nazianze, qui J, parlant de son ordination, dit qu'on lui avait mis une tiare sur la tête ; celui de Balsamon et d'autres auteurs grecs, qui conviennent que le patriarche d'Alexandrie portait une sorte de bonnet, qu'ils désignent en grec par le mot lopoç, que le Pape Gélestin avait envoyé à saint Cyrille, quand il le chargea de présider le concile d'Ephèse à sa place. Mais pourquoi les évoques grecs, à l'exception de celui d'Alexandrie, ne portaient-ils pas ce bonnet? C'est une question assez obscure, que le savant Goar examine dans ses Notes sur l'ordination de l 'évoque 2. La véritable raison semble être celle que donne Balsamon, tout schismatique qu'il est, à savoir : que les autres évêques n'avaient point reçu cette prérogative du Pontife romain. On ignore ce qu'était ce bonnet. Cependant Goar nous assure qu'il se trouva des évêques grecs, qui usurpèrent le droit de porter cet ornement. Toutefois, le plus grand nombre s'en est abstenu, et encore aujourd'hui la Mitre n'est point en usage chez les Grecs. Les autres évêques orientaux, Maronites, Nestoriens et Jacobites portent une sorte de tiare, qu'on leur met sur la tête en les ordonnant, ainsi qu'il conste par le témoignage de leurs Rituels rapporté par Morin. Quant aux Mitres de saint Sylvestre, de saint Augustin et d'autres saints évêques qui vécurent il y a plus de mille ans, Mitres peu différentes de celles d'aujourd'hui, et qui sont gardées parmi les reliques de certaines églises, mon dessein n'est pas d'en parler. Des monuments certains nous apprennent que, postérieurement à l'an mil, l'usage de la Mitre et des autres ornements pontificaux fut concédé aux abbés de quelques monastères célèbres. Alexandre II accorda ce privilège à l'abbé du monastère de Saint- Augustin de Cantorbéry, si nous en croyons la chronique de Guillaume Tome, religieux' de ce monastère. Il existe, dans la Bibliothèque de Cluni, un semblable privilège accordé par Urbain II à l'abbé de ce monastère, et le diacre Pierre 3 écrit que le même Pontife avait autorisé l'abbé du Mont-Cassin à porter

1 Orat. 5; Post reditum a t'uga. — 2 Page 34» — 3 Chronic. cass., lib. 4, cap. 17,

loi -

Sandales, la Dalraa tique, les Gants et la Mitre. Je laisse a d'autres le soin d'examiner le privilège d'Honorius 1er, rapporté au commencement du Bullaire du Mont-Cassin, [)ar lequel est accordé à L'abbé du monastère de Bobia, fonde par saint Columban, le droit de porter la Mitre et les autres insignes de l'évoque. Saint Bernard l et Pierre de Blois 2 condamnent cet usage des ornements épiscopaux concédés aux abbés, le premier par humilité, le second par zèle pour les prérogatives des évoques, auxquels déplaisait cette concession faite aux abbés. Enfin, cette permission de porter la Mitre fut largement accordée, non-seulement aux abbés, mais encore à certains ecclésiastiques, séculiers, chanoines ou dignitaires des églises cathédrales. Mon intention n'est pas d'en dresser ici le catalogue.

§ 12. Du Bâton pastoral. — Ses divers noms. — Sa forme, son usage. — Prœcincùorium. — Omis, Grémial.

Le Bâton pastoral est aux évoques ce que le sceptre est aux rois, c'est-à-dire qu'il est le signe de leur autorité, de leur juridiction, du droit qu'ils ont de reprendre ceux qui leur sont soumis. Il est parlé du Bâton pastoral dans l'Ordo romain et dans le quatrième concile de Tolède, tenu il y a plus de mille ans, comme du principal ornement de l'évoque, et dont l'usage existe depuis longtemps. Ce Bâton est aussi appelé houlette, qui, suivant Festus, est un bâton recourbé dont les bergers se servent pour arrêter leurs brebis ou leurs chèvres, d'où ce vers de Virgile 3 :

Àt tu sume pedum, quod me cum sœpe rogasset, Non tulit Antigènes.

Honorius dit 4 qu'on l'appelait encore férule, mot qui vient de

'•in. frapper. La férule est un bâton ou une verge dont on

frappe les mains des enfants; ce qui fait dire à Juvénal5: « Nous

1 Epist il. ad Henr. Senon. — 2 Epiât. 90, ad Guill. abb. — 3 Egl. 5. — 4 Lib. 1, cap. 217.-5 Salira l.

présenterons donc, nous aussi, nos mains à la férule. » Dans les Vies de saint Gall et de saint Magnoalde, tous deux Irlandais, elle est appelée cambuta, mot qui veut dire bâton recourbé, car c'est un terme irlandais qui signifie courbé, retors. Ilonorius la nomme capuita. d'autres gambuta, cambooa ou cambuca. Au lieu de ce dernier mot, presque dans toutes les éditions de Durand *, on lit sambuca, ce qui est une faute. Elle est nommée par Budée lituus pontificius, comme ressemblant au lituus dont se servaient autrefois les augures et dont parlent Cicéron 2 et Aulu-Gelle 3. Dans le testament de saint Rémi, rapporté par Flodoard, il est parlé d'une cabuta argentea figurata; Brisson a lu cambuta. Ces Bâtons étaient donc quelquefois d'argent, car Saussai4 assure avoir vu à Reims le Bâton pastoral de saint Rémi recouvert de lames d'argent, et partout orné de ciselures artistement travaillées. On les fit aussi de cyprès ; nous en avons la preuve dans les Lettres d'Etienne de Tournai 5. L'abbé de Sylva écrit à cet évoque : « Nous envoyons à votre Paternité un faible présent bien an-dessous de vos mérites, mais approprié à votre ministère : c'est un Bâton pastoral fait de cyprès. » Dans la lettre suivante, ce môme abbé mande à l'évêque d'Orléans : « Nous vous envoyons en présent un Bâton pastoral de cyprès, comme il convient à votre office et à la dignité de votre ministère. » L'Ordo romain accorde aux abbés le Bâton pastoral, ce qui prouve que cet usage est fort ancien. Goar montre, d'après Siméon de Thessalonique6, que chez les Grecs le Bâton est remis non-seulement aux évoques, mais aussi aux prieurs des monastères dans leur ordination. Sa forme est différente chez les Orientaux; il ne se termine point par une extrémité recourbée, mais à la partie supérieure se trouve un globe d'ivoire, une croix ou une traverse de bois lui donnant la forme de la lettre T, ou enfin il est orné de deux serpents d'ivoire qui recourbent leurs tôtes en se regardant.

1 Ration., lib. 3, cap. i5. — 2 De divinat., lib. 4. — * Noct. Attic, Hb. ;>, cap. 8. — * Panopl., lib. 2. — 5 Epist. 239 et sequent. — c In notis ad Eueh., pag. 313

Dans la Masse éditée par lllyrieus, un trouve enumére, parmi les ornements pontificaux, le Prœcinctorium qu'llonorius l an* pelle subdngulum ou subcinctoriwn. Mais aujourd'hui, dans l'Église latine, personne ne se sert de cet ornement, sinon J* Pape lorsqu'il officie solennellement ; c'est comme un petit Manipule qui retombe à sa gauche. A cet ornement réponc. celui que les Grecs nomment épigonatium, qu'on peut traduire par le mot latin : supergenuale. Il est carré, ayant de largeur une palme et demie ; on le suspend ta la ceinture ; les évoques seuls et les dignitaires ont le droit de le porter. Il est encore un autre ornement particulier au souverain Pontife, et qu'il revêt Lorsqu'il célèbre solennellement ; c'est un voile de soie très-fine et de diverses couleurs, qu'il met sur sa tôle après avoir pris l'Aube et le Cordon, et qu'il replie ensuite sur les épaules et la poitrine. Autrefois il portait le nom d'orale ; aujourd'hui on le désigne sous celui de fano. Un auteur moderne enseigne que le mbcinot&rium est la même chose que le Grcmial. Mais il se trompe, car le dernier est un voile que l'évoque met sur sa poitrine, lorsqu'il est assis pendant le saint Sacrifice ou la collation des ordres. Il en est parlé dans le cérémonial des évoques 2.

§ 13. — Du Pallium. — Son usage. — A qui l'accorde-t-on ordinairement. — Son origine. — Du Pallium des Grecs.

Le dernier des ornements pontificaux est le Pallium, ornement iv aux patriarches et aux archevêques. C'est une bande de laine blanche, large d'environ trois doigts et fait 3 en forme de cercle, qui se met sur les épaules. A ce cercle sont attachées des ban ! 3 retombant, l'une sur la poitrine, derrière le dos. et deux autres sur les épa:

3 sont rai « de croix couleur de

pre. L Pallium lui-môme e par trois épingles d'or.

On le fait avec la laine de deux agneaux blancs, sans aucune

1 Lib. 1, cap 206. - - Lib. 1, cap. 11.

-- i(JÎ —

lâche, qui, chaque année, le jour de sainte Agnes, sont offerts et bénis à ia Messe solennelle dans son église de la Voie Nomentana. On les confie ensuite aux sous-diacres apostoliques, qui les font élever dans quelque communauté religieuse, jusqu'au moment où l'on enlève leur toison. De leur laine sont tissus les Pallium, qu'on dépose dans la basilique du Vatican sur les corps des saints Apôtres, la veille de leur fête ; on les y laisse toute la nuit, et le jour suivant on les remet à ceux qui sont chargés de les garder. Le Pontife romain, qui seul a la juridiction pleine et entière sur toutes les Eglises, peut toujours et partout porter le Pallium; les autres ne peuvent s'en servir que dans certaines églises, à des jours déterminés et seulement lorsqu'ils célèbrent solennellement; et cela d'après une ancienne coutume que rappelle saint Grégoire le Grand, dans une lettre à Jean archevêque de Ravenne J : « Très-cher frère, écrit-il, nous ne pensons pas que vous ignoriez, qu'il est à peu près inouï que, dans les différentes parties du monde, aucun métropolitain ait voulu s'arroger l'usage du Pallium hors le temps du saint Sacrifice. » « Nous vous envoyons, dit-il à Virgile, archevêques d'Arles 2, le Pallium, dont Votre Fraternité devra se servir seulement dans l'église et pendant la iMesse solennelle. » Le concile romain, tenu sous Jean VIII et édité par Iloldsten, fit la même prescription3: « Que tout métropolitain, qui aura la prétention de porter le Pallium dans les rues ou aux processions, et non pas seulement aux fêtes solennelles et pendant la Messe, aux jours marqués par le souverain Pontife, soit désormais privé de cet honneur. » Pourtant, si l'on doit croire ce que raconte Flodoard dans son Histoire de Reims 4 : « Hincmard, archevêque de cette ville, en considération de sa sainteté et de sa doctrine, obtint du pape Léon IV, par l'entremise de l'empereur Lothaire, de porter le Pallium tous les jours ; déjà ce Pontife lui avait permis de le porter à certaines fêtes déterminées et, dans la lettre qu'il lui écrivit à ce sujet, il assurait qu'il n'avait jamais accordé à

' Lib. 2, epist. 54. - 2 Lib. 2, epist. 50, - 5 Cato. 3. - l Lib. 3; cap. 10.

personne un pareil privilège, et qu'il était disposé à le refuser à tous. » Mais la lettre de Nicolas I" à Hincmard et la réponse de ce dernier au Pape, montrent clairement que cette prétendue concession est fausse et supposée. En effet, Nicolas lui ayant écrit qu'il voyait avec beaucoup de peine, qu'il portait lePalliurn dans les jours autres que ceux qui lui avaient été désignés. Hincmard lui répond l : « Enfin, pour ce qui est du Pallium que, suivant les rapports faits à Votre Sainteté, j'aurais la témérité de porter non pas seulement à certains jours et comme le font les autres métropolitains, ainsi que vous avez daigné me l'écrire, je vous dirai franchement ce que, du reste, si vous le désirez, vous pouvez facilement apprendre par d'autres, qu'à l'exception des jours de Xoë! et de la Résurrection, à peine, dans tout le cours de l'année, ai-je porté le Pallium. » Le récit de Flodoard est donc controuvé d'après Hincmard lui-môme, qui aurait pu facilement se justifier de l'usurpation qu'on lui reprochait, en produisant le privilège de Léon IV, s'il eût réellement existé. Cependant le moine Roger, dans la Vie de saint Bruno, archevêque de Cologne 2, écrit que le Pape Agapit II avait permis saint, contrairement à l'usage, de porter le Pallium quand il le voudrait. Egalement Milon, dans la Vie de saint Lanfranc, archevêque de Cantorbéry 3, raconte qu'Alexandre II lui avait donné deux Pallium, l'un, suivant la coutume, béni à l'autel de saint Pierre à Rome, l'autre comme témoignage de son affection, et que le saint avait coutume de porter quand il célébrait le suint Sacrifice. On pourrait encore invoquer, comme preuve de l'usage quotidien du Pallium, le VIe Canon du premier concile de Màcon, célébré en 582, dans lequel il est recommandé à l'archevêque de ne pas dire la Messe sans être revêtu du Pallium; on n'y trouve aucune distinction entre les jours sol<-n::rl-> et les autres. Mais alors peut-être, les usages n'étaient pas Les mêmes partout, surtout si nous nous rappelons qu'à cette époque l'archevêque d'Arles seul en France jouissait du

1 Tom. i. Edit Sirmond, epist -)('- Cirea finera. - Apud Siirium, 'lie M Or

toh'N Cap | 1.

Pallium ; ou du moins doit-on expliquer ce Canon non pas de la célébration quotidienne, mais des fêtes solennelles seulement. Ce que dit un savant au sujet de ce Canon, à savoir qu'alors il existait deux sortes de Pallium, le Pallium romain et le Pallium gallican, que les métropolitains usaient de ce dernier de leur autorité privée, et toutes les fois qu'ils le voulaient, tandis que l'autre était accordé par le Pontife romain seulement pour certaines fêtes, celte assertion, dis-je, aurait besoin d'être examinée de plus près; 'car jusqu'ici je n'ai rien rencontré qui pût la confirmer. Du reste, tout homme assez versé dans l'histoire ecclésiastique n'ignore pas que le Pallium n'était point accordé à tous les archevêques, mais que celait un honneur réservé aux plus éminents d'entre eux. En France on ne le donnait qu'à l'archevêque d'Arles, comme nous l'apprennent les lettres de Virgile à Auxent, de Pelage Ier à Sapaudus, et de saint Grégoire le Grand au roi Childebert. En Espagne l'archevêque de Séville, en Dalmatie celui de Salonite, en Italie celui de Ravenne, en Sicile celui de Syracuse, en Sardaigne celui de Cagliari étaient les seuls qui eussent ce privilège, ainsi qu'il appert par les lettres de saint Grégoire le Grand ; soit que cela eût lieu à cause de l'importance de ces églises ou de la célébrité des villes, soit parce que ces archevêques étaient légats du Saint-Siège. C'est à ce dernier titre qu'il fut accordé aux archevêques de Corinthe, de Thessalonique et d'Archide. Saint Bernard raconte * qu'il reçut la visite de saint Malachie, qui se rendait à Rome, parce que l'usage du Pallium, qui est la plénitude de l'honneur, n'avait pas encore été concédé à son église métropolitaine. Dans la suite cet ornement fut accordé à tous les archevêques pour les distinguer des évoques. Les Papes ont concédé cet honneur quelquefois à de simples évêques, soit à cause de leur mérite personnel, soit pour d'autres raisons. Anastase rapporte que le pape saint Marc, qui mourut en 336, l'accorda à l'évêque cl'Ostie. Siagrius, évêque d'Autun, l'obtint de saint Grégoire le Grand, dont il existe une lettre à

1 Vit. sancti Malach.. cap lô.

ce stijel i. Actard, évoque de Nantes, le reçu! d'Adrien II, comme nous le voyons par une lettre que ce Pape lui adressa : « Nous vous accordons, par bienveillance pour vous, l'honneur porter le Pallium, afin que cet ornement vous console dans voire exil: c'est un privi, - lennel pour tout le temps de voire vie. m lis qui ne doit point se transmettre à votre siège. » Théodulphe d Orléans nous apprend qu'il jouissait de cet honneur. « C'est, dit-il, l'œuvre propre du Pontife romain dont les mains vénérables m'ont remis le Pallium. » Egalement Walon ou Valen. évéque de Metz, reçut le Pallium de Jean VIII, privilège qui souleva entre lui et Bertulphe, archevêque de Trêves, une conlestation que Hincmard fut chargé de faire cesser. On trouve. dans les Conciles des Gaules, à la page 295, la lettre de Jean à Valen avec des notes tirées de l'Histoire de Trêves, qui ont trait à cette dispute. Enfin, pour ne point parler des autres, Grégoire VII promit à Bruno, évèque de Vérone, de lui remettre le Pallium, s'il voulait se rendre à Rome, « car, dit-il, nos prédécesseurs ont décrété qu'on ne devait remettre le Pallium qu'aux prélats présents. » iMain tenant, par un privilège perpétuel, les évoques de Lucques et de Pavie, en Italie, et levèque de Ramberg, en Allemagne, ont droit de porter le Pallium 2. L origine de cet ornement, tant en Orient qu'en Occident, remonte a la plus haute antiquité. Nous avons déjà dit que le Pape saint Marc l'avait accordé cà levèque d'Ostie. Mais Barooiiifl :J pense (pie cet ornement est plus ancien que ce Pontife. Toutefois cet historien se trompe, quand il dit que le phnjgium envoyé à saint Cyrille par le Pape Célestin, était un Pallium; il esl certain, comme nous l'avons rapporté plus haut, que i était un ornement de tète. Saint Isidore de Péluse en parle 4 et traite longue**»! de son usage et de sa signification symbolique. Libéral, diacre de Carthage, confirme son antiquité •"». En edèl.

1 Lil>. 7, epist, Il ï. '-' En Frasée, quatre teliseï épiaeopatee jouissent du Pallium : celles d'Autun, <lu Puy, de Valence et de Marseille. L'évcque de cette ville n roni ce privilège pour lui et r<> Niiccesseurs, par un bref de Sa Sainteté P 1\. en date «1p 1851, Vd ann. 336, n. r»?. l 1 ih. I. pp. 136, -

Kp-Yiar.. etp. IH

il raconte que la sentence d'excommunication portée par le pape Félix contre Acace de Constantinople, sentence que ce patriarche avait refusé de reconnaître, fut attaché à son Pallium par un moine, au moment où il se rendait à l'autel pour célébrer la Messe. Cette antiquité pourrait aussi être prouvée par le rescrit de l'empereur Valentinien (en 432) qui, soumettant plusieurs villes à la juridiction de l'archevêque de Ravenne, lui accorde l'usage du Pallium, ainsi que le rapporte Budée dans l'Histoire de Ravenne. Mais Baronius montre 1 que ce rescrit est une pièce fausse et supposée par diverses raisons, et aussi parce qu'il n'appartenait point à l'empereur de conférer le Pallium, malgré l'assertion contraire d'un savant, assertion du reste dénuée de preuves. Quant à des décrets de conciles généraux an sujet de cet ornement, nous n'en rencontrons aucun avant le huitième, qui fut tenu contre Photius, et qui parle du Pallium au Canon XXVIIe. Ce silence vient sans doute de ce que la concession de cet ornement dépendait de la seule autorité des souverains Pontifes, qui seuls également ont déterminé la formule du serment, que les archevêques devaient prêter avant de le recevoir. Les Grecs, suivant Balsamon 2, l'appellent omophorion et epomadion. Toutefois il y a une grande différence entre le Pallium des Latins et l'omophorion ou humerai des Grecs. Nous avons donné plus haut la description du premier; l'autre est une longue bande d étoffe de même largeur ou un peu plus large que le Pallium, qui environne d'abord le cou, retombe sur la poitrine et descend jusqu'aux genoux ; il est également semé de croix. Autrefois il descendait jusqu'à terre; car, dans la Vie de Constantin Copronime, Zonaras dit qu'Anastase, qui suivait le patriarche Germain, mit le pied sur son omophorion, l'avertissant ainsi de ralentir sa marche. Une autre différence, c'est que l'un n'est accordé qu'aux archevêques, tandis que l'autre est porté par tous les évêques qui, au rapport de Siméon de Thessalonique3, le quittent pour lire l'Évangile et le reprennent un

1 Tom. 5. p. 36t. — * Resp. ad Quaest. li Marci Alexatid. ~ 3DeTempl. et Missa.

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peu avant la Communion. François Florent traite longuement du Pallium latin !, Goar 2, Habert 3 et Morin 4 de Yomophorion grec, et le dernier fait ressortir sa différence d'avec le Pallium de l'église romaine.

j 14. — Habits sacrés dos Ministres. — De la Chape ou Pluvial.

Jusqu'ici nous avons parlé des habits du célébrant, soit qu'il appartienne au premier ou au second rang du sacerdoce; mais des habits spéciaux ayant été assignés aux ministres, c'est-càdire aux prêtres, aux diacres, aux sous-diacres et aux clercs qui l'assistent pendant la célébration du Sacrifice, nous allons dire quelques mots sur chacun d'eux. L'Ordo romain dit, en. parlant de la procession qui a lieu quand l'évèque se rend à l'autel pour célébrer solennellement : « Que deux prêtres l'assistent, revêtus comme pour dire la Messe, excepté qu'ils porteront des Chapes. » La Chape, dont il est ici question, est un ornement ecclésiastique, ouvert par devant seulement, couvrant les épaules et descendant jusqu'aux pieds. Les modernes la nomment aussi pluvial, parce que jadis on la portait dans les temps de pluie, comme le soupçonne Ferraris 5 ; c'est peut-être de là que lui vient cet appendice attaché à la partie postérieure, que nous nommons capuce; et dont il reste encore un certain vestige dans nos Chapes modernes. Pas un mot sur cet ornement dans les anciens auteurs ecclésiastiques, et pourtant YOrdo romain prouve qu'il est d'un usage fort ancien, ce que confirme Lanfranc 6 et les autres écrivains cités par Saussai 7. L'auteur du Livre des Miracles de saint Ihujon. abbé de Cluni, rapporte que Cuillaume, roi d'Angleterre, avait envoyé à ce saint une Chape presque toute d'or; à peine y voyait-on, autre chose que de l'or, des perles et des pierres précieuses; le bas était environne de sonnettes également d'or.

' Ail Tiînl. Deeret. de usu et auct Pallii. — 2 In notis ad Eucol., p. 312. n. 8.

— s Ad part. 2, Lilurg. ordin. observât. 3. — * De sacris onlinat., pars 2. in

ne-iis |d Gmbc ordin., n. 19. - > De re vestiam, lit». 1, cap. 39. * Epiii 13 ad Jeai •uni archiep. - " Panopl. Steerd., pars, lin, 7, cap. i

Après l'an mil, le nom de Chape prit un sens moins déterminé ; on le donna à plusieurs habits soit sacrés, soit profanes, comme on peut s'en assurer par les Glossaires. Dans la Vie de saint Pierre de Tarentaise, l'abbé Gaufrid l'emploie l pour désigner le vêtement ordinaire des religieux. « Prends, dit-il, cette Chape à manches. » Il veut parler de la cuculle monacale. Dans Césaire de Citeaux 2, il désigne le vêtement commun des séculiers. « En lui voyant, dit-il, une Chape vieille et usée, ils le prirent pour un écolier pauvre, vagabond, et refusèrent de le recevoir. » Pierre Damien l'emploie pour désigner le vêtement du souverain Pontife ; il écrit3 à l'antipape Cadolaiis : « Tu portes une Chape rouge, suivant l'usage des Pontifes romains. » Il y a aussi les Chapes des évoques, et les Chapes que portent les chanoines quand ils assistent au chœur, mais ce n'est pas ici le lieu d'en parler.

| 15. — Des ornements du Diacre. — De la Dalmatique. — Son origine, sa forme, son usage.

L'ornement particulier des diacres est maintenant la Dalmatique, et cela d'après l'institution de saint Silvestre, qui, comme nous le voyons dans ses Actes, ordonna que dans l'Eglise les Diacres porteraient la Dalmatique, tandis qu'auparavant, suivant Alcuin, ils avaient coutume de porter des colobes ou coules (colobiis). C'était des robes sans manches, non qu'elles en fussent totalement privées, mais celles qu'elles avaient ne descendaient que jusqu'aux coudes. Les Dalmatiques étaient de longues robes ayant des manches ; elles étaient de soie blanche, brodées d'or et semées de clous et d'ornements de pourpre. De la Dalmatie, où ce vêtement fut inventé, il passa à Rome et reçut un nom qui rappelait son origine, suivant la remarque de saint Isidore 4. Outre ce saint, plusieurs auteurs témoignent qu'elles étaient décorées d'ornements de pourpre, bien qu'ils donnent à ces

1 Cap. 27. -'2 Dial. lih. 1, cap. 38, s Lib. I, epist. 20. - l Orig., lib. 22, cap. 18.

ornements des noms divers. Raban dit qu'elles avaient duoi tramites de pourpre. Alcuin dit : duOê vifgulOS; Amalaire. duàê lineas, et d'autres auteurs duos totias. On conserva l'ancienne coutume d'orner la Dalmatique de ces ornements étroits tcmgvsH clavi), selon Rubenius K qui peine qu'on donna aux diacres la Dalmatique angutàdave^ pour montrer qu'ils étaient inférieurs aux prêtres qui portaient le laliclarc. C'était le nom donné à la robe des sénateurs, qui n'était ornée que d'un seul clou ou nœud de pourpre, telle que furent autrefois les colobesdes moines, au rapport de Dorothée qui dit 9< : « Nous attachons à nos coules un ornement de pourpre, pour montrer que nous sommes soldats de

—Christ, et prêts à supporter toutes les afflictions, car lorsque Notre -SeigtfeuT souffrit, il portait un vêtement de pourpre. » On voit dans le concile de Narbonne, cité par Baronius ^ que les clercs se servirent quelquefois de pourpre, car ce même concile leur en interdit l'usage. Aujourd'hui, la Dalmatique est décorée de deux ornements, qui ne sont pas toujours de couleur purpurine ; quelquefois môme elle n'a aucun ornement. La chasuble n'a qu'un seul de ces ornements ; il est plus large, et dans plusieurs pays il s'étend des deux côtés et prend la forme d'une croix. Lampride atteste que la Dalmatique était en usage chez les Romains, car il reproche aux empereurs Commode et lléliogabale d'avoir osé paraître en publie revêtus de Dalmatiques, soit parce que ce vêtement était

sidéré comme celui des hommes mous et efféminés, soit parce qu'il était étranger et peu familier aux Romains. 11 en est aussi parlé dans les Actes do saint Cyprien ; mais s'agit-il en cet endroit d'un vêtement sacré ou profane? C'est un point sur lequel les auteurs sont partagés. Je pense qu'il est question d'un habit ordinaire, car à cette époque la Dalmatique n'était pas • more un ornement sacré. Il est dit dans le Pontifical, que le pape Butichien ordonna que tout fidèle, qui donnerait la sépulture à un martyr, devait observer de ne point l'ensevelir sans l'avoir revêtu d'une Dalmatique, ou d'une colobe couleur de

• I).' re wstiariji. ht), i. cap. 8. - Serm«1 . — ■ M uto, 580

pourpre ; ce qui me semble avoir été prescrit pour honorer les martyrs. Mais comme, suivant saint Grégoire \ le même honneur était rendu aux souverains Pontifes et aux diacres, ce Pontife défendit 2 de recouvrir de la Dalmatique le cercueil, dans lequel le corps du Pontife romain était porté au lieu de sa sépulture. Baron i us traite de la Dalmatique dans ses Notes sur le Martyrologe 3. Les erreurs que contient la description qu'il en fait, ont été relevées par Ferraris 4. L'Étole ou l'orarium, placée sur l'épaule gauche, est encore un ornement particulier du diacre; nous en avons parlé plus haut.

§ 16. — Des ornements du sous-diacre. — Autrefois il ne portait que l'Aube. — Dans la suite on y ajouta la Tunique et le Manipule. — De la Chasuble que portaient anciennement tous les clercs.

Au temps de saint Grégoire le Grand, les sous-diacres de l'Eglise romaine étaient revêtus de l'Aube seulement, lorsqu'ils remplissaient les fonctions de leur ordre, usage que'les autres Eglises avaient reçu de l'Eglise romaine, suivant ce qu'enseigne ce même Pape 5. Dans la suite, au rapport d'Honorius 6, on y ajouta deux autres ornements : une Tunique appelée subtilis, parce qu'elle était de linge très-fin, et une serviette ou mouchoir auquel a succédé le Manipule. L'Ordo romain nous apprend qu'il y avait une grande différence entre la Dalmatique du diacre et la Tunique du sous-diacre; en effet, parlant de la procession qui se faisait avant la Messe, il énumère l'Etole et la Dalmatique parmi les vêtements du diacre, et il ajoute que le sous-diacre prend les habits qui lui sont propres, « habits, dit-il, qui sont appelés par quelques-uns ornements sous-diaconaux ; il porte aussi une serviette sur le bras gauche ; » mais il ne nous désigne point nominativement quels étaient ces habits. Maintenant il n'y a aucune différence entre la Dalmatique que revêt le diacre et la Tunique du sous-diacre, sinon que cette dernière a

1 Dial . , lib . 4, cap. 40. — 2 Lib. 4, epist. 44. — 3 Die ult. Maii. — l De re vestiaria, lib. 111, cap. 9. — 6 Lib. 7, epist. 64, ad Joan. Syra^us. s Gemma anim*. lib. 1, cap. 229. »

les manches plus droites et plus courtes, encore arrive-t-H

souvent qu'elles sont parfaitement semblables. Aux jours de jeune et pendant l'A vent, le diacre el le sous-diacre portent des On ignore à quelle époque a commencé cet usage et quelle en fut l'occasion. Il en est fait mention dans VOrdo romain, qui concède aussi aux acolytes le droit de porter cet ornement. En effet, dans l'ordre ecclésiastique de l'Eglise romaine, c'est-à-dire dans la manière d'y célébrer la Messe, on lit : « Le sous-diacre tient à son bras sur sa Chasuble le Pallium du Pontife ; » et peu après : « Le sous-diacre régionnaire, tenant au bras gauche, sur sa Chasuble repliée, le Manipule du Pontife, dil en sortant de la sacristie... ; » et plus loin : « L'archidiacre prend les burettes, un acolyte le suit, portant la coupe sur sa Chasuble. » Amalaire 1 confirme cet usage : « La Chasuble, dit-il, est lo vêtement ordinaire des ministres sacrés, et tous les clercs peuvent le porter; » et ailleurs : « La Chasuble est un ornement divisé en deux parties, l'une derrière les épaules, l'autre par (levant sur la poitrine. » Or, ni YOrdo romain, ni Amalaire ne signalent de dilférence entre la Chasuble sacerdotale et celle des autres ordres. Comme ils parlaient d'une chose connue et que tout le monde voyait, ils n'ont pas jugé nécessaire d'expliquer en quoi elles différaient. Je n'ai rien trouvé dans les autres auteurs, qui explique ce rite d'une manière plus claire. Je suis tenté de croire que le nom de Chasuble n'avait point alors un sens précis, et qu'on s'en servait pour désigner l'ornement que les prêtres portaient par-dessus leurs autres habits sacrés quelle que fût d'ailleurs sa forme. C'est ainsi qu'aujourd'hui comme nous l'avons déjà observé, nous appelons Chape ce large vêtement que revêtent les cardinaux, les évoques, les chanoines, lorsqu'ils remplissent certaines fonctions, ou qu'ils assistent au chœur sans être revêtus de leurs habits sacrés. Nous donnons encore ce nom au manteau de quelques ordres religieux et même à certains vêtements séculiers, bien que ces diverses sortes de Chapes soient de forme très-différentes. Si cette expli-

1 Lib« -. eaji

cation ne paraît pas plausible, que d'autres plus instruits disent ce que nous devons admettre sur ce point, car, pour moi, je ne pense pas que les Chasubles des prêtres, des diacres, des sousdiacres et des acolytes aient été parfaitement semblables : une telle uniformité me semble à, la fois inconvenante et peu vraisemblable.

| 17. — De l'habit sacré des clercs. — Qu'est-ce que le Surplis.

Maintenant, lorsque les clercs, dans les ordres mineurs, assistent le célébrant pendant le saint Sacrifice, ils sont revêtus d'un Surplis. Ce nom, d'origine barbare, était inconnu il y a six cents ans ; mais on ignore si le vêtement qu'il désigne était alors connu sous d'autres noms. Ceux qui veulent que l'usage du Surplis vienne des temps apostoliques, prétendent qu'il portait alors divers noms. Les uns disent qu'il s'appelait éphod, d'autres assurent que c'était le phelonium des Grecs, d'autres le lacer num birrum, dont il est parlé dans les Actes de saint Cijprien ; d'autres, enfin, pensent que c'était Vamphibalum dont fait mention saint Rémi dans son Testament, quand il dit : « Je lègue à l'évêque qui doit me succéder Vamphibalum blanc dont je me servais aux fêtes de Pâques. » Les bornes que nous nous sommes fixées ne nous permettent pas d'examiner ces diverses conjectures. Toutefois, il est certain qu'au temps de saint Jérôme l tous les clercs se revêtaient de robes blanches pour la célébration du saint Sacrifice ; ce qui peut encore se prouver par Je décret du concile de Narbonne, tenu en 58?, qui défend aux diacres, aux sous-diacres et aux lecteurs de quitter leurs Aubes avant la fin de la Messe ; par où l'on voit que les clercs euxmêmes y assistaient revêtus de robes blanches. Mais de même que l'aube était longue et descendait jusqu'à terre, de même aussi le Surplis retombait jusqu'aux pieds, d'après le témoignage d'Etienne de Tournai qui vivait en 1180. En effet, cet auteur écr.U au cardinal Alvin a qu'il lui envoie un Surplis neuf, blanc et

» Lib. 1; adv., Pelag. - 2 Epist. 123*

descendant jusqu'aux pied-. Egalement Honorais, pariant du vêtement des clercs *, dit que ce vêtement était large et descendait jusqu'à terre. Dans la suite des temps, le Surplis perdit de sa longueur, car le concile de Baie '\ réglant comment on doit célébrer l'office divin, recommande aux clercs de porter des Tuniques propres et des Surplis qui descendent au-dessous du milieu de la jambe. Mais aujourd'hui ce vêtement a été tellement raccourci qu'à peine descend-il jusqu'aux genoux.

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