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De la liturgie

Après avoir, dans le premier Livre, exposé et discuté, selon mon pouvoir, tout ce qui se rattache à l'origine, aux développements, à la discipline, aux divers rites et à l'appareil du saint Sacrifice de la Messe, il me reste maintenant à examiner, dans ce second Livre, les différentes parties qui le composent.

J'en rechercherai les causes, l'institution, l'accroissement, les changements, et, s'il se rencontre quelques points plus obscurs et plus difficiles, je tâcherai, autant que faire se pourra, de l'éclaircir par des preuves, tirées des anciens monuments de la science ecclésiastique et de la pratique de TËglise. Je commence par la préparation j^roc/ia^Vic du célébrant, ensuite, avec l'aide de Dieu, j'expliquerai tout le texte de la Liturgie, depuis l'arrivée du prêtre au pied de l'autel jusqu'à son départ après le Sacrifice.

cuAriiiu: ruEMiLK.

I*r4''I>nriili(>ii du pi*<^ti*e ikvant le Mitorillee. — C^onre»mIoii néceMHdIre. — Qticl<|ui-i4 niotM Mur Pi«iiti4|iilC^» de lu e<)ul«*H«I«ni. — A|>4»i«»;{i«>M. — I*rl«'»ret» |>r«'|mr«t<»ii*eH et l*Mt«tiiiieH. — Iiéec>ii(*IIIiiti«>ii |>r«''liiiiliiiklre> — I^ureté de Pataie. — • ^ti*<iiii*li^iiiieiiieiit «»ii \«'illatlt lit iiiilt «|iil |»i*«'*(*«''«litlt . — «le^riiK*^ et piifett' tiii t*«»ri»M. ■ •i*«»|»i*«'té <!«'»• iiiiiIiiM «'I «l«'K v«'^t«*i)i4'iitM. — l*i*l*-r*»»* 4'ii |»i*«'iiiiiit l«'M itnieiiieiitM Mt«<*i*éM. — l*ré|»tii*attii»ii |>r<>eliiklii«> «lu piilii et du vlii.

Avant de célébrer la Messe, le prOlre se dispose à ce graïui acte par la pureté de l'Ame et du corps, ensuite il prépare ce (|ui est nécessaire pour le Sacrilice. Que si sa conscience lui reproche quelques fautes, il s'en purifie par la confession siicraiur'nlelle. C'est la recoMinian(lali(»n cpie fait l'Apôtre (juand il dit : « Qiœ Vhomme s'éprouve tui-nuUne cl qa ensuite il nuniye ce pain et boive ce calice; air celui qui le inainje ou le boit indignement mange et boit sa propre condamnation . » l/usa^^e de l'Kglise, ainsi (jue l'enseigne le concile de Trent(* ', exige celte épreuve coiuMie nécessaire, Iclleuifnt (|ue personne ne doit s'approcher de rKucharislic; avant dt; s'rlre confessé, si sa conscience lui reproche un péché mortel, (piehiue contrition (|u'il s'imagine avoir. Aussi saint Chrysostome dit au conunencement de sa Liturgie : « Le prêtre, avant de célébrer, doit se confesser et se réconcilier avec tous, n Dans la Liturgie de saint Basile, l'évéciue s'écrie : « Les choses saintes aux saints. » formule dont sîiint Jean ChrysostOme fait mention (|ncl(juc part '•. Un ancien Missel de l'Eglise romaine avertit le prêtre, qui va célébrer, de purifier

• Sf88. 28, cap. 7. — - Homil. fil. ad |io|tiiI. Antoch. cl Honiil. 17, in opisl. ad HebrtTos.

sa conscience par une bonne confession. Pour citer un témoignage encore plus ancien, saint Cyprien lui-môme fait cette recommandation dans son livre De lapsis. 11 montre combien c'est une chose funeste de s'a-pprociier de l'Eucharistie, de faire pour ainsi dire violence au corps et au sang du Sauveur, avant d'avoir expié ses fautes, purgé sa conscience et fait pénitence de ses crimes. Après avoir cité quelques exemples de la vengeance divine contre ceux qui communient indignement, il félicite ceux qui, n'étant point tombés dans le crime d'idolâtrie, s'accusaient néanmoins de ce qu'ils en avaient eu la pensée. « Combien, ditil, est plus vive la foi et plus profond le respect de ceux qui, bien qu'ils ne soient souillés d'aucun crime d'idolâtrie ou de libelle i, cependant, parce qu'ils ont eu la pensée de le faire, viennent avec simplicité et douleur s'en confesser auprès des prêtres de Dieu, déchargent leur conscience, exposent les tourments de leur âme, et cherchent un remède salutaire pour des blessures d'ailleurs légères et peu graves. » Il est clair que ces paroles doivent s'entendre d'une confession secrète et auriculaire ; en etïét, l'Eglise n'a jamais admis la confession publique pour les pensées et les fautes légères. Encore que ceci n'ait point trait à mon sujet, toutefois je n'ai point voulu le passer sous silence, à* cause des sectaires qui prétendent que la pénitence privée a pris naissance de la pénitence pubhque ; tandis qu'en réalité la confession privée a toujours existé conjointement avec la pénitence pubUque. 11 n'entre pas dans mon dessein de prouver longuement cette vérité : « Faut-il nous féliciter, dit Tertullien 2, si nous ne confessons pas publiquement nos iniquités et nos turpitudes ? « Et ailleurs : « Je présume, écrit-il 3, que plusieurs fuient cette pratique (c'est-à-dire la confession), ou qu'ils la difïèrent de jour en jour, parce qu'ils craignent de faire connaître leur conduite, et qu'ils ont plus

' On appelait Libellatici, libellatiques, ceux qui, sans s'être rendus coupables d'idolâtrie, avaient, soit [lar ruse, par argent, soit par le crédit de leurs amis, obtenu un billet, Ubellum, attestant qu'ils avaient satisfait aux édits des empereurs. Les Évêques virent dans cette faiblesse une dissimulation coupable, une sorte d'apostasie implicite, ce que saint Cyprien désigne sous le nom de crimen libelli» 2 De Baptism., cap. 20. — ' De Pœnit,, cap. 10.

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souci de leur bonheur que de leur salul : semblables à ceux qtii, ayant contracté quelque maladie dans les parties secrètes du corps, cachent leur mal aux médecins, et se laissent mourir par une malheureuse honte... » Les anciens Pores et ceux des âges suivants se servent de cette comparaison contre ceux qui, par honte, cachent au prêtre certaines fautes ^Taves et honteuses dans le secret du tribunal de la pénitence, lequel a toujours existé dans l'Fglise, et qui par là préforoul à une humiliation d un moment une confusion éternelle. Mais je reviens a saint Cyprien (jui, dans son Epitre \% recommande de nouveau la confe.ssion avant l'Eucharistie, il y reproche d son clergé d'avoir donné la Communion a ceux (|ui étaient tomU's, « avant (|u'ils n'eussent fait pénitence, (|u'ils ne se fussent confes.>^és et qu'ils n'eussent reçu l'imposition des mains de l'éviViueettlu clergé. • Encore (jue ceci s'entende de la réconciliation ù 1 Eglise et de l'absolution des peines encourues, on sait pourtant (pie cela n'avait |)oint lieu sans la confession sacramentelle. Que si le prêtre, sur le point de cidébrer ne voit rien en lui qui 1 oblige ik se confe.^^ser, il doit néanmoins se souvenir de cette parole, (juo le Saint-Esprit a niis dans la bouche ilu Sage : De pmpiUntu pcccato nnli esse sine mclu, » parce que, en elfet, dans ce inonde, personne ne Siiurait être sik cjue ses péchés lui sont remis. C'est pour cela que les prêtres des anciens temps, craignant toujours leur faible.'vse .passée, redoutant sans cesse ces replis obscurs et mauvais du cieur humain, les(juels recèlent souvent des misi'res et des fautes cachées, sachant (jue plusieurs choses échappent à notre attention, cpie |)lusieurs s'oulilient; c'est pour cela, dis-je, qu'ils se livraient avec crainte et tremblement aux exercices de pénitence, et (ju'avant d'oIlVir le saint Sacrifice, ils faisaient de longues prières nomfuées AjKtlo'jies^ par lesquelles ils sollicitaient la miséricorde divine, et demandaient à être purifiés de toutes leurs taches. Plusieurs de ces Apologies se rencontrent dans les anciens Sacramentaires. Oq peut voir les prin('i|)ales dans Menard '. Ces i)rieres ont reçu le

< Pag. '2\2. Vuir aussi les Ap|)cndicc6 filaccâ u la fin de ce volume.

nom d'Apologies, parce que le prêtre s'y excuse, s'y justifiô, pour ainsi dire, de ce que, tout pécheur, tout indigne qu'il est, il ose s'approcher des saints Mystères. Ménard observe que, jadis, on les récitait avant l'Offertoire, lorsqu'après le renvoi des catéchumènes commençait la Messe des fidèles. Cependant, dans la Messe éditée par Illyricus et dans le Manuscrit du cardinal Chisius, dont j'ai parlé au chapitre Xll*" du P' Livre, la plupart se disent avant l'Introït, d'autres pendant qu'on chante le Ghria in excelsis et le Graduel. Je vais en transcrire une tirée du manuscrit de la reine de Suède, dont j'ai parlé plus haut et que j'ai dit être un ancien Missel gallican i.

Apologie du Prêtre

(c En présence de votre. Immensité, sous les yeux de votre ineffable Grandeur, Auguste Majesté, oui, en votre sainte présence. Dieu Souverain, Père tout-puissant et miséricordieux, j'ose me présenter , vil pécheur jugé et condamné par ma conscience ; encore que je sente un profond respect pour votre Majesté, rien cependant ne me rend digne de paraître devant vous. Je viens m'accuser à vos .pieds, reconnaître que je suis sans excuse, je confesse publiquement mon iniquité envers vous, mon Seigneur et mon Dieu. Je confesse, dis-je, je confesse pubhquement ma malice et mon impiété pour que vous me les pardonniez. Je confesse que si votre bonté ne les oublie, vous me punirez avec justice, je me reconnais donc coupable devant vous, mais hélas ! ma bouche seule en convient ; mes lèvres vous supplient, mes œuvres vous outragent. Je connais mes fautes, je diffère de m'en corriger. Secourez, secourez-moi donc, ô Miséricorde ineffable. Pardonnez, adorable Trinité, pardonnez. Épargnez, Dieu propice et clément, épargnez un misérable qui vous en conjure. Daignez exaucer, oh ! oui, exaucez-moi lorsque je vous adresse cette prière de votre enfant prodigue : Père éternel, mon Dieu, j'ai péché contre le ciel et contre vous. Je ne suis plus digne d'être appelé votre fds, traitez-moi comme un de

' 1" volume, chajj. XU,

Vos serviteurs. Et maintenant, Père niiséricortlieux, c'est dans l'asile de votre miséricorde qu'avec l'aide de Jésus-Christ je me viens réfu^ner, afin que ce que mon indij^^nité vous ferait refuser, vous le receviez comme ag-réable au nom de ce Sauveur, qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »

11 y avait, outre les Apologies, d'autres oraisons préparatoires que Georges Pacliymère, que nous citerons bientôt, appelle Tzporzù.t'T^ty.u;, parcc qu'ou Ics récitait avaut la Téli'teou Sacrifice. De ce genre est la célèbre prière de saint Ambroise, (ju'un savant auteur, contre la foi des manuscrits, attribue à saint Anselme, et qui commence par ces mots : Sianmc sacerdos et irrt» /xm- /t/kr, etc. On lit au commenciiiieot de l'ancienne Messe que Ménard a tirée du manuscrit de Ratold : « Avant de célébrer la Messe, l'évéque doit entrer dans quelqiu» oratoire et soflVir lui-même îi Oieu, suivant la componction de son cœur, par un sacrifice de prii-re. » il est recommandé ensuite de dire la prière suivante, dont les anciens Rituels des monastères prescrivent la récitation, en entrant A l'église après la procession du dimanche : « Seigneur Jt'sus-Christ, vous la voie qu'ont suivie tous les saints, vous qui donnez .1 ceux qui vous apprcx^hent la joie de la clarté, répandez la lumière de votre Esprit-Saint sur ce temple, vous qui avez sanctifie* ce lieu par le nom ou par le sang de vos saints martyrs ; faites. Dieu tout-puissiint. qne tous ces fidèles, qui croient en vous, obtiennent le pardon de leurs fautes, soient délivrés de toutes leurs peines ; qu'ils reçoivent ce qu'ils solliciteront pour leurs besoins et qu'ils puissent toujours être agréables à vos yeux ; afin que fortifiés par votre grAce et par l'intercession de saint Pierre, votre généreux soldat, nous méritions d'entrer dans la demeure du Paradis. Ainsi soit-il.

L'usage constant de ces longues prières préparatoires nous est aussi prouvé par de nombreux exemples des ,^aints, qui demeuraient en prière juscpi'à ce que, pénétrés de la grAce de l'Esprit- Sainl, ils se sentissent, par .<a divine infiucnce, excités intérieurement à célébrer le saint Siicrifice. Leurs idées sur la pureté extrême que réclame cet auguste mystère étaient bien dilTérentes

(les nôtres. Saint Denys raconte i que saint Carpiis, à qui la pureté de son àme rendait la contemplation facile, ne commençait jamais la célébration des saints mystères, avant d'avoir eu au milieu des prières préparatoires quelque vision céleste qui l'y déterminât. Jean Moschus dans son Pré spirituel 2 rapporte également d'un certain prêtre, que se tenant près de l'autel, lorsque l'office de la nuit était terminé, il ne commençait point la Messe qu'il n'eût vu le Saint-Esprit envelopper l'autel. Au rapport du même auteur, un évêque célébrant en présence du pape Agapit s'arrêta longtemps sans conclure l'oraison au moment de l'oblation, parce qu'il n'avait point, suivant sa coutume, vu descendre l'Esprit-Saint. Tel était l'usage de quelques saints ; mais les conseils suivants de saint Bonaventure ^ s'adressent à tous, les prêtres : « Éprouvez-vous vousmême, dit-il, voyez avec quelle charité, avec quelle ferveur vous en approchez. Il faut éviter non-seulement les péchés mortels, mais aussi les péchés véniels enfantés par la néghgence et l'oisiveté, ou résultat de l'irréflexion, de la dissipation, d'une vie molle ou de mauvaises habitudes ; encore qu'ils ne donnent point la mort à l'âme, néanmoins ils rendent l'homme tiède, engourdi, aveugle, peu disposé et incapable de célébrer," à moins que le souffle de l'Esprit-Saint n'ait envolé comme de la poussière et de la paille ces fautes vénielles, et que la flamme de la charité ne les ait consumées par un amour ardent et la considération de notre propre abjection. » La récitation de certains psaumes avant le Sacrifice est également un usage ancien. La Messe éditée par lllyricus commande au prêtre, s'il en a le temps, de réciter à genoux devant l'autel les sept Psaumes de la pénitence, avec les Litanies et de longues prières suivies de sept autres psaumes qui sont : Quam dilecta^ Benedixisti^ Inclina Domine, Fundamenta ejus^ Domine Deus salutis onea.% Credidi j)ropter quod^ Mémento Domine David. Le manuscrit du cardinal Chisius prescrit seulement au célébrant revêtu des ornements

' Epist. 10, ad Demoph, — ? Caput 27. — ■'' Lib. de Praeparat. ad Missam, cap. 5.

sacres, de réciter, avec les clercs qui renlourent, les trois psaumes : Qiuim dilecia^ Bencdixisti^ Inclina Domine. Ils sont également prescrits dans le manuscrit de Tillet édité par Ménard K Le Missel de Séville, imprimé en 1534, indique les sept Psaumes de la pénitence, ou Quam dilecta et les autres désignés maintenant par le Missel romain, et qui se voient dans presque tous les Missels manuscrits de la bibliothèque du Vatican. « Le prêtre, dit le Micrologiie 2, lorsqu'il se prépare à célébrer la Messe, récite suivant la coutume de 1 Eglise romaine les psaumes : ()wrtm dilccta^ Iknedixisti^ Inclina Domine, Credidi, 11 dit ensuite : Kijrie eleison^ Pakr nostei\ avec les prières et les oraisons pour la rémission des péchés ; il en est qui avant ces prières récitent l'hymnt^ Veni crcalor spiritus. » Au resie VOrdo romain, dans sa première, troisième et quatrième description de la Messe, Anialaire et Alcuin, ne disent rien de ces psaumes, et leur silence me porte à croire que ce fut vers l'an 1)00, qu'on commença à les réciter avant la Messe solennelle. Mais dans la seconde description de la Messe, VOrdo romain parle des Psaumes de la pénitence et des litanies en ces termes ; « Que deux prêtres et sept diacres se tenant auprès de l'évéque le servent, et chantent avec lui les sept Psaumes de la pénitence et les litanies. »

Un point louchant également à la pureté de l'Ame, c'est (|ue le prêtre, autant qu'il dépend de lui, soit en paix avec tout le monde et nait d'inimitié avec personne. Ainsi le demandent saint Chrysostùme au commencement de sa Liturgie, et le Pontifical grec dans l'ordre de la Liturgie palriarchale. C'est du reste un précepte de notre Seigneur 3 : Si^ lorsque vous offrez votre présent à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous^ laissez votre offrande devant l'autel^ et allez d'abord .vous reconcilier avec lui, vous viendrez ensuite présenter cette offrande. En effet, le Sacrifice étant le symbole de la paix, la profession, l'attestation de l'union réciproque, il est absolument nécessaire de se réconcilier avec nos frères avant d'y

' Pag. λi0. - Cap. I. - ^ Malth.. rap. 5.

participer, de peur que recevant sans paix et sans union C6 sacrement d'union et de paix, nous ne soyons coupables de mensonge auprès de celui qui est le Dieu de paix et d'amour. Tertullien dit très-bien à ce sujet i : « Le souvenir des préceptes ouvre à nos prières l'accès du ciel ; le principal de ces préceptes c'est que nous ne nous présentions point à l'autel du Seigneur, avant d'avoir fait cesser tout sujet de contestation ou de brouillerie, que nous pourrions avoir avec nos frères. Car, comment s'approcher de la paix de Dieu sans avoir la paix dans le cœur ? Gomment obtenir le pardon de ses fautes, si l'on ne pardonne pas ? Gomment apaisera-t-il le Père celui qui est irrité contre son frère ? » Les Gonstitutions apostoliques ^ nous ont sur ce point conservé cette ancienne formule que prononçait le diacre : « Ne quis contra aliquem^ ne quis in simulatione. :» Après le passage que nous avons rappelé, vient, dans la Liturgie de saint Jean Chrysostôme, la nécessité de purifier son âme des mauvaises pensées, afin que, comme dit saint Augustin ^ : a Nous apportions l'innocence à l'autel. » Saint Denys écrit ^ qu'autrefois on éloignait de cet auguste^acrifice, non-seulement ceux qui avaient abandonné la sainteté de la vie chrétienne, mais encore ceux qui menaient une vie tiède et imparfaite, et qui n'avaient pas. encore repoussé de leurs esprits les fantômes de leurs anciennes impuretés, (c En conséquence, ceux-là seulement s'approchaient de 'ces vénérables mystères, qui étaient parvenus à une sainteté forte et effective, qui étaient uniquement attachés à Dieu, et vivaient d'une manière pure et irréprochable. » Saint Chrysostôme parle dans le même sens ^ : « Cette parole, dit-il, qu'on fait retentir à nos oreilles rejette et éloigne les uns, tandis qu'elle amène et encourage les autres. En effet, lorsqu'on dit : Sancta jsanctis\ c'est comme si l'on disait : Si quelqu'un n'est pas saint qu'il n'approche pas ; non-seulement il faut n'avoir point de péchés, mais il faut être saint. Or, ce qui rend saint ce n'est pas seulement l'exemption du péché, mais aussi la présence

* De orat., cap. 10. — - Lib. 2.-5 Tractât. 26 in Joannem, — - Hierar. eccles., cap, 3.-5 Homil. 17, in epist. ad HebraeOvS.

de l'Esprit saint et la pratique des bonnes œuvres. Non-seulement je veux que vous soyez débarrassés de souillures, mais encore que vous soyez purs et parés de vertus. »

C'était aussi un usage autrefois observé chez les Grecs de passer en veilles et en prières toute la nuit précédente, lorsqu'on devait le lendemain offrir le saint Sacrifice : les prêtres n'étaient pas seuls à suivre cette coutume, les fidèles eux-mêmes l'observaient. C'est ce que témoigne Socrate ^ : il dit, après avoir raconté la fuite de saint Athanase .• « C'était le soir, et le peuple veillait toute la nuit, parce que le Sacrifice devait avoir lieu. » Georges Pachymère, que Pierre Poussines, au grand avantage de la science littéraire, vient d'éditer tout récemment d'après la Bibliothèque Barberine, dit dans son Histoire de Michel Palcolorjue 2 : « Depuis le soir on avait passé la nuit à réciter des prières, parce que l'évêque avait résolu d'offrir le saint Sacrifice le jour suivant. » L'Église romaine ne fut point étrangère à cet usage, car nous ne voyons nulle part, soit dans XOrdo romain, soit dans les Sacramentaires, qu'on ait célébré la Messe avant d'avoir récité dans l'église les Vigiles nocturnes et les Laudes. Môme aujourd'hui , les rubriques placées en tête du Missel romain, en prescrivant l'heure du Sacrifice, recommandent l'observation de ce rite.

On vient de voir ce qui était requis pour la préparation de l'àme; relativement aux dispositions du corps, on réclame le jeûne et la pureté. Nous avons traité, au chapitre XXI du I" Livre, du jeune que le prêtre doit avoir observé depuis le milieu de la nuit précédente ; quant à la pureté ou propreté requise, elle est de deux sortes, celle du corps et celle des vêtements. La première consiste dans la chasteté : on peut voir combien elle est nécessaire au prêtre, dans les nombreux écrits des Pères et d'autres savants auteurs ecclésiastiques, qui ont composé des traités entiers sur la continence des clercs. Mais une illusion nocturne survenue sans aucune faute doit-elle empêcher de célébrer le jour suivant? C'est une question douteuse, sur

' Hist. eccl., lib. 'l, cap. 8. — - Lib. 1, cap. 11.

laquelle les modernes pensent autrement que les anciens ; ces derniers môme ne sont pas d'accord entre eux. « Après une pollution arrivée en dehors de notre volonté, dit saint Augustin i, il ne nous est point permis de communier, avant qu'elle n'ait été expiée par la douleur, l'aumône et, si la santé le permet, par le jeûne. )> Les anciens Pénitentiaux montrent la même sévérité ; les anciens statuts des Cisterciens et des autres religieux défendent non-seulement la célébration, mais même tout ministère à l'autel à ceux qui ont contracté cette souillure. D'autres laissent au directeur spirituel, eu à la conscience de chacun le soin de déterminer ce qu'on doit faire dans une telle circonstance. Pour moi, il me semble qu'on doit suivre la règle tracée par saint Grégoire 2, dans sa réponse à la onzième demande de 5aint Augustin , évêque d'Angleterre ; réponse que Gratien a insérée dans son décret 3, à savoir, que chacun doit examiner 5uel a été le principe et la cause de cette illusion. Ce passage est trop long pour que nous le rapportions ici ; on pourra le lire ivec profit dans les œuvres du saint docteur. Il sera bon aussi de ^''oir à ce sujet la XXIP Conférence de Cassien sur les illusions locturnes ; c'est la IP de l'abbé Théonas. ■

On doit de plus avoir lavé ses mains ; ce que les païens euxmêmes, guidés par un instinct naturel, observaient avant le sacrifice ; et non-seulement ils se lavaient les mains, mais aussi tout le corps. Hérodote l'atteste des Grecs et des Egyptiens dans son Euterpe ^. Perse dit en parlant des Romains ^ : « Pour accomplir saintement ces rites, tu te plonges le matin plusieurs fois dans le Tibre, et tu laves dans les eaux du fleuve les souillures de la nuit, » « Les Dieux, dit Tibulle ^, aiment ce qui est ±aste ; approchez avec des vêtements purs, et que l'onde des fontaines purifie vos mains. » « Je vais me laver maintenant, dit Euclus dans Plante 7, et j'offrirai un sacrifice. » On cite encore à ZG sujet ces paroles d'Hésiode : « Il n'est point permis de toucher

' Serm. 244, de tempor. — 2 Lib. 12, epist. 31. — •" Distinct. 6. cap. 1. — ^ C'est-à-dire dans le 4' livre de son histoire; on sait que chaque livre de cet oun-tige a reçu le nom d'une des neuf Muses. — ^ Satvra l—*" Lib. 2, Eleg. 1. — " Aulular., act. 4; scène 2.

les choses saintes sans avoir puriflé ses mains. ». Les Hébreux observaient cette même coutume, car nous lisons dans l'Exode *, qu'il y avait dans le temple une cuve d'airain, pour que les prôtres, qui voulaient entrer dans le Tabernacle du témoignage et s'approcher de l'autel, pussent auparavantlaver leurs mains. Un vase semblable, mais beaucoup plus grantl, avait été placé pour cette même fin à l'entrée du temple de Salomun ; il avait reçu le nom de Mer d'airain. C'est de là, probablement, qu'est venu l'usage des chrétiens de placer devant les églises des urnes et des vases remplis d'eau et même d'y creuser des fontaines; usage dont nous avons parlé plus haut 2. On voulait que ceux (|ui venaient oiTrir à Dieu le saint Sacrifice, ou lui adresser leurs prières, levassent vers le Seigneur des mains pures, suivant le conseil ile l'AptUre ^, et ((ue cette purification extérieure leur rappelât la pureté intérieure qui leur était nécessaire. « Que sert, dit Tertullien '», de prier avec des mains pures, si le cœur est souillé? Saint Chrysostùme apostrophe ainsi son auditoire'»: « Dites-moi, voudriez-vous-vous approcher du Sacrifice avec des mains sales? iNon, du moins je le. pense, et vous préféreriez en rester éloigné, plutôt que de vous en approcher sans avoir lavé vos mains; ainsi donc, vous si scrupuleux sur un iH)int si léger, vous venez, vous osez y toucher avec une Ame souillée. » Dans le méFnc sens Anastase le Sinaite <*» s'élève contre ceux qui reçoivent le corps du Seigneur avec des mains pures, mais avec une conscience chargée de souillures. Enfin Dorothée 7, parlant des soupçons d'un religieux, (jui croyait avoir vu un des frères prendre de la nourriture en cachette de grand matin, ajoute : « Il le vit ensuite se lîiver les mains pour s'approcher de la Comuiunion. » C'est donc d'après une règle ancienne dans l'Eglise, que le prêtre lave ses mains avant le Sacrifice; pendant cette action il prie le Seigneur de purifier son ;\me de toutes ses aches, comme il purifie extérieurement ses mains de toute

• Cap. 30. — ' Livre !•', chap. 20. — » Ep. l. ad Timolli., raj.. .{. — * De oral., cap. 11. — Honi. (il, ad popul. Anf. — " Oral, do sacra synaxi, — ' Serin. 0.

souillure; car la propreté du corps est le symbole de la pureté intérieure. C'est pourquoi il est requis que non-seulement le corps, mais les vêtements eux-mêmes soient propres et décents ; les fidèles des premiers siècles se montraient sur ce point d'une attention délicate, lorsqu'ils devaient s'approcher de l'Eucharistie. « Il en est beaucoup, dit Anastase le Sinaïte.i, qui s'inquiètent moins de la pureté de la contrition qu'ils doivent porter à la Table sainte, que des habits dont ils se pareront. » Saint Jean Ghrysostôme fait la même observation. « Nous voyons, dit-il 2^ que dans quelques églises c'est un usage presque établi, que plusieurs fidèles mettent une attention toute particulière à n'entrer dans le temple qu'après avoir lavé leurs mains, et s'être revêtus de vêtements très-propres, tandis qu'ils n'ont aucun souci de se disposer à offrir au Seigneur une âme pure, un cœur innocent. )> Ailleurs ^, il s'exprime encore plus clairement sur ce point: « Je vous exhorte, dit-il, à ne pas vous approcher des sacrés mystères avec tiédeur et négligence. Lorsqu'une fête approche, vous préparez soigneusement plusieurs jours d'avance, les habits que vous devez porter, vous cherchez à vous parer de toutes les manières, vous vous efforpez de vous rendre propres. Or, n'est-il pas absurde d'avoir tant de souci de l'extérieur, et d'oublier votre âme trop souvent négligée, souillée et impure» w Le saint docteur veut montrer que le soin de l'âme est préférable ; mais il ne veut pas pour cela condamner la préparation extérieure ; car lui-même étant sur le point de mourir voulut, au rapport de Pallade, son biographe, dépouiller les vêtements qu'il portait, et en prendre d'autres plus propres et plus convenables avant de recevoir la Communion. Philon, l'un des plus savants auteurs juifs, nous atteste que chez les Hébreux on prenait de môme des habits plus propres pour entrer dans le temple, et il reproche également ^ à ses coreligionnaires, qu'ils mettaient une grande attention à ne venir au temple qu'avec des vêtements propres et sans tache, tandis qu'ils ne craignaient pas

* Ôrat. citât. — ^ Homll. d2, in Matthœum. — ^ Ôrat. de âancto Philogonio. -- * Lib. de Cherubim.

tic pénétrer dans les parties les plus augustes du sanctuaire avec une ànie pleine de souillures.

Outre ses habits ordinaires, le célébrant revêt les ornements sacrés, dans l'ordre dont nous avons parlé ailleurs ^, ta lexception toutefois des églises de Milan et de Lyon, où Ion prend l'aniict après avoir revêtu l'aube. A chaque ornement il récite certaines prières désignées dans le Missel ; les paroles dillerent dans les diverses églises, mais le sens est presque le même. Ni ïOrdo romain, ni Amalaire, ni les autres écrivains de ce siècle n'en font mention. tUes ne se trouvent non plus dans les anciens .Missels manuscrits et dans le Sacramentaire de saint Grégoire, d'où je présume qu'avant le X*" siècle elles n'étaient point eu usage, du moins dans toute l Église. Ou les voit écrites eu vers dans l'ancienne Messe de Uatold, éditée par .Ménard ; or, Ralold mourut vers D8ô. Le diacre, dit-il, présente l'amict et dit: Dalijiiez hrnir.)) L'évêque répond : '< Dieu tout-puissant, vous qui gouvernez tout, Léniasez cet amict que nous allons revêtir, alin (|ue nous puissions vous servir avec un cœur chaste. » Ensuite le diacre présente l'aube, et dit comme pour l'amict ; l'évêciue répond : « Faites, û roi de sainteté, (jue, revêtu de vêtements angéliciues, nous puissions vous oll'rir un sacrifice de pieuse odeur; Dieu clément, purifiez notre Ame de ses taches et délivrez-la de toutes ses souillures. » El ainsi des autres ornements qu'il prend en suivant l'usage des Grecs, car on voit par la Liturgie de saint ChrysostOme qu'ils les bénissent toujours avant de les revêtir. Dans la Messe tirée du manuscrit de Tillet, édité également par Mcnard, on lit pour chaque ornement les courtes oraisons suivantes : pour l'amict : « Recouvrez, Seigneur, ma tête du casque de la sainte foi, et éloignez de moi les nuages de l'ignorance: J) pour l'aube: « Hevêtez-moi, Seigneur, du vêtement du salut et environnez-moi de la cuirasse de la force; ' pour le cordon : « Seigneur, ceignez-moi pour la garde de mon cœur, afin qu'il ne se laisse point agiter par l'esprit d'orgueil; » pour l'élole: <- Environnez ma tête, Seigneur, de l'étole de jus-

' Livre 1", cliap. 2i.

tice, et délivrez mon âme de toute corruption du péché ; » pour la chasuble: « Couvrez-moi, Seigneur, de l'ornement de la charité et de la paix ; afin que, appuyé de tous côtés par les vertus, je puisse résister aux vices et aux ennemis de mon âme et de mon corps ; » pour le manipule : « Donnez-moi, Seigneur, un sens droit et une voix pure pour que je puisse célébrer votre louange. » L'auteur du Micrologue, qui, suivant Pamélius, fut contemporain de Grégoire VII, écrit dans son hvre de De prœparatione ad Missam i : « Lorsque le prêtre se prépare à célébrer ]a Messe, il récite d'abord les Psaumes : Quam dilecta^ Benedixisti^ Inclina^ Credidl^ ensuite : Kyrie eleison^ Pater nosùer, les versets : Ego dixl Domine^ Convertere Domine^ Fiat misericordia^ Sacerdotes^ Protector noster^ Domine exaudi ; puis l'oraison : Au fer a nobis, Domine^ iniquitates nostras et peccata nostra ut mereamur puris mentibus ad sancta sanctorum introire; enfin la prière; Actiones nostras . Après cette préparation il se rend à l'autel. » Il ne parle point d'autres prières. Dans la Messe éditée par Illyricus, il y a des oraisons particulières, pour chaque ornement ; on peut les lire dans l'Appendice publié à la fin de ce volume. La Messe du manuscrit du cardinal Ghisius indique les mêmes que celles que nous venons de citer d'après le manuscrit de Tillet. Dans le Missel romain imprimé à Venise en 1534, on trouve la manière de célébrer la Messe, partie qui a déjà été éditée séparément par les soins de Jean Burchard de Strasbourg, maître des cérémonies de la chapelle papale. Get auteur avance que la récitation des prières, que dit le prêtre en prenant les ornements, n'est point de précepte, mais de dévotion seulement, et qu'on peut les omettre, ou réciter en leur place le psaume Miserere ou un autre. Je laisse aux théologiens à décider si l'on pourrait aujourd'hui suivre ce sentiment avec sécurité.

Le prêtre ayant donc pris les ornements sacrés et s'étant revêtu de tout l'appareil Messatique^ selon l'expression de l'auteur de la Vie de saint Udalric, prépare ensuite le pain et le vin pour le

< Cap. 23,

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Sacrifice. Chez les Latins, cette préparation se fait à la sacristie, chez les Grecs c'est ta la prothèse ({u elle a lieu. Les premiers n'accompagnent d'aucune cérémonie la préparation du pain, ils placent seulement l'hostie sur la patène; quant au vin, c'est à l'autel, après loblation du pain, qu'ils le versent dans le calice et y mêlent de l'eau, de la manière dont il sera parlé plus loin. Pour les Grecs, ils font cette préparation avec grand appareil, sur un petit autel placé à la gauche de l'autel principal ; c'est là que lesoblats sont présentés, et reçoivent une sorte de sanctification préliminaire par les prières du prêtre. Les Latins ayant à cesujet questionné les Grecs au Concile de Florence, on dit que l'évêque de Mitylene donna, au nom de ces derniers, une réponse qui parut juste et canonique. Bien que cette réponse ne soit point écrite, il est croyable cpiil ne dit autre chose (jue ce que saint Germain et, après lui, Cabasilas et les autres rubricaircs grecs ont écrit sur ce point, a savoir : cpie toutes les cérémonies qui se font cl la prothèse sont une simple préparation, une allusion, pour ainsi dire, à ce qui doit bientôt avoir lieu sur l'autel principal. Le prêtre grec étant donc revêtu de .ses ornements, s'avance vers la prothèse ou table de proposition, il lave ses mains ainsi (jue les ministres en disant : Lavabo inter innocentes manus meas^ et le reste du psaume jusqu'à la fin. Le diacre prépare alors le disque ou patène ayant la forme d'un ba.ssin de balance profond ; il le met à gauche et place le calice à droite. Le prêtre prend le pain de la main gauche, et de la droite il lient la sainte lunce, sorte de glaive figurant un fer de lance destiné à cet usage ; il trace une croi.x sur le signe de l'oblat. Ce signe, imprimé sur le pain, rappelle lui-même la figure de la croix. 11 divise ensuite le pain en morceaux (ju'il met dans le disque ; il élève ces fragments, les encc^nse, et le diacre verse le vin et l'eau dans le calice. Pendant ces cérémonies, on récite plusieurs oraisons, qu'on peut voir dans la Liturgie de saint Chrysostôme. Certains religieux latins, tels que les Chartreux, les Dominicains, les Cisterciens de l'ancien rite et (juehjues autres imitent cette préparation du calice avant le Sacrifice. Dès

qu'ils sont arrivés à Tau tel, ils versent le vin dans le calice, y mêlent l'eau et bénissent le tout avec une courte oraison, dans laquelle est ordinairement rappelé le mystère de l'eau et du sang, qui sortirent du côté de Jésus-Christ. Saussay atteste ^ que ce rite fut en vigueur dans la plupart des églises de France. Mais revenons aux Grecs ; un usage encore qui leur est propre, c'est qu'après avoir offert la grande hostie, ils offrent en particulier chacune des particules, qu'ils appellent meridas; comme le sacrifice a plusieurs fms et des effets divers, ils les symbolisent en multipliant les offrandes. Ils offrent la première hostie en mémoire de notre Sauveur Jésus-Christ, pour rendre à Dieu le culte qui lui est dû ; la seconde est offerte en l'honneur de la glorieuse Vierge Marie, afin que Dieu, par son intercession, daigne accepter le sacrifice, ou bien encore pour le remercier des grâces accordées à la sainte Vierge elle-même, et de celles qu'elle nous a obtenues. Ils offrent la troisième en l'honneur de saint Jean- Baptiste, des Apôtres et d'autres saints qu'ils désignent; la quatrième pour le salut des vivants, dont ils spécifient les noms en aussi grand nombre qu'ils veulent, pour que Dieu pardonne leur péchés et leur accorde ses biens ; la cinquième pour les défunts, dont ils récitent égalerîient les noms. Que si ce môme jour ils célèbrent la fête de quelque saint, ils séparent et offrent en son honneur une particule spéciale. Également les prêtres qui assistent le célébrant elles diacres, s'ils le désirent, prennent des particules, qu'ils offrent spécialement pour ceux qui se sont recommandés à leurs prières. Il ne faut pas croire que cette oblation soit, de la part des diacres, une usurpation sacrilège, comme le pense Arcudius 2. Car ce n'est pas de cette sorte d'offrandre, que parlent les Canons qu'il invoque, mais de celle qui ■a lieu à l'autel, et qu'il n'appartient qu'aux prêtres de faire. Or, dans cette offrande préparatoire, qui est bien différente de la consécration, avec laquelle elle n'a aucun rapport, le diacre ne fait autre chose que de séparer des particules pour qu'elles soient consacrées par le prêtre. Cela étant fait, on encense ces

' Panop. sacerd., pars 1, lib. 8, cap. 20. art. 5. — 2 Lib. 3, de saCj cap. 4, H 2

oblats, les voiles, la prothèse et tout le sanctuaire, puis la récitation de quelques] oraisons et du psaume 50' termine cette première partie de la liturgie, qu'ils appellent : Prcparaiion des dons et premier Offertoire. Or, il est très-certain que les différentes particules sont consacrées par le célébrant simultanément avec la grande hostie, malgré l'assertion contraire de quelques Grecs modernes. Le premier auteur de cette opinion erronée est Siméon de Thessaloniquc, qu'Arcudius a réfuté d'une manière admirable K

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