CHAPITRE II
Ilouble |>rocei*Hl<»n <lu pr«>tre pour «e reuclro a\ l^ttiitol. — I>ii i>Hniiiiie JUDICA ME DEUS ot <le In confesmI<»ii <|iii lo Miilt . — Uao^e (le cotte eoiif'et^Mloii dnii» toiiH le» pnyH. — l^e» diverse» r«»riiiule». — C^oniniémorutioii de» »aiiit». — IIni»er (l«; l*iiiitel.
On distingue deux sortes de processions que le prêtre fiiitpour se rendre à l'aulel. L'une est le trajet de sa propre demeure à l'église; l'autre a lieu dans l'église même, de la sacristie à l'autel. Que si l'on veut parler de l'évêque, la première était ordinairement faite avec pompe et grand appareil. On y portait la croix et des flambeaux, au rapport de Nicéphore 2 et du diacre Marcus ^. Une longue suite de clercs et de prêtres accompagnaient le pontife, conlme on le voit par le témoignage du concile de Laodicée qui dit ^ : « H ne faut pas que les prêtres entrent dans la sacristie et s'y reposent avant l'arrivée de l'évêque, mais ils doivent n'y entrer qu'avec lui. » L'auteur de la Vie de saint Ephrem nous apprend, que ce pontife avait vu saint Basile le Grand venir processionnellement à l'église le jour de lÉpiphanie ;
< Lib. cit., cap. 10, usque ad 18. — ^ Lib. 13, cap. 8. - s In vita S. Porphyrii episcopi. — •* Can, 5G.
il était accompagné d'un clergé vénérable et plein d'attachement pour lui. Saint Ambroise, critiquant certains gestes indécents i, dit qu'il avait défendu à un clerc, dont les allures inconvenantes choquaient sa vue, de marcher devant lui. Aussi, chez les anciens auteurs, procedere, ne signifie autre chose que se rendre à l'église pour célébrer. Sedebam jam processurus, dit saint Augustin 2, c'est-à-dire : « J'étais assis et sur le point de me rendre à l'église pour offrir le saint Sacrifice. « Saint Léon le Grand ^ dit dans le même sens : Qui nostris processionibus et ordinationibus fréquente?' interfuit. On li t dans le Diurnus pontificum "*, au sujet de la dédicace des oratoires monastiques : (( Sic tamen ut non illic publica processio teneatur\ » c'està-dire, comme nous l'avons observé ailleurs, que la Messe publique était défendue dans les monastères. D'après une antique coutume, encore aujourd'hui en vigueur, toute procession de la sacristie à l'autel se fait d'une manière solennelle, soit que ce soit l'êvèque ou un simple prêtre qui doive célébrer. Voici comment \Ordo romain les décrit l'une et l'autre :
(( Lorsqu'une station a été annoncée pour un jour de fête, tou le clergé se rend de grand matin, et précède le pontife à l'église désignée, à l'exception de ceux qui doivent l'accompagner par honneur, et dont les noms sont inscrits sur une liste. Ces derniers attendent le pontife à l'église ; mais dès qu'il approche, les acolytes et les défenseurs de la paroisse dans laquelle il va célébrer par honneur ce jour-là, le précèdent et l'attendent au lieu où il doit descendre. » Qu'était-ce que ces défenseurs? Quand et par qui avaient-ils été institués? Quelles étaient leur position, leurs fonctions, leur juridiction? C'est ce que Morin examine longuement dans son livre De sacris ordinationibus '\ « Dans ce*môme endroit, continue VOrdo romain, se rend également le curé du titre ou de l'éghse, dans laquelle doit avoir lieu la station ; il est accompagné des principaux de la ville ou du patron de la diaconie, si cette église est une diaconie, et du
• De offic, cap. 18. - 2 De civit. Dei, lib. 22, cap. 8. - s Epist. 81, ad Dioscor, Alex. — * Cap. 45. — ^ Pars 3., exercit, 16; cap. 6 et seq.
mansionnaire i. Tous portent dus encensoirs et inclinent la tête par respect lorsque le pontife arrive. Alors les acolytes et les défenseurs d'abord, puis les prùtres et ceux (jui les accompagnent demandent sa bénédiction ; ils se rangent ensuite dechaijue côté selon leur dignité, et marchent devant lui jusqu'à l'église. Le prélat, arrivé à l'église, ne va pas directement à l'autel, mais il se rend à la sacristie, soutenu par deux diacres qui l'ont aidé à mettre pied à terre; il s'y place sur le siège qui lui a été préparé. Cependant les diacres, ayant salué le pontife, sortent de la sacristie à la porte de laquelle ils changent de vêtements. Celui qui doit lire l'Évangile le prépare et, d'après l'ordre de l'archidiacre, il ouvre le livre que l'acolyte tient sur sa chasuble. Pendant ce temps les sous-diacres régionnaires aident le pontife à prendre les ornements sacrés; le prinikicr'^ i^lleseco/idicier veillent à ce (pie les ornements soient bien mis; enfin il est revêtu du pallium par le diacre ou le sous-diacre que lui-même désigne; cet ornement est attaché avec des épingles sur la chasuble par derrière, p;fr devant, et sur l'épaule gauche; un sous-diacre régiontiaire, prosterné à ses genoux, lui présente le manipule. Ceci terminé, sur l'invitation de ce même sousdiacre, le quatrième de l'école de chant, lequel rend compte au pontife du progrès des chantres, vient à la sacristie et se tient devant le pontife, attendant (ju'il lui donne le signal de chanter; dès qu'il la reçu, il va à la porte de la sacristie et dit à haute voix : Acccndile, allumez. Pendant (ju'ils allument, un sousdiacre, tenant un encensoir d'or, y met de l'encens et se dispose ti marcher devant le pontife. Le quatrième chantre, s'adressani au premier ou, à son défaut, au second et au troisième, dit, la tète inclinée: Z)o//i//u*, y^^c/t'. Les chantres alors se mettent en ordre sur deux rangs dans le chœur, et le premier d'entre eux conunence 1 antienne par r//'/'"'/; l»'^ solis-diacres (]ui en font
' I.e mnnxinnnairr était un rierc qui demeurait dans une maison proche de réfîlist>, dont la garde lui était confiée. — * Le primicier, outre l'école des chantres dont il était le chef, était encore chargé de régler au chœur l'ordre de TofTice public. Le secùndicicr, était son assistant.
partie relèvent leur chasuble sur leur poitrine, afin d'être plus libres pour servir. Dès que les diacres ont entendu commencer le chant, ils entrent à la sacristie auprès du pontife. Ce dernier quitte son siège, présente sa main droite à deux prêtres qui, après l'avoir baisée, se placent à ses côtés et l'assistent; ils sont précédés de sept diacres. Des ministres portant des encensoirs fumants, qui ne doivent pas excéder le nombre de trois, marchent devant le pontife ; sept acolytes portant des flambeaux allumés le précédent également jusqu'au chœur. Derrière les thuriféraires, plus rapproché du pontife, est celui qui porte l'Évangile. Cette procession se fait d'Orient en Occident. Le pontife s'avance ainsi précédé ; avant qu'il ne soit arrivé auprès des chantres, les acolytes portant les flambeaux se séparent quatre à droite et trois à gauche; il passe devant les chantres; arrivé sur le degré supérieur près de l'autel, il fait une inclination, adore les saints mystères, et demeure dans cette posture jusqu'au verset du psaume qui suit l'Introït. » Tel est, d'après VOrdo romain, l'appareil avec lequel le souverain pontife, à cette époque, s'avançait à l'autel pour célébrer. Ce même livre donne encore une description plus détaillée de cette procession dans la troisième Messe ; il indique scrupuleusement les divers groupes ou corporations qui précédaient le pape> donne leurs noms et l'ordre dans lequel ils se plaçaient. Il dit que devant le cheval, que montait le pontife pour se rendre à la station, marchait un acolyte stationnaire portant le saint Chrême dans une ampoule enveloppée d'un Unge, puis d'autres acolytes ayant, les uns de petits sacs, des hnceuls, d'autres l'aiguière, le caUce, le patène, des coupes, des chalumeaux, des burettes, lacouloire, des croix, - l'Évangile, en un mot, tout ce qui devait servir au saint Sacrifice. Il y a beaucoup d'autres détails, plus minutieux encore, qu'on peut y lire. Voici la manière dont se fait aujourd'hui cette procession, lorsque le pape doit célébrer solennellement. Viennent d'abord de nobles laïques, puis les acolytes, les clercs de la Chambre apostolique, les sous-diacres, un acolyte portant l'encensoir, sept acolytes avec des cierges allumés; suit le
sous-diacre, qui doit lire lÉpître et qui porte la d-oix ; à ses côtés marclient deux portiers avec des verges, les pénitenciers revêtus de chasubles, les abbés, les évéques, les achevéques. les patriarches portant leur mitre, ensuite les cardinaux-diacres, prêtres et évoques. Derrière eux vient le pontife sous un dais que portent huit princes ou représentants de princes, ou. à leur défaut, huit gentilshommes de la première noblesse. Deux cardinaux-diacres assistent le pontife; celui qui doit lire l'Evangile marche devant. Le plus noble des laïques présents, quelle que soit sa dignité, soutient la partie postérieure de la chape ponlificalc. Vient ensuite la maison du pape, les palatins, les prolonotaires, les prélats ; ils ne sont pas revêtus d'ornements sacrés, mais il portent un vêtement particulier, (pi'ils nomment chape, et qu'ils revêlent pour les fonctions publiques.
La manière dont les autres évêques se rendaient î\ l'autel pour célébrer, se voit également dans VOrdo romain, à l'endroit où il décrit la Messe des Pères de l'Occident. Voici ce qui avait lieu : le gardien de l'église donnait à la sacristie des ornements à ceux qui devaient accompagner révêcpie. Ces ornements étaient des chapes pour les prêtres, des éloles et des dalmati(|ues pour les diacres, pour les sous-diacres les ornements de leur ordre et le manipule au bras gaucho, ci les acolytes, qui devaient porter des nand)eaux ou l'encensoir, revêtaient des chasubles. L'heure de Tierce étant arrivée, les diacres sortaient de la sacristie et se plaçaient sur deux rangs, quatre à droite et trois à gauche; l'évêque sortait ensuite et faisait signe de commencer l'Introït. Il mettait ensuite de l'encens dans l'encensoir, baisait le livre des Evangiles, puis la procession se mettait en marche ; les acolytes précédaient avec leurs flambeaux, le premier seul, les six autres deux à deux ; les sous-diacres s'avançaient dans le même ordre, et ensuite les diacres; puis venait le célébrant assisté de deux prêtres revêtus de chapes. Telle est en résumé la description donnée par VOnlo romain. Comment se fait aujourd'hui cette innrrssinfi dii l'évêque? C'cst ce qu'indique le Cérémonial des
évêqiies et d'autres livres de rites, qui sont entre les mains de tout le monde. Toutefois, sur ce point les églises ont des usages divers ; ce Chapitre serait beaucoup trop long, si nous voulions ici les rapporter tous. Nous citerons seulement ceux de l'Eglise de Tours, d'après un Traité de Jacques Eveillon, chanoine d'Angers 1 : « Dans l'Eglise de Tours, dit-il, cette procession se fait avec grande pompe ; le trésorier portant un cierge allumé sur un chandelier d'argent, marche en tète du cortège; il est accompagné d'un appariteur 2 qui fait ranger la foule ; viennent ensuite un à un et séparés entre eux, sept enfants de l'école de musique, revêtus d'aubes et de tuniques, portant des chandeliers avec des flambeaux allumés. Ils sont suivis de six sous-diacres revêtus d'aubes et des ornements de leur ordre ; l'un d'eux porte la croix, trois portent les reliques, et les deux autres les livres des Epîtres et des Evangiles, dont la couverture est d'argent doré. Après eux viennent le diacre et le sous-diacre, qui doivent servir à l'autel pendant le saint Sacrifice ; puis, les clercs qui portent la croix archiépiscopale et le bâton pastoral. L'archevêque , revêtu de ses ornements pontificaux, marche derrière eux assisté de deux chanoines. Deux clercs pu chapelains soutiennent de chaque côté la chape du pontife. Tel est l'ordre dans lequel ils sortent de la sacristie ; la procession s'avance vers la nef, en longeant le côté droit du chœur, ensuite elle traverse le milieu du chœur pour se rendre à l'autel ; toutefois, il faut excepter les enfants, qui s'arrêtent à l'extrémité du chœur, se mettent sur deux rangs, quatre à droite et trois à gauche, et, lorsque le prélat est passé, déposent leurs chandeliers devant l'aigle du lutrin ; deux d'entre eux vont alors à l'autel, et les autres *se réunissent à l'école des chantres. Ce rite et ces cérémonies qui accompagnent la procession de l'évêque, ont reçu par antonomase le nom d'ordre. » Amalaire <'^, l'abbé Rupert ^ et la Perle de l'âm& ^ font mention de cette procession, mais ils s'attachent surtout à en donner l'explication mystique.
' Gap. 5.-2 Sorte d'officier ecclésiastique chargé autrefois des fonctions que remjjlissent aujourd'hui le suisse et le bedeau. — •" Lib. 3, cap. 5. — ^ Lib. l cap. 28. — * Life. 1, cap. 7.
Lorsque le célébrant est arrivé près de l'autel, il s'arrête sur le degré inférieur, et, après avoir récité le psaume : Judica me Deus, il fait alternai ivement avec les ministres la confession, après laquelle il monte à l'autel et dit les oraisons : Au fer a 7iobis ci Orarnus te, Domine. S'il est évéque, et qu'il s'agisse d'une Messe solennelle, il baise le livre des évangiles ; ensuite il encense l'autel. Pendant celte préparation, le chœur chante l'Introït. On trouve dans VOnîo romain la description de quatre Messes presque semblables en tout ; cependant ce n'est que dans la seconde, qu'il intitule : Suivant l'institution des Pères d'Occident, qu'il est parlé de la confession, encore ne désigne-t-il aucune formule. « Après avoir traversé le milieu du chœur, ditil, et lorsque les prêtres qui l'accompagnent, lui ayant baisé les mains, se sont retirés i\ leur place, le pontife s'incline et demande cl Dieu pardon de ses péchés. 11 se relève ensuite et donne le i)aiser de pai.x, d'abord aux deux prêtres, puis, par ordre, A chacim des diacres. » Il monte alors à l'autel et baise l'Evangile, |)uis lautel. Pres(|ue tous les anciens lUtuels parlent de ces baisers des ministres, de l'Evangile et de l'autel. Nous montrerons bientôt que la coutume de faire précéder la Messe de la confession est fort ancienne, bien (ju'on se servit de formules diverses dans les diiïérentes églises.
On commence donc par le signe de la croix, signe que les premiers chrétiens faisaient religieusement au commencement de toutes Jeur:j actions. C'est Tertullien (pii nous l'assure , et il compte cette prati(|ue • parmi celles qui ont été transmises par la seule tradition, et dont l'Ecriture ne parle point. Vient ensuite le psaume : Judica )ne Deus, avec l'anlienne : Jntroihn adaltare Dei. Quelques auteurs modernes prétendent que l'usage de le réciter remonte au' temps de saint Ambroise; mais ils se trompent. En ed'et, dans les deux pa.ssages qu'ils invoquent ^, il n'est qu(\sti()n ni du célébrant, ni de la Messe, mais {\o)> nouveaux baptisés. « Ce peuple n'^génén'', dit-il dans le premier, enrichi
' Lib. de Corona mililis. — - De iis (|Hi initiaiilnr, cdj». 8, et de Sarramenf,, lit), 'i, r;ip. ".^
des ornements de la grâce, se rend à l'autel en disant : f entrerai à Vautel du Seigneur^ firai au Dieu qui réjouit vm jeunesse. Dépouillé des taches de ses anciennes erreurs, ayant dans le baptême retrouvé la jeunesse de l'aigle, il se hâte de participer au banquet céleste. » Dans le second passage, on lit : « Le cœur rempli de saints désirs, vous venez à l'autel pour recevoir le Sacrement divin, votre âme s'écriera : f entrerai à l'autel du Seigneur, j'irai au Dieu qioi réjouit ma jeunesse. Vous avez dépouillé la vieillesse du péché et reçu la jeunesse de la grâce. C'est l'effet que les Sacrements divins ont produit en vous. » Ces Sacrements étaient le Baptême et la Confirmation, dont il est parlé quelques lignes plus haut. Ils citent encore le Commentaire de saint Augustin sur ce psaume ; mais, si on veut lire ce Commentaire avec quelque attention, on verra que rien n'indique que ce psaume fût récité alors avant la Messe. Dans la Messe éditée par lllyricus, on trouve ce psaume placé après la confession de révêque, et lorsqu'il a donné le baiser de paix aux ministres. Une autre Messe, également ancienne, qui se trouve dans le manuscrit du cardinal Chisius, indique ce psaume comme devant être récité avec l'antienne Introibo, alternativement par le célébrant et les ministres avant la confession, ainsi que nous le pratiquons aujourd'hui. « Le prêtre, étant prêt, dit le Micrologue 1, vient à l'autel, et il dit l'antienne : Introibo ad altare Dei, avec le psaume : Judica me, puis suit la confession. » D'après un ancien Missel de la bibliothèque du Vatican 2, le célébrant récite ce psaume et l'antienne en se rendant à l'autel, et lorsqu'il y est arrivé', il dit la confession. C'est ce rite qu'observent les rehgieux du Carmel. Le Missel romain, revu sous Paul III et imprimé à Lyon en 1550, veut que ce psaume soit dit par le prêtre seul, soit à haute voix, soit tout bas, avant qu'il soit arrivé à l'autel. Mais dans une foule d'autres, tant imprimés que manuscrits, bien antérieurs à Paul 111, on trouve indiqué l'usage que nous observons aujourd'hui. Cet usage, d'ailleurs, est également mentionné par Etienne Brulefer^, qui vivait en 1480, et
' Caj). 23. — • Num. 1772, — ' In déclarât, mjstorior^ Miss^B,
par Guibert de Tournai i, qui florissait vers l'an 1260. Enfin, Paris de Grassis, auteur très-versé dans la science des rites sacrés, assure 2 que de son temps le prêtre pouvait, à son gré, réciter ce psaume ou l'omettre. Quoique ce fût la coutume de le réciter, même aux Messes des morts, cependant aucune loi n'avait été portée à ce sujet. Il résulte des témoignages que nous venons d'apporter, que c'est depuis environ huit cents ans, époque à laquelle remonte le manuscrit du cardinal Chisius, qu'existe la coutume de réciter ce psaume avant la Messe; que cependant cette coutume ne fut ni universelle, ni uniforme dans l'Eglise, jusqu'à la révision du Missel romain sous saint Pie V. Ge fut ce pape qui prescrivit à tous ceux qui suivaient le rite de Rome, de réciter ce psaume avant la confession.
Après la récitation du psaume : Judica me, le célébrant et les ministres font alternativement, sous une formule générale, la confession de leurs péchés. Get acte d'humilité est tout naturel, car le juste s'accuse lui-même au commencement de son discours, est-il dit au Livre des Proverbes 3, suivant l'interprétation des Septante. G'esl pourquoi les prêtres et les prophètes de l'Ancien Testament faisaient ordinairement précéder leurs prières de cette formule : « Nous avons pcché^ Seigneur, nous avons agi d'une manière injuste, nous avons commis Viniquité. » Gette confession précédait tous leurs sacrifices, suivant Moyse Maimonide ''♦. G'cst aussi pour cette raison que la Liturgie de saint Jacques commence par cette formule de confession : « Seigneur « notre Dieu, ne rejetez pas un pécheur couvert dune multitude « d'iniquités. Voici que je m'approche de ce mystère auguste et « sublime... Plein de confiance en votre bonté, j'ose, tout « indigne que je suis, élever la voix et vous dire : Mon Dieu, « soyez propice à un pauvre pécheur. J'ai péché contre le ciel (c et en votre présence, et je ne suis pas digne de regarder cet « autel sacré, sur lequel votre Fils unique, Jésus-Christ Notrecc Seigneur, se propose pour être sacrifié d'une manière mys-
' De officio episcop., cap. 17. — ^ De cerem. Pontif., cap. 65. — • Cap. 18. — * fn lib. Jad. de Pœnitenlia et Tract, de precibus loliiis anni.
« tique par moi, pécheur souillé de toutes sortes de crimes. » De môme, dans la Liturgie qui porte le nom de saint Marc, le célébrant, dès le commencement, demande à Dieu la rémission des péchés et le pardon pour tout le peuple. Egalement, saint Basile, dans la prière qu'il avait coutume de réciter avant de célébrer la Messe, insiste surtout sur la rémission des péchés, a Ne jetez pas les yeux, dit-il, sur un infâme pécheur, et ne (c vous irritez pas à cause de moi contre votre peuple. Oubliez, « Seigneur, tant de discours criminels sortis de ma bouche, et « qui pourraient vous empêcher d'exaucer mes prières. Parce donnez à ma malice, effacez mes iniquités, purifiez mon cœur « de ses souillures, éloignez de mon âme la pourriture de mes (( vices. » Dans un ordre de la Messe, écrit par Sévère, patriarche d'Alexandrie, le célébrant, dès les premières paroles, demande pareillement pardon de ses fautes ; il récite le psaume 50^ après lequel il ajoute : « Jai péché contre vous; soyez propice à un « pauvre pécheur, recevez ma prière et pardonnez mes fautes. (c Seigneur Dieu tout-puissant, ayez pitié de moi. » Cet usage, est également pratiqué chez les Ethiopiens, parmi lesquels le célébrant prie ainsi au commencement de la Messe : « Vous « savez. Seigneur, que je suis impur et indigne de toucher à (( cet auguste mystère qui nous vient de vous; mon front n'est « pas digne de vous approcher, ma bouche ne mérite point de « célébrer vos louanges ou de vous rendre grâces. Seulement, « ô mon Dieu, pardonnez à moi, misérable pécheur, pardonnez (( selon la grandeur de votre miséricorde. » C'est par une prière à peu près semblable que saint Basile le Grand commence la Liturgie, que le maronite Victor Scialach a traduite de l'ancien arabe en latin. « Seigneur, dit-il, qui connaissez tous les cœurs; (C vous qui êtes saint et qui aimez à vous reposer sur les saints ; (( vous qui seul êtes sans péché, et qui pouvez accorder la rémis- « sion des péchés ; Seigneur, vous savez que nous ne sommes ni « purs, ni préparés, mais que nous sommes indignes de votre « saint ministère. Qui suis-je pour m'approcher de vous, pour (( ouvrir la bouche en présence de votre Majesté sainte. Ah !
« Seigneur, ayez pitié d'un pauvre pécheur, pardonnez-lui selon « l'étendue de votre miséricorde. »
Les .Maronites observent ce même rite : chez eux le prêtre, au commencement de la Liturgie, récite devant l'autel la prière suivante : « Je vous supplie, mon Dieu, de me rendre digne d'ap- « prêcher de votre autel saint et immaculé; je suis un serviteur (( infidèle, un pécheur; j'ai commis bien des fautes, bien des « crimes en votre présence, et je suis indigne de monter à votre « autel si pur, de m'approcher de vos augustes Sacrements; « mais je vous en conjure, ù pieux, ù clément, o tendre ami des « hommes, jetez sur moi des regards de miséricorde. » Ensuite il récite en entier le psaume : Miserere met, Deus. Egalement chez les Arméniens, le prêtre, revêtu des ornements sacrés, fait sa confession, incliné devant l'autel, comme cela se pratique dans l'Eglise latine. C'est ce qu'il appert par leur Liturgie, éditée à Rome par les presses de la Propagande, ainsi que par le tableau rapporté dans hs Liturgies de Cassandre ^ Enfin, cette prati(|ue se lit dans 1rs Liturgies orientales, et l'on peut également rapporter à ce point tant i\'Apnl(njics, autrefois en usage dans l'Eglise latine, dont nous avons parlé» au Chapitre précédent.
La plupart des auteurs modernes avancent (jue la formuje de conTession dont se sert aujourd'hui l'Eglise romaine, vient de saint Pontien ou du pape Damase: mais cette assertion, dénuée de toute preuve, est pour moi sans valeur. Je crois que dès les premiers temps, et d'après la tradition des A|)Otres, il dut y avoir une formule générale de confession : mais relativement à celle dont nous faisons mainicnant usage, je n'ose, vu le silence des anciens auteurs, l'attribuer à saint Pontien ou cl Damase. L'évêque Egberl, qui vivait en 730, S(Mid)le y faire allusion dans son Pcnitcnciel. « Dites, écrit-il, à celui auijuel vous voulez confesser vos péchés : C'est ma faute si j'ai péché par pensées, par paroles, par actions. » Vient ensuite cette bénédiction sur le pénilent : « Ç\\\q le Seigneur lout-puissanl ait pilié de vous, qu'il vous remette tous vos péchés, vous délivre de tout mal, vous
« Cap. I?.
affermisse dans le bien et vous conduise à la vie éternelle. » Cette formule se lit dans les anciens Missels romains et dans ceux de quelques autres églises, parmi lesquelles il s'en trouve qui l'ont conservée. La Messe d'IUyricus ne rapporte point la formule de confession, elle l'omet comme toutes les autres parties qui étaient communes et connues de tout le monde. On y lit : « Debout près de l'autel, le célébrant récite la confession et donne l'absolution aux ministres. » La Messe éditée par Ménard, d'après le manuscrit de l'abbé Ratold, met au lieu de confession la prière suivante : « Recevez ma confession, vous, l'unique « espérance de mon salut ; » prière qui se trouve aussi dans la Messe d'IUyricus. Cette même oraison remplace également la confession dans le manuscrit de Tillet; elle y est suivie d'une autre qui commence par ces paroles : « Seigneur, soyez propice « à un misérable pécheur. » Voici dans quels termes est conçue la confession qui se lit dans le manuscrit de Chisius : « Je me « confesse à Dieu tout-puissant, à ces saints, (c'est-à-dire aux « saints dont l'autel renferme les reliques), à tous les bienheu- « reux et à vous, mes frères, d'avoir eu .le malheur de pécher « contre la loi de Dieu par pensées, par paroles, par actions, par « souillures de l'âme et du corps, et par tout le mal dont la faicc blesse humaine peut être coupable ; c'est pourquoi je vous « supplie de prier pour moi , misérable pécheur. « Suivent ensuite les prières pour l'absolution, telles que nous les rapportons dans le second Appendice, à ]a fin de ce volume. Le Micrologue contient une formule plus courte i ; la voici : « Je me con- (( fesse à Dieu tout-puissant, à ces saints et à tous les autres, et (( à vous, mon frère, d'avoir beaucoup péché par pensées, par (c paroles, par actions, par souillures de l'âme et du corps. C'est '(( pourquoi je vous supplie de prier pour moi... Que le Dieu « tout-puissant ait pitié de vous, qu'il vous pardonne vos péchés, ce vous délivre de tout mal, vous confirme dans le bien, et que « Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, vous conduise à la vie éter- « nelle. Ainsi soit-il. Que le Seigneur tout-puissant et miséricor-
< Cap. 23.
« dieux nous accorde le pardon et la rémission de nos péchés. « Ainsi soit-il. » 11 est ordonné, dans les Anciennes Coutumes de Cileaux ^ que la confession soit courte et conçue en ces termes : « Je me confesse à Dieu, à tous ses saints et à vous, mon père, • d'avoir péché en paroles, en actions; c'est ma faute, je vous « supplie de prier pour moi. » J ai trouvé dans la bibliothèque palatine du Vatican un exemplaire de ces Anciennes Coutumes ; il est au N" 5G4. Un Missel romain manuscrit de la bibliothèque Barberine, N" 1861, donne cette formule: « Je me confesse à « Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie, aux saints Apôtres « Pierre et Paul, à saint Augustin, à saint Jérôme et à tous les '( saints, et à vous, mon père, d'avoir grièvement péché par « orgueil contre la loi de Dieu en pensée, en jouissance, en « omission, en consentement, en paroles, en actions; c'est ma « faute, ma très-grande faute, c'est pourquoi je supplie la bience heureuse et glorieuse Vierge Marie, tous les saints et saintes, « et vous, de prier pour moi le Père tout-puissant. »
Tn Missel de 1 église de Salisbury, en Angleterre, édité à Paris en 15.").'), décrit ainsi la manière dont on doit commencer la Messe. Lorsque le prêtre rcvôt les ornements, il dit le Von cre^ttor avec l'oraison Deus cui omne cor palet. Vient ensuite le psaume : Jiulica me Deus, et l'antienne Introibo; après la répétition de cette antienne, Kijrie eleison, Pater noster, Ave Maria. Ces prières terminées, il s'approche du degré de l'autel et dit le verset Confitemini Domino quoniam bonus, i^. (Jiconiatn in s.Tculum misericordia ejus. Suit alors la confession : « Je me « confesse à Dieu, i\ la Vierge Marie, à tous les saints et à vous, <( d'avoir beaucoup péché par pensées, par paroles, par actions ; « c'est ma faute; je supplie sainte Marie, tous les saints et vous « de prier pour moi. . . Que Dieu tout-puissant ait pitié de vous, « qu'il vous remette vos péchés, vous délivre de tout mal, vous « conserve et vous confirme dans le bien, et vous conduise A la « vie éternelle. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux « vous accorde l'absolution et la rémission de tous vos péchés,
* Cap. 30, Spicileg., lom. 4.
(c le temps d'en faire une vraie pénitence, la grâce et la conso- « lation de l'Esprit-Saint. » Pais : Adjutorîum in nomine Domini^ elc. SU nomen Domini henedictwm. 11 embrasse alors le diacre et le sous-diacre en leur disant : « Recevez le baiser de « paix et d'amour, afm de remplir dignement vos fonctions « augustes au saint autel. » La formule suivante nous est transmise par le Missel de Séville, que fît imprimer, en 1574, le cardinal Alphonse Manrique : « Je me confesse à Dieu, à la bienheu- (c reuse Marie, à tous les saints ; je déclare mes péchés à vous, « mes frères, car j'ai beaucoup péché par orgueil, en pensées, « en paroles, en actions, en omissions, et par tous mes pence chants mauvais ; c'est ma faute. » Suit le Miser eatur comme dans le romain, puis : « Que le Seigneur tout-puissant et misé- (( ricordieux nous accorde le pardon, la rémission et l'absolution « de tous nos péchés, et le temps de faire une vraie et salutaire « pénitence par la grâce du Saint-Esprit. >> Suivant les trois oraisons : Au fer à nohis; Sancti Spiritus^ Domine, corda nostra mundet infusio ; Exaudi^ quxsumus^ Domine^ supplicmn preces, et cette autre : Deus^ qui de indignis dignos fades. Alors le célébrant se signe et monte à l'autel.
Le Missel d'Augsbourg, édité il y a une centaine d'années par le cardinal Othon, évoque de cette villC; expose ainsi le commencement de la Messe : Le prêtre, debout près de l'autel, dit : « Que la grâce du Saint-Esprit soit avec nous. Ainsi soit-il. » Ensuite les versets : Introibo ad altare Dei ; Confitemini Domino quoniam bonus. Puis, se mettant à genoux, il se confesse en ces termes : « Coupable et souillé de toutes sortes de crimes, je conte fesse à Dieu Père tout-puissant, à la bienheureuse Marie toufl jours vierge, à tous les saints et à vous, mes frères, en Jésusce Christ , que , misérable et indigne pécheur, j'ai beaucoup ce offensé Dieu dans ma vie par pensées, par paroles, par conce sentement, par regard, par action, par omission; c'est ma « faute, ma très-grande faute. C'est pourquoi je supplie la trèsce glorieuse Vierge Marie, les saints Apôtres Pierre, Paul et André, (C les bienheureux Udalric, Sébastien, Vite, les saintes Marie-
M Madeleine, Catherine, Barbe, Afre et ses compagnes, ces saints « dont les reliques sont ici, ceux que nous fêtons aujourd'hui, « tous les saints de Dieu, mes patrons, et vous, mes frères, de (( prier pour moi, pauvre pécheur. Ainsi soit-il... Que le Dieu (c tout-puissant ait pitié de vous, et qu'après vous avoir pardonné « vos péchés, Notre-Seigneur Jésus-Christ conduise votre âme (( purifiée et joyeuse à la vie éternelle. Ainsi soit-il. Que le Sei- (c gneur, Père bon et miséricordieux, nous accorde le pardon, ce la rémission et l'absolution de tous nos péchés, le temps de « faire une vraie pénitence, un cœur contrit et une heureuse « persévérance par la grâce de l'Esprit-Saint. Ainsi soit-il. « Suivent ensuite les versets : Eœurgc^ Domine ^ adjuva nos; Domine Dcus virtuium^ couverte nos; Domine^ cxandi orationem meam ; Dominas vobiscum , et l'oraison : Exaudi^ Domine^ supplicum prcces.
Voici maintenant la confession en usage dans l'église de Lyon. Après les versets : El introibo ad aUare Dci; Confitemini Domino fjuoniam bonus ^ suit le Con/îtcor et le Misvrcatw\ comme dans le rite romain. Ensuite se disent les prières suivantes : (( Mes frères, par la vertu de la sainte croix, par l'intercession « de la bienheureuse et glorieuse Marie, toujours vierge, et par « les mérites de tous les saints, que le Dieu tout-puissant ait f( pilié de nous, qu'il nous pardonne nos péchés, et que Notrc- « Seigneur Jésus-Christ nous conduise avec ses saints à la vie « éternelle. Ainsi soit-il. Que le Seigneur tout-puissant, Père <( bon et miséricordieux, vous accorde l'absolution, une véri- « table rémission de tous vos péchés par la confession, la contri- « tion, la pénitence, la satisfaction et par l'amendement de votre « vie. » Suivent les versets : Adjutorium nostrum in nomiiie Domini; Sit noinen Domini bcncdktiim^ et les oraisons : Co7iscientias nostras ; Adsit nobis^ Domine, virlus Spiritus sancti. Puis le célébrant ajoute : « Qu'aujourd'hui la gn\ce de l'Esprit- (( Saint daigne éclairer nos sens, nos cœurs et notre corps. Ainsi « soit-il; » Pater noster; Ave Maria. L'oraison suivante se dit devant l'autel : « 0 Dieu, qui ne voulez pas la mort des pécheurs,
« mais leur conversion, ne rejetez pas de votre présence un
(( pauvre et misérable pécheur; ne regardez pas mes fautes,
a mes iniquités, les pensées honteuses et criminelles, par les-
« quelles je vous ai malheureusement offensé; mais souvenez-
« vous de votre miséricorde. Voyez la foi et la piété de ceux
(( pour lesquels, indigne pécheur, je viens solliciter votre bonté.
(( Et parce que vous avez voulu que, malgré mon indignité, je
« fusse médiateur entre vous et votre peuple, rendez-moi tel
« que je puisse dignement implorer votre clémence pour moi et
« pour ce peuple fidèle. Unissez nos voix aux voix de vos saints
« anges, afin que, de môme qu'ils vous bénissent au sein de
« l'éternelle félicité, nous méritions, nous aussi, par leur inter-
(( cession, de vous louer dans cet exil. Par Notre-Seigneur, etc. »
Dans la Messe attribuée à saint Grégoire, éditée à Paris par. Jean de Saint-André, avec la traduction grecque de George, Godin, le célébrant commence ainsi : Confilemini Domino quoniam bonus. Le ministre répond : Quoniam in sœculum misericonHoy ejus. Le prêtre: « Je me confesse à Dieu, à la " bienheureuse Vierge Marie et cà vous tous, mes frères, d'avoir beaucoup péché en parole, en- action, en pensée et en omission. C'est pourquoi je vous supplie de prier Dieu pour moi. )) Le ministre lui répond au nom des assistants : « Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous ; qu'il vous accorde la rémission de vos péchés, vous délivre de tout mal, vous sauve, vous confirme dans le bien et vous conduise à la vie éternelle. « Le célébrant reprend : « Que le Seigneur toutpuissant nous accorde l'absolution et la rémission de tous nos péchés. » Suivent le verset : Adjutorium nostrwn^ et l'oraison : Au fer a nohis.
Le Missel romain, édité sous Paul 111, donne cette courte formule : « Je me confesse à Dieu tout-puissant, à la bienc( heureuse Marie, toujours vierge, à saint Pierre, à tous les « saints et à vous, mes frères, d'avoir péché ; c'est ma faute ; « je vous supphe de prier pour moi. « Cependant plusieurs manuscrits, antérieurs à l'an 1300, nous donnent à peu près la U 3
même formule que celle éJitée dans le Missel de Pie V. Dans l'ancien rite mozarabe, il n'y avait point de confession ; ce fut le cardinal Ximénes qui l'y introduisit. Elle était remplacée par d'autres prières, qu'on peut voir au chapitre XI du premier volume, où nous avons décrit la Messe de ce rite. VOrdo romain, et d'autres Rituels fort anciens contiennent plusieurs formules très-étendues, et désignant une foule de péchés, qu'on trouverait difficilement réunis dans la même pi^rsonne. C'était de ces formules que se servaient ceux qui, dans l'Église, faisaient la pénitence publique ; partant il n'entre pas dans notre sujet d'en parler. Or, dans cette confession, nous frappons notre poitrine pour accuser mieux et châtier, pour ainsi dire, les fautes cachées de notre conscience ; c'est un usage dont parlent les anciens Pères. Saint Grégoire de Nazianze dit • : « Entrons dans le temple revêtus de cilices, et frappons jour et nuit nos poitrines entre les dégrés et l'autel. » — « On nous a entendu frapper nos poitrines, dit saint Augustin '•^, quand a été prononcée celte parole du Seigneur: Con/itcor tiOi, Pater, Or, (ju'est-ce que frapper sa poitrine, sinon accuser ce qui est renfermé dans notre cœur, et corriger par ce signe extérieur nos péchés cachés. Vous entendez le mot Con/iteor, et celui de Con/itetur vous laisse inattentifs. » Les fidèles étaient tellement accoutumés à frapper leur poitrine en confessant leurs péchés, qu'ils la frappaient en entendant seulement prononcer le ujol Con/Ueor. « {)u(i signifie le frappement de poitrine? dit ailleurs le même saint Augustin -^ . C'est-à-dire que quand nous frappons nos poitrines, nous reconnaissons que nous avons péché ; nous brisons nos cœurs pour que Dieu daigne les diriger. » C'est ainsi que, dans saint Luc, le publicain frappait sa poitrine en disant: Seigncilr^ soyez propice à ?/to/, pauvre pécheur. Ceux qui avaient été témoins de la mort du Sauveur, frappaient également leurs poitrines en quittant le Calvaire. Ce signe est fondé sur la nature même, car c'est du cœuir que viennent les mauvaises pensées et tous les crimes, et en frappant notre
' Oral. 15. — ' Serm. 8, de Verbo Domin. — ' In Psalni. 1 iG.
poitrine nous reconnaissons nos fautes, nous en faisons l'aveu .
La confession est suivie de quelques versets tirés des Psaumes, versets qui varient suivant la diversité des églises ; vient ensuite l'oraison : Au fer a nobis. Elle se trouve dans les plus anciens Missels et dans VOrdo romain, à l'office de la dédicace d'une église, après les litanies. Le Micrologue en parle i, mais il la place avant la confession. Elle se lit également dans le Missel mozarabe dans les termes suivants : « Nous « vous supplions, Seigneur, d'ôter de nous toutes nos iniquités, (c l'esprit d'orgueil et de superbe auquel vous résistez, et de « nous remplir de l'esprit de votre crainte ; donnez-nous ce (c cœur contrit et humilié que vous ne méprisez pas, afin que « nous puissions entrer dans votre sanctuaire avec un cœur « pur. » Les Maronites font, au commencement de la Messe, la prière suivante, qui est dans le même sens : « Après avoir « purifié nos cœurs de toute souiJlure et de toute pensée mau- « vaise. Seigneur notre Dieu, rendez-nous dignes d'entrer dans « votre auguste et divin sanctuaire, de paraître devant votre « saint autel d'une manière chaste et pure, et de vous offrir « des hosties spirituelles ornées de foi et de vérité. )/ Enfin, le célébrant montant à l'autel, le baise au miheu et dit : Oramus te^ Domine^ per onerita sanctorum tuorum, quorum reliquiœ hic sunt^ et oranium sanctorum^ ut indulgere digneris omnia peccata mea. Il rappelle les saints dont les reliques sont présentes, parce que, comme nous l'avons dit en parlant des temples, ces reliques sont nécessaires pour qu'un autel soit consacré. Chez les anciens chrétiens, communier aux mémoires des saints, offrir le saint Sacrifice dans les lieux où leurs restes étaient gardés, c'était le signe d'une foi pure et orthodoxe. C'est ce que nous atteste saint Optât de Milève 2 ; il reproche au donatiste Macrobe de ne pouvoir, comme schismatique, communier aux mémoires des saints. « Là, dit-il (c'est-à-dire à Rome), senties mémoires des deux Apôtreâ ; dites-nous s'il lui
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fut permis d'y pénétrer, s'il a pu ollrir le Sacrifice là où sont les mémoires des saints. » Sainl llilaire rend également témoignage sur ce point: « Écoule, s'écrie-t-il 2, écoute, hérétique, la sentence publique de ta condamnation, et comprends que tu es l'adversaire de la religion divine et l'ennemi des mémoires des saints. » Hien que la communion avec les saints ait surtout lieu par la foi, l'espérance et la charité, cependant toujours les chrétiens ont vénéré les tombeaux des martyrs, y ont érigé des autels, ont désiré posséder leurs reliques, pour communier d'une manière plus étroite avec eux, même après leur mort.