CHAPITRE XX
Ablution. — Action de grâces après la Communion.
— Oraisons pour ceux qui ont communié. — Oraison sur le peuple. — Renvoi des fidèles par ces paroles du diacre s Ite miss\ est. — I*ourquoi omet-on «;ette formule à certains jours. — I^in de la Messe et bénédiction du peuple. — Son origine. — Évangile après la Messe. — Que cette récitation est d'institution récente. — IL<e célébrant quitte l'autel.
— Hymne des trois enfants. — IL<s prêtre dépose les ornements sacrés. — Épilogue.
Nous nous sommes longtemps arrêté sur la communion ; ains le voulaient les anciennes coutumes de l'Eglise qu'il nous fallait expliquer ; maintenant nous abordons la fin de l'auguste Sacri-
' Reg., cap. 54 — - Formiil., lib. 2. — ^ Reg., cap. 76. — * Liber. 2, de Benedictionibus.
fice. Lorsque tous ont communié, écrit le Micrologue i, le célébrant dit : Quod ore sumpsimus^ Domine. Faiks, Seigneur, que nous recevions avec un cceur pur ce que nous avons pris de bouche^ et que ce don temporel devienne pour nous un remède éternel. La plupart des Missels manuscrits indiquent cette prière, comme devant être récitée à voix basse. La seconde oraison : Corpus tuum quod sumpsi, etc., que le prêtre récite pendant l'ablution de ses doigts, ne se trouve pas dans les anciens Missels, je ne l'ai rencontrée que dans la Messe d'illyricus. L'Ordo romain parle du lavement des mains à la fin de la Messe, mais il ne dit rien de l'ablution qui, d'après l'usage actuel, est prise par le prêtre; seulement, il avertit le diacre de veiller soigneusement à ce qu'il ne reste, soit dans le calice, soit sur la patène, aucune goutte du sang, aucune parcelle du corps du Seigneur. L'E.xposition des cérémonies de la Messe par Jean, évêque d'Avranches, que Mesnard a éditée, après avoir parlé de la Communion du prêtre et des lideles, ajoute: «Que le prêtre prenne la particule restée dans le calice, et qu'il présente ensuile ce calice au diacre pour le purifier et prendre ce qui reste. Ce dernier porte le calice et la patène à gauclie de l'autel, où il prend une partie du précieux sang et laisse le reste au sous-diacre. Enfin, ayant purifié et le calice et la patène, que tous deux participent à cette ablution. Pendant ce temps un acolyte porte au célébrant un second calice pour purilier ses doigts. » Mais il ne dit point ce qu'on faisait de cette dernière ablution ; je pense qu'on la jetait dans une piscine, car dans les anciennes églises, surtout dans celles des monastères, nous voyons à côté de chaque autel une petite piscine qui semble destinée à cet usage. Voici la manière dont l'ablution devait se faire, d'après les coutumes de Giteaux 2: « S'il reste quelque chose du précieux sang, que le diacre le prenne avec le calice après avoir remis le chalumeau au sousdiacre, chalumeau qu'il a dû auparavant sucer soigneusement par les deux bouts, afin qu'il n'y reste rien du sang du Seigneur. Le sous-diacre tenant transversalement ce chalumeau contre son
' Cap. 'l^. - î Cap. 53.
— oZô —
visage, va derrière l'autel présenter au célébrant un calice avec du vin ; ce dernier l'ayant reçu y trempe ses doigts, puis le dépose sur l'autel et se rend à la piscine pour purifier ses doigts avec de l'eau. Après les avoir essuyés, il revient à l'autel prendre le vin qui se trouve dans le calice ; l'ayant pris, il lave de nouveau le calice avec du vin qu'il prend encore, puis il met ce calice non couvert sur l'autel près de la patène. » Tel est le mode d'ablution qui se lit à peu près dans tous les Rituels des monastères postérieurs à l'an mil. On ne rencontre rien de plus ancien i, sinon que toujours les ministres de l'autel veillèrent avec un soin extrême à ce qu'il ne restât après le saint Sacrifice aucune parcelle du sacrement, excepté les particules qu'on gardait pour communier les malades.
Or, le diacre, d'après \Ordo romain, voyant que tous ceux qui s'étaient présentés avaient communié, faisait sur son front le signe de la croix, pour indiquer au maître de l'école des chantres qu'il fallait commencer la doxologie, et répéter le verset qui terminait l'antienne de la Communion. En effet, autrefois après la Communion on chantait un psaume et, sur le signe du diacre, on entonnait le Gloria Patri, après lequel on répétait l'Antienne. Alors le pontife, quittant son siège, venait à l'autel et récitait Y Oraison pour terminer. C'est sous ce nom que la Post-Commiirnion est indiquée dans le Sacramentaire de saint Grégoire, sans doute parce que, lorsqu'on a récité cette oraison pour rendre grâce à Dieu, le Sacrifice est terminé. Saint Augustin, en parlant de la célébration des mystères, dit 2 : « Quand on a participé à cet auguste sacrement, l'action de grâces termine toute la série des prières. « Or, ces oraisons pour les communiants furent établies dans le temps que tous, ou du moins la plupart de ceux
' Dans le xii^ et surtout dans le xm^ siècle, on trouve une foule de témoignages et de décrets, qui montrent que dès lors le rite de l'ablution était à peu près conforme à celui qui s'observe maintenant: nous citerons seulement le décret du concile de Cologne en 1820: Quando sacerdos duas dixerit Misias, in prima post perceptionem sanguinis non utatur àhlutiune vini et aquœ, sed reservet in tuto et honesto loco, ut eam accipiat in secundâ Missd, vel det honest<7' personiv jepm.'e quam noverit ad hoc esse paratam. — ^ Epist. 59, ad Paulinum.
Cfui assistaient au saint Sacrifice, y communiaient, et en effet, le mot même de Communion, si fréquemment répété dans ces oraisons, serait un non sens, si plusieurs ne s'unissaient, ne participaient ensemble à ce SacriOce. Encore que cet usage ait cessé, toutefois on n'a fait aucun changement dans ces prières, on les a conservées pour nous montrer ce qui s'observait autrefois, et pour que la teneur même de ces oraisons servît à nous exciter à l'antique ferveur. 11 y a encore une autre raison touchée par Slrabon ^ c'est que, bien que dans tout le cours de la Messe on prie surtout et presque nommément pour ceux qui offrent et qui communient à se Sacrifice, néanmoins les autres, qui s'unissent de cœur ta ceux qui offrent et qui communient, participent à cette offrande et à cette Communion, comme coopérant au même Sacrifice. Raoul de Tongres conclut 2, du texte même de ces prières, que ceux qui veulent jouir des grâces demandées dans ces oraisons, doivent communier avant leur récitation et non pas remettre leur Communion jusqu'à la fin de la Messe, ainsi qu'on le fait ordinairement, à la grande perturbation des rites sacrés.
Il y a encore une autre oraison qu'on appelle : Sur le peuple, Svper pnpulum.èi hqucWc i\imh\rc donne le nom de dernière bénédiction, et qui se dit surtout pendant le Carême. Avant qu'elle soit récitée par le célébrant, le diacre dit: Humilialc capita vesira Deo. Mais pourquoi dit-on cette oraison spécialement les jours de jeûne ? Voici la réponse que le Micrologue donne à cette question ^ : a Nous disons cette oraison sur le peuple pendant le Carême, parce que la Post-Communion est surtout pour ceux qui communient. Mais le peuple, quoiqu'il assiste chaque jour à la Messe pendant le Carême, ne communie cependant pas tous les jours, comme il devrait. C'est pourquoi, afin qu'il ne soit pas privé de prière, comme il l'est déjà de Communion, on a ajouté cette oraison sur le peuple, dans laquelle on parle, non pas de la Communion, mais où l'on demande la protection de Dieu pour le peuple fidèle. On ne la dit point le
' Cap. i^ - » Proj). 23. - » Cap. 51.
Dimancbe, parce que dans ce jour il faut éviter les prostrations, que le peuple doit faire pendant cette oraison, ou plutôt parce que, selon ce que dit saint Ambroise, tous devraient communier chaque Dimanche, et alors la Post-Communion leur servirait de bénédiction. » Honorius donne une autre raison i : « Il a été réglé, dit-il, que du pain serait béni après la Messe et distribué au peuple pour remplacer la Communion ; mais parce qu'il n'était point permis de le faire pendant le Carême à cause du jeûne, l'Eglise a établi l'oraison super populum pour y suppléer. » En effet toujours les fidèles se montrèrent jaloux de conserver entre l'union, la communication, soit par la réception de l'Eucharistie, soit par les eulogies, soit enfm par la participation aux mômes prières. Des oraisons de ce genre se lisent dans le Sacramentaire de saint Grégoire et dans quelques anciens Missels manuscrits, non-seulement pour le Carême, mais dans la plupart des Messes de l'année. Corneille Schulting en a inséré plusieurs dans sa Bibliothèque Ecclésiastique 2, il les avait puisées dans un ancien Missel d'Angleterre. Abstraction faite de Y ordÀson super populum^ il y a autant de Post-Communions qu'il y a eu de Collectes. Lorsque le célébrant les a toutes récitées, il se tourne vers le peuple qu'il salue avec la formule ordinaire : Le Seigneur soit avec vous.
Le diacre congédie alors les fidèles en disant : Ile Missa est. Missa ici veut dire renvoi, comme nous l'avons montré au commencement de ce traité. Les Grecs, à la fin de la Messe, chantent également l'Apolycin ou renvoi. En effet, après la Communion, le célébrant récite secrètement l'oraison d'action de grâces ; ensuite le diacre exhorte le peuple à remercier Dieu et dit : Allons en paix ; le chœur lui répond : Au nom du Seigneur. Alors le célébrant bénit le peuple, et lorsque la distribution des eulogies est faite, ilditl'Apolycin dont la formule varie selon les différentes fêtes. Voici la plus ordinaire : (^ Gloire à vous^ Christ notre Dieu^ notre espérance^ gloire à vous. » Dans saint Clément ^ le renvoi est indiqué par ces paroles : Allez en paix. Un très-ancien Ordo
' Gemma animae, cap. 67. — ^ Tom. 8, pars. 2. — ' Lib. 8, Constit,
romain dit que, lorsque l'oraison ad complendum est récitée, un des diacres, sur le signe de l'archidiacre, dit au peuple : Ite missa est. Au reste, les païens eux-mêmes, après leurs sacriûces, attendaient pour sortir que les prêtres les eussent congédiés, et ces derniers employaient également pour ce renvoi une formule déterminée. Apulée raconte ^ qu'après le SacriQce un prêtre était monté sur une sorte d'estrade et qu'il avait crié d'une voix haute : « Le peuple est congédié, » indiquant par là que chacun pouvait quitter le temple. En effet, les hommes sages pensaient qu'il eût été peu convenable que ceux qui s'étaient ainsi réunis ensemble pour prier, se fussent retirés avant d'en avoir la permission. Aux funérailles des Romains, lorsque le corps avait été brûlé et qu'on avait renfermé les cendres dans une urne, la pleureuse prononçait à haute voix la dernière parole: Uicet, c'està-dire Ire licet, il est permis de s'en aller. Alors ceux qui avaient accompagné le cortège funèbre se retiraient chacun de leur côté. Virgile dit dans son Enéide :
Lustravitcjuc viros dixitque novissima verba.
Ces dernières paroles, c'était, suivant Servius, la formule Ilket. Brisson 2 écrit que le sénat, après une délibération, était congédié par cette formule : « Nous ne vous retenons plus, Pères conscrits. » Voici celle qu'on employait pour terminer les assemblées du peuple : « Si vous le désirez, Romains, vous pouvez vous retirer. « Souvent les canons défendent aux fidèles de sortir avant la fin de la Messe, comme nous l'avons dit plus haut, et c'est pour cela qu'on chargea le diacre d'indiquer le moment où chacun était libre de se retirer. « 0 homme, dit saint Chrysostôme 3, vous êtes entré à l'église, n'en sortez point avant qu'on ne vous ait congédié. » Mais pourquoi certains jours, au lieu de la formule : Ite missa est, le diacre dit-il : Benedicamns Domino ? C'est ce que le Micrologue expHque de la manière suivante : « C'est avec raison qu'aux fêtes on dit: Ite missa est,
' LiliiM- î, faliul.i' MiUs. — ■ D(t formulis, lib. '%. — ^ llomil. de tccl. non conlcmn.
parce que dans ces jours l'assemblée est plus nombreuse, et elle est ainsi avertie qu'elle peut se retirer ; mais aux Messes quotidiennes, il n'assiste guère que les personnes pieuses, qui s'occupent plus des affaires spirituelles que des choses périssables et terrestres. Il est donc convenable, à la fin du Sacrifice, de leur dire, non pas de se retirer aussitôt, mais de bénir le Seigneur. C'est, du reste, ce que confirme la pratique de l'Eglise, car lorsque nous disons : Ite missa est, nous nous tournons vers le peuple, auquel nous permettons de se retirer ; mais quand nous disons : Benedicamus Domino^ nous sommes tournés vers l'autel, c'est-à-dire vers le Seigneur, et nous nous excitons, non pas à sortir, mais à bénir Dieu. Pourtant il faut savoir que les. Dimanches de l'Avent et ceux qui suivent la Septuagésime, on ne dit dit pas : Ite missa est, non qu'il n'y ait point alors de réunion nombreuse, mais plutôt pour faire mieux ressortir la tristesse de ces temps de pénitence. » Ainsi parle le Micrologue, peut-être avec peu de justesse, car il aurait dû prouver qu'autrefois le peuple n'assistait point aux Messes quotidiennes. Je serais plus disposé à croire que Ton omettait la formule du renvoi les jours où les fidèles ne sortaient pas immédiatement après la Messe, mais où l'on devait demeurer à l'église jusqu'à ce que les prières canoniques fussent récitées et la station terminée ; et qu'ensuite cet usage fut étendu aux Messes moins solennelles. Après 4e renvoi du peuple, le prêtre, incliné au miheu de l'autel, récite la prière : Placeat tibi sancta Trinitas^ que j'ai rencontrée dans presque tous les anciens Missels, même dans ceux qui ont été écrits avant l'an mil; elle se lit dans la Messe d'Illyricus et dans celles qu'a éditées Ménard. Dans la Liturgie de saint Chrysostôme, le célébrant prie également pour tous ceux à l'intention desquels il vient d'offrir le saint Sacrifice. Chez les Maronites, le prêtre récite cette prière avant de quitter l'autel : 'c Demeure en paix, autel sacré ; que vers toi je revienne dans la « paix du Seigneur : que l'oblation que j'ai reçue de toi soit pour « l'expiation de mes fautes et la rémission de mes péchés, afin ■ «.que je puisse paraître devant le trône de Jésus-Christ sans ter-
« reur et sans confusion J'ignore s'il me sera donné de revenir « offrir encore sur toi le saint Sacrifice, ou si celui que je viens ce d'offrir sera le dernier. »
Vient ensuite la bénédiction, qui est d'institution plus récente. Autrefois l'évoque, comme nous l'avons prouvé ailleurs, avait coutume de donner une bénédiction avant la Communion. Du reste, c'est surtout à lui qu'il appartient spécialement de bénir le peuple, lui qui représente d'une manière particulière Jésus-Christ, le prêtre souverain et l'évoque de nos âmes. Or, lorsque ces bénédictions épiscopales étaient en usage, il n'y avait aucune bénédiction prescrite pour la fin de la Messe, et un Missel du Vatican i, dans lequel est longuement expliqué le rite de la bénédiction épiscopale, fait observer que quand cette bénédiction solennelle est donné avant la Communion, il n'est point nécessaire de donner une autre bénédiction après la Messe. C'est pour cela, à mon avis, que YOnlo romain et les anciens sacramentaircs ne parlent point de la bénédiction qui se donne à la fin de la Messe. Relativement à ce que disent certains auteurs modernes, s'appuyant sur Amalaire 2 et sur Raban Maur 3, qu'autrefois on donnait cette bénédiction avant que le Diacre ne dit : lie missa est^ nous avons montré que leur opinion était fausse et que ce qui les avait jetés dans cette erreur, c'est qu'ils avaient mal compris le sens du mot bénédiction, soit qu'ils ignorassent ou qu'ils ne fissent pas attention qu'anciennement ce nom était donné aux Collectes et aux oraisons. Lors donc qu'Amalaire et les écrivains de cet àgc disent qu'après le Sacrifice, le peuple est béni par le prêtre, ils veulent parler de la dernière oraison que nous appelons Post-Communion. C'est ce qu'on voit par les paroles mêmes de Raban. « Après la communion, dit-il, et après le cantique qui porte ce nom (c'est-à-dire l'antienne nommée Communion), le prêtre ayant donné la bénédiction, le diacre annonce que la Messe est terminée et donne au peuple la permission de se retirer. » Walfrid parle encore d'une manière plus claire 'i : « Le concile d'Orléans, dit-il, a décidé que le peuple ne devait point
• N' i743. - - Uh. 3, cap. 36, - ^ Lib. l, cap. 33. - * Cap. 22.
sortir de la Messe avant la bénédiction du prêtre. On doit entendre par bénédiction cette dernière oraison que récite le prêtre. » Cette, illa, c'est-à-dire l'oraison ad complendum, dont il vient déparier. C'est, en effet, à cette oraison que se rapporte le décret du concile d'Orléans, inséré dans les capitulaires de Chartemagne i, ordonnant : « Que les fidèles, lorsqu'ils assistent au saint Sacrifice, ne sortent point avant la fin de la bénédiction du prêtre. » Dans l'ancien rite de Citeaux, changé depuis quelques années, on ne trouve, à la fin de la Messe, aucune bénédiction ; mais le prêtre, après avoir récité la prière : Placeat tihi sancta Trinitas, baise l'autel en disant : « Par les mérites de ces saints et de tous les bienheureux, que le Dieu tout-puissant ait pitié de nous. Ainsi soit-il. » Kt, après avoir tracé sur lui le signe de la croix et fait une inclination profonde, il quitte l'autel. Ainsi en est-il du rite des Chartreux, dont Jean Bechoflen donne l'explication suivante 2 : Ceux qui n'ont point de peuple à bénir ne sont point obligés à donner cette bénédiction ; or, les Chartreux n'ont point de peuple. L'auteur de l'ouvrage que nous citons sous lenom deMicrologue, lequel vécut en 1090, rassemble ^ au sujet de cette bénédiction, à la fin de la Messe, une foule d'autorités tirées, soit des Canons que nous avons expliqués ailleurs, ^oit de l'Epître à Rustique de Narbonne, faussement attribuée à saint Jérôme. Mais, sans entrer dans la discussion de ces preuves, j'observerai seulement que vers cette époque l'usage de cette bénédiction s'introduisait dans quelques églises ; car voici comment il termine ce chapitre : « Anciennement, ceux-là seulement qui communiant assistaient au saint Sacrifice, et l'oraison qui se récite après la Communion, pour les seuls communiants, pouvait leur servir de bénédiction. Chez les modernes, le peuple ne communiant plus et assistant néanmoins aux saints mystères, il a fallu nécessairement permettre au prêtre de le bénir, afin qu'il ne fût pas privé de bénédiction, comme il l'est déjà de Communion ; soit donc cette raison, soit toute autre, qui ait porté les évoques à permettre aux prêtres de donner cette bénédiction,
' Lil). 1, cap. 71. — Mn Expos. Miss. Basileae, an. 1519. — ^ Cap. 21.
toujours est-il que cet usage est aujourd'hui tellement enraciné que les prêtres ne pourraient omettre cette bénédiction sur le peuple sans scandaliser les fidèles, à moins que le Siège apostolique ne retirât solennellement et canoniquement cette permission, w Dans le rite mozarabe, outre la bénédiction qui précède la Communion, on en donne encore une autre à la fin de la Messe, en ces termes : Que le Père et le Fils vous bénissent dans Vunité du Saint-Esprit. Chez les Grecs, le célébrant bénit souvent le peuple, tantôt avec le dicérion et le tricérion, c'est-à-dire avec un cierge à deux ou trois branches, tantôt en faisant un signe de croix avec la main. A la fin de la Messe, après avoir déposé les ornements sacrés, le prêtre donne une dernière bénédiction au peuple en disant : Que le Seigneur notre Dieu vous garde tous par sa grâce et sa bonté, maintenant, toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit- il. Le peuple répond : Seigneur, daignez conserver pendant de longues an?iées c£lui qui nous bénit et qui nous sancti/ie. Et ils se retirent dans la paix du Seigneur. L'Ordo romain parle aussi d'une bénédiction que le Pontife donne lorsque, tout ce gui se rapporte au saint Sacrifice étant terminé, il quitte l'autel. Quand il descend au lieu où sont les prêtres, ceux-ci lui disent: Daignez, Seigneur, nous bénir ; et il répond : Q^f^c le Seigneur nous bénisse. Mais cette bénédiction n'est autre chose que le salut du Pontife aux assistants et la permission qu'il donne de se retirer. Voici la bénédiction qui se donne chez les Maronites à la fin de la Messe : « Qnc « la bénédiction de Notre-Seigneur Jésus-Christ descende du (c ciel et se repose sur vous et sur moi ; qu'elle eflace vos {autes « et corrige vos imperfections ; qu'elle fasse reposer en paix les « âmes de vos parents défunts ; qu'elle inscrive vos noms au « livre du royaume céleste, et que Dieu nous délivre, vous et « moi, de la damnation et de la confusion au jour de ses justes « jugements. Gloire soit ri vous, Père, Fils et Saint-Esprit, dans « les siècles des siècles. Ainsi soit-il. » Dans l'Ancien Testament ^, Dieu lui-même avait enseigné la formule que devaient employer
' iNuin., cap. (j.
les prêtres pour bénir les enfants d'Israël : « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde; Que le Seigneur vous montre sa face et quil ait pitié de vous ; que le Seigneur tourne son visage vers vous et quil vous donne sa paix. )> Nous avons ailleurs fait observer que c'était sur cette formule qu'on avait, pour ainsi dire, calqué celle des bénédictions épiscopales. « La bénédiction, dit Tertullien i, est parmi nous le premier signe de la discipline et de l'union mutuelle. Que ces paroles : Que Dieu vous bénisse., soient dans votre bouche aussi fréquemment qu'il convient à un chrétien. )> Quant à la manière de recevoir la bénédiction, quels sont ceux qui doivent s'agenouiiler ou la recevoir debout? On trouve à ce sujet une dissertation d'Isaac Habert contre François Ménard 2, dans laquelle il parle longuement des bénédictions. Aux messes des morts, on omet la bénédiction, parce que cette bénédiction appartient à la solennité de la Messe, et qu'elles n'ont et ne doivent rien avoir de cette soleimité. Néanmoins, j'ai lu la suivante dans un Missel manuscrit : « Que Dieu qui est la vie des vivants et la résurrection du défunt^ vous' bénisse dans les siècles des siècles. » Les Carmes, après la bénédiction, s'agenouillent au miheu de ' l'autel et récitent le Salve regina avec le verset et l'oraison ; pendant le temps pascal, ils disent le Regina cœli.
Enfin, le célébrant, après avoir béni le peuple, lit le commencement de l'Evangile selon saint Jean, qui renferme pour ainsi dire le sommaire des dogmes de la foi orthodoxe. Saint Augustin cite, au sujet du commencement de cet Evangile, un beau passage d'un platonicien : « J'ai appris, dit-il ^, du savant vieillard Simplicien, qui fut ensuite évoque de Milan, et je lui ai souvent entendu répéter qu'un philosophe platonicien disait, en parlant du commencement de l'Evangile selon saint Jean, qu'on devrait l'écrire enlettres d'or et le placer dans toutes les églises dans un lieu éminent. » Dans la dernière révision du Missel, sous saint Pie V, on prescrivit la récitation de cet Evangile, ce qui, sans
' De Test, anim., cap. 2. — * Ad part. II, Liturg. Patriarch. observ, 6, — » 3 De civit. Dei; lib. 10, cap. 29.
aucune loi, mais d'après la coutume seulement, était déjà observé par quelques prêtres, tandis que d'autres l'omettaient, chacun suivant sa volonté, ainsi que l'atteste Paris de Grassis dans son Cérémonial K C'est pour cette raison que certains Missels tant manuscrits qu'imprimés n'en parlent point. Mais après l'Oraison : Placeat tibisancta Trinitas, le célébrant, disent-ils, baise l'autel et se retire en disant le Cantique des trois enfants. De ce nombre est le Missel romain revu sous Paul III et édité à Lyon en 1550. Il n'en est fait également aucune mention dans un Missel manuscrit 2 de la bibliothèque Barberine et dans un autre plus moderne, que m'a communiqué un homme recommandable et par sa noblesse et par ses talents, Camille de Maximis, récemment adjoint au sacré collège par Clément X. Zacharie Adrien de Brescia, dans son Exposition de la Messe, imprimée en 1573, bien qu'il entre dans les moindres détails, ne dit cependant rien de l'Evangile selon saint Jean, mais il dit qu'après avoir donné la bénédiction, le prêtre récite le cantique Bcnedicite. Un Missel palatin du Vatican ^ et un autre de cette môme bibliothèque^ indiquent cet Evangile comme devant être récité pendant que le prêtre quitte ses ornements sacrés, ou même lorsqu'il les a déposés. Après la prière Placeat, dit le Missel de Salisbury, il fait le signe de la croix et quitte l'autel ; en retournant à la sacristie, il récite l'Evangile In principio. L'Ordre de la Messe romaine, édité en 1503 par Burchard, maître des cérémonies de la chapelle du pape, le Missel de Norwége, imprimé en 1519, celui d'Augsbourg en 1510, et quelques autres encore, livrés à l'impression avant le temps de saint Pie V, ordonnent au célébrant de le réciter avant de quitter l'autel. Etienne Brulefer, de l'ordre des Frères Mineurs, et Jean Bechoffen attestent également cet usage. Je soupçonne que cette coutume, dont Pie V fit une loi, tirait son origine de ce que les fidèles autrefois avaient coutume de porter le commencement de cet Evangile comme un talisman suspendu à leur cou , ainsi que le rapporte Maldonat ^ ; or,
« Cap. 65. - 2 N° 1858. - ' N» 501. - * N" 3807. >- « Comment, in Joann. {id init. n. 15.
comme il était difficile que tous le fissent écrire sur du parchemin, ou qu'ils pussent le conserver avec assez de soin, ils "voulurent du moins l'entendre réciter à la fin de la Messe, et comme cette pratique dégénérait en superstition, le concile de Selingstadt défendit d'en user ainsi à l'avenir par le décret suivant : « Quelques laïques et surtout des femmes ont pour habitude d'entendre chaque jour l'Evangile : In principio erat Verbum, et des Messes particulières, à savoir : de la Trinité ou de saint Michel ; nous ordonnons que cela n'ait plus lieu à l'avenir, sinon aux jours marqués, à moins que quelque fidèle ne désire entendre ces sortes de Messes pour honorer la très-sainte Trinité et non par vaine observance. »
Le célébrant, après avoir lu cet Evangile, quitte l'autel et se dépouille des ornements sacrés en récitant le Cantique des trois enfants, d'après une coutume fort ancienne dont parle le Micrologue 1. « Le Sacrifice étant terminé, dit la Messe de Tillet l'évêque , en revenant à la sacristie , récite avec les diacres l'hymne des trois enfants. » On lit presque mot à mot ces paroles dans la Messe d'IUyricus. Quant à ce que dit le Micrologue et d'après lui dès auteurs plus récents, que ce fut le quatrième concile de Tolède qui prescrivit la récitation de ce Cantique après la Messe, c'est une assertion fausse. Ce qui paraît avoir donné lieu à cette erreur, c'est l'ignorance du rite alors en usage dans l'Eghse d'Espagne. Dans ce concile de Tolède, plusieurs décrets sur les rites furent en effet portés ; mais ils ont rapport à la Liturgie mozarabe, et c'est à propos de cette Messe, qu'on décide qu'il ne faut point omettre l'hymne des trois enfants. Or, ce cantique dans ce rite est récité, non pas tous les jours, mais seulement les Dimanches et aux fêtes des martyrs. Cette récitation a heu au commencement de la Messe, avant l'Epître et presque dans les mômes termes qu'au Missel romain, le Samedi des Quatre-Temps, comme on peut s'en assurer par l'examen du Missel mozarabe. En conséquence, ce décret n'a donc aucun rapport avec la récitation quotidienne de ce cantique qui, dans la,
* Cap. 22.
Liturgie romaine, a lieu après la Messe. Mais ceci paraîtra encore plus clair par le texte même de ce Canon i. « Quelques prêtres négligent de chanter, les Dimanches et aux fêtes des martyrs, l'Hymne des trois enfants, dans laquelle toutes les créatures du ciel et de la terre sont invitées à bénir le Seigneur, et que chante l'Eglise répandue par toute la terre; c'est pourquoi le saint concile a décidé que, dans toutes les églises d'Espagne ou de France, aux Messes solennelles, cette hymne fût chantée au pupitre, et ceux qui violeront cette ancienne coutume ou qui mépriseront notre prescription seront privés de la communion. » Dans quelques églises, au lieu du cantique Beïiedicite, on récite l'hymne Te Deuia laudamus.
Ici finit l'auguste et redoutable SacriQce ; ici aussi se termine l'ouvrage que j'ai entrepris. J'y ai travaillé pendant de longues années et peut-être avec un succès douteux; car souvent, malgré ma bonne volonté et mes efforts, les forces de mon esprit ont trahi mon courage, souvent la connaissance de l'antiquité et les autres secours m'ont manqué. 11 n'a pu se faire que, voyageant au milieu des ténèbres dans des lieux semés d'écueils et de précipices , je n'aie trébuché quelquefois. Mais aussi , je l'avoue, fatigué, harassé par le travail et l'ennui, j'ai quelquefois sommeillé. Cependant j'ai tracé la route, j'ai planté un fanal qui servira à des hommes plus habiles et moins occupés, pour pénétrer plus avant dans les entrailles de cet auguste mystère, pour rechercher avec plus de soin les monuments de l'ancienne Eglise et pour les discuter avec plus de sagacité. S'ils remarquent dans ce traité des négligences et des choses moins exactes, qu'ils me les pardonnent d'abord, et qu'ils ne méprisent pas mes efforts et mes veilles, ensuite qu'ils les corrigent et les réforment d'une main amie, et qu'ils suppléent à ce que je puis avoir- omis. S'ils y trouvent quelque chose de bon, qu'ils le rapportent à Dieu et non à moi, et qu'ils s'unissent alors avec moi pour rendre grâces à l'auteur de tout bien, auquel soit louange, honneur et gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
• Can. IJ,