AVANT-PROPOS
Malgré les travaux de Boullay, Dausse, Buignôtét de bien d’autres, la lixiviation, adoptée dans les laboratoires des chimistes et de l’industrie, est entrée à grande peine dans la pratique pharmaceutique. Le Codex français de 1837 la prescrivait seulement pour préparer les teintures éthérées.
Les étrangers ont été plus empressés; déjà la dernière Pharmacopée du collège d’Edimbourg, en 1839, en faisait usage pour obtenir plusieurs extraits et presque toutes les teintures. La Pharmacopée des Etats-Unis de 1850 laissait le choix entre la macération et la lixiviation pour préparer les teintures et les extraits; la suivante, en 1860, adoptait définitivement la lixiviation.
Le Codex français de 1866, entrant enfin dans cette voie, la conserva pour les teintures éthérées, et la prescrivit pour un certain nombre d’extraits aqueux,
alcooliques, éthérés, et de teintures alcooliques. Les ennemis du procédé prirent leur revanche en 1884, ■et tout en de .conservant ,à ,peu près pour les autres cas cités, le firent supprimer de la préparation des teintures. Les généralités placées en tête de ce chapitre disent simplement : « Dans les cas où le procédé par lixiviation est jugé opportun et applicable, on procède de la manière suivante : » viennent douze lignes expliquant très brièvement ce mode opératoire.
Mais pour la pratique, le Codex, au moins dans ce chapitre, ne le conseille guère et ne le prescrit jamais.
‘D’où vient cette différence d’appréciation ? Pourquoi avoir rejeté pour les teintures alcooliques un procédé qui a paru bon pour les teintures éthérées et pour plusieurs extraits? Dans oe dernier cas, ou pourra dire que déduit à atteindre est de se procurer des liqueurs très chargées, afin d’obtenir des médicaments plus rapidement préparés et par suite moins altérés, et qu’iliimporte peu que les liqueurs soient toujours identiques à elles-mêmes. Pour des teintures il n’en est pas de même, leur premier avantage étant justement la fixité et l’identité absolues du médicament. Les MM. Bouliay, et surtout fiuignet, avaient démontre d’une manière évidente qu’on était en droit d’attendre de la lixiviation des produits tout aussi fixes que de la macération, et toujours identiques à eux-mêmes; cela n’a pas suffi. Je viens soumettre aujourd’hui, sur ce même sujet, quelques modestes
noies, trop heureux si elles peuvent contribuer à faire rendre pleine et entière justice à ce procédé si utile et si commode, et qui devrait depuis longtemps avoir complètement remplacé le vieux procédé de la macération de dix jours.
Ce travail sera divisé en deux parties : la première traitera de la lixiviation en elle-même; la deuxième comprendra l’application du procédé à la préparation des teintures.
Qu’il me'soit permis, avant de commencer, de remercier publiquement tous ceux qui ont bien voulu me guider de leurs conseils : M. Bourgoin, dont les indications précieuses m’ont facilité cette partie aride qu’on appelle la Bibliographie; M. Chastaing, qui, en me rappelant à temps un travail de M. Regnauld, m’a aidé à sortir d’une passe embarrassante; enfin mon bon et excellent ami Guignard, professeur à la Faculté de Lyon, qui m’a donné la première idée de ce travail.
Je ne dois pas oublier mon père, dont l’expérience, fruit d’une laborieuse pratique, a été mise souvent à profit par moi.
Tout le monde connaît le principe de la lixiviation : une poudre perméable, formée de parties solubles et de parties insolubles, est placée dans un appareil cylindrique ou conique et tassée d’une manière uniforme; on verse sur la partie supérieure une couche peu épaisse de liquide; ce dernier gagne de proche en proche par capillarité, et descend en vertu de son propre poids en entraînant tout ce qui veut se dissoudre. Le véhicule ayant été complètement absorbé, on verse une seconde couche qui chasse devant elle la première et se charge à son tour des principes solubles qui.restent. On continue ainsi jusqu’à épuisement complet de la poudre, terme qu’on atteint rapidement et sans grande peine par cette manière d’opérer.