CONCLUSIONS
1° Les déplacements au moyen de l’alcool se réussissent toujours facilement; on n’a pas à craindre dans ce cas le boursouflement de la matière.
2° Il est toujours aisé de se procurer des poudres semblables, si l’on croit ce point nécessaire, en faisant usage des poudres tamisées des pharmacies. En réalité il suffit de prendre une poudre uniforme, demi-fine, et de l’humecter avec le quart ou au plus la moitié de son poids d’alcool ; elle se tassera, pour ainsi dire, d’elle-même dans l’appareil.
3° La macération préalable est inutile. En opérant par déplacement immédiat et continu, j’ai constamment obtenu un produit plus chargé que par macération; de plus, la teinture d’ipéca ayant été longue à se déplacer, je n’en ai retiré aucun avantage.
4° L’opération est plus rapide. Redwood dit bien que c’est à la condition que l’attention de l’opérateur demeure constante : ce qui n’est pas un mal. Cependant tout le monde sait qu’une fois la préparation
mise en marche, et l’écoulement réglé, il suffit d’entretenir une mince couche d’alcool à la partie supérieure, pour voir la filtration s’achever doucement. Dans la macération, il est vrai, une fois la substance et l’alcool mis dans un flacon, on n’avait plus qu’à s’en souvenir pour agiter « entre temps »; mais combien d’élèves s’en souvenaient !
5° Le rendement est plus considérable, qu’on s’arrête comme le Codex de 1866 après avoir obtenu cinq parties de produit, ou qu’on y ajoute un poids égal au poids de la matière dissoute. Ce desideratum me paraît superflu; car les teintures par lixiviation, tout en contenant plus de principes actifs, n’en contiennent pas assez pour devenir dangereuses aux doses où on les administre dans la pratique.
6° Le mélange des couches liquides étant un fait bien évident, on ne peut déplacer le reste de l’alcool par l’eau ; mais par les moyens indiqués précédemment il. est loisible de ramener la perte à être au moins aussi faible que dans la macération, et cette perte peut être nulle.
7° A poids égal les teintures par lixiviation sont plus chargées ; elles doivent être plus actiyes, puisqu’elles contiennent en solution plus de principe actif, et cela suivant une proportion qui n’est pas négligeable.
8° On peut répondre absolument de la constance et de l’identité du produit, puisque Buignet a montré que la seule cause effective de variation était la chaleur. Celte cause d'erreur est facilement écartée,
puisqu’il suffit de s’astreindre aux prescriptions du Codex, c’est-à-dire de rester à la température moyenne de 4 - tii".
9° les teintures ainsi faites se conservent tout aussi bien ; la seule précaution à prendre pour cela, consistée ne les filtrer qu’a,près un jour ou deux d’attente.
Tous les auteurs s’accordent à constater qu’une certaine habileté-, qu’une certaine habitude sont nécessaires pour conduire avec succès une lixiviation. Mais je crois avec M. Sanger (1) qu’on peut fixer des règles et « qu’on peut manier un percolateur aussi facilement qu’un pilon ou qu’un mortier, et que l’un ne demande pas plus de temps à apprendre que l’autre. » Si la question d’apprentissage devenait un obstacle, il faudrait renoncer à former des élèves. Quel est le débutant qui, le Codex à la main, arrivera à exécuter un loocli huileux, ou à préparer un bel emplâtre simple sans le brûler, ni sans se brûler lui-même?
Ces régies, est-il nécessaire de les rappeler, elles se trouvent partout; elles sont rassemblées dans les notices préliminaires de la Pharmacopée américaine.
« Réduire la substance en poudre demi-fine, mais « uniforme; liiumecter avec le quart ou au plus la « moitié de son poids d’alcool, mais {me jamais en « faire une pâte, comme le dit encore M. Guichard (2),
(1) Pharmaceulical Journal, i 863-61, tome Y, p. 579.
(2) Journal de Pharmacie, 1882, tome Y, p. 261.
« dans son rapport sur les extraits; mettre la masse « par portions dans l’appareil en la tassant modéré- « ment; puis verser sur la surface recouverte d’un « papier à filtrer, une petite couche du véhicule qu’on « entretiendra tout le temps ; régler l’écoulement par « l’un des artifices indiqués, si cela est nécessaire, de « manière à voir les gouttes de liqueur se succéder « rapidement; continuer ainsi jusqu’à ce qu’on ait « obtenu cinq parties de produit. »
Ces règles apprises, un débutant s’exposerait peutêtre encore à des déboires, s’il n’était surveillé; mais pour toutes les opérations, quelles qu’elles soient, n’existe-t-il pas mille petits détails qui ne sont pas consignés dans les livres, et qui s’apprennent par la pratique; il faut pour toute chose, comme l’on dit, se faire la main.
Un livre américain, dont l’équivalent n’existe malheureusement pas en France, termine un long article sur la lixiviation en ces termes : « D’après notre Pharmacopée, il est admis que le pharmacien a acquis l’habileté exigée pour réussir cette opération (1). » Je crois pouvoir affirmer qu’en France, il en est de même, et que, si c’est la seule raison sérieuse qu’on oppose, elle tombera d’elle-même devant la supériorité à tous les points de vue du procédé de déplacement.
(1) And in our pharmacopceia, U is taken for granled thaï tlie apolhecary lias acquired lhe requisile skill. Dispensalory of the U. S. of America, 1873, p. 1416.