‹ De la lixiviation et de son application à la préparation des teintures alcooliquesChapitre 8 sur 10 · OR. 1)E TEINTURE PRÉPARÉE I> VU · texte numérisé non relu

OR. 1)E TEINTURE PRÉPARÉE I> VU

Lixiviation

Lixiviation

Macération

(l Un)

10 jlMll»

1 gr., 732

2 gr„ 272

2 gr., 208

2 gr., 588

ip,;J S

2 gr., 156

0 gr., 288

Belladone

Ogr., 132

1 gr„ 204

Digitale.

0 gr., 328

0 gr., 220

Gentiane.

0 gr., 152 |

Noix, vomique râpée.

1 gr., 376 |

1 gr., 057

Ces nombres sont

tous différents des

nombres

correspondants de Buignet; tous, ils sont plus faibles.

(1) Encyclopédie chimique, article Tannale de Quinine,

Mais cette dissemblance n’est qu’apparente, il suffit de se rappeler que Buignet préparait ses teintures dans la proportion de 1 partie de substance pour 4 parties d’alcool, tandis que j’ai suivi le rapport de 1 à 5, comme le prescrit le Codex.

Le tannin, seul réactif général des alcaloïdes connu à l’époque du mémoire de Buignet, a été un peu abandonné depuis avec juste raison; car il a l’inconvénient grave de précipiter beaucoup de principes qui n’ont rien de commun avec les alcaloïdes, ainsi la digitaline. La teinture de gentiane en est un autre exemple; que précipite le tannin dans ce cas? ce n’est évidemment pas un alcaloïde, on a trop étudié la gentiane pour en avoir laissé échapper un, s’il existe. On connaît aujourd’hui d’autres réactifs généraux plus sérieux, qui ne précipitent que les alcaloïdes. Mon choix s’est arrêté sur l’iodure double de mercure et de potassium, dont l'action, primitivement indiquée par M. de Vrij pour la strychine et l’atropine, a été singulièrement développée par M. Valser dans une thèse remarquée, soutenue devant l’Ecole de pharmacie le 22 juillet 1862.

Je n’ai pas préparé le réactif comme l’indique Valser, en dissolvant du biiodure de mercure dans une solution d’iodure de potassium; j’ai suivi les données du professeur américain Mayer, dont le nom est également attaché à ce réactif. J’ai pris 13 gr., 55 de sublimé corrosif et 49 gr., 80 d’iodure de potassium, et je les ai dissous dans Q. S. d’eau distillée pour

faire un litre. Ceréactif, d’après Valser, a l’avantage de ne précipiter ni les résines, ni les tannins, ni les glucosides ; les matières albumineuses seules pourraient venir troubler les résultats. Dans le cas spécial des teintures, cet inconvénient est peu à craindre. J’ai d’ailleurs suivi là même marche que dans l’emploi du tannin, l’alcool dissolvant les iodhydrargyrates d’alcaloïdes ; par contre ils sont à peine solubles dans un excès du réactif, et ne le sont pas dans les acides, excepté toutefois l’acide acétique. C’est donc un réactif précieux à tous égards; il a encore un dernier avantage sur le tannin, sa solution se conserve facilemen 1. «

POIDS DU PRÉCIPITÉ D’iODURE DOUBLE DIi MERCURE ET D’aECALOÏDES, DONNÉ PAR 100 GRAMMES DE TEINTURE.

Substances employées.

Lixiviation

Macération

1 gr./lOO

0 gr., 930

Quinquina rouge.

Noix vomiqufi..

2 gr., 660

2 gr., 01G

0 gr., 520

0 gr., 224-

Belladone..

0 gr., 248

Ces derniers précipités, dont on ne peut contester la nature, viennent à l’appui des résultats donnés par le tannin ; dans les deux procédés, la supériorité de la lixiviation est mise en pleine évidence, et je crois qu’on ne peut plus hésiter entre les deux méthodes lorsqu’on a vraiment à cœur de fournir des préparations aussi efficaces que possible.

EXAMEN RAPIDE DE DIVERS PROCÉDÉS EMPLOYÉS OU PROPOSÉS POUR LA PRÉPARATION DES TEINTURES.

Certains auteurs, sans doute pour concilier toutes les opinions, ont essayé de combiner l’ancienne et la nouvelle méthode; la Pharmacopée britannique et la Pharmacopée belge nous en offrent deux exemples remarquables.

La Pharmacopée anglaise- fait macérer la substance ' avec les trois quarts de l’alcool pendant 48 heures ; après ce temps, on met le magana dans un percolateur, on laisse égoutter, puis on déplace par le dernier quart de véhicule ; enfin on soumet à la presse, et on complète la quantité prescrite au moyen d’alcool. Ce procédé n’est qu’une macération fractionnée. Guibourt, danssa P km on ac op ée raisonné e, avait déjà indiqué- cette manière de pratiquer la méthode de- Cadet au moyen *10/l’entonnoir à déplacement; on évitait ainsi l’emploi répété de la presse, et par suite une grande déperdition d’alcool ; mais au lieu de déplacer immédiatement, il recommandait de laisser séjourner le dernier quart de l’alcool sur la substance un temps suffisant (1).

Les auteurs anglais, Redwood, Savage sont les premiers à reconnaître.que ce procédé n’est peut-être pas le dernier mot de la perfection. Savage admet toutefois qu’il peut être bon à la condition de eonti-

(1) Guibourt, Pharmacopée raisonné*, art. Teintures.

nuer la première macération pendant 14 jours (1) ; on retombe ainsi dans la méthode ancienne.

Redwood, modifiant un mode opératoire indiqué par M. Burton (2), propose un appareil et procédé pour le déplacement automatique (Automatic Displacement apparatus and process) (3). La substance est mise dans une sorte de sac ou bourse (bag), et suspendue au haut d’un vase cylindrique bien fermé, de telle sorte qu’elle demeure à la partie supérieure des trois quarts de l’alcool placés dans l’appareil. On laisse 48 heures dans cet état; il s’établit des courants que Redwood qualifie de déplacement automatique. Le temps écoulé, on soutire l’alcool ; puis, modification de Redwood, on introduit le sac dans une sorte de cylindre étroit, de manière à forcer le liquide à s’écouler de haut en bas et non sur les côtés ; on verse le dernier quart de l’alcool, et on termine en pressant le sac.

Cette manipulation est assez compliquée et n’a guère de chance de trouver faveur auprès des partisans de la macération ; la lixiviation est plus simple. A propos de la méthode Burton, les éditeurs du Pharmaceutical Journal font une remarque qui, je crois, peut s’appliquer aussi bien à la modification de M. Redwood : « Pour les substances où ce procédé

(1) Pharmaceutical Journal, 1861-65, tome YI, p. 157.

(2) Idem, 1845, tome IV, p. 469.

(3) Idem, 1863-64, tome Y, p. 533.

réussit bien, le déplacement pur et simple est plus rapide et plus économique ; quant aux autres la macération est préférable (1). »

La Pharmacopée belge (2) n’agit pas de la même façon que la Pharmacopée anglaise. Elle fait macérer en vase clos la substance avec le doublé de son poids d’alcool, puis mettre dans l’appareil à déplacement avec Q. S. de véhicule pour qu’il surmonte la masse d’un centimètre. Au bout de 24 heures, on donne passage au liquide ; on remet de l’alcool comme la première fois, puis, après 24 heures de macération, on laisse de nouveau écouler. On continue ainsi jusqu’à ce que le liquide recueilli plus celui qu’on obtiendra par l’expression finale, représente exactement cinq fois la quantité de substance employée.

Ce procédé donne peut-être de bons résultats ; mais ce n’est en somme qu’une succession de macérations fractionnées. Dans la lixiviation continue, telle que la recommandent les MM. Boullay, on doit admettre que, bien que le mélange des couches liquides soit un fait constant, la rapidité de l’opération, jointe à l’action de la pesanteur, amène cependant le déplacement des couches plus chargées par des couches qui le sont de moins en moins; dans le procédé belge, rien de semblable ne se passe. Pen-

(1) Pharmacculical Journal, 1845, tome IV, p. 469.

(2) Edition de 1854.

danl les 24 heures de macération dans l’appareil, le liquide nouveau et le liquide ancien se diffusent l’un dans l’autre, ainsi que l’a si bien démontré M. Graham dans ses expériences sur la diffusion réciproque des liquides ; il n’y a donc ici en aucune façon déplacement d’une liqueur par une autre.

Pour faire une bonne lixiviation, il faut humecter la poudre, comme le dit Boullay père, « avec la quantité de liquide qu’elle est capable de retenir par affinité capillaire (1), » et non pas avec une quantité plus considérable. Le liquide surajouté chasse lentement devant lui le premier, et la lenteur de l’écoulement, qui ne va pas-jusqu’à la macération cependant, assure le complet épuisement de la substance.

Il me reste à citer un procédé original proposé par M. Schweitzer(2), bien qu’il n’ait pas beaucoup de chance d’entrer dans la pratique. Convaincu que la méthode de déplacement fournit les principes actifs solubles ou volatils dans leur condition de nature, pourvu qu’on ait le soin de fractionner les produits et d’évaporer d’abord les liqueurs les moins concentrées, il propose de préparer ainsi au moyen de l’eau des solutions types. Ces solutions, suffisamment évaporées, seraient mélangées soit à de l’alcool, soit à du vin et fourniraient au moment du besoin les teintures ou les vins de la Pharmacopée anglaise. Par

(t) Journal de Pharmacie, 1802, toineXLÏ, p. 264. (2) Year-boohof Phartmcy, 1873, p. 25 J.

exemple ou pourrait les concentrer de telle façon que trois parties de liqueurs types mélangées à cinq parties d’alcool fQrt fournissent huit parties de teinture. De cette manière, ajoute-t-il, le pharmacien pourrait préparer lui-même sous un petit volume, au moment favorable de l’année, ces solutions qu’il conserverait pour l’usage.

M. Saunders (1) répond à cette proposition par plusieurs remarques qui la condamnent absolument.

D’abord l’eau est incapable d’épuiser certaines substances, comme celles que cite justement M. Scliweitzer, écorces ‘d’oranges, quinquina. Ensuite l’eau n’empêche pas la décomposition des matières dissoutes; il se fait un dépôt entraînant des principes actifs, et les solutions varient de jour en jour, comme il est facile de s’en rendre compte par les extraits fluides de la Pharmacopée américaine. Enfin on ne peut épuiser une substance avec assez peu de liquide pour que le mélange postérieur avec de l’alcool soit possible; il suffit de se reporter à la Pharmacopée anglaise et calculer à combien ü faudrait réduire les liqueurs.

Comme dernier argument il montre que le commerce de gros s’emparerait de cette fabrication; or on sait ce que la concurrence entraîne de compromis. Toutes ces objections sontcelles que l’on répète chaque jour en Amérique contre l’emploi des extraits fluides.

(1) Year-book of Pliarmacy, 1813, p. 25G.

Les différents procédés, que je viens de citer, ne me paraissent pas destinés à s’introduire dans notre Pharmacopée; il faudrait plutôt s’en tenir à la macération pure et simple^ Mais la lixiviation me semble présenter des avantages assez nombreux et assez évidents, pour qu’aucun praticien n’hésite plus; je les résume.

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