A. — IDÉE GÉNÉRALE DU CERVEAU
Le cerveau est constitué par deux hémisphères symétriques et identiques quant à leur structure.
Chacun de ces hémisphères est recouvert d'une couche continue de substance grise ; leur surface est divisée par des sillons, les uns constants, les autres variables. Le plus important est le sillon profond, à direction oblique, connu sous le nom de scissure de Sylvius, qui loge l'artère cérébrale moyenne. En écartant les circonvolutions qui le limitent, on distingue la région de l'insula. De
cette scissure, part verticalement un sillon qui correspond à peu près à la suture fronto-pariétale et qui va rejoindre la grande fente inter-hémisphérique, c'est le sillon de Rolando. 11 est bordé en avant par la circonvolution frontale ascendante (médiane antérieure de Ecker), de laquelle se détachent perpendiculairement trois circonvolutions que Ton nomme V% 2% 3' frontales, en comptant, à partir de la scissure inter-hémisphérique (1), — en arrière, par la pariétale ascendante (médiane postérieure) d'où se détachent les deux lobules pariétaux, le supérieur près de la fente inter-hémisphérique, et l'inférieur. A la suture lambdoïde répond un sillon assez net qui sépare les circonvolutions pariétales des occipitales.
Ce dernier sillon, celui de Rolando et la scissure de Sylvius, limitent donc à la surface externe des hémisphères quatre régions, la région frontale, pariétale, occipitale, sphénoïdale. Dans Tétat actuel de nos connaissances, et au point de vue de la pathologie, les surfaces interne et inférieure des hémisphères cérébraux ont moins d'importance.
D'une manière générale, la couche grise des cir-convolutions est formée de cinq couches superposées. L'une d'elles, la quatrième, est constituée
(1) Plusieurs auteurs allemands, comptant en sens inverse, désignent sous le nom de première la circonvolution qui est si connue depuis les travaux de M. Broca, la troisième pour nous, celle qui longe la scissure de Sylvius.
par des cellules pyramidales qui, dans un petit lobe situé sur la face interne (lobe paracentral), atteignent leur plus grande dimensions, 60 millimètres dans leur grand diamètre (Mierzejewski) (1).
Les circonvolutions frontales ne diffèrent pas sensiblement des pariétales. Mais les circonvolutions occipitales possèdent une structure toute spéciale. Leur substance grise est formée de huit couches, par suite de la division de la A" en quatre couches secondaires. Ces huit couches sont séparées en deux parties inégales par le ruban de Vie d''Azyr.
Le cerveau est relié à la moelle par les pédoncules cérébraux. M. Meynert (de Vienne) leur distingue deux étages, F un inférieur et l'autre supérieur (2). Le premier {Hauhe, Tegmentum) renfermant les tubercules quadrijumeaux, et aboutissant aux couches optiques, est considéré par lui comme constituant un système réflexe, tandis que l'étage inférieur Pes, séparé du précédent par le hcusniger de Sœmmering, et relié aux régions motrices de la moelle est, selon le même anatomiste,
(1) Mierzejewski, Archives de physiologie, 1875. La structure de ce lobe paracentral a aussi été bien étudiée par Befz (Centralblatt, 1874, n"" 37 et 38).
(2) Pour une exposition plus complète des idées de M. Meynert, voir l'ouvrage très-clair de M. Huguenin et l'excellente revue critique de M. Berger, Archives de physiologie, 1874, où l'on trouvera li bibliograpbie des publications de M. Meynert. Les dénominations de Eaube ou Tegmentum sont beaucoup plus anciennes que les travaux de M. Meynert. De môme que la déîiomination de Pes ou pied, qui correspond à l'étage inférieur du pédoncule.
la route que suivent les incitations motrices volontaires et les impressions sensitives perçues.
En pénétrant dans l'hémisphère, les fibres de rétage inférieur des pédoncules constituent Texpansion pédonculaire dont la portion antérieure se met en rapport avec les noyaux intra (noyau caudé) et extra-venticulaires (noyau lenticulaire) du corps strié (1), tandis que leur portion postérieure (fibres de la sensibilité consciente), d'après Meynert, gagnent Fécorce des lobes occipitaux, où se termineraient également (ainsi que dans l'écorce du lobe sphénoïdal) les fibres des nerfs optiques et olfactifs, qui ne viennent pas du pédoncule.
Des centres ganglionnaires (corps strié et couche optique) partent des fibres qui se rendent à la face profonde de la plupart des circonvolutions cérébrales. Outre ces fibres qui constituent la couronne rayonnante de Reil (système de projection de premier ordre de Meynert), les circonvolutions reçoivent des fibres commissurales reliant soit un hémisphère à l'autre (corps calleux, etc . ) soit deux circonvolutions d'un même hémisphère. M. Broad-
(i) M. Broadbent et MM. Carville et Duret, qui se fondent sur des ï(5sullats expérimentaux, admettent que certaines fibres gagnent directement le lobe fronto-pariélal, où se trouvent des centres moteurs, sans entrer en relation avec le corps strié. M. Huguenin considère cette opinion comme très-probable. On pourrait peutôlre invoquer à l'appui de celte opinion les fails pathologiques, d'ailleurs rares, de dégénéralion secondaire du cordon latéral de la moelle, coïncidant avec une lésion encéphalique bornée aux parties périphériques du cerveau,
beni qui a poursuivi sous ce rapport les idées dé Meynert, admet que certaines circonvolutions, notamment celles de Vinsula et de plusieurs autres groupes, ne reçoivent de fibre ni de la couronne rayonnante, ni du corps calleux (1). De ce fait anatomique, il tire des déductions psychologiques fort intéressantes, dans lesquelles nous ne pouvons naturellement entrer. Nous renvoyons le lecteur à son travail (2).
Sans nous lancer dans ces spéculations aventurées, nous nous bornerons au fait indiqué plus haut : Fécorce grise du lobe occipital dont la structure, ainsi que nous Tavons vu, offre quelques particularités, reçoit ses fibres de la partie postérieure de l'expansion pédonculaire ; l'écorce grise du lobe fronto- pariétal celles de la partie antérieure. Nous montrerons que, confirmant les vues de Meynert, la clinique et la physiologie expérimentale ont établi Fexistence de fibres sensitives (et sensorielles) à la partie postérieure du pied de la couronne rayonnante. Quant aux lobes fronto -pariétaux, nous avons indiqué déjà dans le chapitre précédent qu'ils renferment des por-
(1) Il est facile, sur un cerveau qui a macéré dans l'alcool, de décoller la capsule externe du noyau extra-ventriculaire (Huguenin). M. Charcot nous a autrefois montré que cette sorte de dissection peut être assez facilement réalisée môme à l'état frais. L'avant-mur et l'écorce grise de l'insula ne paraissent donc paa avoir de connexion avec les parties profondes.
(2) BnoADDENT 071 the cérébral mechanisen of speech and thought. {Med. chirurg. Transact., vol. 55.)
tions excito-motrices. Nous ne tarderons pas à en donner la preuve.