I III. — DANS LA COUCHE OPTIQUE
Malgré de récents travaux, les fonctions de la couche optique sont également obscures. D'après Ferrier, l'excitation des couches optiques ne produit ni mouvement ni phénomène de douleur; il pense que la paralysie qu'il a observée à la suite de la lésion de cette partie doit être attribuée à la lésion des fibres nerveuses des pédoncules sousjacentes.
M. Nothnagel, qui s'est livré aussi à un certain nombre d'expériences, à l'aide des injections interstitielles, a obtenu les résultats suivants (1) :
(1) Virchow's ArcMv. Bd. LXH.
Dans un certain nombre d'expériences, il est arrivé à détruire plus ou moins complètement les couches optiques de chaque côté chez des lapins ; or jamais, dans ce cas, il n'a observé le moindre trouble dans l'exécution des mouvements volontaires; chez ces animaux, pas de traces de paralysies des extrémités ni des muscles du tronc* Absence de déviation des extrémités inférieures, de la colonne vertébrale, de la tête ; la sensibilité cutanée demeurait intacte. Le seul fait anormal que révèle un examen plus minutieux consiste en ce que l'animal ne retire point sa patte quand on attire celle-ci avec précaution en avant ou latéralement. Encore ce phénomène ne se produit-il que quand la destruction des c<)uches optiques est complète. Lorsque celle-ci ne porte que sur la couche optique d'un seul côté , le phénomène ne s'observe que sur l'extrémité antérieure du côté opposé. Les animaux survivent pendant des semaines à l'opération. A l'autopsie, on ne trouve> outre la destruction des couches optiques, que des noyaux d'hémorrhagies du volume d'une tête d'épingle, et dont la production n'est pas constante.
Dans une autre série d'expériences, M. Nothna^gel pratique la destruction simultanée des couches optiques et des noyaux lenticulaires de chaque côté ; les effets qu'il avait obtenus précédemment à la suite de l'extirpation des noyaux lenticulaires n'étaient en rien altérés par la destruction simultanée des couches optiques. Les animaux sont tou*
jours dans une immobilité absolue ; mais quand on les excite d'une façon quelconque, et surtout quand on leur pince la queue, ils font un saut machinal pour redevenir inertes; ils n'ont ni anesthésie ni paralysie motrice, mais sont incapables d'exécuter des mouvements volontaires par suite de l'extirpation des noyaux lenticulaires, tandis que . les mouvements réflexes ont lieu avec la même précision que si les couches optiques étaient intactes.
Dans une 3^ série d'expériences, M. Nothnagel a détruit simultanément l'un et l'autre noyau caudé, ainsi que les couches optiques, sans toucher aux noyaux lenticulaires. Dans ce cas, les mouvements volontaires sont absolument conservés; la sensibilité de la peau est intacte et l'attitude au repos ne présente rien d'anormal. Seul le défaut de réaction de la part des animaux s'observe quand on attire leurs pattes en avant ou latéralement.
Dans le cas de destruction complète de la couche optique d'un seul côté, les mouvements volontaires et la sensibilité cutanée demeurent, comme il a été dit^ absolument intacts.
. Le défaut de réaction que nous avons signalé précédemment s'observe sur l'extrémité antérieure du côté opposé. Quand une portion plus ou moins considérable de la couche optique échappait à la destruction, certains animaux avaient la tête tournée d'une façon permanente du côté opposé, quoiqu'il leur fut possible de la porter du même côté. La colonne vertébrale subissait une incurvation
dont la concavité regardait le côté opposé à la lésion ; les animaux exécutaient un mouvement de manège dans le même sens, et on observait de plus du nystagmus.
De ces faits, l'auteur se croit autorisé à tirer les conclusions suivantes :
1° ILes voies de conduction de Tinnervation motrice volontaire ne passent point par les couches optiques ; la destruction de celles-ci n'entraîne point de paralysie motrice ;
2° Les voies qui conduisent les impressions sensorielles à leur centre de perception ne passent pas, ou du moins ne passent qu'en partie par les couches optiques.
Ces conclusions contredisent par conséquent Topinion professée par la plupart des physiologistes, entre autres par Flourens, par Longet et par Schiff, qui admettent que les lésions des couches optiques entraînent à leur suite la paralysie motrice de certains groupes musculaires. Par-contre, elles sont en harmonie avec les idées de Meynert, qui considère les couches optiques comme complètement étrangères à la conduction des impulsions motrices volontaires. Selon lui, elles se trouvent reliées anatomiquement : 1° à la surface sensitivc périphérique par voie centripète; 2° aux muscles par voie centrifuge; 3" à la substance corticale du cerveau, probablement par voie centripète. Meynert construit donc le schéma suivant : les couches optiques sont les organes des-
mouvements inconscients réflexes, qui se produisent à la suite d'excitations venant de la périphérie. Mais en mênie temps les résultats de ces excitations périphériques élaborés par les couches optiques sont transmises par voie centripète à la couche corticale du cerveau, où ils sont fixés dans les cellules ganglionnaires sous formes d'images de ces mouvements produits. Ces images rendent possible dans la suite la production de mouvements conscients volontaires. S'il en est ainsi,. un animal privé dès sa naissance de ses couches optiques, devra être incapable d'exécuter des mouvements volontaires.
Le défaut de réaction observé chez les animaux privés de leurs couches optiques, et dont on place les membres dans une situation anormale, est attribué par M. Nothnagel à l'abolition du sens musculaire. D'où il résulte que la conservation de ce dernier est lié à l'intégrité des couches optiques, et que celles-ci sont le lien de production des mouvements inconscients qui correspondent aux impressions sensorielles périphériques.
Nous ne sommes pas en état de critiquer les expériences précédentes. Beaucoup d'éléments nous manquent pour cela; et nous n'avons aucune raison pour rejeter de parti pris les idées fort ingénieuses de M. Meynert sur les couches optiques. Il est possible qu'elles trouvent un jour dans la clinique un solide appui. Déjà M. Meynert a publié deux observations intéressantes sous ce rapport et
que Ton trouvera aux Indications bibliographiques. Mais il faut bien avouer que la plupart des faits cliniques, soit faute d'une observation bien dirigée, soit parce qu'ils sont habituellement complexes n'ont pas encore confirmé la théorie.
Ils sont au moins en parfaite concordance avec elle, quant à la persistance de la sensibilité après la destruction de la partie antérieure de la couche optique. Cette restriction est importante, la lésion de la partie postérieure déterminant nécessairement de l'anesthésie à cause du voisinage du faisceau sensitif dont il a été question précédemment; c'est ainsi que s'expliquejit les faits assez nombreux où l'on voit des lésions de la couche optique coexister avec une anesthésie plus ou moins complète (1). Ce n'est pas à cause de la lésion de ce ganglion que la sensibilité est abolie; c'est parce qu'en même temps, il existe une lésion plus ou moins étendue de la partie de l'expansion pédonculaire qui comprend tout le faisceau sensitif. S'il pouvait à cet égard rester quelques doutes, il me suffirait de rappeler les résultats fort nets des expériences de M. Yeyssière, et surtout les faits cHniques qui montrent avec Vintégriié de la couche optique une hémianesthésie très-accusée.
Les observations suivantes, publiées dans les Bulletins de la société analomique, la première par M. Pierret et la seconde par M. Raymond, sont
(1) Voyez LuYs, Rec/terc/ies sn)' h f^ystème nerveux cérébro-spinal p. 53i et suivantes.
importantes sous ce rapport; les malades appartenaient au service de M. Charcot.
Obs. VII. — Femme bien portante jusqu'alors. Lo matin, sans prodromes, en faisant son lit, la malade fut frappée d'hémiplégie complète dans le côté gauche du corps et de la face. Point de perte de connaissance; pas de mouvements convulsifs dans les parties atteintes. ^
La sensibilité est abolie dans tous ses modes, a la jambe, au bras, à la face, mais les organes des sens paraissent intacts. La langue perçoit des saveurs; le voile du palais est excitable, ainsi que la narine gauche. La vue et l'ouïe sont intactes, et la pupille réagit normalement, mais la conjonctive et la cornée sont insensibles. Pas de troubles vaso-moteurs apparents dans les membres paralysés.
Mort, au bout de trois jours.
Autopsie. — Foyer hémorrhagique présentant le volume d'un œuf de pigeon, et occupant tout le noyau extra-ventriculaire du corps strié ainsi que la capsule interne ; celle-ci n'est altérée qu'à sa partie postérieure; partout ailleurs elle est comprimée. La couche optique est saine, ainsi que le noyau caudé.
Obs. VIII. — Attaque apoplectique dans la soirée, avec perte de connaissance.
Le lendemain matin, hémiplégie droite, avec flaccidité des membres; mains en supination; la malade exécute encore quelques mouvements avec son bras.
Perte absolue de la sensibilité, sous tous ses modes, dans le côté droit du corps.
A la face, la sensibilité est très-obtuse à la douleur.
La langue, le nez et la conjonctive, dans leur moitié correspondant, sont beaucoup moins sensibles que du côté opposé.
A gauche, le mouvement et la sensibilité sont parfaitement conservés.
Mort, au bout de trois jours.
Autopsie. Foyer linéaire d'hémorrhagie récente, il a 6 centimètres de longueur et 2 centimètres de profondeur; sa largeur est de quelques millimètres, quand les deux lèvres de la solution de continuité, creusée par l'irruption du sang, sont rapprochées.
Ce foyer s'étend' de l'extrémité antérieure du noyau caudé, jusqu'à 4 centimètres environ de l'extrémité occipitale du lobe cérébral ; il est dans l'épaisseur de l'insula de Reil qu'il traverse dans toute sa longueur, entre la capsule externe et la capsule interne détruites, jusque dans la troisième partie du noyau lenticulaire du corps strié.
Il n'y a rien, ni dans la couche optique^ ni dans le noyan caudé.
D'après M. Vulpian, les lésions des couches optiques ne paraissent pas avoir dinfluences directe et constante sur la vision (Leçons citées, p. 656). M. Galezowsky^ sur soixante-deux observations de lésions de la couche optique, a trouvé Famaurose dix-sept fois seulement (1). Dans ces cas le bord postérieur de la couche optique participe à l'altération, et agit sans doute sur les parties voisines (corps genouillés et tubercules quadrijumeaux).
g jy, — DANS LES TUBERCULES QUADRIJUMEAUX.
On est généralement d'accord pour les regarder comme les noyaux d'origine des nerfs optiques. D'après M. Vulpian, « ces bandelettes optiques s'é-
(I) On sait aujourd'hui (voir Anndske, Archiv fûr Ophlhalmologïe, XLX, 3« Ablh) que l'absence d'amaurosc n'implique nullement l'absenco de la névrite optique.
largissent en s'amincissant au niveau des corps genouillés externes, et elles viennent se terminer en s'épanouissant dans la couche superficielle des tubercules quadrijumeaux antérieurs. Chez l'homme et chez les singes, leur continuité est moins facile à suivre jusque-là. 11 semble que chez eux, les fibres des bandelettes optiques cessent d'être superficielles au niveau des corps genouillés, et il est très-probable qu'elles se dissocient et s'éparpillent au milieu de ces corps, tout en continuant leur route jusqu'aux tubercules quadrijumeaux antérieurs. »
Flourens, en excitant directement un des tubercules quadrijumeaux, déterminait des mouvements dans l'un des deux yeux.
Chez les mammifères, la lésion ou l'ablation des tubercules quadrijumeaux d'un côté, et chez les oiseaux les mêmes lésions d'un des tubercules bijumeaux, trouble ou anéantit la vision dans l'œil de l'autre côté (Flourens). M. le professeur Vulpian, à qui j'emprunte ces résultats, fait remarquer que chez l'homme, à cause de l'entrecroisement plus parfait des nerfs au niveau du chiasma, c'est de la diplopie qu'une pareille lésion devrait produire. Cette conclusion paraît certaine, car il est peu vraisemblable que l'entrecroisement partie/ cenim/, dont il a été question plus haut, soit déjà effectué dans les tubercules quadrijumeaux. M. Bastian seul, à notre connaissance, a parlé d'une perte complète de la vue qui surviendrait du même côté que l'hé-
miplégie consécutivement à l'oblitération de Fartère cérébrale postérieure (?) {Lancet, 1874). Nous aurons occasion de revenir sur ce point qui de» mande, pour être résolu, le secours d'une observation clinique rigoureuse. Quant au cas où une altération bilatérale des tubercules est suivie d'amblyopie ou d'amaurose, ils ne sont pas rares.
Ainsi, dans un cas de tumeur de la glande pinéale dont l'observation, recueillie dans le service de M. le Pidoux, a été publiée par le D' Blanquinque (Gazette hebdomadaire, 1871, n° 33), il y avait cécité complète, dilatation des pupilles, atrophie des papilles (sans trouble de circulation du fond de l'œil) ; les globes étaient convulsés en bas et à droite, sans paralysie des muscles moteurs. La tumeur débordait plus à droite qu'à gauche : elle comprimait les tubercules quadrijumeaux, surtout les postérieurs, et les veines de Galien (d'où hydropisie ventriculâire). Le nerf optique gauche ne présentait pas de sclérose appréciable, le droit et les bandelettes optiques n'ont pas été examinés.
On sait que, d'après Adamùck, les tubercules quadrijumeaux antérieurs régissent les mouvements des yeux ; l'éminence droite détermine le mouvement des deux yeux vers le côté- gauche, et vice versa. Il faudrait donc admettre que dans l'observation de M. Blanquinque, c'étaient les tubercules du côté gauche qui étaient excités (?).
L'excitation superficielle de ces éminences ne paraît déterminer ni phénomène de sensibilité
ni convulsions, d'après les auteurs classiques. M. Ferrier, en excitant les testes, a produit la dilatation des pupilles et Fopisthotonos, en même temps que l'animal proférait des cris spéciaux. L'excitation est-elle restée limitée aux pédoncules ?
M. Bastian cite un cas de ramollissement de la partie antérieure des tubercules où la polyurie constituait un. symptôme prédominant. Dans les Indications bibliographiques, je rapporte un autre cas de polyurie causée par une tumeur de la glande pinéale et qui a été recueilli avec beaucoup de soin dans le service de deux excellents observateurs, les docteurs R. Tripier et Mayet (de Lyon). 11 y a d'autres faits du même genre. Sans doute, ce n'est pas la lésion des tubercules qu'il faut accuser, mais plutôt celle des nerfs sous-jacents. J'expliquerai de même les températures fort élevées qui ont été notées dans quelques cas de tumeurs de la glande pinéale (1).
(1) Voyez Ladame, Kirngeschwùlste, p. 164.