‹ De la localisation dans les maladies cérébralesChapitre 4 sur 24 · A. — IDÉE GÉNÉRALE DU CERVEAU · texte numérisé non relu

A. — IDÉE GÉNÉRALE DU CERVEAU

Le cerveau est constitué par deux hémisphères symétriques et identiques quant à leur structure.

Chacun de ces hémisphères est recouvert d’une couche continue de substance grise; leur surface est divisée par des sillons, les uns constants, les autres variables. Le plus important est le sillon, profond, à direction oblique, connu sous le nom de scissure de Sylvius, qui loge l’artère cérébrale moyenne. En écartant les circonvolutions qui le limitent, on distingue la région de l’insula. De

cette scissure, part verticalement un sillon qui correspond à peu près à la suture fronto-pariétale et qui va rejoindre la grande fente inter-hémisphérique, c’est le sillon de Rolande. 11 est bordé en avant par la circonvolution frontale ascendante (médiane antérieure de Ecker), de laquelle se détachent perpendiculairement trois circonvolutions que l’on nomme R®, 2®, 3® frontales, en comptant, à partir de la scissure inter-hémisphérique (1), — en arrière, par la pariétale ascendante (médiane postérieure) d’où se détachent les deux lobules pariétaux, le supérieur près de la fente inter-hémisphérique, et l’inférieur. A la suture lambdoïde répond un sillon assez net qui sépare les circonvolutions pariétales des occipitales.

Ce dernier sillon, celui de Rolande et la scissure de Sylvius, limitent donc à la surface externe des hémisphères quatre régions, la région frontale, pariétale, occipitale, sphénoïdale. Dans l’état actuel de nos connaissances, et au point de vue de la pathologie, les surfaces interne et inférieure des hémisphères cérébraux ont moins d’importance.

D’une manière générale, la couche grise des circonvolutions est formée de cinq couches superposées. L’une d’elles, la quatrième, est constituée

(I) Plusieurs auteurs alleuiands, comptant en sens inverse, désignent sous le nom de première la circonvolution qui est si connue depuis les travaux de M. Broca, la troisième pour nous, celle qui longe la scissure de Sylvius.

par des cellules pyramidales qui, dans un petit lobe situé sur la face interne (lobe paracentral), atteignent leur plus grande dimensions, 60 milli-' mètres dans leur grand diamètre (Mierzejewski) (1).

Les circonvolutions frontales ne diffèrent pas sensiblement des pariétales. Mais les circonvolutions occipitales possèdent une structure toute spéciale. Leur substance grise est formée de huit couches, par suite de la division de la 4® en quatre couches secondaires. Ces huit couches sont séparées en deux parties inégales par le ruban de Vie d'‘Azyr.

Le cerveau est relié à la moelle par les pédoncules cérébraux. M. Meynert (de Vienne) leur distingue deux étages, Pun inférieur et l’autre supérieur (2). Le premier {Haube, Tegmentum) renfermant les tubercules quadrijumeaux, et aboutissant aux couches optiques, est considéré par lui comme constituant un système réflexe, tandis que Fétage inférieur Pes, séparé du précédent par le locus niger de Sœmmering, et relié aux régions motrices de la moelle est, selon le même anatomiste,

(1) Mierzejewski, Archives de physiologie, 1875. La structure de ce lobe paracentral a aussi (5 té bien étudiée par Betz {Centralblatt, 1874, n»» 37 et 38).

(2) Pour une exposition plus complète des idées de M. Meynert, voir l’ouvrage très-clair de M. Huguenin et l’excellente revue critique de M. Berger, Archives de physiologie, 1874, où l’on trouvera la bibliographie des publications de M. Meynert. Les dénominations -de Uaube ou Tegmentum sont beaucoup plus anciennes que les travaux deM. Meynert. De même que la dénomination de Tes ou pied, qui correspond à l'étage inférieur du pédoncule.

la route que suivent les incitations motrices volontaires et les impressions sensitives perçues.

En pénétrant dans Thémisphère, les fibres de Fétage inférieur des pédoncules constituent l’expansion pédonculaire dont la portion antérieure se met en rapport avec les noyaux intra (noyau caudé) et extra-venticulaires (noyau lenticulaire) du corps strié (1), tandis que leur portion postérieure (fibres de la sensibilité consciente), d’après Meynert, gagnent l’écorce des lobes occipitaux, où se termineraient également (ainsi que dans l’écorce du lobe sphénoïdal) les fibres des nerfs optiques et olfactifs, qui ne viennent pas du pédoncule.

Des centres ganglionnaires (corps strié et couche optique) partent des fibres qui se rendent à la face profonde de la plupart des circonvolutions cérébrales. Outre ces fibres qui constituent la couronne rayonnante de Reil (système de projection de premier ordre de Meynert), les circonvolutions reçoivent des fibres commissurales reliant soit un hémisphère à l’autre (corps calleux, etc . ) soit deux circonvolutions d’un môme hémisphère. M. Broad-

(1) M. Broadbent et MM. Carvillc et Duret, qui se fondent sur des résultats expérimentaux, admettent que certaines fibres gagnent directement le lobe fronto-pariélal, où se trouvent des centres moteurs, sans entrer en relation avec le corps strié. M. Huguenin considère cette opinion comme très-probable. On pourrait peutfitre invoquer à l’appui de cette opinion les faits pathologiques, d’ailleurs rares, de dégénération secondaire du cordon latéral de la moelle, coïncidant avec une lésion encéphalique bornée aux parties périphériques du cerveau.

bent, qui a poursuivi sous ce rapport les idées de Meynert, admet que certaines circonvolutions, notamment celles de Vinsula et de plusieurs autres groupes, ne reçoivent de fibre ni de la couronne rayonnante, ni du corps calleux (1). De ce fait anatomique, il tire des déductions psychologiques fort intéressantes, dans lesquelles nous ne pouvons naturellement entrer. Nous renvoyons le lecteur à son travail (2).

Sans nous lancer dans ces spéculations aventurées, nous nous bornerons au fait indiqué plus haut : l’écorce grise du lobe occipital dont la structure, ainsi que nous l’avons vu, offre quelques particularités, reçoit ses fibres de la partie postérieure de l’expansion pédonculaire ; l’écorce grise du lobe fronto-pariétal celles de la partie antérieure. Nous montrerons que, confirmant les vues de Meynert, la clinique et la physiologie expérimentale ont établi l’existence de fibres sensitives (et sensorielles) à la partie postérieure du pied de la couronne rayonnante. Quant aux lobes fronto - pariétaux, nous avons indiqué déjà dans le chapitre précédent qu’ils renferment des por-

(1) Il est facile, sur un cerveau gui a macéré dans f alcool, de décoller la capsule externe du noyau extra-ventriculaire (lluguenin). M. Charcot nous a autrefois montré que cetle sorte de dissection peut être assez facilement réalisée môme à l’état frais. L’avani-mur et l’écorce grise de l’insula ne paraissent donc pas avoir de connexion avec les parties profondes.

(2) Bboadbknt on the cérébral mechanisen of speech and thought. {Med. chirurg. Transact., vol. 55.)

tions excito-motrices. Nous ne tarderons pas à en donner la preuve.

B. — NOTIONS SUR LES LOCALISATIONS FONCTIONNELLES § I. — DANS CERTAINES PORTIONS DE l’ÉCORCE.

'(a). — Du centre de la faculté du langage.

Ainsi que nous l’avons vu plus haut, M. le professeur Broca, se fondant sur les résultats concordants de deux autopsies faites à Bicêtre, Fa localisé dans la troisième circonvolution frontale. Il précisa meme davantage en indiquant d’une manière spéciale le côté gauche. Je reviendrai tout à Fheure sur ce point.

Les malades observés par M. Broca étaient, comme on sait, des aphasiques vrais : Fiin ne pouvait prononcer que quatre mots et l’autre n’articulait qu’une syllabe.

Depuis quelques années, un nombre considérable de faits- est venu confirmer, en général, la localisation indiquée par M. Broca. La confirmation serait encore plus éclatante, si depuis un certain temps on n’avait pas cessé de publier les faits à l’appui, devenus trop vulgaires, tandis qu’on s’empresse de mettre au jour les faits contradictoires, plus intéressants parce qu’ils sont plus rares, et si la littérature de l’aphasie n’avait point été encombrée, surtout dans les premières années,

de faits sans rapport avec elle (amnésie, etc . ) au point de vue clinique, et observés sur le cadavre d’une manière plus qu’insuffisante, souvent avec un parti-pris contre la localisation de la faculté du langage.

M. Meynert {Zeitschrift der Geseîlschaft der Aerzle, 1866), qui considère le groupe des circonvolutions de Vinsula et la troisième circonvolution frontale comme faisant partie du meme système anatomique, a été conduit par des idées théoriques et par cinq faits pathologiques à étendre, jusqu’à Vinsula inclusivement, le territoire du langage. 11 a annoncé qu’il avait pu suivre jusqu’à l’avant-mur (noyau tœniforme) un faisceau de l’acoustique. On devine à quelles inductions un investivateur aussi ingénieux que M. Meynert pouvait se laisser entraîner. Mais ce dernier fait anatomique n’est pas exact. Contesté par Griesinger et Sander, il est, à ce que je crois savoir, reconnu aujourd’hui erroné par son auteur. Aussi me dispenserai-je de rappeler les considérations théoriques auxquelles il a donné lieu (1).

Dans une publication postérieure (Vierteljahrschrift fur Psychiatrie, 1868), je trouve mentionnées, chacune en deux lignes, 15 autopsies d'aphasiques (la forme de l’aphasie n’est pas indiquée) chez lesquels existait une lésion de Vinsula ; mais l’état de

(1) Elles sont exposées en partie dans les leçons de M, Jaccoud sur l’aphasie {Clinique médicale, t. II).

la 3' circonvolution n’est pas mentionné, et j’ignore si ces observations ont été publiées ailleurs avec plus de détails.

Plusieurs autres auteurs ont rapporté des faits d’aphasie avec lésion de Vinsula, mais l’intégrité de la troisième circonvolution frontale n’est pas en général signalée d’une manière suffisamment explicite. J’ai récemment entendu dire à M. le pro*' fesseui* Broca, qu’il n’avait vu que dans un seul cas d'aphasie l’altération prédominer dansVinsula; dans ce cas la lésion de la troisième circonvolution était minime. Au contraire il a fréquemment observé une large altération de Vinsula, sans aphasie. Dans l’état actuel de la question, je crois qu’il ne serait pas inutile de publier les observations démontrant la possibilité de l’aphasie avec une lésion limitée à Vinsula.

J’ai publié l’année dernière, à un autre point de vue, une observation de ce genre. La lésion était minime et il n’y avait qu’un très-faible degré d’aphasie :

Une jeune femme, dans les jours qui suivirent une première attaque d’apoplexie, et jusqu’à la mort, déterminée par une seconde attaque, présenta, avec une intégrité apparente de l’intelligence, une certaine difficulté de l’articulation des mots; elle n’était pas amnésique : elle savait le nom de tous les objets, mais elle se trompait souvent pour certaines syllabes des substantifs. Le plus souvent, elle ne parvenait à dire exactement son

poropre nom qu’après qu’on l’avait déjà prononcé devant elle ; autrement elle substituait une ou deux syllabes à celles qu’il aurait fallu prononcer. A l’autopsie, outre le foyer récent, j’ai trouvé le premier foyer, du volume d’une noisette, occupant la substanceblanclie de la partie la plus antérieure de l’ûisula étayant atteint, dans une étendue très-minime, et seulement dans sa couche la plus profonde, la substance grise sus-jacente. La troisième circonvolution frontale était absolument saine (1).

11 me paraît donc indubitable qu’une lésion parfaitement limitée à un point de Vinsula, peut troubler le langage. Serait-ce parce que la lésion de Vinsula qui est, comme on sait, liée à la troisième circonvolution par d’abondantes fibres commissurales, produit sympathiquement un trouble dans les fonctions de cette dernière ? Ou bien faut-il admettre que le territoire du langage s’étend non-seulement dans Vinsula', et présente ainsi une notable étendue? Si nous voulions entrer plus loin dans la voie des hypothèses, nous pourrions encore nous demander si, étant admis ce vaste territoire pour une seule fonction, il ne peut pas être divisé en certains compartiments, chacun destiné à une certaine division du travail; en un mot, si la localisation ne pourrait pas être poussée plus avant. Cette vue, purement hypothétique, trouverait quelque appui si l’on parvenait un jour à démon-

(1) Lépine, Bulletins de la Société anatomique, année 1874, p. 363.

trer que certaines formes d'aphasie coexistent avec la lésion de certaines parties du territoire : les formes dans lesquelles sont abolies une ou plusieurs opérations importantes de l’acte du langage, je suppose, se rencontrant avec la lésion de la troisième circonvolution, tandis que la lésion d’une circonvolution de Yinsula accompagnerait une forme dans laquelle une opération moindre est compromise. 11 faudrait donc poursuivre sur le terrain de l’anatomie pathologique la fine analyse clinique et psychologique tentée avec succès par les auteurs français, et poursuivie à l’étranger, surtout en Angleterre.

Laissant cette question difficile, je me bornerai à dire que la localisation de la faculté du langage / dans la troisième circonvolution et alentour me paraît établie aujourd’hui sur des faits irrécusables. Si l’on prend les bonnes observations d’aphasie et qu’on les dépouille, on trouvera que la presque unanimité témoigne en faveur de cette localisation.

Je sais bien qu’il y a des exceptions. Elles sont de deux ordres : dans une première catégorie, des aphasies avec lésions situées ailleurs que dans le lieu d’élection ; dans la seconde, des destructions des lobes frontaux sans aphasie. Mais il suffit de quelque réflexion pour se convaincre que les faits de la première catégorie, très-peu nombreux d’ailleurs (et j’aurai dans le chapitre suivant l’occasion d’en réduire le nombre), ne prouvent rien contre la localisation de la faculté du langage dans la partie

de l’écorce grise sus-indiquée. 11 s’agit peut-être d’un défaut de transmission, ou bien on peut supposer que, secondairement à l’altération qui occupe un autre siège et par un mécanisme qui nous échappe, les fonctions de la région sylvienne sont troublées. Si quelque chose peut étonner, c’est que ces faits ne soient pas plus nombreux. Sait -on d'ailleurs si le territoire du langage tout entier était rigoureusement sain(l)? Les observateurs qui ont rapporté ces faits insolites ne disent pas qu’ils l’aient examiné avec soin dans toute son étendue.

(I) Un des faifs les mieux observés a été publié par M. Troisier, alors interne de M. Vulpian; il y avait un ramollissement des lobes sphénoïdal et occipital; mais les syJvicnnes étaient athéromateuses dans toute leur étendue (Gaz. méd. de Paris, 1874, n° 2). — Dans un autre cas qui a été également observé par M. Vulpian et que Trousseau rapporte dans sa clinique, il y avait une lésion de la moitié postérieure du noyau blanc sus-ventriculaire, et d’autres lésions anciennes, d’ailleurs peu étendues, dans le corps strié et dans la couche optique gauches. De plus, les deux sylviennes étaient trésalhéromaleuses; i mais tandis que celle du côté droit offrait encore un libre passage au sang, celle du côté gauche était oblitérée complètement ou presque complètement... La circulation, continue M. Vulpian, aura été très-fortement gônée à diverses reprises... C’est ainsi que j’expliquerais et les anciens ramollissements partiels révélés par les lacunes trouvées à l’autopsie dans le corps vitré et la couche optique du côté gauche, et l’embarras, pour ainsi dire, rémittent de la parole, etc. » (Trousseau, Clinique, t. Il, p. 603, 2« édition.) Mais tous les observateurs ne sont pas aussi sagaces que M. Vulpian, et quand il existe deux lésions, une plus considérable dans un lobe postérieure, une minime dans la troisième circonvolution, les ramollissements du lobe postérieur pouvant être presque latents, ainsi qu’on le verra bientôt, c’est l’aphasie seule qui frappera pendant la vie, de môme que c’est la grosse lésion qui attirera seule l’attention après la mort. Voilà un des cas nombreux du célèbre vice de raisonnement post hôc...

Quant aux faits assez nombreux et fort curieux de lésion profonde et étendue des lobes cérébraux avec conservation du langage, je ne récuse pas leur exactitude, comme M. Bouillaiid; je me contente de remarquer qu’observés, pour la plupart, à une époque où l’on ne soupçonnait pas la localisation de la faculté du langage en une partie de ces lobes, relativement fort limitée ou même en dehors de ces lobes (insula), ils ne sauraient être probants pour nous. En admettant qu’on en publie de rigoureux, je ne pense pas» qu’ils puissent modifier beaucoup nos idées. Une exception ne saurait prévaloir contre la règle ; s’arrêter à une exception dans les sciences naturelles, c’est se condamner de parti pris, en quelque sorte, cà la stérilité. Nous savons bien que nos lois ne sont pas absolues; faut-il pour cela. renoncer à tenter d’en découvrir ?

J’arrive à la question que j’ai réservée en commençant, à savoir le prétendu siège à gauche de la faculté du langage.

Si les lésions de riiémisphère gauche produisent presque toujours une aphasie lorsqu’elles détruisent le territoire sus-indiqué (1), il n’en est pas de

(l) Les exceptions assez nombreuses qu’on a voulu opposer à cette loi s’expliquent en partie par ce fait, que les malades n’ont été observés au point de vue de l’aphasie qu’un certain temps après l’attaque. Il est clair que l’examen perd dans ce cas toute valeur, car une su-p-pUance a pu se produire, vraisemblablement par le territoire du côté opposé. 11 est, à la vérité, des cas où l’aphasie n’a pas suivi une lésion de la troisième circonvolution gauche; mais,

même pour les lésions symétriques de l’hémisphère, droit. C’est là un fait qui ne peut être contesté. On a invoqué, pour l’expliquer, la fréquence relative plus grande des embolies de l’artère sylvienne gauche; mais c’est une fin de non-recevoir inadmissible. Il existe dans la science un bon nombre de cas d’embolies de l’artère sylvienne droite ayant produit un ramollissement étendu de l’hémisphère correspondant, constaté à l’autopsie. Or, si tous ces sujets, dans ce cas, sont hémiplégiques, il est exceptionnel qu’ils deviennent aphasiques (1). De

sans arguer de l’erreur possible sur la détermination de la circonvolution lésée, à une époque où l’on n’est pas encore familiarisé avec la topographie de la surface cérébrale, je dirai qu’il ne suffit pas de trouver une lésion sur une partie quelconque de la troisième circonvolution, car il y a des raisons de croire qu’elle n’est pas en rapport avec le langage dans toute son étendue. Les limites anatomiques des circonvolutions ne répondent nullement d’une manière exacte aux limites des centres fonctionnels. Enfin il convient d’observer qu’nn certain nombre de malades de cette catégorie étaient gauchers. 11 y a longtemps que l’attention est attirée sur cette particularité (Thèse Mongié, 186C); il convient d’en tenir le plus grand compte,

(I) Les cas de sujets non gauchers devenus aphasiques par Je fait d’une lésion de l’hémisphère droit sont relativement fort rares. Trousseau et d’autres auteurs ont cité des cas nombreux de sujets avec hémiplégie gauebe, mais sans autopsie, ce qui permet de supposer que l’hémisphère gauche pouvait bien ne pas être sain. Laissant de côté ces faits sans valeur, je connais un certain nombre d’exemples, qui paraissent probants, d’aphasie sous la dépendance de lésion de l’hémisphère droit. En voici quelques-uns empruntés à la littérature étrangère : M. Rosenthal, Aîlgemeiner Wiener med. Zeitung, 1867; Bateman, Joumat of mental science, 1868, 7® observation; J. W. Ogle, Lancet, 1868, plusieurs cas; Hammond, New-York med. reports, 1871, plusieurs cas, dont trois empruntés à M. Jackson, etc.; récemment un cas a été publié par M. Schreiber (Clini-

ces faits conclurons-nous que le territoire de la troisième circonvolution et de Vinsula, à droite, a des fonctions étrangères au langage; en d’autres termes, les deux régions symétriques seraient-elles douées de propriétés absolument différentes? Nous nous garderons d’une telle conclusion. Lorsque ^ plus loin nous étudierons les territoires moteurs de l’écorce grise, nous verrons qu’ils sont parfaitement symétriques. 11 serait étrange que celui du langage fît exception ; il est plus naturel d’admettre, avec les auteurs les plus autorisés, que ce territoire est double, mais que celui de gauche fonctionne presque exclusivement dans l’état normal. Le fait que, pour tous les usages qui ne nécessitent pas l’emploi de la main gauche, nous nous servons naturellement de la main droite, ne prouve-t-il pas que notre hémisphère gauche est plus adapté que l’autre? Dans cette hypothèse si légitime, toutes les prétendues exceptions s’expliquent facilement : 1° les gauchers devenus aphasiques après une lésion du territoire du côté droit (qui pour eux est l’hémisphère actif); 2° les gauchers non aphasiques malgré une lésion du territoire gauche.

Faut-il invoquer la suppléance de l’hémisphère droit pour expliquer l’amélioration et la guérison de certaines aphasies, ou bien convient-il plutôt d’admettre que les fonctions se rétablissent dans le

que de M. ^a.un'sa.Berlinerklinische Wochenschrift, 1874), qui, je ne sais pourquoi, s’imagine Ctre le premier qui ait publié un fait de ce genre.

territoire gauche, soit parce que la lésion a guérie soit même par une suppléance de voisinage? Je ne sais, mais je ne puis m’empêcher d’observer que si la suppléance de l’un des hémisphères par l’autre était facile et complète, il n’y aurait que peu d’aphasies persistantes, car les lésions doubles ne sont pas très-communes (1).

11 paraît donc certain, en ayant égard aux faits précédents, que le centre du langage à droite, sous le rapport de sa capacité fonctionnelle, est dans un état d’infériorité très-marqué relativement à son congénère, infériorité acquise soit par l’individu, faute d’éducation de ce centre (celui du côté gauche détournant à son profit l’activité fonctionnelle dès la naissance), soit par l’espèce, et augmentée par l’influence de l’hérédité. A cette infériorité du lobe frontal droit, quant au langage, se lie peut-être ce fait constaté par M. Broca, que son poids est notablement moindre que celui du lobe frontal gauche. On pourrait dès lors se deman-

(1) M. \\'aldenburg {Berlincr klinische Woche7ischrift., 1873) nie mûme que celle suppltîance soil possible, en se fondant sur le fait suivant, curieux, bien que l’autopsie fasse défaut :

Il s’agit d’une aphasie congénitale observée chez un garçon de C ans, dont la mère, au ‘troisième mois de sa grossesse, fut frappée d’hémiplégie subite à droite. Bientôt on remarqua chez lui que le côté droit était faible et que la croissance y était retardée. Raccourcissement du pied de ce côté. En outre, l’enfant ne pouvait parler; à peine parvenait-il à, prononcer quelques paroles inintelligibles. Par contre, intelligence et ouïe intactes. Il n’y avait donc pas do surdi-mutité. L’enfant pouvait crier d’une voix interne et claire. Frein de la langue un peu allongé. Légère parésie de la moitié droite du voile du palais.

cler si les aphasies consécutives aux lésions du centre du langage chez les individus non gauchers sont en réalité sous la dépendance de cette lésion, ou s'il ne s’agirait pas d’une action sympathique sur le centre du côté gauche. C’est là une pure vue de l’esprit dont il est impossible aujourd’hui d’apprécier la valeur.

M. H. Jackson (1) a émis l’hypothèse ingénieuse que les territoires gauche et droit, bien que tous deux consacrés au langage, diffèrent cependant en ceci, que le premier entrerait en fonctionnement sous l’influence de la volonté; le second automatiquement. Mais la clinique ne me paraît pas fournir d’arguments en sa faveur et je ne trouve pas de bonnes raisons pour admettre que l’hémisphère droit soit nécessairement soustrait à l’influence de la volonté.

Concluons donc en définitive, avec MM. Dax, Moxon et Broca, que sous le rapport du langage nous sommes gauchers du cerveau, ou en d’autres termes, qu’il y a dans les fonctions des deux territoires des différences, sinon qualitatives, au moins quantitatives, très-appréciables.

Un physiologiste éminent auquel la pathologie nerveuse est redevable de découvertes importantes, M. Brown-Séquard, et M. Callender ont élargi beaucoup la question que je discute en ce moment. Franchissant le territoire du langage, ils ont

(1) Hemispherical coordination, Med. Times and Gazette, année

recherché dans les hémisphères tout entiers des différences fonctionnelles. Or les résultats de leur investigation ne sont pas contraires à la proposition que j’émettais tout à l’heure. Parmi les résultats curieux indiqués par M. Brown-Séquard, je mentionnerai dans les lésions de l’hémisphère droit : la fréquence plus grande des convulsions, de la rotation de la tête et des yeux, statistique faite à l’aide des observations de la thèse de M. Prévost (Paris, 1868), et d’autres observations postérieures; l’intensité plus grande de plusieurs phénomènes, hémiplégiques notamment de la paralysie des muscles; l’apparition plus fréquente de l’eschare de la fesse, autre phénomène sur lequel M. Charcot a appelé l’attention et qui a une certaine valeur pronostique {Archives de physiologie, 1868).

D’accord avec ce fait, il résulte d’une statistique de M. Callender que la moyenne de survie est moindre dans les lésions de l’hémisphère droit.

M. Brown-Séquard signale encore la fréquence plus grande de l’hématome de l’oreille gauche dans la paralysie générale (1), de la névrite optique d’après M. Jackson, etc. (2).

Ces différences fonctionnelles s’accompagnentelles de différences de forme et de volume? M. Luys a récemment insisté sur l’asymétrie normale des deux hémisphères : « Prenez, dit-il, une feuille de papier à calquer, appliquez-la sur une coupe ver-

(1) Petit, Journal de la Société médicale de la Loire-Inférieure, i858.

(2) London Hospital rtports, t865.

ticale fraîche du cerveau , tracez avec un pinceau humecté de couleur à Faquarelle le contour de la substance corticale d’un hémisphère^ et retournez ce papier ; vous verrez ainsi d’une façon bien nette que le profil des circonvolutions d’un côté ne s’adapte pas sur le profil des circonvolutions d’un autre côté. J’ai bien des fois répété ce tracé et je suis encore à trouver un cerveau humain complètement symétrique dans ses régions périphériques, et dont les régions gauches de la substance corticale répondent exactement aux régions homologues du côté opposé (1). ))

Le D" Boyd, se basant sur près de 200 faits, a trouvé que le poids de l’hémisphère gauche surpasse presque toujours, du huitième d’une once environ, celui du côté droit (2). M. Broca n’a pas constaté cette différence : d’après lui, le poids des deux hémisphères, pris en masse est à peu près le même, mais comme nous l’avons dit plus haut, il a trouvé le lobe frontal gauche sensiblement plus lourd que le droit. Cette différence est en rapport avéc cet autre fait, que les circonvolutions sont notablement plus nombreuses dans le lobe frontal gauche que dans le droit; tandis que pour les lobes occipitaux on observe une disposition inverse. Ces conclusions sont tirées de l’examen de quarante cerveaux.

(1) 'Rame scientifique, 25 février 1875, p. 815-810.

(2) Boyd (Table of the Weights of the Iluman body and internai organs. — Philos. Transac. London, 1801, vol. CLI, part. I, p, 261).

Je n’ai pas à rechercher la raison de ces différences fonctionnelles et à discuter la valeur des hypothèses qui ont été émises à ce sujet. Je rappelle seulement que Gratiolet dit avoir pu constater le développement plus précoce de l’hémisphère gauche (1).

(b). — Des centres moteurs de la face et des membres

dans V écorce grise.

Si j’écrivais un mémoire sur la question, je croirais utile d’exposer avec détails les méthodes d’excitation qui permettent de déterminer exactement leur situation à la surface des hémisphères des différents animaux, et d’en poursuivre le parallèle dans la série animale. Mais à mon point de vue, qui est rndement clinique, je crois suffisant d’indiquer d’une manière très-sommaire ce que l’on sait sur leur topographie chez l’homme.

Pour cela, je ne me servirai point exclusivement des faits empruntés à la pathologie, parce que le nombre des bonnes observations est encore trop restreint, et pour d’autres raisons encore que j’aurai occasion d’indiquer.

Heureusement, entre le cerveau de l’homme et celui des singes supérieurs, il y a une analogie suffisante pour qu’on puisse, sans difficulté, y reconnaître une région homologue. Contrairement à ce

(1) Leuret et Gratiolet, Anatomie comparée du système nerveux. t. II, p. 241. — Voyez aussi de Fleury, Bu dynamisme mnparé des hémisphères eérébraux. Paris, 1873.

qui existe chez le chien, on n’a pas, chez le singe, d’incertitude sur la détermination du sillon qui correspond chez l’homme à celui de Rolando, ce sillon vertical, limité, comme nous l’avons vu plus haut, en avant par la circonvolution frontale ascendante ou cérébrale antérieure, en arrière par la circonvolution pariétale ascendante (cérébrale postérieure). S’il en est ainsi, on peut, sans erreur fort notable, transporter sur une ligure de cerveau humain les points excitables de celui du singe. On a des points de repère certains; il ne peut y avoir de doute que pour la détermination des points secondaires.

Nous croyons devoir résumer les résultats de M. Ferrier, M. Hitzig n’ayant expérimenté que sur un seul singe;

1“ Les centres, pour 'les mouvements des membres antérieur et postérieur du côté opposé, occupent la circonvolution pariétale ascendante dans ses deux tiers supérieurs (les plus rapprochés du sillon inter-hémisphérique) ; le membre antérieur seul paraît avoir aussi, en partie, son centre dans le tiers supérieur de la circonvolution frontale ascendante.

2° Sur la première circonvolution frontale (celle qui longe parallèlement la scissure inter-hémisphérique) et à sa partie postérieure (c.-à-d. près de la circonvolution frontale ascendante), se trouve un centre pour les mouvements de la tête et du

cou.

3“ Sur la deuxième circonvolution frontale, en arrière, un centre pour les mouvements de la face et des paupières.

4° Sur la troisième circonvolution frontale (celle qui est la plus rapprochée de la scissure de Sylvius), à sa partie postérieure, un centre pour les mouvements des mâchoires, des lèvres et de la langue.

5° En arrière, dans un point particulier du lobe pariétal (pli courbe), il y aurait un centre pour les globes oculaires.

On voit donc que pour M. Ferrier tous les centres (sauf celui des mouvements des globes oculaires) sont situés autour du sillon de Rolando, et que, notamment ceux des membres, en o'ccupent la partie la plus élevée ; celui du membre inférieur en arrière de celui du membre supérieur. M. Hitzig qui, ainsi qu’il l’avoue lui-même, n’a, dans son unique expérience sur le singe, étudié que d’une manière superficielle l’excitabilité du lobe temporal (1), a placé tous ces centres en avant du sillon de Rolando, dans la circonvolution frontale ascendante et superposés de haut en bas dans l’ordre suivant : Membre inférieur, membre supérieur, face supérieure (oreille, yeux), enfin mâchoires, lèvres et

(1) Voici la traduction littérale du passage : « La région pariétale elle-même, ainsi que les lobes frontaux n’ont été explorés que d’une manière superficielle {nur oberflachlich untersucht) après qu’il eût été constaté avec ceititude que ces régions ne répondaient pas par des secousses à de faibles courants.» {IWzû/s Untersuch. p. 133.)

langue. On voit que la différence est minime; elle ne porte guère que sur la place des centres des membres inférieur et supérieur qu’il superpose, celui du membre supérieur bien au-dessous de l’autre, tandis que d’après M. Ferrier, ils seraient situés en arrière l’un de l’autre.

L’observation suivante que nous a communiquée M. Charcot nous paraît intéressante au point de vue de cette divergence entre les deux expérimentateurs ; il s’agit d’une lésion bien limitée, près du sillon interhémisphérique, et déterminant, contrairement à la localisation de M. Hitzig, des mouvements localisés dans le membre supérieur.

Obs. I. — Foyer hémorrhagique intéressant la partie postérieure de la première circonvolution frontale; — accès d’épilepsie partielle dans le membre supérieur du côté opposé.

Armand Catherine, G9 ans, salle Sainte-Marthe, n” 7, entrée le 27 novembre 1869. (Service de M. Charcot).

Cette femme avait eu, à une époque indéterminée, des étourdissements et de la céphalalgie. En 1867, hémiplégie gauche sans perte de connaissance. Retour complet du mouvement au bout de deux mois.

Le 27, malaise sans perte de connaissance, puis hémiplégie complète du côté gauche, un peu de rotation de la tête. Temp. 38“.

Le soir on constate par moments dans les membres supérieurs gauches paralysés de petites secousses convulsives.

Le surlendemain on peut constater que le mouvement est en partie revenu dans le bras et un peu dans la jambe.

Le 30 au matin, attaque épileptiforme légère sans perte de

connaissance. Convulsions du membre supérieur gauche. Commissure labiale tirée à gauche^ torsion des yeux.

La malade qui a assisté à toutes les phases de la crise raconte qu'elle a éprouvé pendant la nuit plusieurs attaques semblables, pendant lesquelles le membre supérieur gauche seul a été le siège de convulsions qui ont été assez fortes pour la soulever sur le lit. Elle affirme n’avoir éprouvé aucune sensation particulière dans le bras.

État actuel. — Face tournée à gauche, sterno-mastoïdien droit tendu fortement. Paralysie faciale à gauche. Bigidité du membre inférieur gauche et du membre supérieur du même côté. Les doigts de la main gauche sont dans la paume

de la main.

A midi, courte attaque.

A trois heures, nouvelle attaque qui a duré cinq minutes, accompagnée cette fois de perte de connaissance, mais la malade dit qu’elle avait avant la perte de eonnaissance sa main gauche qui commençait à s’agiter.

Le soir, le membre supérieur gauche est dans l’extension.

Le lendemain, 1®^ novembre, il est seulement un peu raide. La raideur du cou a disparu, mais la paralysie faciale gauche est très-accentuée.

Membre inférieur très-contracturé dans l’extension; cet état diminue beaueoup dans la soirée.

Le 2 décembre au matin, la contracture apparaît de nouveau dans les muscles du cou à droite, et aussi dans les membres supérieurs et inférieurs gauches. Ces variations dans l’intensité et la localisation des contractures continuent à se manifester les jours suivants.

Le 2 décembre, apparition d’une eschare du côté gauche au lieu d’élection, en même temps la malade se plaint de vives douleurs dans le membre du côté droit. État général assez bon. Intelligence conservée.

Jusqu au 2 janvier, état stationnaire; mais à partir de cette époque jusqu’au 7 mars, époque de la mort, il se manifeste des signes non douteux de myélite latérale double avec prédomi-

nence à gauche et compliquée de troubles trophiques des muscles des membres et de la peau. (Voir Guarcot, leçons sur les maladies du système nerveux.)

Examen de l'encéphale. — Suffusion sanguine et séreuse des méninges. Les artères de la base ne présentent pas d’athérûme. Quelques anévrysmes miliaires à la surface des circonvolutions.

Hémisphère droit. — A la surface pariétale de cet hémisphère, on trouve à la partie postérmire de la circonvolution frontale supérieure, au niveau mêmè du point où elle s'implante sur la circonvolution marginale antérieure, une petite dépression formée par la substance grise corticale amincie et légèrement colorée en jaune. Cette dépression correspond à un foyer hémorrhagique, de la ''grosseur d’une petite noix. {Voir la planche.)

A la coupe, ce foyer paraît constitué par un caillot en voie de régression, déjà sensiblement décoloré, et qui s'étend par ' en bas dans l’épaisseur de la couronne rayonnante, jusqu’à un centimètre environ au-dessus du noyau extra-ventriculaire du corps strié, lequel n'est point touché.

On rencontre en outre, disséminés dans l’épaisseur de la substance de ce lobe, deux ou trois foyers ocreux, de trèspetites dimensions.

Hémisphère gauche. — Rien à la surface des circonvolutions.

Dans l’épaisseur de la substance blanche, petits foyers de ramollissement miliaire.

De plus, au-dessus de l’insula de Reil, et dans le voisinage de l’avant-mur et intéressant la partie antérieure de la capsule interne, on trouve un foyer ocreux considérable.

Nombreux anévrysmes dans le voisinage du corps slrié.

Cervelet. — Sain. '

Protubérance et pédoncules. — Sur la partie médiane de la face inférieure du pédoncule cérébral gauche, on trouve une ligne grise très-nette (dégéuération descendante). Cependant

— sc-

ia moitié correspondante de la protubérance ne présente pas d’asymétrie très-nette.

Dans le bulbe, la pyramide antérieure du côté droit est grise et atrophiée.

. Dans la moelle, on trouve une dégénération secondaire .très-nette au lieu d’élection à droite, et, une teinte un peu grise du côté opposé, dans les cordons latéraux.

L’examen microscopique fit reconnaître une double dégénération descendante, plus marquée et plus ancienne à droite, plus récente et aussi moins accusée à gauche.

La substance grise présentait en outre des traces évidentes .d’irritation par propagation.

Dans l’observation suivante qui offre avec la précédente beaucoup d’analogie, la lésion siégeait un peu plus bas' et plus en avant ;

Obs. il — Plaque jaune ancienne entre la première et la seconde circonvolution frontale près de la circonvolution ascendante antérieure. Épilepsie débutant par des convulsions partielles dans le membre supérieur du côté opposé.

Gorbrais, 44 ans, entrée le 11 juillet. 1863, salle Saint- Alexandre, n“ 10 (service de-M. Charcot.)

Pas de parents épileptiques. Antécédents de scrofule, gourmes, tuméfactions ganglionnaires ; à 19 ans coxalgie, guérie par ankylosé.

Les règles n’apparurent qu’à 21 ans. Des six enfants, quatre sont morts; et parmi les deux survivants, une fille de 11 ans souffre de maux de tête, d’éblouissements, et est sujette à des attaques épileptiformes. G. est encore réglée.

Le 16 août 1862, elle était au lavoir, lorsque, après avoir senti des fourmillements dans le bras et la jambe gauches, et éprouvé des éblouissements, elle se trouva subitement paralysée du côté gauche, sans perte de connaissance, mais avec abolition de la parole.

Cet état a cédé rapidement et la parole est' revenue, mais non le mouvement. Trois mois après, elle eut, suivant son expression, des atlaques de son bras paralysé. Celui-ci était pris, environ tous les huit ou quinze jours, de secousses conyulsives localisées.

État actuel au 4 juillet 1863. — Intelligence et parole trèsnettes.

Paralysie, avec flaccidité dans tout le côté gauche du corps et de la face; pupilles égales, pas de troubles de la vue.

Sensibilité générale et spéciale intactes. Différence considérable entre la température des deux mains, deux degrés.

Douleurs limitées au côté droit de la tête.

Lorsque les attaques convulsives doivent surverdr, la malade en est prévenue par des fourmillements dans le bras gauche et dans les lèvres du même côté, et par une sensation de chaleur qui part de la main. Quelquefois, l’aura se manifeste seule, et l’attaque avorte.

La malade est sujette à des phénomènes nerveux qu’elle décrit ainsi qu’il suit.

Elle voit des- étincelles, puis tout se met à tourner devant elle, et l’inquiétude que lui cause ce phénomène est telle qu’elle appelle à son secours. Ces symptômes sont on général précédés par une céphalalgie temporale droite, accompagnie de douleurs irradiées vers la nuque et l’occiput, et d’engourdissements de l’oreille. Souvent sentiment d’angoisse, qui part de l’épigastre, remonte vers le cou. Ces difi'érents symptômes existent presque constamment, mais s’exaspèrent au moment des attaques convulsives.

Le 13 août, vers cinq heures, elle a été prise d’une attaque convulsive avec perte de connaissance. L’attaque a été précédée par une sensation d’engourdissement dans le bras gauche (paralysie), puis par des mouvements d’élévation de ce bras. Alors, est survenu un sentiment de vertige, il a semblé à la malade qu’elle roulait dans un précipice, et à ce moment elle a perdu connaissance.

La face était violacée, il y avait de l’écume aux lèvres, les

yeux roulaient dans les orbites, tous les membres étaient agités de convulsions. Après l’attaque, qui a duré environ un quart d’heure, elle est tombée dans un sommeil profond sans ronflement.

Depuis cette époque jusqu’au jour de la mort, 10 octobre 1861, la malade a eu un nombre l'ariable d’attaques, tantôt complètes, tantôt incomplètes, et pendant lesquelles il a été possible de constater que les phénomènes convulsifs débutaient toujours par le bras gauche, qui, inerte d'ordinaire, se soulevait en masse et devenait le siège de mouvements de flexion et d'extension peu accentués.

Autopsie. — Examen de l’encéphale.

Aucune coloration particulière des méninges ou de la substance propre des hémisphères.

Hémisphère gauche. — Rien de notable à la surface. Dans son épaisseur, un foyer de ramollissement a détruit tout entier le noyau extra-ventriculaire du corps strié. Mais, fait digne d’être noté, ce foyer est limité en dehors et en dedans par les capsules externe et interne complètement intactes. On sait qu’il n’existait pas de pai’alysie appréciable du côté di’oit.

Hémisphère droit. — A la surface convexe de cet hémisphère, sous la pie-mère, on trouve que l’intervalle compris entre la première circonvolution frontale et la seconde, dans son tiers postérieur confinant à la circonvolution ascendante antérieure, est le siège d’une altération caractérisée par de l’atrophie de la substance corticale, et une coloration jaunâtre.' Cette lésion ne va pas tout à fait jusqu’au point où les deux circonvolutions frontales s’implantent sur la circonvolution frontale ascendante, et paraît d’ailleurs intéresser principalement la seconde circonvolution frontale. (Vqir la planche.)

Une coupe verticale transversale, passant par le foyer, démontre que la lésion intéresse toute la base de la deuxième circonvolution frontale, et s’étend à travers la couronne rayonnante, jusqu’au ventncule latéral où le foyer se trahit

sous l’épendyme, par une tache de coloration jaunâti'e et de la dimension d’une amande. L’épendyme n’était pas perforé.

Le corps strié, le lenticulaire et la couche optique ne sont pas affectés.

J’ai autrefois recueilli l’observation suivante dans le service de M. Charcot, qui a dessiné luimême le foyer hémorrhagique très petit qui se

trouvait sur la circonvolution pariétale ascendante.

Obs. ht. — Attaques d’apoplexie, convulsions épileptiformes,

petit foyer dans la partie supérieure de la circonvolution

pariétale ascendante.

Reugnet, âgée de 6i ans, entre le 22 février 1867 à l’infir- 'merie de la Salpétrière, service de M. Charcot.

Cette femme avait déjà séjourné à l’infirmerie dans les quinze derniers jours de décembre 1866. Voici la note recueillie à cette époque :

« Femme sujette depuis longtemps aux maux de tête ; elle se dit paralysée depuis six mois : à cette époque, elle fut prise subitement d’étourdissements, dans l’cscalicr ; elle put cependant remonter chez elle ; il n’y a pas eu de perte de connaissance ni de chute, elle a pu s’asseoir; sa langue fonctionnait mal, dit-elle.

Le lendemain, la malade a pu aller à pied à l’hôpital voisin de sa demeure; ce même jour, elle a commencé à s’apercevoir d’un certain affaiblissement du côté droit accompagné de tremblement de ce côté.

13 décembre. — Ce matin la malade a été prise a sept heures d’un accès caractérisé par des mouvements convulsifs de la face, affectant la forme du tic avec sensations de fourmillements; le bras droit était en meme temps agité de mouvements convulsifs.

État actuel. — Déviation de la face du côté gauche, angle naso-labial gauche un peu plus prononcé que le droit; com-

missure gauche un peu plus élevée que la droite ; pas de déviation des yeux, pas d’inégalité des pupilles. Langue très-légèrement déviée à droite.

Le bras droit offre une certaine raideur musculaire ; il exécute des mouvements volontaires assez étendus ; la malade serre de ce côté bien plus faiblement que du côté gauche.

Membres abdominaux. — La sensibilité est également et faiblement émoussée des deux côtés.

Les mouvements volontaires sont affaiblis, mais ils peuvent cependant s’exécuter.

Temp. du rectum, 37® c. ; temp. main droite, 34°, 8; temp. main gauche, 35° c.

Quinze jours après, la malade a quitté l’infirmerie sur un brancard; elle ne s’était pas relevée dep'uis son attaque du 13 décembre; elle gâtait depuis cette époque.

Le 22 février, à deux heures, après son repas qui a été ordinaire, la malade a été prise d’une attaque : dès le début elle a eu des convulsions cloniques; un quart d’heui'e après le début, je l’ai observée dans l’état suivant :

Perte de connaissance, mouvements oscillatoires de la tète; les deux sterno-mastoïdiens sont convulsés. Les yeux sont ouverts, fixes et regardent à droite; les pupilles sont immobiles, peut-être un peu contractées. Les muscles sourciliers et frontaux et les divers muscles de la face, surtout du côté gauche, sont agités de convulsions qui ont lieu en même temps ; on en compte enviro n ICO par minute; les mouvements oscillatoires de la tête sont beaucoup moins fréquents. La commissure labiale est fortement tii’ée à gauche; il existe donc une paralysie du côté droit de la face.

On observe les convulsions du grand pectoral surtout prononcées à gauche et synchrones avec celles de la face.

Les deux membres supérieurs, surtout le droit, sont agités de mouvements convulsifs non synchrones avec ceux de la

face. Ces mouvements sont de beaucoup plus prononcés du côté droit.

Au bout de quelque temps, les mouvements augmentent

du côté gauche sans cependant atteindre l’intensité de ceux du côté droit, puis la malade est prise de convulsions générales qui atrectent la forme clonique, et les membres inférieurs, qui jusque-là étaient restés immobiles, sont convulsés.

Par moments, il survient une résolution complète, les convulsions disparaissent complètement; cette période de calme dure quelques minutes et une nouvelle période de convulsions cloniques recommence; alors, il y a du laryngisme.

Le pouls atteint 148 pulsations dans le moment qui suit immédiatement la période convulsive.

La température rectale est de 38®, 8.

Les mouvements convulsifs siègent surtout à droite.

La compression d’une carotide arrête au bout de quelques secondes les mouvements convulsifs; la suspension de la compression les laisse réapparaître également au bout de quelques secondes. Il semble que la compression de la carotide' gauche, côté opposé à la paralysie, est plus efficace que celle de la droite.

A 10 heures du soir, le thermomètre marquait 40 degrés, à la fin de l’accès la malade n’avait plus de mouvements convulsifs de la face et fumait la pipe des deux côtés.

Le 23 février, la malade est dans le môme état que dans les moments de calme hier soir; elle n’a pas repris connaissance depuis; la face est tournée à gauche, les yeux roulent en tout sens, surtout du côté droit (sorte de nystagmus). Les narines sont pulvérulentes. La malade ne répond pas aux questions qu’on lui pose; la sensibilité semble conservée partout; le membre inférieur droit n’est pas plus chaud que le gauche ; le bras droit est rigide dans l’extension ; on peut le fléchir, mais abandonné à lui-môme il reprend bientôt sa rigidité.

Quand on pince la malade, elle exécute quelques mouvements volontaires. La pupille gauche est plus étroite que la droite. Il y a une diftérence de température appréciable sans le secours du thermomètre entre les deux mains; la droite est plus chaude et couverte d’une moiteur qu’on ne trouve pas de l’autre côté.

Le pouls donne 100 pulsations irrégulières.

Bien que la malade n’ait eu aucun mouvement convulsif depuis hier soir et que tous ses membres soient flasques excepté le droit, la température rectale n’a pas variée, elle est de 40".

Le soir, la respiration est précipitée (60).

La malade n’a pas repris connaissance; la face est chaude, un peu violacée; elle fume la pipe surtout du côté droit; les dents sont serrées. '

Les pupilles n’ont pas varié; la sensibilité est la même. Le membre supérieur droit est un peu plus rigide que le gauche ; l’inférieur gauche est un peu rigide ; l’inférieur droit est flasque.

Main droite ; T. 37“ (36°, 2 une demie-heure plus tard).

Main gauche ; 39“,2.

24 février. — Tous les membres sont flasques ; il y a peutêtre cependant un peu de rigidité dans le coude droit. Respiration stertoreuse et un peu de râle laryngo-trachéal. La tête et les yeux sont déviés à gauche.

Il n’y a pas eu de mouvements convulsifs; il existe une teinte violacée générale; sigillations sur les membres inférieurs.

T. II. 42. Le pouls est insensible à droite et à gauche.

T. main droite, 33. T. main gauche, 3o,3. Respiration, 44.

La soir, à 7 heures 1/2, quelques minutes avant la mort, rares mouvements respiratoires; les pincements ne sont plus perçus. 11 n’y a pas de rigidité d’aucun côté. La face est pâle. T. 11. 42,03. La malade meurt pendant l’application du thermomètre.

Autopsie. — Encéphale. La boîte crânienne ni la dure-mère ne présentent rien de particulier.

Les artères de la base sont en général dilatées; le tronc basilaire surtout est dilaté et flexueux. ün y constate quelques points athéromateux très-minimes qui, vu la dilatation artérielle, ne peuvent diminuer le colitre des vaisseaux.

La Inilbe et la protubérance sont le siège d’une yascularisation et d’un ramollissement très-léger. Une’ coupe de la protubérance montre de très-nombreux anévrysmes généralement petits, quelques-uns gros comme des grains de millet.

L’hémisphère gauche présente, près la scissure inlerhémisphérique sur la circonvolution pariétale ascendante, un foyer de couleur ochreuse un peu déprimé (ne ressemblant pas à une plaque jaune). Ce foyer, qui a peu de profondeur, est entouré d’une membrane kystique plissée, et l’examen microscopique y fait constater des anévrysmes dans ses parois, de nombreux cristaux d’hématoïdine et des amas de pigment de couleur jaune; il n’y a pas de ramollissement ni d’inflammation périphériques. Les noyaux intra-ventriculaire et extra-ventriculaire du corps strié renferment un petit foj-er hémorrhagique ochreux ; alentour, nombreux anévrysmes.

L’examen microscopique des vaisseaux du corps strié montre que beaucoup d’entre eux présentent, à un degré avancé, l’altération scléreuse. Sur quelques vaisseaux on a vu des dilatations moniliformes avec épaississement considérable de la paroi, nombreux anévrysmes miliaires de toutes grosseurs dans le corps strié. Le tissu nerveux cérébral périphérique a paru sain. Dans la bulbe et dans les régions cervicales de la moelle on peut remarquer de nombreux corps granuleux.

Un petit anévrysme existait sur la moelle cervicale, au-dessous de l’entre-croisement, au niveau du sillon médian antérieur, dans l’épaisseur de la méninge.

Le cœur est normal, il n’est pas graisseux, poids, 270; les orifices sont sains.

Orifice aortique, 7',5; orifice pulmonaire, 8 centimètres; orifice métrai, 9 centimètres; orifice transpide, 9%5.

La crosse de l’aorte et l’aorte thorocique sont assez notablement athéromateuses; on y voit des plaques généralement petites, isolées, un peu saillantes, non ulcérées; toutefois l’aorte a conservé une notable portion de son élasticité.

Les poumons sont sains.

La rate et le foie sont normaux.

Les reins ne présentent pas d’atrophie sénile, ils pèsent 270 grammes.

llien de notable ailleurs.

Cette longue observation peut se résumer ainsi :

11 paraît certain 'que le petit foyer du corps strié répond à l’ancienne attaque d’apoplexie.

Le foyer périphérique de la circonvolution pariétale ascendante gauche correspond à la deuxième attaque d’apoplexie (13 décembre), qui s’est accompagnée de mouvements épileptiformes, à droite.

Le 22 février, attaque épileptiforme très-violente, dans laquelle les convulsions prédominent à droite.

Je pourrais emprunter à la littérature un certain nombre de cas également probants, on en trouvera plusieurs dans les Indications bibliographiques, je donne ici le suivant en abrégé : il représente de l’intérêt à cause de la circonscription de mouvements dans un petit groupe de muscle. La lésion est aussi très-localisée.

Obs. IV. — H. Jackson, cité par Bernuardt, Arcliiv filr Psychiatrie, IV, p. 713.

Tuberculeux de vingt-deux ans chez lequel on observait, de temps à autre, des mouvements spontanés ayant pour siège l’articulation métacarpo-phalangienne du pouce, en même temps qu’une sensation d’engourdissement partait du Bras pour envahir tout le corps. De temps à autre, il y avait en outre perte de connaissance. Dans le cerveau (de ce malade), qui ne présentait pas d'autres lésions, il trouva un tubercule arrondi, du volume d’une noisette, qui avait pour siège la substance grise de la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale droite.

On a pu remarquer que dans les dernières observationSj la lésion n’occupe pas avec une exactitude géométrique le point qu’on aurait pu prévoir d’après les résultats de l’expérimentation ches le singe. Il ne faut pas trop s’arrêter à des différence de détail. J’aurai plus loin occasion d’expliquer en partie ces divergences entre la théorie et les faits. D’ailleurs dans quelques cas, la concordance, notamment a été plus parfaite.

Dans le suivant, qui, observé par M. Hitzig, à été publié par lui peut de temps après ses premières recherches expérimentale :

Obs. V. — Abcès de la couche corticale du cerveau [Archiv fur Psychiatrie. Bd. III, p. 231).

Coup de feu du côté droit de la tête, le 10 décembre 1870, n’intéressant que les téguments. Un mois après, les dimensions de la plaie s’étaient considérablement accrues; 7 centimètres de longueur sur 6 de largeur. Le 2 février, l’extrémité inférieure de la plaie est distant de 5 centimètres du conduit auditif externe du côté droit, son bord supérieur en est distant de H centimètres. Au centre de la plaie, l’os est à nu sur une surface ayants centimètres de longueur et 1 centimètre /2 de largeur.

La cicatrisation de la plaie est en bonne voie, et l’os commence à se recouvrir de parties molles. État général satisfaisant.

Le 4 février 1871, dépôt blanchâtre au niveau du bord antérieur de la plaie. Céphalalgie violente du côté droit, et, dans la même matinée, accès subit de convulsions cloniques, principalement dans le domaine du facial gauche, sans perte de la connaissance.

Les mouvements spasmodiques sont surtout marqués dans

les muscles de la commissure labiale, de l’aile du nez et de la paupière, ainsi que dans les muscles de la langue, du côté gauche. En même temps, pâleur de la face, anxiété à la fin de l’accès qui dure cinq minutes, parésie passagère des muscles précédants. Dix minutes après, mouvements cloniques moins fréquents et moins intenses dans les fléchisseurs des doigts do la main gauche, et de la moitié gauche de la langue. Pouls accéléré, plus petit à droite qu’à gauche pendant l’accès, tandis qu’après le contraire a lieu. Dans la même journée, accès semblable au premier. <

7 février. — Dépression des facultés intellectuelles. Parésie des muscles innervés par le rameau inférieur dn facial avec légère contracture du triangulaire, de l’orbiculaire des lèvres, et des muscles de l’aile gauche du nez. Déviation de la langue à gauche, et de la luette à droite.

Le blessé eut encore plusieurs accès des mouvements convulsifs des muscles innervés par le facial avec participation une fois du droit interne du côté droit; une autre fois, de l’abducteur gauche. Pendant les aecès, le malade peut marcher et se servir de sa main droite sans difficulté. Les mouvements du membre supérieur gauche sont très-limités. Il comprend et retient suffisamment ce qu’on lui dit, pour pouvoir en rendre compte après l’accès. Mort, le 10 février; élévation de la température post-mortem.

J utopsie. — Dans les points correspondant à la plaie externe, la table interne du crâne est rugueuse, traversée par des pores plus ou moins larges et recouverte d’un pus épais jaunâtre, A la limite supérieure de la plaie une lamelle osseuse, ayant les dimensions d’une lentille, s’est détachée de la table interne, et n’adhère plus que par son extrémité supérieure à la table \itrée. Perforation en ce point de la dure-mère qui est recouverte de pus dans toute l’étendue de l’hémisphère droit. Autour de la perforation dépôts noirâtres traversés par des vaisseaux en communication avec ceux de la pie-mère. Celle-ci est reeouverte de pus dans toute sa moitié droite. Sauf dans son tiers postérieur, elle est U’ansformée en une couche

larclacée épaisse. Le cerveau présente au niveau de la perforation de la dure-mère un abcès qui donne issue à un pus verdâtre. Bord supérieur de l’abcès à 6 1/2 centimètres de la ligne médiane, bord postérieur ;x 2 1/3 centimètres de la scissure de Sylvius, immédiatement au devant de la scissure de Rolande, siégeant dans le point ou la circonvolution centrale antérieure passe dans V opercule, et en partie dans l’épaisseur de celui-ci. Substance cérébrale ramollie autour de l’abcès. Pie-mère adhérente au cerveau dans presque toute l’étendue de l’hémisphère droite. (Voir la planche.)

M. Wernher à rapporté un fait assez analogue au précédent, que je ne fais qu’indiquer ici parce qu’on le trouvera avec des détails suffisants dans la Revue des sciences médicales (t. 1, p, 651). 11 y avait des convulsions dans la face, dans les muscles du cou et dans ceux de l’avant-bras; et de l’aphasie au début. La lésion assez considérable occupait un siège inférieur à celle du cas de M. Hitzig. (Voir ma planche).

Ces centres dont nous connaissons la topographie d’une manière seulement approximative, il est vrai, mais suffisante pour les besoins de la clinique, exercent chacun, je n’ai pas besoin de le rappeler, leur action sur un groupe de muscles de l’autre côté du corps. Seuls les centres de certains groupes musculaires, notamment de ceux des lèvres et de la langue, sont unis au point de vue fonctionnel d’une manière si intime avec ceux de l’autre côté que l’excitation unilatérale provoque des contractions des deux côtés, et que fablation d’un seul de ces

centres conjugués amène une paralysie partielle des muscles des deux côtés (Carville et Duret).

Sur la région faciale supérieure, l’action de l’hémisphère du côté correspondant, est moins nette. Cependant MM. Carville et Duret après avoir enlevé un des centres des muscles de la face, alors que le côté opposé était immobile, ont vu, qu’une excitation faisait contracter les paupières et les autres muscles faciaux des deux côtés; l’hémisphère du côté correspondant exerçait donc une action certaine.

Quand aux mouvements des membres, il n’y a pas de suppléance d'un hémisphère par l’autre. Mais, d’après ces expérimentateurs habiles, la portion voisine supplée le centre absent. Ces faits nous paraissent si importants, qu’on nous permettra d’entrer dans quelques détails,

MM. Carville et Duret, après avoir déterminé, au moyen de l’électricite, chez un chien, le centre de la patte antérieure, l’enlèvent avec une curette. Le chien, quelques heures après, fléchit en marchant le premier segment de la patte et l’appuie sur la face dorsale de l’articulation carpo-métacarpienne. C’est une paralysie incomplète, d’un caractère particulier que MM. Carville et Duret ont bien mis en lumière, en pratiquant comparativement l’ablation du noyau caudé du corps strié . (Cette opération fort délicate a été suivie dans un cas d’un plein succès.) Après l’ablation de ce noyau, l’animal, suivant ces auteurs que j’analyse.

perdrait les mouvements d’ensemble des membres; tandis que la destruction du centre moteur de l’écorce grise produit la perte du mouvement de quelques groupes musculaires seulement, et seulement d’une manière infermittente.

Mais le point sur lequel je désire insister est celui-ci : cette paralysie guérit au bout de quelques jours.

On pourrait croire que c’est grâce à une action de suppléance de l’hémisphère opposé. — Il n’en est rien, car après l’ablation des deux centres symétriques, SI l’animal ne succombe pas à l’encéphalite, il guérit de sa paralysie comme si l’ablation avait été unilatérale, dans un temps- à peu de chose près aussi court. Evidemment, il ne peut s’agir d’une suppléance de l’un des centres par l’autre, puisque tous deux sont détruits. Aussi MM. Carville et Duret admettent-ils sans réserve une suppléance de voisinage.

Que le retour de la fonction soit dû à l’influence de la portion de l’écorce qui entoure la portion enlevée, cela me semble en effet incontestable ; mais il me paraît moins bien établi que cette action mérite bien le nom de suppléance.

En effet, je ne suis pas convaincu que dans leur ablation, MM. Carville et Duret aient enlevé le centre fonctionnel tout entier, ou plutôt je suis certain du contraire. Je n’en veux d’autre preuve que ce passage suivant de leur mémoire : « Si après avoir recherché avec soin, à l’aide d’un cou-

— oG —

rant galvanique^ toute l’étendue de l’écorce grise qui peut, par l’excitation, produire un mouvement dans un segment quelconque des deux mem.bres on extirpe toute cette surface, la paralysie est beaucoup plus considérable; elle est presque aussi complète que celle que détermine la destruction du noyau caudé. La seule différence est dans l’absence de paralysie de la face et du tronc. »

11 est donc clair qu’en n’opérant pas comme dans ce dernier cas, MM. Carville et Duret n’enlèvent ce centre des pattes que d’une manière fort incomplète. On m’objectera les phénomèmes de paralysie consécutifs ; mais je ferai remarquer que d’après les auteurs dont je discute l’opinion, cette paralysie, d’un caractère spécial, intermittente, n’est pas une paralysie comparable à celle qui est le résultat de l’ablation du centre tout entier. Sans doute, l’opération mitigée lèse quelque chose, mais il me paraît douteux que les phénomènes observés chez le chien soient purement et simplement produits par une soustraction d’action. En d’autres termes au lieu de considérer la paralysie comme l’effet immédiat de l’ablation, je serais porté à y voir, en partie le résultat d’un trouble fonctionnel dans la zone périphérique à la portion enlevée par le grattage (1). MM. Carville et Duret disent que dans

(i) Il serait intéressant de vax-ier légèremeTit 3e procédé expérimental et de voir si l’ablation avec un instrument bien tranchant est suivi identiquement des mômes effets. Dans une conférence faite à la société de névrologie et d’éleclrologic de New-York (19 juin

les cas légers, la suppléance se fait dès le 2® jour. N’est-il pas plus naturel de supposer que le retour des mouvements normaux tient à la cessation du trouble fonctionnel qu’a dû causer ce traumatisme ? Si mon hypothèse est fondée, s’il s’agit en partie du retour d’une fonction momentanément suspendue, désigner le phénomène par le mot de suppléance, c’est en donner une idée qui n’est pas complètement exacte.

Evidemment, dans lu sens littéral du mot, on ne peut nier que la partie enlevée ait été suppléée, mais si l’ablation n’a pas été la cause exclusive du phénomène observé, si elle n’en a été qu’un des éléments, on commet une faute de logique en le rapportant tout entier à l’un de ses facteurs.

.le ne voudrais pas, d’ailleurs, qu’on exagérât ma pensée. Turner a exprimé une idée exacte en disant qu’au point de vue anatomique, deux cir- ' convolutions voisines ne sont pas plus dissemblables que deux collines séparées par une vallée ne diffèrent entre elles au point de vue de la géologie.

Il est possible que dans ces plis, mal circonscrits -.pour l’anatomiste, il n’y ait pas une délimitation

1874), M. le docieur Dupuy a rapporté les résultats d’expériences faites chez des Cobayes par ablation limitée. 11 n’a constaté sur les animaux que de l’hésitation, mais pas de paralysie. M. llitzig a noté seulement des mouvements choréiformes. (Voir mes Indic. bibliograpb.) On voit qu’il y a quelques divergences entre les expérimentateurs. Elles s’expliquent sans doute par les dilTércnces de leurs procédés opératoires. Cos expériences mériteraient d’être poursuivies.

Jonctionnelle infranchissable. C’est l’opinion de la plupart des expérimentateurs, celle qui se déduit de l’observation des faits cliniques : car on voit guérir des hémiplégies légères, vraisemblablement sous la dépendance d’une lésion du centre moteur de l’écorce; mais ce n’est pas leS'/owr. Je suis donc .loin de ne pas accepter la suppléance; seulement je crois qu’elle a des limites. Autrement, supposez qu’un centre détruit soit suppléé en un point de son voisinage, qu’une nouvelle destruction suivie d’une . reconstitution nouvelle chasse ce centre de proche en proche, et voyez à quelles pérégrinations vous le condamnez.

La clinique ne permet pas d’accepter de telles suppositions. Nous connaissons les lésions étendues de l’écorce qui succèdent à un ramollissement (plaques jaunes). Or, si elles sont larges et qu’elles soient placées sur une région motrice, la -fonction qu’elles ont supprimée ne se rétablit point, l’hémiplégie est incurable. — J’imagine qu’il en -est de même pour les animaux s’il est possible de les garder en vie après une mutilation un peu étendue.

L’observation suivante, que m’a communiquée M. Charcot, est un des nombreux exemples d’incurabilité d’une lésion absolument limitée à .l’écorce, mais un peu étendue. En voici l’abrégé :

Obs. VI. — Destruction totale (large plaque jaune) de la circonvolution pariétale ascendante; partielle du lobule de Vinsula, de la circonvolution frontale ascendante, des lobules pariétaux supérieur et inférieur. Intégrité absolue de la couche optique et du corps strié; hémiplégie permanente et dégénérations descendantes consécutives.

La nommée D..., âgée de 7-i ans (service de M. Charcot). Hémiplégie droite complète datant de six ans. Le début a été subit. La sensibilité est conservée partout; l'intelligence et la mémoire sont aussi bien conservés.; succombe à une affection intercurrente.

A utopsie. — L’hémisphère droit pèse 489 grammes, tandis que le gauche ne pèse que 415 grammes. Sur ce dernier, il existe une perte de substance large et profonde qui reproduit la direction du sillon de Rolande et qui a détruit la circonvolution pariétale ascendante dans toute son étendue ainsi que les trois digitations postérieures de l’insula de Reil. La troisième circonvolution frontale est saine, la circonvolution frontale ascendante est amincie; le lobule pariétal supérieur et l’inférieur sont entamés dans leur partie antérieure. La dépression s’étend en dedans jusqu’à la grande fonte antéropostérieure qui sépare les hémisphères.

L’altération consiste en une plaque jaune, vestige d’un ramollissement superficiel; la plaque remplace la substance grise des circonvolutions affectées et ne s’étend pas au delà. Il est noté expressément entre auti’es que la couche optique et le corps strié aussi bien que le noyau lenticulaire sont tout à ait sains. Sous la plaque jaune on voit la distribution des fibres rayonnantes de la couronne de Reil.

Atrophie du côté droit de la protubérance.

Atrophie et dégénération delà pyramide antérieure du côté gauche.

En résumé, les centres moteurs des membres

sont situés vers la partie supérieure du sillon de Rolande ; le territoire des centres de la partie supérieure de la face, en arriére du sillon de Rolande et au-dessous des centres du membre supérieur. Le plus inférieur est celui des lèvres et de la langue (1), qui est situé sur la troisième circonvolution. Que dans un même territoire il y ait une certaine indifférence fonctionnelle, cela paraît prouvé par la clinique et par les belles recherches de MM. Carville et Duret : les malades à petite lésion et les animaux qui n’ont subi qu’une ablation de quelques millimètres carrés, guérissent, les seconds en peu de jours. Mais la suppléance complète d’un territoire par un autre, après une destruction étendue, ne semble pas actuellement démontrée.

Quelles sont les méthodes qui peuvent tendre à perfectiojmer nos connaissances encore rudimentaires sur les centres moteurs de l’écorce? Le but étant de connaître la topographie du cei'veau de l’homme, il semble que, la voie une fois ouverte par l’expérimentation sur l’animal, il n’y ait rien de mieux à faire que de la poursuivre chez l’homme lui-même :1a nature, ainsi que l’a dit maintes fois M. Charcot, produit souvent d’une

(1 ) Selon qns le centre des mouvements des lèvres et de la langue qui siège sur une partie de la troisième circonvolution frontale sera entamé ou non par une lésion de cette circonvolution, un embarras du mouvement des lèvres et delà langue accompagnera on non 1 aphasie. La connaissance de ce centre moteur nous fait donc voir que l'anarfhrie n’est pas un phénomène exclusivement bulbaire.

manière admirable les expériences les plus délicates, que notre main serait dans l’impossibilité de ' réaliser. Observer avec soin les particularités symptomatiques, mettre en regard le siège des lésions observées sur le cadavre, telle est la méthode qui a, depuis Laennec, fourni de si merveilleux résultats et qui a permis tout récemment à M. Charcot de fonder sur une base solide la topographie fonctionnelle de la moelle épinière (1). Est-il permis d’espérer qu’appliquée à la recherche des territoires de l’écorce, elle fournira d’aussi importants résultats? Nul ne sait. On peut cependant noter dès à présent, entre les deux terrains d’investigation, quelques différences :

Dans la moelle, les lésions les plus communes se font d’une manière systématique; celles qui l’envahissent par îlots, d’une manière irrégulière (sclérose en plaques), sont plus rares. Au contraire, les maladies les plus fréquentes des circonvolutions sont les ramollissements, c’est-à-dire que les lésions des vaisseaux dominent leur pathologie. Evidemment l’envahissement irrégulier et capricieux d’un territoire fonctionnel est une condition défavorable pour l’étude.

En se bornant exclusivement aux faits pathologiques on s’exposerait à une erreur qu’il ne faut pas négliger de mentionner, car elle a eu une influence

(1) Voir ses Leçons sur les maladies du système nerveux el les travaux faits sous sa direction par W. Pierret {Archives de physiologie, années 1872-74).

fâcheuse sur les progrès des localisations cérébrales, je veux parler de la difficulté qu’il y a parfois à savoir, dans une lésion et dans la zone qui l’entoure, quelle portion a perdu ses fonctions, dans quelle autre elles sont excitées (1). Les lésions expérimentales présentent plus de netteté sous ce rapport.

Pour toutes ces raisons, nous croyons qu’on aurait tort de se priver de l’expérimentation chez le singe; il y a bien quelques doutes sur Véquivalence de certaines circonvolutions d’une importance se- ' condaire; mais en revanche, grâce à l’expérimentation, l’observation peut être répétée et variée à volonté, ce qui n’est pas une condition à dédaigner.

(c) Des centres sensitifs et sensoriels.

Nos connaissances sur les localisations fonctionnelles dans le reste de l’écorce sont minimes; l’expérimentation a prouvé que l’écorce n’est pas excitable en dehors des territoires susmentionnés; l’anatomie, en nous montrant la terminaison dans le lobe occipital des fibres sensitives et

(I) Il y a encore bien d’autres causes d’erreur : M. Saint {Archiv fur Psychiatrie V. Hk-ft 1), fait remarquer que si les territoires sont inégalement excitables, une lésion n’agira pas sur eux en raison directe de, sa proximité, et qu’elle ira exciter un centre môme éloigné. Si cette vue est exacte, et pour ma part, je suis porté à le croire, on expliquerait ainsi sans doute la fréquence des convulsions dans le membre supérieur, même lorsque les lésions soiU éloignées du centre moteur de ce membre.

sensorielles (voir le commencement de ce chapitre), fournit seule des notions importantes sur les fonctions probables de ces lobes. Les faits cliniques ne sont pas en opposition avec l’hypothèse que les lobes occipitaux sont le siège de la sensibilité (1). Depuis longtemps on avait noté l’absence d’hémiplégie avec des ramollissements étendus des lobes postérieurs. Ces faits ont été décrits sous le nom de ramollissements latents (2). Ils paraissent trouver - aujourd’hui une explication naturelle : la fugacité ou l’absence de paralysie s’explique parce que les lobes postérieurs n’ont pas de fonctions motrices, l’absence de douleur parce que les centres sensitifs ont été détruits ; théoriquement, il devait exister une anesthésie notable ; elle n’a pas été, sans doute, recherchée avec un soin suffisant (3). Théoriquement aussi, des douleùrs ont pu précéder l’anesthésie, car le ramollissement est précédé d’une période d’ischémie au début de laquelle les fonctions sont plutôt excitées qu’abolies; mais il est possible que cette période ait coexisté avec la périodique apo-

(1) Des tumeurs des lobes occipilaux ont pu donner des convulsions; il est probable que c’est par action réflexe. Ua fait de ce genre a été rapporté récemment par Karrcr {Beriiner klinische Wochenschrift, 1874, n® 31). C’est de la même manière que s’explique l’effet de la piqûre d’une partie occipital chez le lapin (Notbnagel. Virchow's Archiv, LVllI, p. 420).

(2) Voyez Andral {Cliniq., t. V), qui rapporte trois cas de lamollissement n’ayant donné lieu qu’à une hémiplégie transitoire.

(3) Je crois savoir que M. Charcot a vu deux fois dans des ramollissement superficiels du lobe occipital avec des hallucinations de la vue, des engourdissements dans le bras du côté opposé à la lésion.

plectique, de telle sorte que l’absence de douleurs ne saurait nous surprendre.

L’anesthésie, et surtout l’anesthésie sensorielle, étant d’une observation difficile chez l’animal, c’est la pathologie qui pourra nous apprendre s’il y a aussi dans l’écorce occipitale des territoires distincts. Sous ce rapport, tout est à découvrir. M. Bastian admet que les lobes postérieui*s seraient le siège des plus hautes fonctions intellectuelles, contrairement à l’opinion générale qui les place surtout dans les lobes antérieurs. M. Jackson prétend que les lésions des lobes postérieurs, surtout du droit, déterminent des symptômes intellectuels plus accusés que les lésions des lobes antérieurs. Jusqu’à présent, je crois que ces vues ne sont partagées que par un petit nombre de médecins.

Du faisceau sensitivo-seusoriel de la couronne de Reil. — Si nous ne connaissons pas encore d’une manière complète la terminaison des fibres sensitives et sensorielles dans l’écorce, nous avons au moins des notions précises sur la situation de ces fibres dans le pied de la couronne rayonnante. J’y ai fait déjà allusion à plusieurs reprises; il convient ici d’insister davantage.

Sur une coupe transversale du cerveau faite, un peu en arrière des tubercules mamillaires, on aperçoit, en procédant de dedans en dehors : 1“ deux îlots de substance grise; l’inférieur, le plus volumineux, est la couche optique ; l’autre, immédiate-

ment au-dessus et plus en dehors, beaucoup moins volumineux, est le prolongement postérieur du noyau intra-ventriculaire du corps strié ou noyau caudé;2° en dehors, une bande de substance blanche les limitant ; c’est la capsule interne; 3" plus en dehors et plus bas, le noyau extra-ventriculaire du corps strié ou noyau lenticulaire; 4“ en dehors encore, une bande de substance blanche, capsule externe.

On appelle pied de la couronne rayonnante la partie supérieure de la capsule interne, au moment où elle s’épanouit en éventail, en formant ce que des anatomistes ont appelé le grand soleil de Reil.

La partie postérieure de ce constitue le faisceau commun de toutes les fibres sensitives et sensorielles, au moment où elles vont se recourber pour pénétrer dans le lobe occipital (1). Une lésion quelconque siégeant à ce niveau, pourvu qu’elle interrompe le fonctionnement de ces fibres, produira donc une anesthésie qui aura pour caractères d’être unilatérale et de porter à la fois sur toutes les espèces de sensibilités : la sensibilité cutanée, dans ses divers modes, sera diminuée ou même abolie sur la moitié opposée du corps, face comprise (anesthésie dimidiée), et non-seulement la sensibilité cutanée, mais les sensibilités spéciales of-

(1) Voir dans l’ouvrage de M. Huguenin une très-bonne figure montrant cette disposition (fig. 82, p. M9). Je ne crois pas qu elle ait été vue avec netteté sur le cerveau de l’homme, mais Meynert, qui l’a découverte, l’a constatée sur des coupes faites sur le cerveau du inge On sait que la partie antérieure de la couronne est motrice.

friront une altération parallèle. Dans un excellent article sur la structure de Taxe cérébro-spinal, M. P. Berger, se plaçant au point de vue des idées qui ont cours en anatomie normale, trouve que l’interprétation de ces faits est encore obscure : « Comment, dit-il, le nerf optique et le nerf olfactif peuvent-ils être en rapport avec rhémisphère opposé ? Le chiasma olfactif n’est point encore démontré et nous verrons plus loin que l’anatomie normale ne peut assigner comme conséquence à une lésion cérébrale unilatérale que Fliémiopie et non la paralysie croisée. »

11 est vrai que les tentatives faites pour faire accepter un entrecroisement complet (Michel, Mandelstamm) du nerf optique au niveau du chiasma n’ont pas abouti et qu’on s’en tient actuellement à la doctrine classique. De l’avis des ophtlialmologistes les plus autorisés, une lésion de l’une des bandelettes détermine une Iiémiopie{\). D’un au-

(1) Voyez sur ce sujet une récente noie de M. le docteur Abadie (Progrès, 1875, p. 106), résumant parfaitement l’état actuel de la question. Nous avons en outre pris connaissance du Mémoire de Schœn (Archiv. der Heilhunde, 1875, Heft 1). La lecture très-attentive de son Mémoire n’a pas modifié notre opinion. Un ophthalmologiste de beaucoup de talent, le docteur Landolt, se prononce aussi d’une manière catégorique pour la théorie que nous soutenons, en se fondant surtout sur des faits importants qu’il a bien voulu nous faire connaître dans une note que nous insérons plus loin. Il nous a fait observer que sans doute beaucoup de cas ont été à tort rangés sous le nom d’hémiopie. La véritable hémiopie est caractérisée par la perte de deux moitiés (ou au moins de deux parties égales du champ visuel des deux yeux). Sont ainsi exclus de l’hémiopie tous les troubles de la vision qui n’attaquent qu’un seul œil. Nous en

tre coté, des faits cliniques positifs nous montrent qu’une lésion de la partie postérieure du pied de la couronne rayonnante est accompagnée d’amblyopie ou d’amaurose du côté opposé ; il faut donc nécessairement supposer, ainsi que l’a soutenu M. Charcot, qu’il se fait dans les centres, en un point compris entre l’origine apparente des bandelettes et le pied de la couronne, un nouvel entrecroisement partiel complétant ce que l’entrecroisement au niveau du chiasma a d’incomplet, et ramenant ainsi le nerf optique aux conditions normales des autres nerfs. 11 est facile, à l’aide d’une figure, de se rendre compte de cette disposition : on peut la résumer en disant que celle des deux moitiés du nerf optique qui, à cause de l’imperfection de l’entrecroisement. ne gagne pas directement le centre par la bandelette du côté opposé, prend, pour arriver à ce centre, le chemin détourné de la bandelette qui est du même côté que lui.

Quant à l’entrecroisement des nerfs olfactifs, il doit exister complet dans le cerveau. Meynert, dit M. Berger, admettrait « le passage des fibres olfactives d’un des lobes au lobe sphénoïdal du côté opposé à travers la commissure antérieure ; cette hypothèse ingénieuse ne repose pas sur des faits précis d’anatomie. » Nous le reconnaissons volon-

excluons également les phénomènes de lumière subjeclive (comme Je Fîmmerscotome, que Schœn admet encore comme une espèce d’hémiopie), les cercles, et les croissants lumineux, les figures de fortification observés dans certains cas de migraine.

tiers; mais un entrecroisement dans les centres, 1 partiel pour les nerfs optiques, complet pour les I nerfs olfactifs, est un postulatum qui, sans doute, ne I tardera , pas à passer à l’état de fait démontré.

Si la lésion siège beaucoup plus bas, sur le pédoncule lui-même, l’anesthésie de la sensibilité générale sera la meme que dans le cas précédent, mais l’anesthésie de l’œil et de l’odorat fera défaut ; on le comprend, car avant que le pédoncule ait pénétré dans l’hémisphère, les fibres centrales des deux premières paires ne sont pas encore accolées • aux autres fibres sensitives.

En outre, si la lésion se rapproche de la protubérance, il y aura paralysie alterne du nerf moteur oculaire commun. L’observation de Weber en est une preuve; je donne un résumé de cette intéressante observation, peu connue en France, dans mon index bibliographique, mais je croirais sortir de mon sujet en y insistant ici.

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