CHAPITRE SIXIEME
^r^ç 4e< Topique;.
Un intérêt tout particulier, quoique secondairei doit 9'attacher aux Topique^. Depuis Aristote , ce s.MJet f. été pre^qqe eptièreinept abandonné, et dç qo$ jpur$ i\ l'est carqplétement. La Topique ne f^it plus partie de la logique ; elle a été comprise daii$ la rhétorique; il importe cependant de dis* tinguer les lieux communs de logique des liçux communs He rhétorique. Cest à Cicéron le premier
3u'il faut en attribuer Ig confusion- 11 ne consière que sous le point dé vue oratoire les Topiques d'Aristote, dans Tabrégé qu'il en fit pour Tréba tins. Aujourd'hui, le ipot même de Topique a pour nous quelque chose d'étrange', et ne réveille pas une idée parfaitement nette. On essaiera plus loin de la préciser davantage ; mais auparavant, il convient d'exposer l'ouvrage d'Aristote; et le résuma qu^on en feri^ ensuite n*en sera que pli^ cl^r et plus facile à comprendre.
Pour cette seconde partie de TOrganon, de
552 lOBOXliOlS PA&TIS.'— SBCTIOR I.
longs développements sont beaucoup moins nécessaires; il ne s'agit plus ici des principes de la connaissance et de la vérité; il ne s'agit guère cpie des procédés et des finesses que doit employer une discussion habile , tout en restant loyale. Dans le traité qui suivra celui-ci, dans les Réfutations des sophistes, Aristote étudiera les procédés et les ruses blâmables d'une discussion qui tend des pièges à l'interlocuteur. La matière, comme on voit, n'est pas sans importance ; mais elle ne peut entrer en comparaison avec les recherches anté « rieures.
On a déjà fait remarquer {dus haut que les Topiques, séparés en huit livres, par les éditeurs grecs (Voir plus haut, page i23), paraissent çependant former un ensemble, conçu sans aucune division dans la pensée de l'auteur. Quoi qu'il en soit, on suivra, pour l'analyse qu'on en doit faire ici, cette division vulgairement reçue, et qui paraît remonter jusqu'au temps d'Andronicus de lihodes.
* Sous le rapport du sujet lui-même, les commentateurs ont partagé les huit livres en deux sections , dont l'une , composée des sept premiers, est consacrée tout entière à l'étude desToptquei (yvôdi;) ; et dont l'autre , qui ne renferme que le huitième livre, s'occupe de l'application de cette étude , de la pratique proprement dite (irpàÇiç). Cette division est parfaitement juste; il convient de la conserver.
a9A£Tib''pi8 TonoiJ».'*-* tnr. I. cbap.tl 55S
^ LITRE PREtflBR m» TOPIQUES.
Arifltote débute | selon son habitacle ^ par etposer, d'une ninnière générale , Tobjet qu'il se propose f et ici (ch. i. loo, a , 1 8), « l'objet de ce • traité, dit-il, est de trouver une méthode qui « nous mette en état de raisonner sur toute espèce « de sujet , en partant de données probables , et « qui nous apprenne à ne point nous contredire « nous-mêmes , dans le cours de la discussion. » Ces opinions probables, sur lesquelles va re» poser toute la doctrine des Topiques , sont celles qui ont pour garant Tautorité des hommes, que Ton praine d'ailleurs la totalité des jugements âflmains^ on la pluralité , ou bien qu'on s'adresse seulement aux sages, et parmi eux encore, soit à la totalité^ soit à la majorité , soit même à la minorité des plus connus et des plus illustres.
Aristote reconnaît quatre genres de syllogismes: le démonstratif, qui part de principes vrais, primir tifii , éviiknts par eux-mêmes , et sans qu'il soit nécessaired'en rechercher la cause; le dialectique^ qui part des opinions probables, ayant pour elles d'imposants suffrages ; l'éristique (ipiruuiç) ou con « testable, partant d'opinions qui semblent probables, sans l'être cependant réellement; enfin, une quatrième espèce qui ne mérite même pas le nom de syllogisme, parce qu'elle ne donne pas un raisonnement proprement dit ; c'est celle qui semble procéder d'opinions paraissant probables, mais
qui^par quâlque vicede forme, D*€n {Mt>oède même pas véritablement.
loî, à, 5. Il feut jolildfe à ées quatre èSpèces du àyllogisme, le paralogisme^ qui feé rûpptxiôhe de k détuière , mais qui est borné â une gcîendè spé*eiâte, dalis laquelle ôh prefidrait des dôtlUées ikusseâ, qui n^auratent tnéme pdiiit pour elles l'assentiment d^aucuue autorité.
Aristotë sWréte fort peu à ces dlsfinctionâ dii syllogisme , il iiefkit qu^eti dontier une és(}Uisâe(â>; TUTCco 'jrepi>.a6et'») , comme il le dit lui-méme; et éette réàervé settible tout4-fâit conveiiable, si l'on àdâietx[uë la compositiotf des Topiques est pd^té- Helire a celle des Analytiques. Il est peu probable^ en effet, qu*Aristdtè n'entende pdiht encore Ici pat* syllogisme démonstratif, tout ce qu^il a èompris Sôiis ce îiom dans les tfaltés qui précèdent.
Ch. a , loi , a, a5. Cette étude des Topique^ petit être utile dé trdî§ nianîêresf i* d^àbord, Ëdmme exercice d'ititelligeflce (yjjjAv«*(tfv) ; à* die peut servir aux disCussidiis , au Ton nqppencontre habituellement (itfpèç ik; é^reuÇet^) que ces opifiions probables, qui. servent de point de départ à là dia-
lécllque; 3^ enfin, elle peut être boiitie mêmeâ Pàe^uîsitldii de Itt connaissance philosophique
(lepoç ^kç Mtk çi\ôrfo<p(ôcv l=fftr^(x«{), et des principes eut-mênieè. Investigatrice paf tiattire (i^ixAçwh yà^ oSer* ) , la dialectique peut Offrit le dhemin Vers les pHiieipéâ géuéfatrx âeé &detlc^, tout êtt prôfiédàdt pir le prdbâblé.
Ch. 3, idi, ^y 5. ïl serait à désirer ici que la méthode qu'on ti'otiVefa fût aussi bonne que celle de là k^hétbrique et de là m^ecitiCi et qu'on arfi- Y&ti du inbihSy k savoir tirer jtout le parti possible des éléments doiît bn peut disposer. On voit par ce vœu d'Âristoté qu'il assimile la Topique à un art^ et qu'il est loiii dé la placer à la même hauteur qlié la science analytique.
Ici finit là première partie de ce livre, et ce qu'on pourrait appeler 4'introductibn des Topiques. Arlstote y a eipbsé Tobjet, et l'utilité de la méthode dialectique qu*il va développer. Il cherche, dans là partie suivante, à montrer sur quels éléments elle s*eterce, tsW-à-dii^ , quelle est la matière et la forme des discussions dialectiques.
Ch. 4 , t o I ^ b, ! I . Il énumère donc les seuls objets pbssibles de toute discussion, et ces objets sont précisément ceuk des jugcmèiits et des syllogismes. Cette dassificatioti est la bftsë même de toute la Topique : et l'on verra qu^elle sert à en donner les divisions principales ^ Aristôte f demeure constamment fidèle. Voici comment il Texpose Itli-métnb :
Ch. 4, tôt, b, II. « 11 f&t^t irôif d'abord d^èu c procède cette étude. Si tioûk àVlonâ en effet tous aies objefs auxquels s'àppHqUetit les fàisonne« « méUts, et 6&UX dont ils sont fortnés, ^i nous avions k en outre les moyens àteuréit de hduft lés proéué fef, hous aurions précisément ce qtle tootis cher- « thoni. OK M>tit en effat des objets identiques et
356 DlCXliEUB PARTIS. — SICTION . I.
« égaux en nombre que ceux d'où viennent les <c raisonnements (^(yyoç), et ceux auxquels se rap- « portent les syllogismes. Les raisonnements, se corn* « posent de propositions, et les syllogismes concer- « nent les questions. Or toute proposition, comme ce toute question , ne démontre que le genre ^ ou le c propre, ou l'accident, puisque la différence, en « tant qu'appartenant au genrç, doit être classée « avec lui. Quant au propre, il peut à la fois ex- « primer, ou ne pas exprimer, l'essence même de la « chose : divisons-le donc d'après ce point de vue; « et que le propre, qui exprime ce qui fait l'es- « sence de la chose, soit appelé définition (Spoç), « et que l'autre espèce de propre garde spécialec ment la dénomination commune aux deux. Ceci « montre donc évidemment que, d'après notre dite vision , il n'y a ici que quatre objets en tout : le <c propre, la définition, le genre et l'acjcident. Qu'on « ne suppose pas du reste que nous veuillons dire « ici, que chacune de ces choses forme à elle seule « une proposition ou une question; nous disons c seulement que ce sont elles qui forment toute « question, toute proposition. La question et la « proposition diffèrent par la forme; en voici un ce exemple : Animal terrestre bipède « est-ce la dé- « finition de l'homme? Animal terrestre bipède, « e^t-ce le genre de Thomme? C'est une proposî- « tion. Mais si l'on dit : Animal terrestre bipède, ir est-ce, ou nW-ce pas, la définition de l'homme? « ou bien, l'animal est-il legenre de rhomme,ou ne
ANALTSB DSft TOPlQirBS, — tlV. I. CHAP. Tl. 9t(7
« restait pas? C'est une question , et de même pour « tous les autres cas. Ainsi les questions et les pro« c positions sont toujours en nombre égal ; car de « toute proposition , on tirera une question , en m ne faisant que changer la forme.
c Ch. 5, loi, by 38. Le terme ou définition « exprime ce qui £iit l'essence de la chose. On « peut du reste remplacer l'explication complète c par le nom simple, ou substituer une explica- « tion H une autre explication
c I02, a, i8. Le propre n'exprime pas l'essence « de la chose; mais il n'appartient qu'à la chose m seule , et il peut être pris réciproquement pour « elle. Par exemple, le propre de l'homme, c'est m de pouvoir apprendre la grammaire : car, s'il est « homme, il peut apprendre la grammaire; et, « s'il peut apprendre la grammaire, il est homme, c En effet, personne n'appellera Propre ce qui « peut être aussi à une autre chose; ainsi, on ne c dira jamais que dormir soitle propre de l'homme, « quand bien même il pourrait se faire que, du» c rant quelques instants, l'homme seul possédât
< cette qualité. Si donc on donnait comme Propre « une qualité de ce dernier genre, on ne donnerait c pas ainsi un propre absolu, mais un propre temc porait*e et relatif. Ainsi, être adroite, peut être un m propre temporaire; avoir deux pieds, peut être
< un propre relatif de l'homme, par rapport au « cheval ou au chien. On voit donc qu'on ne peut « faire une attribution réciproque des choses qui
5Sll DECXIÈMS PARTIE* — SECTION I.
« peuvent appartenir aussi à quelques autres ; car « il n'y a pas nécessité , par exemple, qu'un être « qui dort , soit homme.
oc Le genre est ce qui est attribué essentiellece ment à plusieurs objets qui diffèrent en espèce, a J'appelle attribut essenliel ce qu'on peut réc pondre, quand on demande ce qu'est Tobjet en « question. Par exemple , ai l'on demande pour « l'homme ce^ qu'il est,* on peut répondre quil est « animal....
<c Uaccident n'est rien de tout ce qui précède; «il n'est ni définition/ ni propre, ni genre; ce mais il appartient pourtant à la chose. C'est tf aussi ce qui peut être, ou ne pas être, à une « même et unique chose : ainsi, être assis peut être^ « et ne pas être, à une même et unique personne; « et de même pour sa blancheur ; rien ne s'opa pose à ce que cette fj^rsanne soit tantôt blanche « et tantôt ne lesoit pas. La seconde définition de « l'accident vaut mieux que la preniière. Celle-ci «c en effet, pour être comprise, exige qu'on sache ff préalablement ce qu'est la définition , le genre tf et le^ propre : la seconde, au contraire, suffit à ft elle seule pour faire connaître ce qu'est en soi « ce qu'on cherche ici.... Du reste, l'accident peut « être un propre temporaire et relatif; par exem- « pie : être assis, qui est un accident, devient un « propre, si on l'est seul ; et , si l'on ne est pas seul, « ce sera un propre , relativement à ceux qui ne « #ont pas assis. Ainsi dans tel temps, relativement
Alf ALT» DBS TOPIQCBS. — LIT. I. CHAF. TT« 839
« à telle chose, laccident peut devenir un propre; « mais absolument parlant , il ne l'est pas.
« Ch. 6, I02, b| 117. Il faut remarquer que tout # 06 qu'on a dit ici du propre V du genre et de et l'accident I pourrait s'appliquer aussi bien à la « définition.... et toutes les choses que nous avons c énumérées sont, d'après ce que nous venons de « dire, en quelque sorte définitrices ; ce qui ne veut « pas dire pourtant qu'on doive les confondre dans « une seule étude.... »
Ch. 7, io3, a, 6. Aristote définit ensuite les di« verses significations de Tidée du même, et il se résume ainsi (ch. 8, io3, by i) : « Pour se convaincre c que tous les jugements se forment des éléments ff foncés plus haut, que c'est par eux qu'ils se prop « duisent, et que c'est à eux qu'ib s'appliquent , il « existe une première voie : c'est celle de l'induction. m £n examinant y en effet , chacune des propositions « et des quei»tionS| on verra clairement quelle vient « toujours de la définition , du propre, du genre « ou de l'accident. On peut aussi prouver ceci par c raisonnement {aiXkxrfut^). Il faut nécessairement il que tout ce qui est attribué à une chose, puisse, < ou ne puisse pas, en recevoir réciproquement ■ Tattilbution. S'il peut en recevoir l'attribution « réciproque , c'est une définition ou Un propre : « définition, s'il exprime l'essence de la chose: «propre, s'il ne l'exprime pas. Nous avons en « effet nommé Propre, ce qui est réciproquement « attribué à la chôs«y sans exprimer ton essence
' 540 niUXlEME PARTIE. — • SECTION I.
K S'il ne peut être attribué réciproquement à la « chose, il fait partie, ou ne fait pas partie, delà ce définition du sujet» S'il fait partie de la défini- Qc lion, il est genre ou différence ; car la définition « vient du genre et des différences. S'il ne fait pas ce partie de la définition, il est clair que c'est un a accident : car on a nommé accident ce qui n'est « ni définition , ni genre , ni propre , et qui cepen- « dant est à la chose.
ce Ch. 9, io3, b, ao. L'accident, le genre, le « propre et la définition , sont toujours dans « quelqu'une des dix catégories, puisque toutes « les propositions «Qu'ils forment expriment toucc jours la substance , la qualité , la quantité ou « telle autre des catégories. »
C'est ici que se trouve, comme on Ta dit antérieurement (Voir première partie, p. 5i), Ténumération complète des catégories, la seule qu'on puisse citer dans les œuvres d'Aristo te, et qui, de plus, les donne avec l'ordre même, où elles sont développées dans le traité spécial qui porte ce nom. Ainsi, l'on doit penser qu'à l'époque- de la composition des Topiques, Aristote avait déjà fixé, si ce n'est écrit, la doctrine fondamentale de l'Organon. *
L'attribution est essentielle (oWav (n)(jLa(vei), quand le sujet et l'attribut sont tous deux dans la catégorie de la substance ; elle n'est qu'accidentelle, quand le sujet est dans cette catégorie et lattribut dans une autre. Ainsi ^ quand on dit :
ANALTSI BBS T0P1QUB8. — LIV. 1. CHAP. Tl. 544
L'homme est un animal , Tattribution est essentielle; car homme et animal sont tous deux de la catégorie de la substance. Mais quand on dit, devant une couleur blanche , que lobjet qu'on a sous les yeux (txxei|tevov) est blanc, ou qiul est de couleur, on dit bien ce qu'il est, mais on ajoute sa qualité (icoiov cuftaivet) : si Ton dit qu'il a une coudée de long, on ajoute sa quantité; et ce ne sont plus deè attributions essentielles.
La définition, le genre, le propre et l'accident, forment ce que les Scholastiques ont appelé les quatre attributs dialectiques; et ce sont là, dans la doctrine d'Aristote, les quatre seuls points auxquels puissent s'attacher Vétude d'une chose, et la discussion qui s'y applique.^
QjL lo, io49 a, 3. Ici le philosophe a besoin de distinguer, d'une manière plus nette, ce qu'il entend par proposition dialectique et question dialectique. La proposition dialectique est celle dont on peut raisonnablement discuter : ainsi , se trouvent exclues les propositions dont la vérité ou l'erreur sont parfaitement évidentes, puisque personne ne voudrait combattre les unes, ni soutenir les autres. Les opinions dialectiques sont donc, à proprement parler, les opinions probables, qui du reste peuvent l'être à divers degrés : probables, comme on l'a dit, parce qu'elles ont pour elles l'assentiment des sages ou de la majorité, ou l'assentiment des babiles , dans quelque science spé* cîale; probables , parce qu'elles sont l'expression
542 DEUXJIsMB PART». — SEcni»f I.
contradictoire des opinions contraires ^ux opinions probables (èvàvTta xaT* àvriçaortv).
Ch. II, io4, b, I. Les questions vraiment dialectiques sont celles où les avis sont partagés, et où il s'agit de savoir le parti qu'il faut prendre , et celui qu'il faut éviter. La thèse, qui se distingue de la propo.sition et de là question dialectiques , est l'opinion paradoxalesoutenue par quelque philosophe illustre (ÛTroXifî^iç irapa^oÇoç Tûvyvcdpipudv nvoç xaTà(pt^o(70(ptav) : telle est l'opinion d'Antisthène, qu'il n'y a pas de contradiction possible; celle d'Heraclite, que tout se meut; celle de Mélissus, que rÊtre est un. Du reste , toute thèse est line question dialectique; Tnais toute question n'est pas une thèse : il Wut les distinguer , quoiqu'habituellement (vOv) on les confonde. D'ailleurs, il ne faut pas plus discuter toute thèse, toute question , qu'il ne faut discuter toute proposition , et parles mêmes motifs. Il ne faut s'occuper que de celles dont un esprit raisonnable peut concevoir qiielques doutes. On doit négliger les autres où Ton peut en appeler à l'évidence de la sensation seule, ou qui seraient évidemment immorales , et mériteraient, non pas d'être disculées , mais d'être châtiées; par exemple, Èi Ton demande : La neige est-elle blanche^ ou ne l'est-elle pas? Fautril,oune faut-il pas, honorer les dieux, aimer ses parens?
Après ces définitions, Aristote établit qtie la discussion dialectique peut procéder par syllogismei où par induction. Il ne s'arrête pas du reste
ANALT81 DIS TOPfQLBS. ^ LIY. I. CBAP. VI. 545
au syllogisme, parce qu'il en a traité antérieure* ment (irp<iTepov ti^tirui). Ceci est une preuve nouvelle que les Topiques ont été composés après l'Analytique :
Ch. la y io5, a, lo. < Il y a deux sortes dé mém thodes (\<y)f6iv) dialectiques, Tinduction et le sylc logisme. On a dit précédemment ce qu'est le « syllogisme : Tinduction est un passagie du parti* « culier au général. Par exemple, si le pilote in* « struit est aussi le meilleur cocher, on dira d'une « manière générale que celui qui est instruit est « aussi le meilleur en tout. L'induction se fait « mieux croire du vulgaire ; elle est plus claife , et ce plus facilement comprise par la sensation. Le m syllogisme, au contraire, est pi us impérieux (^lact- « xifrrepov), et plus énergique dans la discussion.
« Ch. i3, io5, a, no. Les divers objets aux- «quels s'appliquent les raisonnements, et ceux «dont les raisonnements se formant, sont tels « qu'on Ta dit Les instrument} (opyava) qui nous « procureront des syllogismes et des inductions, < sont au nombre de quatre : l'un, cVst de choisir € des propositions; l'autre, de savoir préciser «tous les sens divers qu'une chose peut rece- « voir ; le ti^isième , de découvrir les différences m des choses; le quatrième enfin, de distinguer les « ressemblances. Trois de ces objets sont aussi « en quelque sorte des propositions; car, pour « chacun d'eux , on peut faire une proposition. Par « exemple. — Il faut préférer Thonnête à Fagréable
544 PBUXlÀlflE PARTIE. — SECTION I.
« et à Fu tile. — I^a sensation diffère de la science, en « ce qu'on peut ressaisir l'une, après l'avoir perdue, a et qu'il est impossible de ressaisir l'autre. — Le « sain est à la santé, comme le vigoureux à la via gueur. De ces trois propositions, l'une se rapa porte à la multiplicité des significations, la sea conde vient des différences, la troisième enfin se ce forme par la ressemblance. » -
Il faut attacher une grande attention à ces quatre instruments dialectiques, qui, comme on le verra par la suite, s'appliqueront successive* ment, tous ou en partie, aux quatre attributs dialectiques. On a déjà dit qu'il était possible que le titre d'Organfm eût été emprunté de la signification remarquable , et du reste fort claire, qu'Aristote donne ici au mot opyava (Voir plus haut p. 1 5).
Ch. i4, io5, a, 34. Pour procéder au choix des propositions (fx^exT^ov) , il faut, ainsi qu'on Ta dit plus bau^ prendre celles qui sont appuyées de quelque autorité, ou les propositions semblables à celles-là, er reposant sut* des données identiques. Il sera bon aussi de faire des extraits des ouvrages écrits (êx twv YeypafiLfiivcdv ^oywv), pour chaque genre de sujets ; de faire des divisions, des classifications (Âiaypaipàç icouîaâai x^P^^ 9 ^^ ^^ ^^^ ter les opinions de chaque auteur; par e.xemple celle d'Empédocle , qu'il n'y a dans l'univers que quatre éléments (T^Ttapa <T(op(.aTci)v <rroixcta). En général, et d'une manière peu précise (tuttij^ TcepiXo^ êtiv), il y a trois ordres de sujets : moraux^ P^y*
ANALT8B DS8 tOPIQUIS. — LIV. I. CHAP. H. 545
8iqne8,et logiques (^oyucal). En philosophie, on cherche à les traiter avec vérité; en dialectique , on se contente de la simple probabilité (^laXexrtxûc irpic i^^). Une attention qu'il faut avoir pour toute espèce de propositions, c'est de prendre les plus générales ({AoXtTa^caOt^Xou), parce que celles-là en renferment toujours d'autres , qu'il est facile d'en faire sortir par la division. Si l'on dit, par exemple, qu'on connaît simultanément les oppo* ses, on pourra tirer de là cette double proposition, qu'on connaît simultanément les contraires et les relatifs, puisque les contraires et les relatifs sont des opposés (àvTix6i(uvcav).
Telles sont les règles à suivre pour le premier instrument dialectique, le choix des propositions. Pour le second, qui est la distinction des divers sens des mots (ch. i5 , 106, a, 3), elles sont aussi simples. Il ne faut pas d'abord s'arrêter seulement à la forme du mot, il faut aller jusqu'à sa signification (^loyooç). Il ne faut pas se bomier à la chose même (106, a, 9), il faut aussi regarder à son contraire, et en rechercher également lies significations différentes, de manière à reconnaître, de part et d'autre, les homonymies. Parfois, le nom s'accorde; mais l'espèce, si on la consulte, montre aussitôt ^ la différence (loÇ, a, a3). Ainsi, Claire s'appliquera à la voix aussi bien qu'à la couleur. Il se peut, du reste, que l'une des deux significations homonymes ait un contraire, tandis que l'autre n'en aura pas (106, b, 3) : ainsi» aimer au moral
346 Diinukiui partie, -— secTioir i.
(xôtTOE TYiv Jtavoiav) a un contraire, qui est haïr; mais aimer au physique (xaraTYiv awjjiaTtxYiv èvepystotir) n'en a pas. De plus, l'une peut avoir des intermédiaiies, et l'autre n'en point avoir; ou bien, l'une peut en avoir plusieurs, et l'autre n'en avoir qu^un seul ( lo6, a, i3). 11 faut bien examiner encore si le contradictoire de la chose a plusieurs significations; car alors le mot lui-métne en aura plusieurs également. En outre, il faut regarder aux contraires par privation et possession; car, si Sensible a plusieurs significations. Insensible en aura également plusieurs (io6, b, ag). Les cas aussi sont importants à étudier (wtcâdeiç) ; car, sî Justement a plusieurs sens , Juste les aura comme lui (107, a, 3). Les catégories, les attributions, qui se rattachent au mot, exigent encore une grande attention (tôv xotroc T'o3vo[ji.a xaTnyopiwv ). Si ces attributions diffèrent, c'est que le mot est homonyjne : ainsi, Bon est homonyme; car il àe dit, en fait d^aliments, de ce qui cause du plaisir; en médecine, de ce qui procure la santé; pour lame, de ce qui lui donne certaines qualités de sagesse, de courage (107, a, 18). Il ne faut pas non plus négliger de voir, si les genres, compris sous le « même mot, sont subalternes entre eux, ou ne le sont pas. Ainsi ovoç signifiç à la fois : âne, animal, et Tespèce d'instrument appelé de ce nom ; mais on nepeut attribuer à l'âne , animal , ces deux explications. Au contraire, quand les genres sont subalternes, ils s'appliquent tous à la chose : ainsi,