CHAPITRE XXXVllL
Des ternies redoublés : il tsal toujours dans l'analyse les oonfimdre dans le majeur et non dans le moyen. — Exemples divers. — Sylfogfsmes avec ou sans termes redoublés.— Rapports du moyen au mineur, quand le moyen est redoublé ou qull ne l'est pas. — Exemples.
§ I. Toute notion redoublée dans les propositions doit être jointe au premier extrême , et non point au moyen. § et. Par ex.emple, si ion concluait en syllogisme
S 1. Lorsqu'on chercbant à dégager par Fanalyse les termes du syllogisme , on trouve une notion redoublée, il faut la confondre dans le majeur, en Vj réunissant comme une de ses parties, et ne pas la joindre au moy^i non plus qu'au mineur. Notion redoublée ne doit pas s'entendre ici du moyen qui est répété dans les deux propositions. L'exemple du 8 suivant l'indique assez. '
§ 3. Soit par exemple ce syllogisme : U y a cette science du bien fu'il est bien (c'estrà-dire, on sait du bien qu'il est bien ) ; or la justice est un bien : Donc il y a cette scienoe
de la justice qu'elle est un bien.
Quels sont ici les termes vrais da syllogisme? quel est celui des trois auquel il faut rapporter cette notion :
qu'il est bien , ^doublée dans la majeure et dans la conclusion? C'est au n^jeur; de aorte qu'on aura pour majeur : Science qu'il est bien on science en tant que bien ; pour mineur : justice, et pour moyen : bien.— Cest aiMi qus se faU la résolmtUmy Elle n'aurait pas lieu si l'on joignait la notion redoublée soit au mineur, soit au moyen ; car alors on aurait ce syllogisme qui est un noB^sens : U y a cette science du bien qu'il est bien :
IIVBE I, CHÀPITfiE XXÎVIII. IW
qu'il y a cette science de la justice qu'elle est un bien, il fietudrait placer : Qu'elle est un bien ou en tant qu'elle est un bien , avec le premier extrême. Soit A, par exemple y la science que telle chose est un bien, B le bien, et C la justice. A peut être , avec vérité , attribué à B : car Ton sait du bien qu'il est le bien ; mais B peut être avec une égale vérité attribué à C : car la justice est ce qui est le bien : et c'est ainsi que se fait la résolution du syllogisme. Mais si c'est à B qu'on joint : Qu'elle est un bien, l'assertion n'est plus vraie. Il sera bien vrai que A est attribué à B; mats il ne le sera pas du tout que B le soit à G ; car attribuer à la justice que le bien est le bien, c'est une erreur et un non sens. $ 3. Même remarque si l'on prétendait démontrer qu'une chose salubre peut être connue en tant que bien ; que le bouc-cerf est intelligible en tant que n'étant pas ; ou enfin , que l'homme est mortel en tant que sensible. C'est que, en effet, dans tous les cas où Ton ajoute quelque chose à l'attribution, il faut joindre la notion complexe au majeur.
or la Justice est un bien en tant que bien, mineure inintelligible qui empêcbe toute conclusion. L*erreur vient de ce qu*on aurait pris : bien en tant que bien , pour moyen , au lieu de prendre : bien , absolument.
§ 3. Voici les syllogismes entiers dont Aristote ne donne ici que les conclusions : Le bien peut être connu en tant que bien ; or le salubre est bien : Donc le salubre peut être connu en tant que bien- Ici le ma-* jeur doit être ayec la notion redoublée : Connu en tant que bien ; le mineur, salubre ; le moyen , bien. Si
Ton joignait la notion redoublée au mineur ou au moyen , la conclusion ne serait plus possible — Le nonêtre est intelligible en tant que nonêtre : le bouc-cerf est un non-être :
Donc le bouc-cerf est intelligible en tant que non-être : majeur, intelligible en tant que non-être : non-être, moyen : bouc-cerf, mineur. — Tout être sensible est mortel en tant que sensible : Tbomme est un être sen^ sible ; Donc il est mortel en tant que sensible : majeur, mortel en tant que sensible : moyen, sensible : mineur, bomme.
§ 4* La position des termes ne reste pas la même^ quand on met dans le syllogisme des notions absolues, et quand on limite la notion par une restriction quelconque, de nature ou d'étendue ; par exemple, quand l'on conclut que le bien est connaissable , et que l'on conclut d'une chose qu'on peut connaître d'elle qu'elle est un bien. § 5. Si Ton démontre d'une manière absolue que le bien est connaissable , chose sera le terme moyen. § 6. Mais si l'on démontre que Ton peut connaître d'une chose qu'elle est un bien, il faut alors prendre pour moyen cette chose spéciale. Soit A la connaissance que cette chose est telle chose, B cette chose même, et C le bien. On peut attribuer, avec vérité, A à B, car on sait de telle chose qu'elle est telle chose ; mais on peut attribuer aussi B à C , car C est cette chose même : de sorte que A sera aussi à C ; et l'on saura donc du bien qu'il est bien ; car la chose spéciale était le signe même de
$ 4. Des notiom absolues. Gomme dans rexemple cité plus bas dans ce paragraphe: Lebienestconnaissable.
— Restriction quelconque , Gomme dans Tautre exemple : Telle chose connaissable est un bien : connaissable est une limite de chose, qui n'est point alors pris absolument.
§ 5. Toute chose est connaissable; le bien est une chose : Donc le bien est connaissable.
§ 6. Voici le sens de ce g qui est fort obscur : Quand la conclusion est absolue , le moyen est absolu luimême , et il suffit qu'il puisse servir de sujet au majeur; quand la conconclusion est limitée , restreinte , le moyen doit avoir aussi une limite
qui rende vraie Tattribution qu'on lui fait du majeur. Le syllogisme dont Aristote indique la concfu-sion , pourrait être construit ainsi :
Il y a science du désirable qu'il est désirable ; or le bien est désirable :
Donc il y a science du bien qu'il est désirable ; ou , en d'autres termes :
•Il y a science du bien qu'il est bien; car désirable est le signe substantiel de bien , c'est-à-dire que l'essence même du bien c'est d'être désirable.
La chose spéciale est ici : désirable; B est désirable , G est le bien : A , la connaissance que la chose est désirable , B est moyen. Le moyen et le mineur se confondent essentiellement.