‹ De la logique d'Aristote (volume 3)Chapitre 19 sur 226 · REDUCTION DE TOUTES LES FORMES DE RAISONNEMENT AU SYLLOGISME · texte numérisé non relu

REDUCTION DE TOUTES LES FORMES DE RAISONNEMENT AU SYLLOGISME

Tout raisonnement qui conclut est au fond un raisonnement syUogistique ; car c'est le syllogisme seul qui peut communiquer à un raisonnement quelconque la puissance nécessaire de conclusion. Il est possible que la forme soit défectueuse; mais un examen plus attentif découvrira toujours le syllogisme sous les irrégularités qui le dissimur lent. Ces diverses anomalies que le raisonnement peut présenter à l'apparence , tiennent à plusieurs causes; et elles proviennent toutes du rapport des termes entre eux. Ainsi, dans la première figure, du moment que les extrêmes sont réciproques l'un à l'autre, il faut aussi que le moyen le soit aux deux; et alors, comme la proposition, sous sa forme directe ou sous sa forme renversée, est toujours également vraie, on peut prendre indifféremment l'une ou l'autre ferme, dans les applications syllogistiques. De plus , si quatre termes opposés entre eux , deux à deux , sont tels que le

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premier soit réciproque au second comme le troisième Test au quatrième, du moment que le premier et le troisième sont de toute nécessité Tun vrai et l'autre faux, il faut que le second et le quatrième soient dans le même rapport. Si c'est le premier elle second, le troisième et le quatrième qui sont ainsi entre eux , le premier sera réciproque au troisième , comme le second le sera au quatrième. Dans la seconde figure, lorsque le premier terme est au second et au troisième tout entiers exclusivement, du moment que le second est au troisième, il faut que le premier et le second soient réciproques entre eux. Il en résulte qu'avec une majeure réciproque , on peut même dans la seconde figure obtenir une conclusion régulière avec deux prémisses affirmatives. Dans la troisième figure, lorsque le premier et le second termes sont à tout le troisième, si le second et le troisième sont réciproques entre eux , il faudra que le premier soit aussi attribué au second. Alors on pourra, avec une mineure réciproque , obtenir dans la troisième figure une conclusion universelle tirée de prémisses universelles.

Cette dernière règle s'applique directement à rinduction, qui est un syllogisme où le majeur est conclu du moyen par le mineur, tandis que, dans le syllogisme ordinaire , le majeur est conclu du

DES PREMIERS ANALYTIQUES. lvii mineur par le moyen. La conclusion n'est ici possible qu'à cette seule condition qu'on prendra pour moyen la collection de tous les cas particuliers contenus sous le mineur. Le syllogisme fournit alors une conclusion universelle dans la troisième figure. L'Induction donne donc une proposition immédiate, c'est-à-dire, qui n'a pas besoin de moyen pour être conclue. Le syllogisme, au contraire, ne donne jamais qu'une proposition médiate. En soi et par nature , le syllogisme est plus clair que l'Induction, et il lui est supérieur. L'Induction est plus claire pour nous, et provient plus des sens que de l'intelligence.

L'Exemple est une sorte d'Induction. Seulement, au lieu de conclure le majeur du moyen par le mineur, il le conclut par un terme semblable au mineur. L'Exemple peut, du reste, employer un ou plusieurs de ces termes semblables. Il faut donc préalablement, pour se servir de l'Exemple, savoir que le moyen est au mineur, et le majeur, au terme semblable. On obtient ainsi un prosyllogisme, et un syllogisme. Dans le prosyllogisme, on connaît les deux prémisses; dans le syllogisme principal, on ne connaît que la mineure : la conclusion du prosyllogisme devient la majeure du syllogisme; et c'est ainsi qu'on peut obtenir la conclusion principale. L'Exemple diffère et du syllogisme et

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de l'Induction. Le syllogisme descend de l'aniversel au particulier ; l'Exemple procède d'un cas particulier plus connu à un cas particulier moins connu y mais renfermé dans le même genre que le premier. L'Induction part de tous les cas particuliers pour conclure universellement le majeur du moyen, sans avoir besoin d'un autre syllogisme concluant le majeur du mineur. L'Exemple part d'un cas particulier, ou tout au plus de quelques cas particuliers, pour conclure d'abord le majeur du moyen , et ensuite , le majeur du mineur par le moyen. Ainsi, le syllogisme va du tout à la partie; l'Induction va de la partie au tout ; l'Exemple va de la partie à la partie.

L'Abduction a lieu dans les syllogismes dont la majeure est évidente , mais dont la mineure, toute vraie qu'elle peut être, a cependant encore besoin d'être confirmée. Il faut alors, avant de tirer la conclusion, démontrer cette mineure; et l'on fait ainsi un pas de plus vers la science que la conclusion doit donner. Pour qu'il y ait quelque avantage à prouver ainsi la mineure, il faut qu'elle soit plus croyable, ou tout aa moins , aussi croyable que la conclusion; En second lieu , il vaut mieux prouver la mineure que la conclusion, lorsque cette mineure peut être prouvée par un nombre moindre de termes moyens. Si la mineure est aussi

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inconnue que la conclusion , ou si la majeure ellemême avait besoin de preuve, ces propositions ne pourraient conduire à la science. Si la mineure était une proposition immédiate , l'Abduction serait parfaitement inutile pour elle ; car alors cette mineure serait un principe de démonstration.

L'Objection est la proposition ^ soit contraire , soit contradictoire , que Ton oppose à la proposition de l'adversaire. Dans le syllogisme à conclusion universelle , la proposition est toujours universelle; mais l'Objection peut être, soit universelle, soit particulière; car l'universel peut être détruit, soit par l'universel, soit par le particulier. L'Objection , étant opposée à la proposition , ne pourra jamais se produire que dans la première et dans la troisième figures , les seules qui renferment des conclusions opposées. Quand l'Objection est universelle négative , elle se produit dans la même figure ; quand elle est particulière , elle se fornie dans la troisième. En effet, dans le premier cas, le moyen est antécédent du majeur et conséquent du mineur; et, dans le second^ le moyen est antécéd^it des deux extrêmes. C'est qu'il faut toujours que , dans l'Objection , l'attribut soit le même que dans la proposition qu'elle attaque ; or, dans la seconde figure, le majeur est sujet du moyen. L'Objection universelle vient se placer entre le su-

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jet et l'attribut de la proposition initiale ; elle prend un terme plus général que le sujet et qui le renferme , mais qui lui-même est renfermé dans l'attribut de la proposition. L'Objection particulière prend, au contraire, un terme qui est sujet à la fois, et du sujet , et de l'attribut de la proposition, contre laquelle elle est formée. Ainsi d'abord, c'est la première figure ; ensuite, c'est la troisième. Telle est la véritable Objection logique. L'on peut encore faire des objections que l'on tire , soit des contraires^ soit des semblables, soit des opinions reçues; mais ce sont là des formes d'Objection qui appartiennent à la rhétorique.

Reste enfin l'Enthymème, dernière espèce de raisonnement, qui peut être ramenée au syllogisme , comme toutes celles qui précèdent. L'Enthymème est un syllogisme complet , comme tous les autres , qui se fonde pour conclure sur la vraisemblance ou sur le signe indicateur de la chose qui est conclue. La forme de l'Enthymème peut être tout à fait pareille à celle du syllogisme ; mais ordinairement, on n'y exprime qu'une seule des deux propositions. Il faudrait , du reste, se garder de croire que c'est là le caractère spécial de l'Enthymème. L'Induction, l'Exemple, etc., n'ont le plus souvent, comme l'Enthymème , qu'une seule des deux propositions exprimée. Le caractère vrai de l'Enthy-

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même , c'est de fonder la nécessité de sa conclusion sur le vraisemblable ou sur le signe. Le signe est toujours ici le moyen ; et par conséquent y il peut reccYoir autant de positions que le moyen lui-même , soit dans la première ^ soit dans la seconde , soit dans la troisième figures. Seulement , dans la première figure, le syllogisme, formé par le signe , est parfaitement réguliier; et la conclusion est universelle. Dans la troisième figure , la conclusion est vraie ; mais elle n'est pas obtenue régulièrement , et elle est toujours particulière. Enfin, TEnthymème de la seconde figure est tout à fait irrégulier, parce que les deux prémisses y sont affirmatives ; et par conséquent la conclusion n'est pas prouvée. — La théorie des signes pourrait être utilement appliquée à l'étude de la nature , en admettant les trois hypothèses suivantes : 1^ que les qualités naturelles affectent le corps en même temps qu'elles affectent l'âme ; 2^ que chaque qualité se révèle par un signe extérieur unique ; 3® que l'on peut connaître dans les êtres animés, et la qualité spéciale à chaque espèce, et le signe de cette qualité. Ceci admis, du moment qu'un signe apparaîtra dans un être, il révélera en lui la qualité spéciale qui tevêt ce signe. Par exemple, si les fortes extrémités du lion sont un signe de son courage, tous les animaux qui auront de fortes ex-

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trémités seront courageux. Nulle difficulté pour les genres qui n'ont qu'une seule qualité et qu'un seul signe. Quand il y a plusieurs qualités et plusieurs signes dans le genre d'êtres qu'on étudie , il faut alors observer d'autres genres où l'une quelconque de ces qualités sera seule , et accompagnée , par conséquent, d'un seul signe. -^ Cette espèce de syllogisme , que l'on pourrait appeler syllogisme physiognomonique , se construit dans la première figure. La majeure est alors une proposition réciproque , c'est-à-dire que le signe peut être pris pour la qualité, comme la qualité pour le signe; le signe est d'ailleurs plus étendu que le mineur. Par exemple , tous les animaux qui ont de fortes extrémités sont courageux : or, le lion a de fortes extrémités; donc le lion est courageux.

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