LIVRE II, CHAPITRE XIX
sans les conclusions qu'elle fournit , de ne pas lui accorder deux fois le même terme dans les propositions; car nous savons qu'il n y a pas de syllogisme possible sans terme moyen, et que le moyen terme est celui qui est répété plusieurs fois. § a. Nous savons aussi ce que nous avons à observer dans le moyen , relativement à chaque espèce de conclusion ; car nous savons la nature de celles que renferme chaque figure. La forme de la conclusion ne doit pas nous échapper non plus, puisque nous savons bien comment nous devons suivre la discussion. §'3. Mais il faut, quand on argumente soi-même, dissimuler soi-
8 s. C0 que nous avons à obser-ver dans le moyen , il faat se rappeler ici les fonctions et la place du moyen dans les trois figures. Il est clair que si Ton accorde deux fois, pour attribut, un même ternie, on fournit à l'adversaire un moyen qu'il peut employer pour faire un syllogisme de la seconde figure, où le moyen est attribut des deux extrêmes. Si Ton accorde deux fois un même terme pour sujet des deux antres, Tadversaire pourra faire un syllogisme dans la troisième figure.
Si Ton accorde deux fois un même terme pour sujet d'un autre terme, et pour attribut d'un autre second terme , Tadversaire pourra conclure dans la première figure. Or, on sait quelle espèce de conclusion donne chaque figure ; on sait de plus , par la thèse qu'on soutient soi-même, celle qu'attaque l'adversaire et celle qu'il désire établir; il faut alors n'accorder que les figures dont il ne peut faire aucun usage. Si l'on soutient une thèse négative, on peut
accorder sans difficulté la seconde figure, parce qu'elle ne renferme que des conclusions négatives; et que, par conséquent, l'adversaire n'y trouvera pas la conclusion affirmative dont il aurait besoin pour réfuter. Si l'on soutient une thèse particulière affirmative , on peut accorder la troisième figure, où il ne se trouve pas de conclusion universelle, etc.— Comment nous devons eonr duire la discussion, parce que nous savons bien l'opinion que nous dé* fendons nous-mêmes, et celle que défend l'adversaire.
Les conseils renfermés dans les deux 88 prétédents s'adressent à l'interlocuteur qui répond : les suivants s'adressent à l'interlocuteur qui interroge , et qui doit s'efforcer d'obtenir ce que , dans une position contraire, il devrait s'efforcer de refuser.
$ 3. Quand on argumente soirmême , c'est-à-dire , quand on interroge, il faut cacher le but où l'on tend , afin que l'adversaire ne le dé-
:m PREMIERS ANALÏTIQUES.
gneusement ce que nous avons recommaadë d'éviter quand on répond. § 4* Un premier moyen* d'y parvenir, c'est de ne pas donner les conclusions des prosyllogismes , mais de les laisser dans Tombre, en ne prenant que les propositions nécessaires. § 5. C'est, en second lieu, de ne pas demander les termes voisins, mais de multiplier les intermédiaires de ces termes. Par exemple, supposons qu'il faille conclure A de F, et que les moyens soient B C D £ , il faut alors demander si A est à B, et ensuite , non pas si B est à C, mais si D est à £ , et ensuite si B est à C; et ainsi du reste. § 6. Si le s^ogisme a
couvre pas , et ne se mette point en garde contre les pièges qu*on lui dresse. Ici, il faut gagner ce que, précisément, il fallait tout à Theure éviter. Les rôles sont changés.
S 4. De même qu'en répondant , il ne fallait pas accorder de moyen en répétant un même terme deux fois, 8 1 , de même ici , pour dissimuler sa marche , il faut ne jamais formuler les conclusions des prosyllogismes ; il faut seulement en demander et en prendre les prémisses pour en faire Tusage convenable.
Mais si Ton demandait nettement la conclusion, ce serait révéler à Tadversaire où on le conduit; et alors , il refuserait les éléments mêmes dont on a besoin , et qui serviraient à le réfuter. — Le« propositions néces^ saireSy c'est-à-dire, les prémisses des prosyllogismes.
§ 5. Second conseil à Tinterlocuteur qui interroge : Qu'il bouleverse la série des prosyllogismes, afin que Tadversaire la suive avec plus de peine et qu'il s'y embarrasse. Ainsi,
Youlaiit concivce ^ de F, qu'il ne dise pas : A est à B, 3 est à C, C est àD,D està£, Eestà F, donc A est à F ; mais qu'il saute de Tune de ces propositions à l'autre, sans observer l'ordre régulier , et qu'il dise : A estàB,D estas, Best à C, etc., dissimulant sa marche en la rendant tortueuse et obscure.
g 6. Troisième conseil : Si U syllogisme ka qu'unswH moyen, c'està-dire, si le syllogisme est simple au lieu d'être composé ; f^lors il faut commencer par ce moyen même.
Pour bien comprendre ceci , il faut se rappeler le genr^ spécial d'énoQ*ciation qu'Arisiote a adopté dans la forme du syllogisme. On sait qu'il débute par le majeur , qu'il passe de là au moyen , et qu'il fiait par le mineur , disant toujours : A est à B, B est à C; donc A est à G , c'est^-à-dire, qu'il va toujours du plus étendu au moins étendu , du conten^t au contenu. Voir liv. 1, di. 4,^3. C'est l«i marche la plus simple , la pins çlaiie, la plus évidente : mais ,oii poum^