LIVRE II, CHAPITRE XXVII
§ 12. Il serait donc possible de connaître la nature intime des êtres y si Ton accorde que les qualités naturelles modifient le corps et l'âmé à la fois. On peut bien dire que celui qui apprend la musique a l'âme modifiée d'une certaine manière ; mais cette modification ne peut compter au nombre de nos qualités naturelles. Au contraire, les passions, les désirs, sont des mouvements tout à fait de nature. Si donc l'on accordait ce premier point; si, de plus, on accordait qu'il n'y a qu'un seul Signe pour une seule qualité ; et si, enfin, nous pouvions arriver à connaître la qualité et son Signe propre dans tous les genres d'êtres , nous serions alors capables de connaître la nature de ces êtres. En effet, si telle qualité est particulière à une certaine classe d'êtres , comme le courage au lion , il faut nécessairement que cette qualité se révèle par quelque Signe ; car on a supposé que l'âme et le corps sont affectés l'un avec l'autre. Admettons que le Signe, ici, soit d'avoir de fortes extrémités, qualité qui ne peut pas appartenir à d'autres genres tout entiers , puisque l'on dit que le Signe est propre, en ce sens qu'il appartient à tout le genre, mais non pas en ce sens qu'il n'appartient qu'à ce genre seulement, comme nous le disons habituellement. Ainsi donc, ce même Signe se représentera dans un autre genre; et l'homme ou tel autre animal sera courageux ; par conséquent , il aura ce Signe spécial, puisque nous avons admis qu'il n'y en avait qu'un seul pour une seule quaUté. § i3. Si donc cela est vrai,
8 12. Comme nous le disons ha- § 13. Cette étude des signes serait
Utuellementj Voir la définition or- facile sur des êtres qui n'auraient
dinaire du Propre, Topiques, liv. ly qu'une seule qualité, laquelle se
ch. 5, $ 5 où cette définition est dé^ manifesterait à Tobservation par un
veloppée. signe unique.
et que nous puissions réunir des Signes analogues par 1 étude des êtres qui n'ont qu une seule qualité spéciale , en admettant toujours que chacune de ces qualités a son Signe 9 et que nécessairement elle n'en a qu'un seul, nous pourrons fort bien, à ces conditions, deviner la nature des êtres.. § i4* Mais , quand le genre tout entier a deux qualités qui lui sont propres , le lion , par ei^emple , qui a le courage à la fois et la générosité « comment reconnaî* trons-nous, parmi ces signes propres au genre , quel est le signe spécial de l'une ou l'autre qualité? Est-ce, en regardant si ces deux qualitéssoot à un autre genre, sai» être toutes deux à ce genre entier; tel individu, dans la totalité de ce genre, ayant Tune deees^udlités ^ns avoir la seconde? En voyant, par exemple, que tel individu est courageux sans être généreux, s'il a l'un des deux signes, il est évident que, dans le lion, c'est bien toujours le signe du courage.
8 14. Hais quand le genre a plusieurs qualités, et par suite plusieurs
signes, à laquelle des qualités faudrat-il attribuer tel signe? Pour le savoir^ il faudra woourir à un genre différent qui aura les deux qualités ; mais sans que cependant ce genre tout entier les possède , c'est-à-dire, sans qu'elles appartiennent à tous les individus que ce genre renferme, n arrivera que dans ce nouveau genre, tel individu aura Tune des qualités et le signe qui l'accompagne, tel aura l'autre des qualités avec son signe; alors on reconnaîtra la qualité spéciale qu'on cherche avec le signe qui lui appartient, et on pourra transporter cette observation au genre
dont on désire connattre ia nature.
Ainsi, le lion est à la fois courageux et généreux, il a de fortes extrémités et un front large ; Est-ce le front large ou les fortes extiémités^i incëquent chez lui lecourage?On observe, pour résoudre cette question, une autre espèce d'aiâmaux où ces qualités peuvent être aussi réunies, sans que cependant tous les individus de ce genre sans exception les possédât.
On y trouve un individu qui est courageux et qui en même temps a de fortes extrémités ; donc les fortes extrémités seront en lui le signe du courage ; donc elles le seront également dans le lion. Or c'est précisément ce qu'on veut savoir.