LIVRE I, CHAPITRE XIII
le contingent est encore l'indéterminé qui peut être ainsi ou non ainsi. C'est , par exemple, que l'animal se meuve ^ ou qu'il survienne un tremblement de terre pendant qu'il se meut; et en général , c'est tout ce qui ne dépend que du hasard. En effet, rien de tout cela n'est par nature de telle façon plutôt que de la façon contraire. § 6. Chacun de ces deux contingents se convertit donc avec les propositions opposées j mais non pas de la même manière. Le contingent qui est naturel se convertit en contingent qui n'est pas nécessairement ; c'est ainsi qu'il est possible que l'homme ne grisonne pas; le contingent indéterminé se con\ertit en contingent qui n'est pas plus d'une façon que de l'autre. § 7* U n'y a pas de science ni de syllogisme démonstratif pour les contingents indéterminés, parce que le moyen terme alors n'est pas certain; mais il y en a pour les contingents naturels , et presque toutes nos recherches et nos pensées n'ont rapport qu'aux contingents de ce dernier genre. Les autres contingents peuvent bien aussi donner le syllogisme , mais ce n'est pas là qu'on le cherche habituellement.
S 6. Avec les propositions oppo- proposition opposée , en contingent
sées , c'est-à-dire , quand les propo- tout aussi indétenuiné que lui. Ain-
sitions , jointes au mode, deviennent si : Il est possible que Thomme mar-
opposées sans que le mode change, che : H est possible que Thommc ne
Ainsi cette possibilité est toute na- marche pas , sont deux possibles
turelle : Il est possible que Thomme aussi indéterminés Tun que Tautre :
grisonne : car le plus ordinairement voilà ce qu'Aristote veut dire par
la tête de Thomme blanchit avec ceci : Le contingent indéterminé se
rage. Si Ton prend la proposition convertit en possible qui n*est pas
opposée : Il est [jossible que Thomme plus d'une façon que de Vautre. —
ne grisonne pas, ce possible n*a au- Alexandre parait avoir lu au début
cun caractère de nécessité : car il de ce paragraphe : se convertit aussi
n'est pas 'du tout nécessaire que avec les propositions opposées. Il
Thomme ne grisonne pas; et le plus propose de retrancher cette coiyonc-
souvent il grisonne. Le contingent tion que n'ont plus nos éditions. Voir
indéterminé se convertit , dans la ch. XI, § 15.
§ 8. Ceci, du reste, sera mieux expliqué encore dans la suite. Maintenant nous avons à dire dans quels cas, comment, et avec quels éléments se forme le syllogisme des propositions contingentes. § 9. D'abord, cette proposition : Il est possible que telle chose soit à telle autre, présente deux significations, exprimant à la fois ou bien que cette autre chose est , ou bien qu'elle peut être. Ainsi cette proposition : A peut être à ce à quoi est B, indique également ou la chose dont B est dit, ou la chose dont il peut être dit. Cette proposition, du reste, que A peut être à ce à quoi est B, revient absolument à celle-ci, que A convient à tout B. Donc évidemment, on trouve deux sens dans cette proposition : Il se peut que A soit à tout B. Voyons d'abord le cas où B peut être à la chose dont
§ s. Dans la suite , dans ce liv., cb. 27, $ 12, et Derniers Anal., liv.
1, ch. 6, g 10, ch. 8, 8 3 , ch. 30, et liv. 8, ch. IS, S li et suiv.
8 9. La distinction que fait ici Aristote est subtile ; et Ton n'en voit pas très-nettement Timportance pour la tbéorie qui va suivre. La voici , en termes plus simples , si toutefois j*en ai bien saisi le sens que les commentateurs n^ont pas éclairci. Quand on dit qu'il est possible qu'une chose soit à une autre, deux cas se présentent : ou cette seconde chose existe réellement, ou elle peut exister. Le mode ne préjuge rien sur Texistence absolue ou modale du sujet de la proposition. Soit par exemple : A peut être à tout B; cela veut dire tout aussi bien que A est possible et que B est possible. On peut tour à tour attribuer la contingence au premier ou au second terme. Gela est vrai :
mais il n'est pas facile de dire en quoi cette remarque importe à l'exposition du syllogisme formé de propositions contingentes. ~ Voyons d'abord le cas , etc. , c'est-à-dire, le cas où les prémisses sont toutes deux des modales contingentes. — Mais lorsque A peut être, etc., c'est-àdire , quand l'une des prémisses est modale contingente, et que l'autre est absolue. —Comme ailleurs, ch. 4, 5, 6, où il a exposé d'abord les syllogismes formés de deux prémisses absolues , ch. S , où il a exposé les syllogismes formés de deux prémisses nécessaires, puis enfin, ch. 9 et suiv.t où il a exposé les syllogismes formés de prémisses mixtes, absolues et nécessaires. La marche qu'il adopte pour les syllogismes à une ou deux prémisses contingentes sera tout à fait analogue à celle qu'il a déjà suivie.