CHAPITRE TREIZIÈME
Résumé de la première partie.
Les points principaux qu'on a essayé d'étabËr dans le cours de cette première partie^ et qui sont tous relatifs à Fauthenticité de l'Organon , sont •les suivants :
1^ Le mot d'Organon , pour désigna la Logique d'Âristote, n'est régulièrement en usage que vers le €[uinzièm# siècle; mais les commentateurs du cinquième siècle emploient déjà des expressions à peu près équivalentes : rk opyocvixà, to opyâcvtxwy To ^oyixov. opyovov , et c'est de ces expressions qu'est venu le mot actuel d'Organon.
^^ Les catalogues de l'Organon sont au nombre de six, dérivant trois à trois de deux sources diverses. Diogène et ses imitateurs ne méritent aucune contiance. Ammonius, David et Simf^cius, bien qu'ils n'aient pas fait un catalogue général des ouvrages d'Aristote, formait une autorité beaucoup plus grave y parce qu'ils sont les héritiers et Içs représentants des travaux de l'école péripatéticienne.
3^ On peut suivre, dès la fin du second siècle, l'authenticité de l'Organon , dans des monuments qui sont parvenus jusqu'à nous. Les témoignages qui se rapportent aux diverses parties de l'Organon, sont encore plus anciens et non moins authentiques.
DE l'AUTHEICTIGITÉ DE l'ORGAMON. — CHAP. XUI. AK
4^ Les Latins qui viennent , il est vrai, assez tard en date, ne présentent aucune discordance importante, si ce n'est deux divisions différentes du' Traité du Langage et des Réfutations des sophistes.
5^ Les attaques dirigées à l'époque de la Renaissance, contre l'authenticité âe l'Organon, scmt dénuées de portée réelle. ^ i
6° L'Organon offre en lui-même des preuves nombreuses et irrécusables de son authenticité ; il à été connu depuis Aristote, sans interruption , et le récit de Strabon , sur le souterrain de Sc^is, n'a pas été toujours bien compris.
7^ Les titres des diverses parties de l'Organon n'appartiennent probablement point à%ristote. Oh sait positivement , pour quelques uA, à queUe époque ils ont été composés.
8*^ Dans la pensée d'Aristote , l'ordre actuel de l'Organon paraît le véritable, sauf peut*étre quelques déplacements partiels ; cet ordre a été généralement adopté, et à est parfaitement logique.
La conclusion générale de tout ceci est que nous possédons aujourd'hui l'Organon, tel que le possédait l'antiquité, tel que l'a composé Aristote.
Parvenus à ce point, par une route peut-être un peu longue, mais que nous n'avons pas cru devoir abréger, il nous semble que désormais nous marchons sur un terrain plus solide. Certes , les doutes que nous avons cherché à combattre et
à dissiper, n'étaient pas fort puissants; mais ils étaient pourtant de nature à gêner notre marche. Il nous paraît qu'à cette heure ils sont tous levés ^ et qu'il ne peut plus en naître d'autres. Quels qu'ils soient d'ailleurs, il ne semble pas qu'ils doivent prévaloir contre cet assentiment unanime des siècles, qfli reconnaissent Aristote pour l'auteur de rOrganon et le créateur de la logique. Le monde qui possède ce trésor, et qui en jouit, peut toujours , avec Albert-le-Grand ' , renvoyer ces recherches de propriété , cette enquête des titres d'auteur, aux écoles des Pythagoriciens, et dire, avec le père du Péripatétisme au moyen-âge :
a Hoc dignum Pfthagoricis qui i^ verba magistri m jurahant: ah aliis OMtemhoc qucesitum non est; ce à quo^mque erdm dicta erant^ recipiehantur ^ a dummodo probatœveritaiis haberent rationemA^ Cette sanction de la vérité est, sans contredit , la plus importante; mais à côté de cette question suprême , il en est d'autres que la philologie et l'érudition doivent éclaircir, qu'elles se sont de tout temps posées, et qui importent, si non à l'utilité générale de la science, du moins à l'équité des jugements de l'histoire. '