‹ De la logique d'Aristote (volume 4)Chapitre 75 sur 98 · ANALYSE DES CATÉGORIES. — CHAP. U · texte numérisé non relu

ANALYSE DES CATÉGORIES. — CHAP. U

nettement tranchées dans l'ouvrage lui-même, bien qu'ancune indication formelle ne les établisse. La première est appelé .Prothéorie, la seconde y Théorie, et la dernière, Hypothéortei c'est-à-dire: Préliminaires de la Théorie, Théorie , et Appendice de la Théorie. Cette division est à conserver parce qu'elle est exacte, et Ton se gardera d'y rien changer ici. La Prothëorie correspond aux trois premiers chapitres des éditions ordinaires , et comprend des définitions de diverse espèce, la division des mots, selon qu'ils sont unis ou séparés , et enfin les règles les plus générales de leurs rapports , comme sujets et attributs. La Théorie prop remen t dite comprend, du chapitre quatre au chapitre neuf inclusivement, l'énumération et l'examen des Catégories, traitées, selon leur importance, avec plus ou moins de développements. Lllypothéorie , ou appendice de la théorie, renferme le reste du traité , c'est-à-dire une explication détaillée de plusieurs expressions employées dans les Catégories , et tout-à-fait nécessaires à qui veut les bien comprendre. C'est là cette troisième . partie qu'Andronicus de Rhodes prétendait rejeter, mais à tort, comme on l'a vu plus haut.

. Dès les premières lignes du traité des Catégories, la manière vive, serrée, et l'on pourrait dire, impérieuse , d'Aristote, se peut aisément apercevoir. Il aborde son >ujet par des définitions qui ne s'y rattachent que de très loin , et dont il ne

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prend pas la peine de montrer la liaison avec ce qui va suivre :

Les choses sont dites homonymes (ofjLCdviiptA), quand leur appellation est la même , et que leur définition essentielle est différente (à XoYoçTfiçoùffiaç). Ainsi un homme réel et un homme en peinture , sont homonymes; car l'homme réel et Thomme peint reçoivent le même nom, la même appellation; mais leur définition essentielle est toute différente.

Les choses sont synonymes (mivc&vu(xa); quand dles reçoivent le même nom et la même définition ; homme et bœuf sont synonymes en tant qu'animaux; car ici le nom et la définition de Thomme et du bœuf^ en tant qu'animal l'un et l'autre , sont essentiellement identiques.

Les choses sont paronymes ou dérivées ( itopûvb{ta), quand leur nom est tiré d^un autre mot* dont le leur ne diffère que par la terminaison: comme grammairien de grammaire.

CSette introduction des Catégories a donné lieu, parmi les commentateurs grecs, à une dis* cussion qu'il serait , aujourd'hui m^e , difficile de vider bien complètement. S'agit-il ici des mots ou des choses mêmes qu'ils représentent? On peut voir dans Ammonius, dans David ', dans SimpKcius , que cette question n'est pas sans importance^ et que les deux opinions contraires ont été soutenues par des noms illustres. Elle a été tran*

I . On trouvera dans les annexes à ce Mémoire , le résumé qa'a fait David de tonte cette discussion.

ANiXTSB DX8 GATÉGOBIES. --CHAF* U. 445

cbée en faveur des choses, dans la courte analyse qu'oHivient de lire; mais il est bon de déclarer que le texte même d'Aristote où Texpression est tout-à-fait indéterminée (i^év\}\ioLf ffiWcàvujJia ^éy am), peut prêter à une double interprétation , et qu'iqL l'on pourrait entendre également que œ sont, les mots qui sont appelés homonymes, synonymes et paronymes/Il est certain que dans le reste du traité y il s'agit plus des mots que des choses^ mais la double nature, logique et ontologique, des Catégories, est cause de l'incertitude , et l'on peut à la fois comprendre, mais sous des points de vue différents, qu'il s'agit des choses et qu'il s'agit des mots.

Du reste , on verra plus tard , par l'analyse des autres parties de l'Orgahon , et la suite même de celle des Catégories , de quelle importance est cette doctrine préliminaire. Aristote en £sLit, dans ses divers ouvrages, un fréquent emploi, et l'on pourrait citer notamment Métaphys., liv. 3, ch. a, p. ioo3,a,33;Mor.,Nicom.,liv. 5,ch. a,p. iiag» a, 27; Physiq., liv. 7, chap. 4> p* ^48, b, 16; etc., etc.

Comment cette doctrine se rattache-t*elle k la suite du tr^té? Sur. cette question, les commentateurs sont en général muets, et certainement elle n'est point aisée à résoudre. Un examen attentif m'a amené à cette conclusion , qu'Aristote a voulu spécifier ici la nature propre des notions qui forment les Catégories, en traçant

444 DEUXIÈMB PARTDS. — - SIGTION I.

i^' Les rapports des espèces entre elles ^ d'appellation pareille sous un même genre , mais d'essence distincte; st^ les rapports des espèces à leur genre, recevant, sous cette relation, un nom identique et une définition semblable. Les espèces sont entre «lies homonymes, et elles sont synonymes relativement à leur genre. Les paronymes sont une distinction à la fois réelle et grammaticale.

Cb. a , p. 1 9 col. a , lig. i6. Les mots peuvent être unis ou séparés: l'homme court, par exemple; ou bien, homme, court, sans que ces deux mots soient unis. Cette distioction mérite une attention spéciale ; elle sert à séparer nettement les Catégories du Traité du langage. Dans les premières , il ne s'agit que des notions exprimées par les mots séparés (aveu aufjLirXoxTiç ) ^ dans le second, au contraire, c'est la combinaison des mots entre eux (twv xarà dufjiirXoxi^v Xeyofjievwv), et leurs rapports, qui sont examinés.

Or, les choses qui servent de point de départ, et d'appui aux mots, se présentent, dans leurs relations entre elles, sous quatre aspects différents.

i^ Les unes peuvent être attribuées à un sujet (xaO' 6iro3cei[j;ivou XiyeTai), mais ne sont elles-mêmes dans aucun sujet. Ainsi, homme sq dit de tel homme, de tel individu homme, et lui est attribué , mais ne se trouve cependant dans aucun sujet; car quel est le sujet réel d'homme?

a*^ D'autres peuvent être dans un sujet, et n'être attribuées à aucun sujet. Aristote entend

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d'une chose qu'elle est dans un sujet, lorsque, sans y élre comme simple partie, elle ne pourrait subsister sans ce sujet même (èv {iiroxsioévcd ii ^éyi» 6V Ttvi \iri ùç [jL&po; ùiroépj^ov â^uvarov X^^^^ ^"^^ *^ ^ à èç-iv ).. Ainsi , la grammaire est dans l'âme de l'homme, dans l'esprit humain ; elle y est comme dans son sujet, sans en être cependant une partie essentielle; et de plus, la grammaire ne saurait être dite d'aucun sujet (xaÔ' {)?vo9Ui(a^vou 8ï oiii^oç XéyzroLi. )

3** D'autres choses peuvent à la fois se dire d'un sujet et être dans un sujet: ainsi, la science est dans un sujet qui est l'intelligence humaine; et de plus, elle peut être attribuée à un sujet, à la grammaire, par exemple.

4^ Enfin, certaines choses ne peuvent, ni être dans un sujet, ni être attribuées à un sujet. Ce sont eu général les individus et les unités (aic^co; 8ï Ta aropM xal ev âpi6[ji(p) : pourtant quelques-unes peuvent être dans un sujet, mais aucune ne saurait absolument être attribuée.

Cette théorie est de la plus haute importance f puisque c'est, comme on voit, celle du sujet et de lattribut, des rapports généraux et réciproques des choses entre elles.

Aristote distingue ici deux sujets différents , l'un, dans lequel la chose est, l'autre, dont ia chose peut être dite. Le premier de ces sujets est ce que l'on a nommé plus tard le sujet d'inhérence ( subjectum inhœrenliœ ou inexistentiœ , en grec

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