‹ De la logique d'Aristote (volume 4)Chapitre 76 sur 98 · I. lO · texte numérisé non relu

I. lO

446 DBUXllME PAETIX. — 8BCTX0JN I*

T^ç ûirap^ecûç) : le second, le sujet d'attribution {suhjeclum prœdicationis , en grec 'rtç jcaTriyopix^ ). Ici se représente encore le double caractère des Catégories 9 «puisque le premier de ces sujets est réel 9 physique, tandis que l'autre est toqt moral , tout logique.

Après avoir exposé ce que sont en eux-mêmes le sujet et l'attribut , Aristote passe à leurs rapports , et établit comme règle générale :

Que, lorsqu'une chose est attribuée à une autre, prise comme sujet, tout ce qui s'applique à l'attribut s'applique également à son sujet. Ainsi, homme peut être attribué à tel individu, mais animal l'est à homme : donc animal sera également l'attribut de l'individu; car un individu homme est à la fois homme et animal.

Puis, Aristote ajoute deux remarques à cette règle générale, c'est que : i^ dans les choses de genres divers , et non subordonnés entre eux , les différences sont aussi d'une autre espèce; ^^ dans les genres , au contraire , qui ont entre eux quelque rapport de subordination (tôv ûtc aî^YïXa Terayjiivtov), les" différences peuvent être identiques. Ainsi, pour l'animal et la science qui sont de genres divers et non subordonnés, les différences sont spécifiquement autres, puisque l'animal est ou terrestre, ou aquatique, ou volatile, différences qui ne vont pas du tout à la science : dans lés genres subordonnés, au contraire^ toutes les

ANJlTtB DIS CkTÉQOBaSs -*- CHAP, II. 447

différences de l'attribut peuvent être en nombre égal celles du sujet lui-même.

U^est besoin de faire remarquer ici que cette doctrine se lie intimement à celle du Syllogisme, et lui est tout-à-fait indispensable. C'est la base de la fameuse règle de omni et de nulle f xatà

Après avoir ainsi classé les choses qui peuvent servir de sujets et d'attributs , et par conséquent aussi les mots qui les représentent , Aristote revient à la division qu'il a faite plus haut entre ceux-ci j et il pose en principe que les mots , pris séparément , ne peuvent exprimer qu'une des dix choses suivantes : i^ substance; a^ quantité; 3" qualité ; 4° relation ; 5® lieu ; 6*^ temps ; 7** situation; 8^ manière d'être ; 9^ action; 10^ passion ou souffrance. Par exemple , la substance, c'est homme, cheval; la quantité: de deux coudées, de trois coudées (^îmix^ , TpiTnjx^) ; la qualité: blanc, grammatical; via relation: double, demi, plus grand ; le lieu : dans le Lycée , dans la place publique; le temps : hier, demain; la situation: il est couché , il est assis ; la manière d'être : il est chaussé, il est armé; l'action : il coupe, il brûle; la passion ou souffrance : il est brûlé, il est coupé.

Voilà la proposition fondamentale des Catégories. Comment Aristote y est-il arrivé? Rien ne nous l'apprend. Il faut ici l'accepter telle qu'il la donne, sauf à en apprécier plus tard la réahté et la valeur.

Ainsi, Aristote parti de simples distinctions

448 DCUXIÈMB PARTIE. — * SECTION l.

entre les choses et entre les mots , arrive à cette conclusion que les mots, indépendamment de leur combinaison, dont il s'occupera plus tard, ne peuvent représenter les choses que sous dix aspects différents; et comme les mots ne sont que l'image des choses (ô[/.oicid[j(.aTa, (rJ[/.ëo>.a rm 'Tcpay- (jiaTcov. — De Interpret., ch. i , p. i6, a, 7 ), il s'en-' suit que les choses , ou pour prendre le mot qui les comprend toutes , l'être, ne peut avoir que ces dix modes d'existence. Ce sont donc à la fois les catégories de la pensée et les catégories de l'être (a! xaryjyoptai toîjLovtoç).

Aristote ajoute que les mots pris à part, comme ils le sont ici, n'expriment ni vérité ni erreur, et Déforment par conséquent ni affirmation ni négation , puisque toute affirmation et négation doit être vraie ou fausse.

C'est avec cette énumération des Catégories que commence la ôewpta propren^ient dite, c'est-àdire la seconde section des commentateurs, et l'examen détaillé des catégories.

Catégorie de la substance , ^ ttîç oùçiaç Kar/iyopw.

Ch. 5, p. 2, a, 1 1 . La substance, proprement dite , la substance première et supérieure, est celle qui ne peut ni être dite d*nn sujet , ni être dans un sujet; ainsi, uu homme, un cheval.

La substance réside donc essentiellement dans l'individu, et n'est point ailleurs, comme l'avaient

ANALTSE DES CATÉGOEIES. — CBÀP. II. 449

prétendu Platon et d autres écoles. Aristote, sans désigner ici son maître. Ta certainement en vue, comme le prouvera bien mieux encore la suite de cette discussion.

La substance se divise en substance première et substance seconde : la première comprend les individus; la substance seconde comprend, d abord les espèces dans lesquelles se répartissent (ûirappu- <7iv) les substances premières, les individus ; et ensuite, les genres de ces espèces (Taura Te xal to twv eièûv TouTtov yévvj).

Les premières substances sont la base et le principe de tout le reste ; car elles servent à tout de sujet, ou d'attribution, ou d'inhérence (tà ^'oXXa iravra vÎTOt xaô' u7ro)cet(jL£V(ùv XeyeTai tôv -ïrptJrwv oOdiôv ^ èv 07ro)cei[xivatç aùratç eçtv. ) Sans elles, rien ne serait ( [x^i oùgûv oùv tcov irpciT^v oùatôv iJuvaTov twv oXXwv Tt eîvat.)

Ainsi , le particulier (toc xaô' exaç-a) , l'individuel , est, pour Aristote, le fondement de toute sa doctrine, tandis que, pour Platon, c'est au contraire le générai , l'universel. Il est impossible de trouver une opposition plus complète.

L'espèce est plus substance que le genre, car elle est plus voisine de la substance première , (êyyiov ttjç xpciTviç oùcria?) de l'individu. L'espèce est au genre ce que la substance première est à l'espèce : l'espèce sert de fondement au genre (CwoîccîTai yàp To el&oç T<») Yévei). C'est qu'en effet pour définir la substance première , ua individu hommei par

450 DEUXIÈME PAETIE. — SECTION t.

exemple 9 on se fera beaucoup mieux comprendre en prenant Fespèce homme qu'en prenant le genre animal.

Du reste , les espèces ne sont pas , Tune relativement à l'autre, plus ou moins substances; elles le sont également (ov^èv (iLÔcX>.ov ÎTepov Irépou oùdia êç-tv); et de même, les substances premières ne le sont entre elles ni plus, ni moins: l'homme, le bœuf, sont également substances.

Après les substances premières, on ne saurait compter d'autres substances que les substances secondes, espèce et genre, parce que seules, parmi les attributs, elles désignent la substance première. Ainsi, la définition de l'homme et de l'animal , qui sont l'espèce et le genre d'un individu homme, conviendra encore à l'individu ; mais la définition d'aucune autre chose ne lui conviendra. De plus , les substances secondes , les espèces et le^ genres, sont à tout le reste ce que leur sont les substances premières : elles sont les sujets de tous les accidents.

3, a, 7. La substance ainsi divisée, Aristote passe à ses propriétés , et lui en reconnaît six , qui appartiennent , soit à la substance première , soit à la substance seconde.

La première propriété de la substance, et celle qui en quelque sorte la constitue puisqu'elle figure dans sa définition même, c'est de n'être dans aucun sujet. Cette propriété convient à toute la substance, première et seconde. La première,

AKJklTSB M8 GâXflOOBlB* — CaUP. H. 191

en effet, n'est ni dans un sujet, ni dite d'un sujet; la seconde n'est pas dans un sujet , mais elle peut être attribuée à un sujet , c'est-à-dire à la première, synonymiquement. Mais , peut-on dire, cette propriété de n'être point dans un sujet, n'est pas spéciale à la substance; elle appartient aussi à la différence qui n'est non plus dans aucun sujet. Aristote répond que la différence est comme la partie dans le tout, relativement à l'espèce qu'elle constitue; et l'on a vu ( p. 1 45) qu'il a formellement établi ne point entendre ainsi l'expression d'être dans un sujet; donc, la différence ne saurait être regardée comme une véritable substance.

JJt 'seconde propriété de la substance , propriété qui du reste est essentiellement commune aux différences , c'est que « tout ce qui provient a d'elles est dit synonymiquement (3, a, 33); en « effet , toutes les catégpries , toutes les attri- « butions qui en dérivent , s'appliquent ou à des (c individus ou à des espèces. Pour la substance « première, il n'y a pas d'attribution possible, « puisqu'elle ne se dit jamais d'un sujet; mais dans a les substances secondes y l'espèce est attribuée a à l'individu , et le genre Test à l'espèce et à a l'individu , et de même les différences sont (( attribuées aux espèces et aux individus. Les a substances premières reçoivent la définition des (c espèces et celle des genres , comme l'espèce « reçoit celle du genre. Tout ce qui est dit de l'at- « tribut se dit en effet également du sujet; de

42^2 DBUXIÂIIE FAKTIfi, — * SBCtlON 1*

« même encore , les espèces et les individus adcc mettent la définition des différences; or, on a (c dit ci-dessus que les synonymes étaient ce dont « Tappellation était commune et la définition (c identique ; il s'ensuit donc que tout ce qui a dérive des substances et des différences est « nommé par synonymie. »

3 , b , I o. La troisième propriété de toute substance, c'est de désigner quelque chose de réel ( TÔ ^^ Tt <7io(JLaiv£iv ). Ceci est incontestable pour les premières, puisque ce qu'elles désignent, c'est l'individu. Pour les secondes, il ne faut pas se laisser tromper a l'apparence. Elles semblent bien désigner , par la forme même de leur appellatton , homme , animal , quelque chose de réel ; ce serait plutôt une qualité qu'une essence (^â^à (aôcXIov TToîov Tt <yY;[it.aivel ). Le sujet ici n'est pas simple comme pour les substances premières; il est, au contraire , fort multiple ; mais il ne faut pas croire non plus que ces substances secondes désignent une simple qualité; elles déterminent la qualité en substance (to &è elSoc 5cal to yevoç irepl oùfftav TO TTotov â<j>opiî^£i). Elles désignent une substance qualifiée ; car le genre est plus large que l'espèce , puisque le terme d'animal a certainement plus d'étendue que celui d'homme.

3, b, a4* La quatrième propriété de la substance, c'est de n'avoir point de contraires ; qu'y a-t-il en effet de contraire à l'individu, à l'homme, à l'animal? Cette propriété, du reste, n'appartient

pas seolement à la sabstaooe. Bien d*aatrcs calé» gories la possèdent aussi, el, entre autres, celle de la quantité discrète. £o efifet, qu'y a-t-il de contraire à un nombre ?

3, b, 33. Une cinquième {Nropriété, cest que la substance n'est susceptible, ni de plus, ni de moins. Une substance n'est ni plus ni moins substance qu'une autre substance ; elle n'est ni plus ni moins, ce qu'elle est. La substance homme n'est ni plus ni moins homme , dans tel cas que dans tel autre, etc.

U faut se rappeler ici que quand Aristote a dit que la substance premièi'e était plus substance que la substance seconde, que l'espèce et le genre, il parlait, comme on voit, d'ordres différents de substance , tandis qu'il parle maintenant , de la substance en soi, prise dans le même ordre.

4 9 a, 10. Enfin, la dernière propriété de la substance, c'est que, tout en restant identiquement une, elle peut recevoir les contraires, par un simple changement survenu en elle. Cette propriété est tout-à-fait spéciale à la substance ((x^iça Âà bdiov Âoxei elvai TTîç oùaïaç); elle appartient en outre à toute substance; c'est donc la propriété complète : omni et solL

Ch. 5, p. 4)^, 2 1 . «La substance a donc cette proie priété spéciale que tout en restant unique et la <c même , elle peut recevoir les contraires. Or, rien a dans la nature ne présente ime propriété pareille, <sc à moins qu'on ne soutienne que la parole et la

oc pensée peuvent aussi recevoir les contrairea, « une même assertion semblant en effet pouvoir a être vraie et £aiisse: par exemple, si l'on dit avec « vérité de quelqu'un assis, qu'il est assis, cette «c assertion deviendra fausse , si cette personne a vient à se lever; et la pensée serait ici dans le « même cas que la parole; car si l'on pense vrai ce en pensant que quelqu'un est assis , cette pensée « deviendra fausse si cette personne se lève , et « que l'on conserve, relativement à elle, la première «.pensée. Même en admettant la réalité de cette c objection , il n'y en a pas moins ici' une difféff rence dans la forme. C'est qu'en ce qui concerne a les substances, elles ne sont susceptibles des <c contraires que par suite d'un changement qu'elles «éprouvent elles*mêmes : ainsi, le corps qui de « chaud devient froid a subi un changement, « puisqu'il est autre ; ou bien , de noir devenant « « blanc, de mauvais devenant bon; et de même « pour tous les cas où les choses ne reçoivent les <c contraires, qu'en subissant elles-mêmes des modia ûcations. Au contraire, la parole et la pensée « demeurent absolument et toujours immuables, ce et les contraires n'existent pour elles que parce «que l'objet lui-même vient à changer. Cette « assertion que quelqu'un est assis, n'en demeure « pas moins toujours la même; c'est seulement « parce que l'objet vient à changer qu'elle est « tantôt vraie et tantôt fausse. La pensée est ici « comme la parole» Ce serait donc une propriété

ANâLTSB* DBS GATÉOORIBS. -* CHAP* n. 455

« de la substance, et qui lui serait spéciale, au a moins pour la forme, que d'être susceptible a des contraires par un changement qu'elle éprou- « verait en elle-même; et, en ce sens, il n'est pas c exact d'admettre que la parole et la pensée « puissent recevoir les contraires. On doit dire, cr qu^elIes sont susceptibles des contraires, non cr parce qu'elles reçoivent elles-mêmes quelque «t modification, mais parce que quelque chose d*ex« « térieur vient à être modifié. C'est uniquement a parce que l'objet est ou n'est pas de telle fsiçon , a que l'assertion peut être aussi dite vraie ou ce fausse; ce n'est pas du tout parce que la parole a elle-même admet les contraires. La parole, la c pensée ne sont sujettes à aucun changement, « et s il n'en survenait point dans les objets mêpies, «( elles ne recevraient en rien les contraires; mais a la substance est dite susceptible des contraires « parce que c'est elle-même qui les reçoit. £Ue <r reçoit en effet et la santé , •! la maladie , et la « blancheur, et la noirceur; et c'est parce qu'elle « subit toutes les modifications de ce genre, qu'on « dit qu'elle reçoit les contraires.

et Ainsi, la propriété spéciale de la substance « serait, tout en ne perdant rien de son unité et <c de son identité, de recevoir les contraires par a un simple changement survenu en elle.»

Ainsi donc, des six propriétés de la substance, quatre lui sont communes avec plusieurs autres notions; mais deux , la troisième et la sixième , ne

4 56 DEUXIÈME PARTIE. «^ SKCTION I.

sont qu'à elle seule, avec cette différence toutefois que la troisième n'est pas à toute substance , et qu'il n'y a que la sixième qui soit à la substance , soli et omnL Aussi est-ce la propriété principale ( (x,a>.iç-a ï^tov ) , bien qu'Aristote ne l'ait énumérée qu'en dernier lieu.

Ici , l'on ne peut s'empêcher de faire une remarque, sur laquelle , du reste , on reviendra plus tard avec étendue, mais qu'il est bon déjà d'indiquer, c'est l'admirable délicatesse et la sagacité profonde de cette analyse de l'idée de substance. Ce qui mérite surtout attention , c'est qu'en y regardant de près , on peut se convaincre que Vien ici ne porte ce caractère de subtilité si souvent reproché aux Grecs , et particulièrement au Stagirite. L'idée dont il part, et qui résume toute cette théorie de la substance, est extrêmement simple et claire : hors de l'individu , il n'y a réellement rien. L'espèce et le genre , loin de lui être supérieur , reposent sur lui comme ils viennent de lui ; sans lui , ils ne seraient rien. La substance première , l'individu , est la substance vraie {j\ Kupuà- Tardc Te xal irptoTwç xal (iia^iça ^gyo(xivYî ), la seule qui mérite réellement ce nom. Les autres ne sont que des Xoyoi, des notions, des mots; elles ne sont substances, selon l'expression des commentateurs, que éiroiit^vû); , à la suite. La substance première, au contraire, est quelque chose en soi; c'est quelque chose d'isolé , x^P*^^ '^^ î ï® reste n'existe que par abstraction , non seulement dans les sub-

ANALYSE DBS CATBGORIBS. — CHAP. H. -157

Stances secondes , mais encore dans toutes les ' autres catégories.

On s'est étendu, peut-être un peu trop longuement j sur cette théorie de la substance; mais c'est d'abord à cause de sa valeur propre , et ensuite , pour donner une idée de la manière si originale, si sagace et si profondément vraie, d'Aristote. On sera un peu plus bref sur les catégories qui vont suivre , parce qu'elles ont moins d'importance. Du reste, les trois principales : la quantité, la relation et la qualité, sont exposées d'une manière aussi remarquable et aussi complète. •

4) b, 20. Catégorie de la quantité y KaTriyopia 'roC

Aristote n'a point défini la quantité; mais, comme il établit que la parole est évidemment de la quantité, puisqu'elle se mesure par les syllabes brèves et longues, (xarafAeTpetrai yàp otKka&h ^paj^eta xat (x.axpa) , il s'ensuit que, dans sa théorie , la quantité est proprement ce qui est susceptible de mesure. Il divise la quantité : i^ en discrète et continue; %^ en quantité formée de parties qui ont entre elles une position, et en quantité qui n'est pas formée de parties ayant une position par rapport les unes aux autres (tix pv éÇ ijyé'vm ôccriv ,

La quantité 6nie ou discrète (^udpi<j(Alvov) , c'est

le nombre , la parole ; et on la nomme discrète , parce que les parties de cette quantité n'ont entre elles aucmn terme commun où elles s'unissent (où&ttç içi xoivoc Sf<K icfhç ôv «uvairrêc Ta [&dpia).

La quantité concrète ou continue (^vs^^^ç) ^ est celle dont les parties ont au contraire un point de jonction : c'est la ligne , la surface, le corps , et en outre , le temps et l'espace.

Rien , en effet , ne réunit les parties du nombre , non plus que les syllabes dont se compose la parole articulée. Chaque partie du nombre, chaque syllabe, est isolée des autres, est finie en soi (ixapi ^«ipiçai oLÙvh xaô'aùTTfv). Dans la ligne , au contraire, les parties ont un terme commun qui est le point; les parties de la surface ont la ligne , le corps a la ligne ou la surface ; le temps lui-même réunit ses parties dans un terme commun qui est l'instant présent, intermédiaire et lien du passé et de l'avenir. Enfin , l'espace est nécessairement continu, puisque le corps , dont les parties sont continues, occupe toujours une portion de l'espace ; et le terme commun des parties du corps, est également le terme commun pour l'espace.

£n considérant la quantité sous le rapport de la seconde division indiquée plus haut , on peut voir sans peine , que la quantité à parties douces de position, comprend la ligne, la surface , le corps, et l'espace. La quantité qiii lî'est pas formée de parties ayant position respective, renferme le nombre, le temps et la pacole. C'est que , pour être doué

AVàiim MM GATiOOAIIS. •— GBIT. U. 4M

de position y plusieurs conditions sont requises : c'est d'avoir un terme commun où les parties se réunissent; et la quantité discrète, nombre et parole, n'en a pas; c'est, de plus, d'être situé dans qn lieu précis ; qt enfin , c'est d'être permanent (î»ico|4iv6tv). Or, dans le nombre , on ne trouve rien de pareil : aucune dés parties du temps, ncm plus , n'est stable (u^ropivei yàp ôu&èv tûv toG xP^vou |Aop((i>v); et comment ce qui ne demeure pas en place (d ^è (i.y( içiv Ù7po(iivov) , pourrait-il avoir une position proprement dite ? Pour le parole , on peut &ireune remarque analogue. Tout au plus, peut«on dire pour le temps , pour la parole , qu'il y a non point position^, mais une sorte d'ordre (rivà Toé^iv), une antériorité et une postériorité. Ainsi donc , dés conditions requises pour avoir position , le temps n'en a qu'une seule ; le nombre et la parole n'en ont absolument aucune.

5, a, 38. Les quantités qu'on vient d'ënumérer, sont seules des quantités, à proprement parler: les autres quantités ne le sont que par accident, et non en elles-mêmes (xarà mifiêeëTixèc et où xupi^K, où xad* aùTo). Ainsi , on dit d'une action qu'elle est longue parce que le temps écoulé pendant qu'elle s'accomplit, est fort long; de même pour un mouvement long , ime grande blancheur, etc.

5, b, II. Les propriétés de la quantité sont au nombre de trois» La quantité , d'abord, n'a pas de contraires. Mais peut-être, prétendra-ton que petit et grand , peu et beaucoup , sont des contraires.

AM VBuziisaiE PAiiTiB, — ncTioir i.

Sans doute : mais ce ne sont pas là des quantités , ce ne sont que des relatifs ; et comment peut-on dire qu'un relatif ait un contraire ? Si l'on soutient que petit et grand sont des quantités vraies , il s'ensuivra 9 assertion absurde, qu'une chose pourrait être contraire à elle-même (auTo éaurûeivi àv evavTiov), puisqu'une chose peut être à la fois grande et petite , selon qu'on la compare à telle chose ou à telle autre.

6, a, la. Peut-être encore dira-t-on que c'est dans l'espace que la quantité a des contraires ; et cette assertion a du moins plus d'apparence; car l'on pourrait soutenir, jusqu'à certain point , que le haut et le bas sont des contraires; mais ce' ne sont encore là que des relatifs par portion.

6, a, 19. La seconde propriété de la quantité, c'est de n'être susceptible ni de plus ni de moins! En effet, toutes les quantités énoncées plus haut ne sont pas plus quantités les unes que les autres: trois n'est pas plus trois, que cinq, n'est cinq; et de même pour le temps.

Cette propriété, attribuée par Aristote à la quantité, étonne sans doute, au premier coup-' d'oeil, et paraît absolument contredire cette notion fondamentale par laquelle s'ouvrent tous les traités d'arithmétique : la quantité est tout ce qui est susceptible de plus et de moins. Mais il faut bien remarquer qu' Aristote n'entend pas du tout dire ici qu'une quantité quelconque ne puisse être augmentée ou diminuée : il veut seulement dire

ANAtYSE DES CATEGORIES. — CH AP. II. ICI

que les quantités ne sont ni plus ni moins quantité les unes que les autres.

Enfin, la troisième propriété de la quantité, et qui lui est tout-à-fait spéciale (6, a, a6), c'est qu'elle peut être dite égale ou inégale. Cette propriété est à la quantité omni et solL En effet , tout ce que l'on compare en dehors de la quantité, est dit Semblable ou dissemblable; la quantité seule est dite égale ou inégale.

On voit que, pour cette seconde catégorie, la marche suivie par Aristote est identique à celle de la première. D'abord énumération des espèces, puis énumération des propriétés , dont la principale vient en dernier lieu. C'^st là, du reste, la méthode que nous retrouverons dans tontes les autres catégories développées.

Catégorie de la Relation , Ka-myopia twv irpoç ti.

6, a, 37. On appelle relatif tout ce qui est dit ce qu'il est à Cfiusede choses autres que lui-même, ou qui se rapporte à une chose autre que lui, de cfnelqiie façon que ce soit (xpo; ti Je ra TotaùTa T-eyeTat oda airà àirsp eV^v éTepcov fttvai 'ki^z'vax tq ôrwcoiïv oXXcoç Tcpoç eTcpov). Ainsi, plus g^and; ainsi, le double, qui né sont dits ce qu'ils sont que par rapport ;i d'autres choses; ainsi, la capacité, la disposition , la sensation , la sc?ence , la position , toUtefe choses qui ne sont dites que par rapport à quelques autres ; car la science est la science de quelcpie I. If

^62 nSUXIÈME PARTIE. — SfiCTIOM 1.

chose , la sensation est la sensation 4fi quelque chose, la position est la position de quelque chose : l'extension ^ la station, le séant ne sont que des positions; mais être étendu , être debout, être assis, ne sont pas, à proprement dire, des positions ; ce sont des dérivés , das paronymes de position«(TC(a(p<i'>vu[jL(t>( ^è âm rm Qé<;i»v Xey^'^^O'

6,b, i5. Les relatifs on|: quatre propriétés, dont la première est qu'ils on.t aussi les contraires; ainsi Ig vertu est le contraire du vice ; la science , de l'ignorance ; car ce sont là des relatifs : mais tous les relatifs n'ont pas cette propriété; car il n'y ^ rien de contraire au double , au triple , etc.

6, b, 20. La seconde propriété des relatifs, c'est qu'ils sont susceptibles de plus et de moins ; mais il faut faire une remarque analogue à celle qui précède : ainsi pareil, égal, peuvent être susceptibles de plus, de moins; mais double, triple, ne le sont pas.

6, b, 28. Les relatifs ont tous, sans exception, cette propriété qu'ils sont dits de choses réciproques ; ainsi , l'esclave est l'esclave du maître , comme le maître est le maître de l'esclave. Parfois cette réciprocité n'est pas évidente , et cela tient à ce que le relatif réciproque n'a pas de nom dans la langue , ou n'a pas un nom qui représente sa relation vraie. Pour la découvrir, et la montrer dans tout son jour, il faut forger des mots (âvayscaiov lacaç ôvo{faT07cot6tv ) qui rendront alors la relation de toute évidence. Si l'on rapporte aile à oiseau, assu-

AMLTSB DES CATÉGOaiES. — CHAP. JI. 465

rément on ne verra poinl nettement la relation , la réciprocité : mais ce n'est pas en tant qu'oiseau qu'on lui attribue l'aile, c'est en tant qu'animal ailé. De même pour le gouvernail d'un navire; ce n'est pas en tant que navire qu'on le lui attribue; c'est en tant que machine gouvemalisée ^ munie d'un gouvernail (im^œXttiv im ^aXiarrou). Aristote forge ici ces différents mots de xrepctrov, TçrJitCkuurtw^ xeça- X(aTàv, pour montrer cette trace de la relation, li faut en outre avoir le soin , quand il n'y a pas de mot spécial , de ne s'arrêter qu'aux choses relativement auxquelles le relatif existe ; car si au lieu de prendre celles-là, on en prend d'autres qui ne sont qu'accidentelles, (7, a, a 7) (iàv irpoç n tûv' cuftêcêiîxoTov âTTo^t^oToi xal (JLT) irpoç oùro XsyeTai), toute relation disparait. Par exemple , si l'on attribue esclave à homme ou à bipède , au lieu de l'attribuer à maître , il n'y a plus de réciprocité (oùx avTiçpe9£t); car l'esclave n'est pas à l'homme, à l'animal bipède, mais au maître, qui n'en est pas moins homme, et être à deux pieds, mais qui n'a pas d'esclave à ces titres. Toutes les fois donc que le nom qui soutient la relation a été bien discerné , la réciprocité est facile, ainsi que l'attribution (parlât -h oTO^ociç yiverai).

7, b, 1 5. lia dernière propriété des relatif» , c'est qu'ils coexistent naturellement (afiux t^ ^ucei elvat); car du moment qu'il y a double, il y a moitié , et réciproquement : du moment qu'il y a esclave, il

iC4 DEUXIÈME PARTIE. — SECTIO!» I.

y a maître, et réciproquement. De plus, ils se détruisent également les uns les autres (cjvavaipsi aXkrM)j car s'il n'y a pas double, il n'y a pas moitié, etc. Toutefois, celte propriété ne semble pas appartenir à tous les relatifs. En effet, la chose à savoir, l'objet de la science (to 2m<77jT(îvj, parait antérieur à la science qui le sait. Bien rarement, pour ne pas dire jamais, la science est simultanée à l'objet su. De plus, l'objet détruit, il n'y a pas de science ; mais la science peut fort bien ne pas être, et que l'objet à savoir soit encore. Ainsi, la quadrature du cercle, en supposant toutefois que ce soit là une chose susceptible d'être sue (eïyc «çlv ertçYiTov), la quadrature du cercle existe comme chose à savoir, mais la science n'en existe pas encore : de même pour la sensation; l'objet à sentir, l'objet senti (to atGÔviTdv), paraît antérieur à la sensation. L'objet sensible disparaissant, fait avec lui disparaître la sensation, mais non pas réciproquement. La sensation n'est coëiiistante qu'à l'être qui* sent (a[jt.aTc5 aiG6r,T*xw), mais ne Test point à l'objet senti.

Ainsi donc, la plupart des relatifs, mais non pas tous, sont simultanés et coexistent. Les commentateurs ont levé cette difficulté en distinguant ici, d'après la doctrine si connue d'Aristote, l'acte de la puissance, le fait de la possibilité. En fait, l'objet senti n'est point antérieur à la sensation : il ne devient objet senti que du moment où la sensation

ANAIiTSB DES CAT£GQâll£S. — CHAP. 11. -tTiû

s'y applique : auparavant, il n'est qu'objet sensible, objet à sentir, c'est-à-dire qu'il n'est senli qu'en puissance , et non point en fait.

Il faut donc ici avoir toujours le soin de comparer l'acte à l'acte , la puissance à la puissance : il faut prendre gardedepai^ser de l'acte à la puissaucCi de la puissance à l'acte; autrement, la nature des relatifs ne serait pas bien comprise.

8, a, i3. Mais on élève une objection , un doute (airopiav Ttvà) , contre cette définition des relatifs , et l'on demande si elle ne comprend pas, outre les relatifs , quelques substances dans cette catégorie. S'il suffit,' en effet, pour être relatif, d'être dit relativement à quelque autre chose d'une façon quelconque, il sera bien difficile de démontrer que cette définition ne s'applique pas à des substances, soit premières, soit secondes; les premières y échappent certainement ; la plupart des secondes aussi; mais quelques-unes de ces dernières semblent y rentrer (èw' évicov^èTûv jeur^fcov oùatûv iyt\ â(ji<pt(j€7)V/)<jtv) : ainsi la main, la tête, sont dites la main , la tête de quelqu'un , et sembler£fient par là des relatif , bien que ce S4>ient des substances secondes partielles. C'est que la définition (ôpi(7(ii<iç) des relatifs donnée plus haut, est insuffisante

11 faut donc lui en substituer une plus complète, et dire que les relatifs sont les choses pour lesquelles l'existence se confond avec leur rapport même, quel qu'il soit, à une autre chose

466 • DEUXIÈME PAKTIE. — SECTION I.

(oiç To fiïvai raùtov èçiv t«^ irpoç xi tcîùç ?X^tv). Il itnporte de ne pas confondre cette seconde définition avec , la première.

La seconde définition donnera cette conséquence , que , connaissant d'une manière déterminée , précise (àçwpwfiivwç) , un relatif, on connaît aussi , de la même façon , la chose à laquelle il est relatif. Si je sais que telle chose est le double, je sais aussi sur-le-champ quelle est cette chose et Taulre, dont elle est le double. Je le saisdéterminément et non indéterminément («(pwpwjjLevwç oùx aopiVû)^); autrement, ce serait une simple conjecture et non poiiit ime science réelle (biçok-n^iç , oûjt éTtiçiîp). Pour la main , la tête, et toutes choses de ce genre, qui sont des substances, je puis fort bien ^voir ces choses, sans savoir précisément à quoi elles se rapportent, à qui elles sont : c'est que ce ne sont pas là des relatifs, a 11 serait bien o difficile, au reste, de se prononcer nettement « ici sans un long examen : mais il n'est pas sans « utilité d'avoir discuté ces objections. j>

En substituant une nouvelle définition à l'ancienne, que tes commentateurs grecs appell^it la définition platonicienne, Âristote a partagé les relatifs en deux classes : les relatifs communs et les relatifs propres. C'est ce que le^Scholastiques, et, à leur suite, les commentateurs du seizième siècle, ont appelé les relatifs seçundum dici et secundum esse. La distinction du Stagirite n'est pas, en effet , de moindre importance. Entre les

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